Samedi 9 juillet 2011 6 09 /07 /Juil /2011 23:00

sartre.jpgJe trouve chez Sartre (L'Etre et le Néant Tel Galimard p. 440) une version intéressante de la thématique chrétienne médiévale du vêtement de lumière - dont Bologne notamment explore divers aspects dans son dernier livre :

 

"Dans la grâce, le corps apparaît comme un psychique en situation. Il révèle avant tout sa transcendance comme transcendance-trasncendée (...) le but à venir éclaire l'acte dans sa totalité ; mais toute la part future de l'acte demeure imprévisible, encore que l'on sente sur le corps même en acte qu'elle apparaîtra comme nécessaire et adaptée dès qu'elle sera écoulée. (...) La grâce figure donc l'image objective d'un être qui serait fondement de soi-même pour... La facticité est donc habillée et masquée par la grâce : la nudité de la chair est tout entière présente, mais elle ne peut être vue. En sorte que la suprême coquetterie et le suprême défi de la grâce, c'est d'exhiber le corps dévoilé, sans autre voile que la grâce elle-même. Le corps le plus gracieux est le corps nu que ses actes entourent dun vêtement invisible en dérobant entièrement sa chair, bien que la chair soit totalement présente aux yeux des spectateurs."

 

A cette grâce Sartre oppose l'obscène qui "apparaît lorsque le corps adopte des postures qui le déshabillent entièrement de ses actes et qui révèlent l'inertie de sa chair. La vue d'un corps nu, de dos, n'est pas obscène. Mais certains dandinements involontaires de la croupe sont obscènes. C'est qu'alors ce sont les jambes eules qui sont en acte chez le marcheur et la croupe semble un coussin isolé qu'elles portent et dont le balancement est pure obéissance aux lois de la pesanteur".

 

La grâce, nous dit Sartre (p. 442) "renvoie obscurément comme font les contradictions du monde sensible dans le cas de la réminiscence platonicienne, à un au-delà transcendant dont nous ne gardons qu'un souvenir brouillé et que nous ne pouvons atteindre que par une modification radicale de notre être, c'est-à-dire en assumant résolument notre être-pour-autrui. En même temps elle dévoile et voile la chair de l'autre, ou, si l'on prégère, elle la dévoile pour la voiler aussitôt : la chair est dans la grâce l'autre inaccessible"


Il faudrait détailler davantage ici les réflexions de Sartre sur le désir "comme pro-jet de s'enliser dans le corps" (p. 429) et sur la pudeur d'Adam et Eve qui prennent conscience de leur nudité comme paradigme de la honte devant l' objectité (p. 328). En tout état de cause j'y trouve une trace laïcisée de la thématique chrétienne - dont l'héritage est assumé dans le choix-même de la liaison des termes grâce-transcendance - quoique cette thématique soit transposée aux seuls rapports de conscience autour de l'interaction des corps.

 

P1000203.JPGC'est sur un site juif Sefarad.org sur Internet que je trouve le meilleur résumé de la dialectique vêtement-nudité dans le monothéisme :

 

"les vêtements sacrés ordonnés par le Grand-Prêtre, font pendant aux tuniques de peau que l’Eternel a confectionnées pour Adam et Eve après le péché. Le Midrach (Berechith raba 20) rapporte que ce vêtement de peau était, selon la version de Rabbi Meïr, comme un vêtement de lumière, une source de clarté et de progrès, si on en fait un usage adéquat. Certes, ces tuniques servaient de protection physique du corps, mais elles offraient en même temps une préservation de l’âme, celle-ci ayant été entachée par le péché auquel elle succomba emportée par la tentation des désirs charnels. Les tuniques rappellent l’état antérieur au péché où l’homme était enveloppé d’une auréole de lumière qui lui conférait une splendeur majestueuse aux yeux de toutes les créatures du ciel et de la terre. C’est à cela que fait allusion le psalmiste lorsqu’il s’écrie : ‘’Tu as fait l’homme presque l’égal des êtres divins, tu l’as couronné de splendeur et de magnificence’’. Ainsi, l’homme tout entier baignait dans la lumière divine. Mais depuis le péché, cette auréole de gloire qui illuminait son esprit a disparu, et il n’est resté à l’homme que le vêtement qui couvre la peau. Les vêtements sacerdotaux jouent un double rôle. D’une part, leur caractère sacré est conféré à l’homme qui incarne en sa personne l’idéal de sainteté ; et d’autre part, ils ont pour effet d’éloigner le péché par le rayonnement de l’esprit de sainteté. "

 

Cette auréole de lumière qu'on retrouve chez certaines saintes martyres chrétiennes dévêtues par le sadisme romain n'est-elle pas au fond ce que l'Occident cherche à faire rayonner dans son besoin actuel de nudité ? La "grâce" sartrienne, qui peut résulter d'une adéquation des actes à la condition d'être-pour-l'autre qui caractérise le sujet, étant peut-être placée aujourd'hui à un niveau d'exigence politique moins élevé que chez Sartre, dans la simple conscience d'une symbiose avec un cosmos (et un écosystème) naturel sublunaire en péril (ce qui va aussi avec l'acte de contrition permanent de l'humain devant le péril occasionné).

 

Le fantasme judéo-chrétien du retour à la pureté adamite (qui est ce pour quoi la nudité peut être recherchée mais jamais "bradée") vient peut-être recouvrir ici la violence métaphysique d'un corps nu mathématisable image parfaite de l'Idée pure. En ce sens l'événement « Nus et Debout » lancé "à l'initiative d'une association libre de personnes engagées contre la construction de l'incinérateur de Clermont-Ferrand et contre tous les incinérateurs en général" le 21 août prochain serait du côté du rituel néo-adamite, sartrianisé et écologisé, là où le striptease du top-model serait au fond plus grec...

