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L'Espagne républicaine. Mémoires de mon aïeul (I)

30 Août 2007 , Rédigé par CC Publié dans #Guerre civile espagnole

Je traduis en ce moment les mémoires de mon grand-père José-Maria Colera. Ce texte nous fait replonger dans les inégalités sociales des années 1930, et révèle la manière dont le nouveau régime républicain, vu à travers un de ses gendarmes "de base", pouvait représenter un espoir très concret de changement. Il permet de comprendre pourquoi les organisations ouvrières et paysannes allaient le soutenir en 1936, mais aussi quelle était sa fragilité devant le pouvoir des riches et le conformisme ambiant, ce qui fait en retour réfléchir sur la psychologie de l'auteur et les raisons de son progressisme. Voici donc le texte, annoté par mes soins. Il éclaire aussi le rôle essentiel d'une partie de l'appareil d'Etat républicain (certaines tendances de la Garde civile notamment) dans la sauvegarde de la République en des points clés comme Barcelone, un rôle sousestimé de nos jours au profit de celui des milices ouvrières, lesquelles n'auraient pourtant pu, à elles seules, remporter la victoire. 

CC

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          TOUTE UNE VIE DE GUERRE
 

Je suis né dans un village de la province de Teruel (Mazaleón) le 13 juillet 1905. Un mois après ma naissance, ma mère[1] et mon grand-père[2] m’amènent à cheval sur une mule au village où mon père fut affecté après sa réintégration dans la Garde Civile.

 

 Pendant les premières années de mon enfance dans ma famille on ne parlait pas d’autre chose que des guerres et leurs calamités, mon père[3] de ses huit ans de guerre passés à Cuba. Cette guerre selon mon père fut une vente du Gouvernement aux Américains, et pour occulter cette vente au peuple, Washington fomenta un soulèvement national des Cubains. Quand plus tard l’Espagne fut fatiguée de cette guerre le Gouvernement américain chercha un prétexte en coulant un vieux bateau dans le port de la Havane ayant pour conséquence la déclaration de guerre à l’Espagne, guerre au cours de laquelle l’Espagne perdit toute son Escadre. Le Gouvernement de l’époque faisant la déclaration suivante (Mieux vaut l’honneur sans les bateaux que les bateaux sans l’honneur[4]). Cette guerre coûta à mon père huit ans de calvaire : sept ans de guerre et un an comme prisonnier des Américains.

A son retour en Espagne, il fut amené à s’arrêter dans son village natal où il connut ma mère et se maria un an tard[5] ; A la suite de cette guerre il eut une maladie qui selon les Médecins était une séquelle des calamités endurées durant les huit ans passés à Cuba, à cause de cela il se vit obligé d’hypothéquer toutes les propriétés qu’il avait, cette maladie le maintint un an au lit. Une fois remis de sa maladie, pour récupérer les terres qu’il avait hypothéquées il ne lui resta plus d’autre solution que de réintégrer la garde civile, puisqu’à Cuba il se trouva avoir fait partie de cette institution. Il n’ignorait pas qu’en réintégrant cette Institution tous les quatre ans il recevait une prime de réengagement et avec cette prime il pouvait déshypothéquer les propriétés qu’il avait hypothéquées. C’est tout ce qu’il avait tiré de cette guerre où il vit des milliers de ses compagnons mourir, quelques-uns dans les bateaux avant d’arriver à Cuba à cause des mauvaises conditions de transport, et d’autres qui mouraient à cause du climat à Cuba et des calamités, selon ce qu’il me disait, l’année où il fut prisonnier des Américains ils lui donnèrent un bon traitement.

Maintenant, je parlerai d’une autre guerre de laquelle mon grand père maternel me parla beaucoup durant mon enfance. Il était connu à Mazaleón comme « el tio Manolo ». Pendant la guerre carliste[6], il avait 14 ans. Un jour se présente au village un agent recruteur qui offrait un réal par jour et une paire d’espadrilles à qui voulait aller se battre. Il parvint à recruter dans le village quelques jeunes de 12 à 14 ans, parmi lesquels se trouva mon grand-père. Ces jeunes firent partie de la Colonne Doña Blanca, dont l’âge moyen était très bas.

Selon mon aïeul, jamais ils ne virent ni le real ni les espadrilles. Mais ils ne pouvaient pas s’enfuir à cause du peloton d’exécution qui attendait les déserteurs, et aussi par peur des lames de couteau des bandes adverses qu’on trouvait dans tous les villages. Lors de l’attaque d’Alcaniz, la Colone Doña Blanca ne put entrer dans la ville. L’ennemi pour contrer l’attaque avait inondé toutes les huertas. Mon aïeul attrapa des rhumatismes et fut renvoyé chez lui en attendant la guérison.

