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"L'Histoire secrète du monde" de Jonathan Black

17 Avril 2015 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées, #Spiritualités de l'amour

Vous le savez, il y a cinq ans, j'ai publié des réflexions sur l'histoire considérée d'un point de vue rationaliste athée aux éditions l'Harmattan.

"L'Histoire secrète du monde" de Jonathan Black, publié en version anglaise chez Quercus Books en 2007 et en version française chez Florent Massot en 2009 (puis en poche), prend exactement le contrepied de la tradition rationaliste : pour lui non l'humanité n'est pas une espèce animale apparue par hasard en un point obscur de l'univers appelé la planète, gouvernée par son seul libre-arbitre et les aléas de la vie, et finalement vouée à retourner au néant d'où elle est sortie. Pour Black, il y a de l'esprit avant la matière, de l'esprit qui a besoin de la matière pour s'incarner, et transforme le passage par la matière en parcours initiatique. C'est cet esprit, ou peut-être comme Hegel faudrait-il parler d'Esprit absolu, qui a façonné l'humanité patiemment au fil de l'évolution darwinienne (on est là dans le finalisme de Teilhard de Chardin, cette humanité si complexe, structure la plus raffinée de l'univers à des millions d'années lumières à la ronde, et qui la guide par des messages dont le sens se perçoivent par des voies ésotériques, à condition que l'homme ouvre son corps, son cœur, son esprit, ses chakras à ce que le monde spirituel attend de lui.

Le travail de Black, qu'on peut comparer à une sorte de "Raison dans l'histoire" hegelienne, mais sans le rationalisme, n'a pas de précédent dans l'ordre de l'ésotérisme, Black en est conscient. C'est donc une oeuvre ambitieuse, ne serait-ce que parce qu'elle doit, pour rester cohérente, allier sur un mode syncrétique à peu près tous les messages religieux en partant du chamanisme jusqu'à l'Islam, en passant par les diverses nuances du christianisme, y compris l'art occidental des derniers siècles : une vraie gageure.

L'érudition de Black, n'est pas toujours à la hauteur, par exemple quand il présente Plutarque comme un "quasi-contemporain" d'Hérodote alors que 500 ans les sépare (p. 128 de la version de poche), ou quand il situe Héraclite 400 ans avant l'Apocalypse de Jean alors qu'il aurait dû écrire 600 ans (p. 73). Mais je ne veux pas jeter le bébé avec l'eau du bain, puisqu'après tout le travail de Jonathan Black ne peut se réduire à ces erreurs, et, ayant eu ma propre évolution depuis l'écriture de mon livre sur les aléas de l'histoire, à propos du rapport entre matière et esprit, je voudrais aborder ici quelques thèmes que détaille Jonathan Black, et donner mon opinion (provisoire), à leur sujet.

- Sur les Grecs

J'aime beaucoup l'idée de Black selon laquelle les Achéens ont fait le siège de Troie pour la beauté d'une femme parce que la beauté nous semble être une sorte de talisman.

- Sur l'Islam

J'adhère tout à fait au lien avec la Lune, y compris dans le fait que Mahomet but du lait, que Gabriel est l'archange de la lune. Je ne sais pas si Allah est dieu de la lune comme Jehovah et si tout cela évoque une "ère de la pensée", je ne connais pas suffisamment l'ésotérisme pour en juger. L'idée que Hassan Ibn-al-Sabah, disciple de la "Maison de la Sagesse" des fatimides ait fondé sa secte des Assassins au sud de la Caspienne fait obscurement penser aux phénomènes dionysiaques auxquels Apollonios de Tyane relie tout la zone du Caucase (et peut-être au culte de la Lune dont parle Strabon à propos du Caucase). Bien sûr Black n'oublie pas de parler de Rûmi et Shamsi Tabriz.

- Sur le Moyen-Age chrétien

D'intéressants rappel sur l'ésotérisme de Charlemagne, avec son épée Joyeuse issue de la lance qui perça le Christ, sa volonté de rivaliser avec Harim al-Rachid. L'aventure de Perceval, le forestier, sa recherche du Graal qu'après Rudolf Steiner Black au corps éthérique végétal (le calice) qu'il faut purifier, par opposition au sang qui est la partie animale (alors que la concile oecuménique de 869 a identifié l'âme végétale à l'esprit animal). On remarquera aussi le passage sur l'ésotérisme de la cathédrale de Chartres : son labyrinthe avec en son centre une Ariane/Marie/Isis enfantant le dieu soleil, on y entre en dansant comme les derviches. Les astres y sont omniprésents avec l'orientation de la cathédrale et le zodiaque autour de la rosace, l'alchimie qui aurait présidé à la définition des couleurs des vitraux, le portail qui montre Melchisédek portant le Graal, sa Vierge noire.

 

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