Mardi 3 avril 2012 2 03 /04 /Avr /2012 00:10

La nudité s'invite dans la campagne électorale française sur Facebook. Sur un mode parodique avec un slogan digne de la campagne de Vladimir Poutine en Russie : "Si tu veux voir nos nichons vote Mélenchon". Mais l'affiche n'émane pas du Front de gauche (qui affiche son féminisme ces derniers temps). Plutôt de sympathisants plaisantins (ou des sympathisants d'autres partis) qui font du sexisme humoristique au troisième degré, si l'on interprète correctement les commentaires sur Facebook (d'ailleurs ils ont ajouté en bas de photo "si tu veux voir mon z* vote Sarkozy" - blague de potaches censée montrer qu'en fait ce ne sont pas des femmes, et donc qu'il n'y a pas de sexisme).

 

Pas sûr que cela fasse le "buzz" comme on dit... Si c'est le cas il sera intéressant de suivre les réactions (*)... (les premières partent un peu dans tous les sens, beaucoup prenant la photo au premier degré, le Modem a commencé à se saisir de l'image en fin de matinée, à suivre...).

 

melenchon.jpg

 

NB :  L'original est en fait une affiche de PETA "we'd rather go naked than wear fur !. Les filles qui posent sont le groupe Danity Kane. Pour en savoir plus sur PETA je vous renvoie au livre de Michelle Julien.

 

go-naked.jpg

 

(*) D'après mon premier tour d'horizon sur les 100 premiers commentaires que je rencontre sur Facebook (sans sélection particulière). Je trouve

- 28 commentaires de femmes et 72 d'hommes (signe peut-être que les hommes sont plus enclins à réagir à la photo, ou bien l'image circulme surtout dans des groupes où il y a des hommes, ceux ci sont d'aileurs encore plus majoritaires parmi ceux qui cliquent sur "partage").

- Les hommes se partagent à peu près à parts égales entre ceux qui émettent un commentaire plutôt bienveillant et ceux qui formulent un avis hostile ou très neutre. Notons que parmi ceux qui émettent un avis bienveillant il s'en trouve qui ont compris que l'affiche était du deuxième degré (image détournée, petite phrase sur le z*, etc) et valorsient l'idée de faire un "fake" avec les codes Internet qui vont avec, et d'autres qui la valorisent au premier degré. Idem chez les hommes hostiles.

- Chez les femmes 17 commentaires hostiles sur 28 : cela va des femmes qui, comme certains hommes, ne comprennent pas que c'est du second degré (quelques une dénoncent le machisme du FdG et exigent par exemple au candidat du Front de Gauche de prendre position pour désavouer cette affiche), à celles qui tout en saisissant l'effet d'humour et de décalage recherché le trouvent de mauvais goût. Une minorité prend à la fois l'image au premier degré (en la prenant pour anti-féministe) et en rit. Une autre minorité saisit tous les effets recherchés et valorise le travail de recherche et de détournement des codes.

 

Et pour en savoir plus sur la nudité dans l'espace public, notre livre (voir aussi les diverses interviews dans les médias - liens sur ce blog) :1couv_nudite.jpg

 

Et en dessous quelques variantes du montage ci-dessus (nées dans la foulée de sa diffusion sur Facebook, je ne fais que les copier depuis les réseaux sociaux)

 

melenchn-plagiat-1.jpg

melenchon-plagiat-2.jpg

si-tu-veux-voir-mes-nenes.jpg

 

ps : fuck les medias nationaux (je ne citerai pas de noms mais ils sont connus) qui ont utilisé des infos de ce billet sans le citer

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Lundi 2 avril 2012 1 02 /04 /Avr /2012 13:28

Tunisie-035.jpgIl y a quelques années j'ai écrit quelques recensions sur le Néolithique au Proche-Orient. Je signale cette interview récente très intéressante sur un blog de Libération de l'archéologue Jean-Paul Demoule concernant la conquête des agriculteurs-éleveurs par la Méditerranée et le Danube, et l'apparition tardive des hiérarchies sociales parmi eux lorsqu'ils ont atteint les côtes occidentales (alors que la hiérarchisation, elle, était déjà à l'oeuvre, sous l'effet de l'augmentation de la densité, au Proche-Orient dans des zones cernées par des déserts

 

Extraits :

 

"Nous savons désormais qu’il s’agissait d’un double mouvement de colonisation, en provenance du Proche-Orient. Il a pris les chemins du nord – via les Balkans et le Danube – et du sud – via les côtes de Méditerranée. La branche sud est arrivée il y a 7600 ans en France, et l’autre branche franchit le Rhin il y a 7000 ans environ. Les chasseurs cueilleurs sont submergés, leur nombre est estimé à quelques dizaines de milliers, contre environ deux millions d’agriculteurs lorsqu’ils parviennent à occuper l’Europe.