La nuit suivant son retour, les milices armées se présentent chez lui. Ils demandent à sa mère où se trouve son fils, sachant qu’il venait d’arriver. Sa mère répond qu’il n’est pas là. La maison est fouillée dans l’espoir de trouver mon grand-père et de le tuer sur place. En vain. Celui-ci s’était caché derrière un de ces bancs qu’on place devant les cheminées espagnoles. La nuit d’après, son frère cadet le conduisit hors du village dans une cachette et dut ensuite venir lui apporter de la nourriture toutes les nuits. La guerre se termina et les combattants furent amnistiés et mon aïeul put se présenter à nouveau à visage découvert au village. De cet épisode, mon grand-père tira une leçon qu’il me répétait souvent : « Mon petit, nous faisons des guerres qui ne sont pas les nôtres. Pendant la guerre, la vie humaine vaut moins encore que celle d’un chien. »

A l’âge de neuf ans[7], alors que nous nous étions installés à Alcañiz, mon père m’inscrivit chez les Escolapios[8]. Cette année là la guerre éclata en Europe. Certains frères étaient germanophiles comme le père Clemente qui à chaque avancée des Allemands leur consacrait un cours. D’autres étaient francophiles comme le père Romaldo qui dédiait son cours aux Français. La guerre, toujours la guerre. En Espagne, pour ne pas nous distinguer de l’Europe, nous eûmes notre guerre, celle du Rif. A Alcañiz, chef lieu de district, on distribuait les soldes. La seule chose qui comptait. Les régiments d’Afrique n’avaient rien à attendre de la guerre, que des avanies. La guerre leur importait peu, ils n’avaient rien à y gagner. Ils n’avaient pas d’actions dans les mines du Rif, eux, à la différence du Comte de Romanones[9] et d’autres grands d’Espagne.

Je suis resté à Alcañiz jusqu’à l’âge de douze ans[10] quand j’entame ma première année du bachillerato. Un jour, mon père est attablé au casino à jouer aux cartes. Son capitaine entre. Mais mon père, absorbé par le jeu, oublie de le saluer. De retour à la caserne, le sergent le convoque et lui déclare de la part du capitaine qu’il pouvait demander un poste dans une autre compagnie puisqu’il avait oublié le salut militaire au casino. Pour cette raison mon père fut affecté à Barcelone, à Olesa de Monserrat. Comme il n’y avait pas d’école dans ce village, je me vis obligé de travailler à l’âge de 12 ans dans l’usine de Bapor Cremat, où nous étions une douzaine de gosses de dix à douze ans à travailler douze heures par jour avec les hommes adultes. La première semaine on me paya deux pesetas par semaine, encore était-ce un traitement de faveur car les autres ont été pris à l’essai et n’ont rien reçu. J’y ai travaillé un an. A la fin je gagnais douze pesetas par semaine.

D’Olesa de Monserrat mon père fut affecté à Tarrasa[11]. Je suis alors entré à l’usine de Ram de l’Aigua où nous fîmes une grève de 14 semaines[12]. Grève que nous avons gagnée et où nous obtînmes la journée de 9 heures et le salaire de six pesetas par semaine. Peu de temps après le patron provoqua le lock out de l’usine ce qui nous coûta trois mois de chômage. Au terme du lock out, nous pûmes passer au bureau de l’usine pour établir un nouveau contrat. A cette date le patron nous offrit la journée de huit heures sans que les ouvriers n’aient rien réclamé.

A Tarrasa, les moyens éducatifs étaient plus nombreux. Je passais le jour à l’usine et le soir je suivais des cours de comptable à l’Ecole des arts et métiers. Et qui plus est je prenais des cours par correspondance au Centre libre d’enseignement général de Torre Hermosa de Badajoz. J’obtins ainsi le titre de comptable à 17 ans.

Ayant atteint l’âge requis, mon père prit sa retraite de la Garde civile.  Il se retira dans son village natal (Mazaleón). N’ayant pas encore atteint la majorité, je dus le suivre et m’installer dans cette commune où j’étais né et où j’avais passé 6 ou 7 vacances à raison de 6 ou 7 jours de congés à chaque fois.

Quelques jours après notre arrivée, la mairie vint à manquer d’un adjoint pour établir la liste de répartition des dépenses et des contributions (consumos y contribuciones). L’adjoint (ayudante) responsable du secrétariat de la mairie, un ancien maître d’école, M. Roya, s’était saoulé un soir et, dans ce moment d’ivresse, avait renversé son encrier sur les registres fiscaux alors que son travail touchait à sa fin. Il fallait recommencer à zéro cette tâche. Les gens de la mairie pensèrent que j’étais le seul à pouvoir le faire. Devant l’impérieuse nécessité[13] mon père accepta.

