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Ephèse chez Plutarque et Tacite

1 Mai 2015 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire secrète

Ephèse chez Plutarque et Tacite

On peut, à travers la lecture de Plutarque et de Tacite glaner diverses information sur l'Ephèse antique.

Plutarque rappelle que Xénophon dans les Helléniques III qualifie Ephèse en 400 av JC d'"arsenal de la guerre"

Le passage auquel il fait référence mérite d'être cité :

"Puis, quand le printemps parut, il (Agésilas) rassembla toute son armée à Éphèse. Dans le dessein de l'exercer, il proposa des prix à celle des compagnies d'hoplites qui aurait les hommes les plus vigoureux et à celui des escadrons de cavalerie qui aurait les meilleurs cavaliers. Il offrit aussi des prix pour les peltastes et les archers qui seraient reconnus les plus habiles dans les exercices qui leur étaient propres. Dès lors on put voir tous les gymnases remplis d'hommes qui s'entraînaient, l'hippodrome plein de cavaliers qui travaillaient leurs chevaux, et les acontistes et les archers qui s'exerçaient. 17. La ville tout entière où il séjournait offrait ainsi un curieux spectacle. Le marché était rempli de toutes sortes de chevaux et d'armes à vendre; les ouvriers de l'airain et du bois, les forgerons, les cordonniers et les peintres préparaient des armes de guerre et l'on pouvait réellement croire que la ville était une usine de guerre. 18. On aurait pris confiance aussi à voir Agésilas le premier, puis tous les soldats, sortir des gymnases la couronne en tête et offrir leurs couronnes à Artémis, car là où les hommes révèrent les dieux, s'exercent à la guerre, s'entraînent à la discipline, n'est-il pas naturel que là tout soit plein de belles espérances ? 19. Persuadé que le mépris de l'ennemi inspire aussi de la force pour la guerre, il ordonna aux crieurs de vendre nus les barbares pris par les maraudeurs. Les soldats qui voyaient la blancheur de leur peau, parce que les Perses ne se déshabillent jamais, leur mollesse et leur peu de résistance à la fatigue, parce qu'ils sont toujours en voiture, se persuadèrent que la guerre ne serait pas plus redoutable que s'ils n'avaient affaire qu'à des femmes. "

Il note qu'en -407 quand Lysandre, nommé chef des forces navales du Péloponnèse arrive à Ephèse, la cité est "bien disposée à son égard et soutenant avec ardeur la cause lacédémonienne ; mais elle se trouvait lors mal en point et risquait de devenir complètement barbare, sous l'effet des coutumes des Perses, à cause des nombreux échanges qu'elle avait avec eux".

En juillet -356 (le 6 du mois d'Hecatombaion) l'Artemison fut incendié par Erostrate le jour de la naissance d'Alexandre ce qui fit dire au biographe Hegésias de Magnésie de celui-ci qu'on comprend que le temple ait brûlé puisqu'Artemis était occupée à faire naître le futur conquérant. Les mages parcouraient la ville ce jour-là en annonçant qu'un second malheur frapperait l'Asie.

Démétrios Poliorcètre y passa en -301 avec ses soldats après ses défaites sans piller le temple.

En -84 Sylla a séjourné à Ephèse, Lucullus y donna des jeux et des combats de gladiateurs à la gloire de ses victoires en - 70 et y imposa des règles judiciaires justes comme gouverneur.

Dans Plutarque on apprend aussi que Caton le jeune, à la fin de son tribunat militaire de Caton en Macédoine, en -67, auprès du propréteur Munatius Rubrius – il a alors 28 ans - ayant décidé de visiter l'Asie (peut-être sur les conseils du philosophe cynique Athénoros qu'il avait rencontré à Pergame) et après avoir vu Antioche, rencontra Pompée (de 11 ans son ainé) à Ephèse. Celui-ci lui manifesta beaucoup de déférence.

Antoine entra à Ephèse en -42 précédé de femmes en costumes de Bacchantes et d'hommes et d'enfants déguisés en Satyres et en Pans. La cité était remplie de lierre, de thyrses, de psaltérions, de syrinx et d'auloi et on l'acclaait sous les noms de Dionysos Charidotès et Meilichios (mais on le qualifiait tout bas d'omestès et agrionios). Il y fut à nouveau avec Cléopâtre à l'automne - 33.

