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"Fashion dictated by underworld of prostitution"

21 Février 2016 , Rédigé par CC Publié dans #Nudité-Pudeur en Europe, #Généralités Nudité et Pudeur

Keene Wallis a traduit "Down there (là-bas) - a study in satanism" (un roman de l'écrivain français Joris-Karl Huysmans sur la magie noire écrit avant sa conversion au catholicisme, interdit à New York). Il a traduit d'Iwan Bloch "The Sexual History and Anthropology of Clothing, Nakedness and Fashion", "Erotic Paintings And Sculpture" et "Genital Deformations and Mutilations".

Iwan Bloch (né le 8 avril 1872 et mort le 21 novembre 1922) est un dermatologue allemand. Il est considéré comme le premier sexologue.

"The Sexual History and Anthropology of Clothing, Nakedness and Fashion, Fashion dictated by underworld of prostitution" est extrait de "Anthropological studies in the strange sexual practices of all races in all ages" dont il est le 12ème chapitre.

La mode et la vita sexualis sont liées. Le vêtement ne doit pas son origine à la pudeur, mais à l'inverse la seconde est développée par le premier. L'anthropologue Karl von den Steinens (1855-1929) a observé les amérindiens du Brésil et révélé les origines de leurs vêtements. Carl Heinrich Stratz ("Die Fauenkleidung, Stuttgart, 1900) a comparé les données des enquêtes ethnologiques modernes avec l'histoire de l'art européen. Selon lui (ibid p. 8) "l'objectif initial du vêtement n'est pas de couvrir mais seulement de décorer le corps nu. La personne nue n'a pas de honte ; seulement celui qui est habitué au vêtement connaît la honte, et ce seulement quand les ornements auxquels il est habitué font défaut". Cela est vrai des "primitifs" comme des "civilisés". L'exposition prescrite par la mode n'est jamais vécue comme une exposition, et Stratz remarque qu'une femme qui porte une robe à col montant dans un bal au milieu de ladies en décolletés aura honte. Les premières décorations sont les tatouages et les incisions. le tatouage ne se trouve plus en Euope que chez des classes basses : marins, criminels, prostituées (cela s'étend à quelques cas de libertins bourgeois en France - René Schwaeblé, "Les détraquées de Paris", Paris, 1904 - cg The sexual life p. 136).

Le pagne à l'origine ne devait pas couvrir le sexe. C'était seulement une ceinture. Les moules ou les peaux d'animaux qu"on y suspendaient servaient seulement à attirer l'attention dessus.

Puis le vêtement a évolué vers la forme tropicale (manteau et ceinture) et l'arctique (pantalons et blouson). Comme le vêtement, la mode cherche à embellir le corps et accentuer son attractivité sexuelle. "La fureur de surenchérir dans la capture des hommes" dit le spirituel Friedrich Theodor Vischer (1807-1887) "est peut-être le plus virulent des éléments qui exacerbent la folie de la mode en frénésies de la nouveauté, du caprice et de la distorsion" (dans "Mode und cynismus", Stuttgart, 1888, p. 22). Selon Stratz, Moïse utilisa cet effet psycho-sexuel des habits. Il voulait augmenter la population de sa petite tribu, et ordonna donc de voiler les charmes féminins dans le but d' "exciter les sens de ses partisans masculins et d'accroître ainsi la fécondité d'Israël". La nudité qu'il rejeta comme inutile pour son propos, devint "immorale" dans la doctrine chrétienne.

Le "demi-monde" (en français dans le texte), celui des prostituées, a donné le ton à Rome, Venise et Paris (Reinhold Günther "Kulturgeschichte der Liebe", Berlin, 1900, p. 190).

Selon Bloch, la mode a introduit un facteur d'excitation sexuelle dans la mode de deux manières : soit en rendant certaines parties du corps plus attirantes en les rendant plus volumineuses, en attirant l'attention sur elles par la forme du vêtement ou un ornement, soit en dénudant une seule partie du corps. Rudolf Herman Lotze a montré dans Mikrokosmus (1856), que l'hommevoit dans le vêtement un prolongement de lui-même. En vertu de cela il trouve qu'un chapeau haut de forme accroît sa dignité. Quant à l'effet de l'exposition partielle Vischer la rattache au conflit de l'esprit et du corps en notant que les femmes latines qui donnent le sein au bébé en public prolongent une tradition remontant à des temps d'innocence qui n'ont plus cours. Jeannel (Die Prostitution in den grossen Städten im neunzehnten Jahrhundert , Erlangen, 1869) note que la morale récente a transformé le vêtement en protection et que les boucles, les corsets et les pantalons sont des gardes des harems.

Ernest Grosse dans Die Anfänge der Kunst (Freiburg 1895) rejoint l'avis que le premier vêtement n'était qu'ornement. Dans l'antiquité il n'y avait pas de mode parce que le vêtement n'était pas si identifié au corps. Schopenhauer dans ses Sämmtlische notait que les nobles portaient des vêtements plus flottants au Moyen Age. A Rome ce sont les vêtements translucides qui suscitent le désir, et les prostituées jouent sur l'androginité. La mode est une invention médiévale. Le corset est une invention chrétienne, dit Stratz. Sa première forme, le corsage, vise à oppresser les formes féminines, surtout la poitrine. Ce n'est qu'a posteriori qu'au contraire la mode utilisera le corset pour faire ressortir la poitrine en le raccourissant et en dégageant la robe.

La monstration de parties du corps était commune comme le montre un écrit de Ditmar von Merseburg de 999 cité par B. Ritter, "Nuditäten im Mittelalter" (Leipzig 1855 p. 229). A partir du 12e siècle Robert Gaguin (1433-1501) dénonce le culte de la mode comme une invention du diable. Il critique la mise en valeur des seins, des hanches et de la taille chez les femmes, et du sexe chez l'homme par le "cynisme des tailleurs". Leo Berg dans Das Sexuelle Problem In Kunst Und Leben rappelle le rôle crucial du corset dans ce processus.