Quand j’eus fini, la mairie me demanda de continuer à ce poste jusqu’à ce qu’on trouve un nouveau secrétaire (ayudante).

En 1921 les troupes espagnoles dans le Rif subirent le plus grand désastre de leur histoire. Abdelkrim à Monte Arruit nous infligea de rudes pertes – plus de 20 000 hommes – faisant prisonniers les généraux Navarro et Fernandez Silvestre, assiégeant les forces du Général Sanjurjo à Nador[14]. Par ses articles, la presse espagnole souleva un grand élan patriotique au sein de la jeunesse. Avec d’autres jeunes de mon âge nous nous serions bien portés volontaires pour aller nous battre dans le Rif. Mais les régiments n’acceptaient pas les volontaires.

En 1923, ma vie se déroulait sans peines ni gloires au secrétariat de la commune. La guerre du Rif se poursuivait. La revue Blanco y Negro publiait dans chaque édition les photographies d’officiers de 20 ou 21 ans, morts au combat. On ne voyait pas la fin de la guerre.

Pour cette raison, dès que l’armée vint à manquer d’hommes, je demandai à mon père de me laisser m’engager comme volontaire. J’avais 18 ans. J’étais presque un homme. Mon père m’accorda l’autorisation.

Je me présentai à divers régiments de Saragosse. Aucun d’eux n’admettait de volontaires. Finalement, je me présentai au Régiment du Génie (Pontoneros) où l’on n’admettait seulement des volontaires pour la fanfare militaire (banda de trompetas) où je signai un contrat de quatre ans. Un ancien du recrutement de 1921 me prit en charge. On devint bons amis. Il avait toujours à la bouche cette devise : « Soldats pour vous la patrie est sacrée ; pour moi, c’est la solde qui est sacrée ! »

Il avait deux ans d’armée derrière lui. Il avait été à Larache[15], il connaissait les horreurs de la guerre. Il avait lu en particulier El último pirata del Mediterráneo de Manuel Benavides[16], il savait qui la guerre avantageait. Il voulait terminer son service et rentrer chez lui ensuite. A l’époque, le service militaire durait trois ans[17].

Enfin vint le débarquement d’Alhucemas, les derniers combats du Rif en 1926[18]. Les gens de mon recrutement rentrent au bercail, le service militaire est rabaissé à un an. Fatigué après  trois ans d’armée, je demande à être libéré de mes obligations, ce que j’obtins le 26 août 1926 et je rentrai chez moi.

J’avais mon titre de comptable dans un village à côté de Mazaleon. A l’époque se construisait le chemin de fer entre Val de Zafran et San Carlos de Pepita.  Les travaux étaient dirigés par la firme Portolés y Compañía de Saragosse. Mon père me conseilla d’aller travailler dans leurs bureaux à Valdeltormo.

Je me présentai là-bas  pour demander s’ils n’avaient pas besoin d’un employé. Là je rencontre un directeur nommé Don Julian Aramandia. Dès que mon père lui eut dit qu’il était retraité de la Garde Civil , Don Julian lui répond « Moi aussi j’ai appartenu à la Garde civile. J’ai été sergent pendant la guerre carliste. » En tant que carliste il avait fait partie des perdants de la guerre civile. Il avait dû se reconvertir dans les constructions de routes après la guerre. Il me donna un papier pour que je me présente à Saragosse en son nom au siège de la Compagnie. Je fus accueilli par Don Carlos Portolés lui-même. Il m’expliqua que je pouvais commencer quand je voudrais comme pointeur (listero), responsable des comptes d’un millier de personnes qui travaillaient au tracé et à la construction du chemin de fer de la Compagnie.

J’y ai travaillé jusqu’en 1932[19].

En 1931 la République d’Espagne avait été proclamée. Le Grand capital espagnol, pour saboter le nouveau régime, mit fin à la construction de la ligne à laquelle je participais comme comptable.  Je dus partir.

Mes trois années d’armée m’avaient rendu antimilitariste. Ma candidature à l’entrée dans la Garde civile en 1924 avait été refusée. Le fait que j’aie rompu mon contrat de 4 ans avec l’armée dans les années 20 m’avait valu une place de choix dans la liste noire des militaires.