Leur mode de vie, les premières implantations, l’organisation des villages, les traces matérielles des croyances… Nous comprenons mieux cette histoire d’une extension permanente. Dès qu’un village voyait sa population passer les 200 personnes, une partie s’en séparait pour aller fonder une nouvelle implantation, au détriment de la forêt.

(...) Les migrations ont lieu probablement pour conserver un modèle social, assez homogène avec peu de différences de richesses et de statuts entre groupes et individus et qui aurait été menacé par une population trop dense. D’où un étonnant conservatisme social et technique, avec les mêmes plans de maison, les mêmes types de décors de Kiev à Brest, alors qu’il n’y avait pas la moindre unité politique. Ce village néolithique regroupait des maisons rectangulaires en bois et terre, qui peuvent aller jusqu’à 40 mètres de long. Une économie basée sur le blé, l’orge, les lentilles, le porc, la chèvre, le mouton, le bœuf et le chien.

Cette période voit l’invention des inégalités sociales, l’archéologie révèle t-elle pourquoi et comment la multitude s’est-elle retrouvée dominée et exploitée ?

Menhirs Champagne sur OiseJean-Paul Demoule: On observe à plusieurs reprises, dès les débuts du néolithique au Proche Orient, que lors des premières évolutions démographiques très fortes, avec l’apparition d’agglomérations, ces premiers points de fixations s’effondrent puis les gens se dispersent dans toutes les directions. Sauf dans les régions – Mésopotamie, Égypte – où une sorte «d’effet nasse», car les populations sont cernées de déserts ou d’eau, provoque l’apparition des premières villes, des premières stratifications sociales et des États. En Europe, cela va être beaucoup plus lent et progressif… car l’effet nasse ne se fait sentir que lorsque les agriculteurs viennent buter sur les «finisterres» et l’océan Atlantique. (A gauche, menhirs du Vème millénaire, abattus au 3ème millénaires, Champagne sur Oise Denis Gliksman)

Auparavant, si vous n’étiez pas content de l’émergence d’une caste qui voulait vous dominer ou vous exploiter, il vous suffisait de partir coloniser des espaces nouveaux et vierges. On peut lire l’expansion néolithique en Europe comme la volonté des hommes d’échapper au piège social d’une densité démographique trop forte pour s’accommoder d’une grande égalité.

Ce n’est donc pas un hasard si les premiers sites où apparaissent des différenciations sociales fortes – avec les dolmens qui sont des tombeaux monumentaux – surgissent le long de l’Atlantique… et le long de la mer Noire, là où la densité de population est la plus forte. Ni que l’on observe des effondrements de la civilisation mégalithique au bout de quelques siècles, comme si les hommes ne supportaient plus cette stratification."

.

 


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Mardi 27 mars 2012 2 27 /03 /Mars /2012 17:01

servjur-petit.jpg A côté de mes travaux en sociologie du corps, je n'ai jamais cessé naturellement de suivre, même de loin, la sociologie des institutions à laquelle j'avais consacré ma thèse de 2006.

 

Les hasards des recherches sur le Net me font tomber sur un essai en ligne sur Hal-Inria de Mme Mathilde Cohen, "L'épreuve orale. Les magistrats administratifs face aux audiences de reconduite à la frontière". Il semble que ce texte ait été publié dans le numéro 72/2009 de la Revue Internationale de Théorie du Droit et de Sociologie Juridique. D'une façon qui ne saurait surprendre compte tenu de l'évolution récente de la sociologie du droit, Mme Cohen adopte les outils de la théorie de Pierre Bourdieu pour examiner les enjeux des audiences sur les arrêtés préfectoraux de reconduite à la frontière sous l'angle d'un rapport de force symbolique entre le sous-champ juridictionnel et l'administration.

 

A vrai dire il est très difficile de se faire une opinion sur ce sujet car il faudrait un descriptif complet des jugements rendus, des affaires examinées, et du profil sociologique des magistrats qui ont statué dans chaque cas, autant de données qui font défaut ce qui, du coup, empêche de saisir réellement où et comment se définissent les rapports de force que l'on peut percevoir intuitivement. Personnellement, dans les juridictions que j'ai connues je n'ai jamais constaté le phénomène décrit par Mme Cohen d'une évaluation de la qualité du travail des magistrats à l'aune de leurs jugements dans ces affaires. Il est vrai que ce sont des affaires où les juges sont très exposés à titre individuel, et dans des situations d'urgence, et c'est d'ailleurs la raison pour laquelle, dans les situations que j'ai connues il n'était pas question pour les chefs de juridiction d'examiner la qualité des décisions rendues (bien que, bien sûr, chacun puisse se faire ensuite une opinion même accidentellement au fil de la consultation des archives, lorsqu'on recherche des précédents). Mme Cohen prend d'ailleurs soin de préciser qu'elle ne sait pas si cette évaluation des décisions rendues existe dans toutes les juridictions. Peut-être a-t-elle existé dans certaines, mais je n'en suis pas certain.