(Des éléments intéressants sur Halicarnasse aussi où Alexandre nomma Ada reine. Phanias la mère de Thémistocle serait une carienne de cette ville, le siège d'Halicanasse par Ptolémée dans sa guerre contre Démétrios)

Tacite, lui, montre une Ephèse romaine dont les enjeux sont déjà liés aux temples :

Annales livre III

[3,60]

(1) Cependant Tibère, content de fortifier dans ses mains les ressorts du pouvoir, offrait au sénat l'image des temps qui n'étaient plus, en renvoyant à sa décision les demandes des provinces. Les asiles se multipliaient sans mesure dans les villes grecques, et cet abus était enhardi par l'impunité. Les temples se remplissaient de la lie des esclaves; ils servaient de refuge aux débiteurs contre leurs créanciers, aux criminels contre la justice. Point d'autorité assez forte pour réprimer les séditions du peuple, qui, par zèle pour les dieux, protégeait les attentats des hommes. (2) Il fut résolu que chaque ville enverrait des députés avec ses titres. Quelques-unes renoncèrent d'elles-mêmes à des prérogatives usurpées. D'autres invoquaient d'anciennes croyances ou des services rendus au peuple romain. (3) Ce fut un beau jour que celui où les bienfaits de nos ancêtres, les traités conclus avec nos alliés, les décrets mêmes des rois qui avaient eu l'empire avant nous, et le culte sacré des dieux, furent soumis à l'examen du sénat, libre comme autrefois de confirmer ou d'abolir.

[3,61]

(1) Les Éphésiens eurent audience les premiers. Ils représentèrent "que Diane et Apollon n'étaient point nés à Délos, comme le pensait le vulgaire; qu'on voyait chez eux le fleuve Cenchreus et le bois d'Ortygie, où Latone, au terme de sa grossesse, et appuyée contre un olivier qui subsistait encore, avait donné le jour à ces deux divinités; que ce bois avait été consacré par un ordre du ciel; qu'Apollon lui-même, après le meurtre des Cyclopes, y avait trouvé un asile contre la colère de Jupiter; (2) que Liber Pater victorieux avait épargné celles des Amazones qui s'étaient réfugiées au pied de l'autel; que dans la suite Hercule, maître de la Lydie, avait accru les privilèges du temple, privilèges restés sans atteinte sous la domination des Perses, respectés par les Macédoniens, et maintenus par nous."

[3,62]

(1) Immédiatement après, les Magnésiens firent valoir des ordonnances de L. Scipion et de L. Sylla, qui, vainqueurs l'un d'Antiochus l'autre de Mithridate, honorèrent le dévouement et le courage de ce peuple en déclarant le temple de Diane Leucophryne un asile inviolable. (2) Les députés d'Aphrodisias et de Stratonice présentèrent un décret du dictateur César, prix de services anciennement rendus à sa cause, et un plus récent de l'empereur Auguste: ces villes y étaient louées d'avoir subi une irruption des Parthes, sans que leur fidélité envers la république en fût ébranlée. Les Aphrodisiens défendirent les droits de Vénus, les Stratoniciens ceux de Jupiter et d'Hécate. (3) Remontant plus haut, les orateurs d'Hiérocésarée exposèrent que Diane Persique avait chez eux un temple dédié sous le roi Cyrus; ils citèrent les noms de Perpenna, d'Isauricus et de plusieurs autres généraux, qui avaient étendu jusqu'à deux mille pas de distance la sainteté de cet asile. (4) Les Cypriotes parlèrent pour trois temples, élevés, le plus ancien à Vénus de Paphos par Aerias, le second par Amathus, fils d'Aerias, à Vénus d'Amathonte, le troisième à Jupiter de Salamine par Teucer, fuyant la colère de son père Télamon.