Dufour signale que le décolleté est arrivé d'Italie (Sombart dans fait partir la mode du 14e siècle en Italie - W. Sombart, Domestic Economy and fashion, Wiesbaden 1902 p. 12) en France sous François Ier. on parlait des "dames à la grand'gorge" et des "robes à la grand'gorge". Les corsets sont équipés d'os de baleine ou de tiges en métal pour faire ressortir le sein. Le décolleté restera prisé dans le salles de bal jusqu'au 19e siècle.

Les corsets ont aussi mis l'accent sur les hanches sous l'inspiration des Venus callipyges. La féministe Mary Wollstonecraft allait s'en indigner. On les doublait de poches d'air à ce niveau ("culs de Paris). Bloch le rapproche de l'habitude des prostituées qui veulent attirer les adeptes du fouet à prendre des robes qui les font passer pour des Venus Hottentot. Certaines tenues moulent le pubis. Il y avait même dans les années 1870 des jupons en peau de daim avec une cocarde rouge au niveau du sexe, selon Vischer.

La femme au Moyen Age dans les peintures est valorisée comme maternelle, donc enceinte, jusqu'à la Vénus d'Urbin nue du Titien (1538). La mode du gros ventre se vérifiera au XVII e siècle dans toute l'Europe de l'Ouest et encore en 1760 en Angleterre au point de se doter de faux ventres selon FW Archeholtz. La robe à cerceau (hoop skirt) ou la crinoline au 16e siècle apparaît pour l'ostentation des contours dans les milieux de la prostitution. Un franciscain dira : les vertugales ont fait perdre la vertu et n'ont laissé que la gale. Son apogée sera atteint sous le Second Empire. Albert Moll dans sa Untersuchungen über die libido sexualis allait même voir un motif sexuel à la réduction des pieds des chinoises (effet sur le mont de Vénus et les lèvres). Idem pour les hommes la braguette qui, à l'origine dans les classes inférieures, recouvrent le sexe en attirant l'attention sur lui, ou les "chaussures à la poulaine" en forme de vît.

Selon Bloch, l'homosexualité, qui n'est pas innée, a pu être encouragée par les formes androgynes du vêtement lesquelles sont elles-mêmes encouragées par une recherche excessive de l'Eros à travers la femme comme au 18e siècle (il cite là Günther (op cit p. 364).

La tendance à compresser la taille et à libérer le haut va avec un refus de la procréation. JG Zimmerman, le médecin de Frédéric II, le relevait déjà. J. Ryan dans Prostitution in London (Londres, 1839 p. 382) notait que la laine ou la fourrure sur la peau produisent les mêmes effets que la flagellation et que cela a pu corrompre des esprits pieux. Ce lien entre habit et érotisme explique les phénomènes de fétichisme. La mode, en mettant en valeur une partie du corps et faisant du vêtement le prolongement de celle-ci, favorise la réduction du désir à cette seule part. Cet effet de fétichisation se retrouve aussi avec le parfum qui, comme le vêtement, est si profondément lié à la vita sexualis qu'il favorise aussi divers fétichismes.

Dans un autre livre Bloch reprendra ce thème d'une nudité non érotique en soi. Citant Westermarck (dans "History of human marriage p. 193) qui lui même reprend Lohman, il note que chez les Saliras seules les prostituées s'habillent et que "in the interior of Africa, as we learn from Barth,' the married women go entirely nude, while the young damsels, having their market yet to make, clothe themselves". Chez les Toungta les femmes ne découvrent leur poitrine que lorsqu'elles sont mères.

Il ajoute que l'idée de cacher le sexe n'est venu qu'à partir du moment où la superstition a accordé au sexe un pouvoir magique. Dürkheim allait estimer que la dissimulation du pubis chez les femmes visait à se protéger de certaines de ses émanations. Waits, Schurz et Letourneau, eux, ont attribué ce phénomène à la jalousie des maris, en insistant sur des cas contraires à ceux précités où les jeunes filles sont nues et les femmes habillées.

Bloch y reprend l'idée paradoxale que le vêtement est une "nudité idéale" parce qu'il est le reflet de l'âme idéalisée de celui qui le porte. L'idée vient de l'article de H. Bahr "Clothing Reform" dans Dolcumente der Frauen, 1902, vol 23, p. 665. Bloch enrichit son propos des remarques de H. Pudor sur la signification sexuelle du visage nu ( H. Pudor "Nackt Kutltur" Vil II p. 4-6) et de celles de Simmel sur le rapport de la mode à la stabilité intérieure des hommes et des femmes.

Plus haut, p. 130, il revenait aux origines de la pudeur (ou plutôt de la honte - shame) : l'auto-élévation (self uplifting) individuelle selo Simmel, l'attitude agressive des mâles et la périodicité sexuelle chez la femelle (selon Havelock Ellis). Groos voyant dans la coquetterie un jeu sexuel avec la honte. Il y aurait aussi selon Lombroso ("Woman as criminal and prostitute") la peur d'inspirer du dégoût compte tenu de la proximité du sexe avec la fonction fécale et avec la menstruation / les prostituées qui refusent d'être inspectées pendant leurs règles. Von den Steinen ("Experiences among the Savage Races of Central Brazil", Berlin 1894) chez les Bakäiri du Brésil central notait que l'homme "civilisé" s'habitue très vite à la nudité. Lui-même dans un rêve fait parmi ces Amérindiens au sujet des membres de sa famille restée en Allemagne les voyait nus.

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