 

Depuis une quinzaine d'années je me suis souvent fait la réflexion que ces audiences qui pèsent beaucoup dans l'opinion publique compte tenu de l'enjeu que représente dans le débat démocratique le contrôle de l'immigration illégale pouvaient constituer un très bon sujet de thèse. Il me semble cependant qu'à côté de l'approche nécessairement ambitieuse que représente l'angle d'attaque de la théorie des champs choisi par Mme Cohen, il y aurait déjà un travail plus modeste, plus facile, et non moins intéressant à mener d'examen, presque ethnographique, de la façon dont s'organisent les audiences, la constitution des acteurs du processus juridictionnel (peut-être d'un point de vue ethnométhodologique), le jeu entre la rationalité juridique et les propriétés affectives du cas d'espèce (jeu favorisé par la nature même des dispositions invocables, notamment sur la vie familiale et privée, et les fluctuations jurisprudentielles auxquelles elles ont donné lieu), la manière dont ce jeu est instrumentalisé par les divers acteurs au procès avec ou sans présence d'avocat. Ce jeu n'est pas réductible au problème de la productivité statistique et des effets d'hétéronomie qu'elle peut induire dans l'office du juge ni à l'inévitable comparaison interjuridictionnelle des taux d'annulation qui n'est qu'un des paramètres de la juridicisation de la situation de l'étranger sur laquelle le magistrat doit statuer.

 

En tout cas il est clair que cet article ouvre des pistes de recherche importantes à la sociologie du droit.

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Dimanche 25 mars 2012 7 25 /03 /Mars /2012 15:55

J'avoue que j'ai trouvé attendrissante hier la manière dont le libraire avec qui je conversais évoquait son goût pour les photos de nus qui le font rêver et parlait de ce qui doit se passer dans le regard entre le photographe et son modèle pour ensuite être restitué dans la photo pour le public (peut-être une sorte de mana ?). J'y trouvais une sorte de descriptif d'un nouveau bastion de la culture masculine, celui de la photo d'art (même si heureusement des femmes aussi l'apprécient). Je ne suis pas attaché au vieux patriarcat mais je trouve attachantes les manifestations de l'imaginaire viril, car celui-ci est tout de même un peu opprimé en ce moment dans le discours officiel. Je crois qu'il trouve dans la photo de nus une voie d'expression qui lui est propre (expression onirique et sublimé, plus élégante quand même que le X...). C'est un terrain sur lequel il peut converger avec le post-féminisme.

 

A part ça pensez au vernissage de l'expo d'Idan Wizen à Paris le 5 avril à partir de 18 h 30. Il y a des chances pour que j'y sois en qualité de préfacier de son livre. Les invitations peuvent être téléchargées gratuitement ici.

 

expo-art-paris.jpg

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Samedi 24 mars 2012 6 24 /03 /Mars /2012 22:01

cuerpodelartista.jpgJe parlais cet après-midi avec un libraire des beaux quartiers spécialisé dans les livres de photos. Il me disait que le livres de nu de vendaient très bien, qu'il ne lui en restait jamais sur les bras (à la différence des photos de paysage par exemple), mais que les éditeurs ne peuvent pas mettre n'importe quel type de nudité sur leur couverture. Il fallait que ce soit féminin pour que ça se vendre, et de la nudité qui suggère sans montrer. Par exemple une femme de dos dont les seins sont cachés, car sinon les libaires n'osaient pas afficher ça dans leur vitrine. Lui même a eu trois vitrines cassées à coups de batte de baseball parce qu'il est situé non loin de lycées catholiques de tendance assez dure. "Il faut dire que les ados sont, comme de mon temps, il y a 30 ans, prêts à se tordre le cou pour mieux voir et rouges pivoines dès qu'il y a des livres de nus visibles depuis la rue", me disait-il, ce qui me faisait penser aux adolescentes dans le RER il y a quelques mois gagnées par des réflexes de rejet et de rire devant une photo de Spencer Tunick.

Par CC - Publié dans : Nudité et pudeur - Voir les 0 commentaires
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Mercredi 14 mars 2012 3 14 /03 /Mars /2012 11:59

Tant de livres d'une platitude absolue qui sortent, tant de publications conformistes, et qui plus est souvent entachées d'erreurs grossières sur les faits relatés, les personnages décrits.

 

dialogue-sur-les-aleas.jpgJe me lance dans la rédaction d'un livre qui sera une sorte de galerie de portraits. Il y aura là des personnalités très connues que j'aborde sous un angle un peu particulier, d'autres qui n'ont laissé leur nom dans l'histoire que pour une anecdote, des gens de toutes les époques, de toutes les conditions. Ca fera un peu pendant à mon "Dialogue sur les aléas de l'histoire", et ce sera aussi l'occasion de faire connaître ou de préciser ma grille de lecture philosophique personnelle.

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