[3,63]

(1) On entendit aussi les députations des autres peuples. Fatigué de ces longues requêtes et des vifs débats qu'elles excitaient, le sénat chargea les consuls d'examiner les titres, et, s'ils y démêlaient quelque fraude, de soumettre de nouveau l'affaire à sa délibération. (2) Outre les villes que j'ai nommées, les consuls firent connaître "qu'on ne pouvait contester à celle de Pergame son asile d'Esculape, mais que les autres cités ne s'appuyaient que sur de vieilles et obscures traditions. (3) Ainsi les Smyrnéens alléguaient un oracle d'Apollon, en vertu duquel ils avaient dédié un temple à Vénus Stratonicide; ceux de Ténos une réponse du même dieu, qui leur avait enjoint de consacrer une statue et un sanctuaire à Neptune. Sans remonter à des temps si reculés, Sardes se prévalait d'une concession d'Alexandre victorieux, Milet d'une ordonnance du roi Darius: ces deux villes étaient vouées l'une et l'autre au culte de Diane et d'Apollon. Enfin les Crétois formaient aussi leur demande pour la statue d'Auguste." (4) Des sénatus-consultes furent rédigés dans les termes les plus honorables, et restreignirent cependant toutes ces prétentions. On ordonna qu'ils seraient gravés sur l'airain et suspendus dans chaque temple, afin que la mémoire en fût consacrée, et que les peuples ne se créassent plus, sous l'ombre de la religion, des droits imaginaires.

Sous Tibère encore (livre IV) :

(1) Le prince, pour détourner ces rumeurs, allait au sénat plus assidûment que jamais. Il entendit pendant plusieurs jours les députés de l'Asie, qui disputaient entre eux où serait construit le temple de Tibère. Onze villes d'un rang inégal soutenaient leurs prétentions avec une égale ardeur. Toutes vantaient, à peu près dans les mêmes termes, l'ancienneté de leur origine, leur zèle pour le peuple romain pendant les guerres de Persée, d'Aristonicos et d'autres rois. (2) Hypèpe, Tralles, Laodicée et Magnésie furent d'abord exclues, comme d'un rang trop inférieur. Ilion même allégua vainement que Troie était le berceau de Rome: elle n'avait d'autre titre que son antiquité. On pencha un moment en faveur d'Halicarnasse. Pendant douze siècles aucun tremblement de terre n'avait ébranlé les demeures de ses habitants, et ils promettaient d'asseoir sur le roc vif les fondements de l'édifice. Pergame faisait valoir son temple d'Auguste: on jugea qu'il suffisait à sa gloire. Vouées tout entières au culte, l'une de Diane et l'autre d'Apollon, Éphèse et Milet parurent ne plus avoir de place pour un culte nouveau. (3) C'est donc entre Sardes et Smyrne qu'il restait à délibérer. Les Sardiens lurent un décret par lequel les Étrusques les reconnaissaient pour frères. On y voyait qu'autrefois Tyrrhenus et Lydus, fils du roi Atys, se partagèrent la nation, devenue trop nombreuse. Lydus resta dans son ancienne patrie; Tyrrhenus alla en fonder une nouvelle; et ces deux chefs donnèrent leur nom à deux peuples, l'un en Italie, l'autre en Asie. Dans la suite, les Lydiens, ayant encore augmenté leur puissance, envoyèrent des colonies dans cette partie de la Grèce qui doit son nom à Pélops. (4) Sardes produisait en outre des lettres de nos généraux et des traités faits avec nous pendant les guerres de Macédoine; enfin elle n'oubliait pas la beauté de ses fleuves, la douceur de son climat, la richesse de ses campagnes.

Enfin ne perdons pas de vue le passage de la Vie d'Apollonios de Tyane de Philostrate. A Ephèse, sous le règne de Néron, le pythagoricien Apollonios réunit ses partisans sur les marches du temple d'Artémis et blâme la ville pour son goût pour la musique de flûtistes, les danses et les spectacles de pantomime. Il lui recommande de se consacrer à la philosophie. Les cités voisines envoient des délégations à Apollonios. Celui-ci à Ephèse disserte sur le sens du partage des moineaux. Il sauvera la cité d'une épidémie en faisant lapider un démon déguisé en vieillard au théâtre mais ne cessera pas de blâmer la sottise de ses habitants.

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