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Samedi 25 juin 2011 6 25 /06 /Juin /2011 08:09

Je suis interviewé quelques minutes dans l'émission Le Blogueur sur Arte aujourd'hui (12h30). J'intègre la vidéo de l'émission ci-dessous (version You Tube)

 

 

 

 

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Communauté : la philosophie - Ecrire un commentaire
Mardi 24 mai 2011 2 24 /05 /Mai /2011 02:20

Je voudrais attirer l'attention des lecteurs ce soir sur la collection de nus que propose Rubén Reveco sur son blog. Rubén Reveco est un esthète argentin ardent défenseur de la "résistance réaliste" dans l'art contemporain.

 

Les nus qu'il met en valeur sont de:

- Andrew Posada

- Julián Reveco

- Slava Groshev

- Mary Beth Mckenzie

- Guennadi Ulibin

- Hubert de Lartigue

- Paolo Eleuteri Serpieri

- Araujo Santoyo

- Hu Ming

- Talantbek Chekirov

 

Je vous encourage à prendre le temps de visiter ces univers.

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Lundi 23 mai 2011 1 23 /05 /Mai /2011 00:43

Le moindre musée archéologique peut parfois recéler quelques surprises du point de vue de l'anthropologie de la nudité.

 

Ce fut le cas  pour moi ce weekend de celui de Séville (Espagne), qui compte dans ses collections quelques pièces de nudité artistique un peu inattendues.

 

DSCN5904Je pense à ce Melqart phénicien qui, à côté de la traditionnelle Ashtarte nue, fait tout de même un peu mentir la théorie selon laquelle la nudité est surtout féminine au Proche-Orient et masculine en Grèce.

  DSCN5906

Les salles consacrées à Rome opposent ingénieusement une nudité saillante, fondée sur la puissance musculaire des empereurs romains à celle plus voluptueuse que Rome accorde non seulement à ses Vénus, mais aussi à certaines de ses représentations masculines.

  DSCN5915.JPGDSCN5917.JPG

Le plus fascinant pour moi fut quand même cette mosaïque de l'antiquité païenne tardive si similaire à la représentation du martyre d'une sainte - avec ses divinités nimbées d'une auréole. Sauf que la nudité qui trône en son milieu n'est pourtant pas celle d'une dévôte mais celle d'Hélène, car c'est du Jugement de Pâris qu'il s'agit...

  DSCN5911

Parmi les bizarreries du tableau, cette fente au bas du pubis rasé de la princesse. Il semble qu'il s'agisse d'une exception à l'effacement habituel de la vulve dans l'art antique (une exception au même titre que dans le représentation du viol de Cassandre)...

 

DSCN5912.JPG

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Lundi 23 mai 2011 1 23 /05 /Mai /2011 00:20

Moi-même je ne suis pas naturiste. Il était d'ailleurs important pour moi de pouvoir écrire un ouvrage d'anthropologie de la nudité en dehors de la problématique du naturisme, en étant éloigné aussi bien de la mouvance naturiste que de ceux qui lui sont hostiles. Mais je suis toujours heureux de pouvoir dialoguer avec ceux qui ont un contact direct avec les problématiques de la mise-à-nu des corps, ce qui est bien sûr le cas de la plupart des naturistes.

 

J'ai donc été très heureux, comme je l'ai indiqué le mois dernier, de rencontrer le 23 avril des naturistes friands d'échanges avec des non-naturistes, dans le cadre de l'association Imaginat'. D'autant que cette rencontre s'est déroulé dans un climat merveilleusement chaleureux et détendu.

 

Un des prolongement actuel de cet échange pascal est une mention la conférence que j'y ai faite et la présentation de mon livre dans Naturisme Magazine ainsi que cette interview diffusée par Naturisme TV (cf ci dessous). Merci encore à toutes ces personnes qui contribuent à faire connaître mes textes. Je ne doute pas que l'échange avec eux (qui se poursuivra sans doute dans les années qui viennent) sera utile à l'approfondissement des recherches sur la dénudation...

 

Christophe Colera Sociologue nous présente son livre
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Mercredi 18 mai 2011 3 18 /05 /Mai /2011 18:25

Depuis un an, les actualités des antipodes sont marquées par des strip-tease d'institutrices qui se dénudent dans des revues puis se font licencier.

 

En 2009 une australienne de 24 ans, Lynne Tziolas, est licenciée de son école après avoir posé nue avec son mari pour la revue Cleo, dans un article intitulé "Buck naked couples talk about their sex lives". En janvier 2010 c'est l'institutrice néozélandaise de 28 ans Rachel Whitwell qui pose pour une édition locale de la revue érotique Penthouse et se fait exclure de son école. Pour sa défense elle affirme qu'elle n'était plus enseignante au moment des faits et qu'elle s'était déjà reconvertie dans le mannequinat. Dans ce dernier cas, Penthouse avait fait une allusion directe à ses activités pédagogiques. Les deux jeunes femmes ont entamé des procédures pour invalider leur licenciement. La première a finalement obtenu sa réintégration comme contractuelle (ce qu'elle était déjà) dans une classe pour enfants en difficulté, mais a décliné l'offre.

 

En revanche une enseignante allemande de 20 ans qui supervisait une fête de lycéens de 15 ans dans l'Ouest de la Hongrie en octobre 2008 a pu se livrer à un strip-tease sans perdre son emploi dans ce lycée. La vidéo est ci-dessous.

 

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