Pendant 5 ans, de 1926 à 1932, j’avais connu différents disciples de Marcelino Domingo[20], lesquels me prêtèrent quelques livres parmi lesquels « La religion al alcance de todos »[21] et « El ultimo pirata del Mediterraneo »[22]. Je ne m’étais jusqu’alors jamais mêlé à la politique, mais ces gens me proposèrent de faire partie d’un de ces Comités républicains qu’à l’époque on appelait  « Comités révolutionnaires ». Nous n’avions rien de révolutionnaire mais nous avions étudié l’Histoire d’Espagne et nous étions antimonarchistes. L’Histoire nous montrait que la monarchie n’avait qu’entraîné une série de guerres et que le perdant c’était toujours le peuple. C’était ça notre révolution : restaurer dans notre patrie un régime qui renoncerait à la guerre comme mode de relation entre les peuples civilisés. L’année 1930 j’ai participé à la création de l’Union Générale des Travailleurs dans le district de Pinell de Bray (Tarragona). Comme l’UGT n’existait pas dans cette zone, je suis entré en contact avec Wenceslao Carrillo[23].

En 1931 les travaux de Portolés y Compañía s’arrêtent. Je songeai à nouveau à postuler à la Garde civile. Je demandai à M. Portolés ce qu’il en pensait. Il me dit qu’il ne savait pas si les travaux reprendraient et me conseilla de prendre un poste de garde civil, quitte à ce que la compagnie me réembauche le jour où les travaux reprendraient.

J’intégrai donc la garde civile[24]. Je fus affecté au 23 ème régiment (tercio) à Jaén (Andalousie) au poste de Porcuna, dans lequel j’allais me faire connaître assez vite. Quand je partais en tournée, le chef de ligne Alferz (sic) Madrigal me disait : « Ne rentre pas à la caserne sans avoir collé un PV ». Je collais des contraventions aux riches, alors que mes collègues en donnaient aux pauvres. On m’appelait « le jeunot de la garde » ou « le garde communiste ». Avant d’intégrer la garde civile j’avais appartenu au parti radical-socialiste dont j’avais fondé une section dans le district de Valderrobles, dans le Bas-Aragon, dont le chef-lieu est Valdeltormo.

Le barbier qui venait à la caserne pour raser les gardes était socialiste. Un jour, celui-ci me dit : « Monsieur, vous êtes socialiste ? Je réponds « Non, je suis garde civil ». « Non, reprend-il. Le maire, Monsieur Montilla, qui est socialiste, a demandé si le PS à Madrid vous connaît et ils ont répondu qu’ils vous font entièrement confiance. Vous avez fondé la première section UGT dans la province de Tarragone. »               (A suivre)


La suite de ce texte paraîtra en décembre 2008 aux éditions du Cygne sous le titre José Colera, La guerre d'Espagne vue de Barcelone (1936-1939), Mémoires d'un garde civil républicain


----- Photo 1 : Mazaleon, Photo 2 : José-Maria Colera (17 ans) avec ses parents, son frère et sa soeur
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[1] Teresa Vidal-Andrés née à Fabara en 1884, elle a donc 21 ans à l’époque. Elle aura, une fille Conchita, en 1909 puis un fils Vicente en 1921. Elle allait se réfugier en France avec sa fille Conchita en 1939. Elles sont retournées en Espagne en 1941 après avoir appris la libération du mari de Conchita Gregorio (1908-2004), qui s’était battu dans le camp républicain.

[2] Manuel Vidal-Llorens né à Mazaleon en 1858, 47 ans.

[3] Nicolás-Isidro Colera-Monserrat, né à Mazaleón fils de Teodoro Colera, mort alors que son fils était en bas âge.

[4] "Vale más honra sin barcos que barcos sin honra" déclarations de l’amiral Casto Méndez Núñez après sa dernière bataille contre la flotte étatsunienne.

[5] Vers 1899, elle avait seulement 14 ans, son mari en avait 28.

[6] Guerre de succession dynastique qui opposa conservateurs et libéraux en Espagne au XIX ème siècle. Il s’agit ici de la seconde guerre carliste (1872–1876)

[7] En 1914.

[8] L’ordre des Escolapios fut fondé à la fin du XVI ème siècle par San José de Calasanz sur la base de la connaissance de soi et d’une pédagogie auprès des classes populaires. L’Aragon fut la première province instituée par l’ordre des Escolapios. La Fondation pieuse d’Alcaniz fut créée en 1638. Le système éducatif des Escolapios (Comunidad de San Valero) fut mis en place dans cette ville en 1729. L’école accueillit en moyenne 300 élèves par an tout au long du 19 ème siècle. Elle fut rasée en 1936 et 9 frères furent assassinés.

[9] D. Alvaro de Figueroa y Torres (Madrid 1863- Madrid 1950) fils d’Ignacio de Figueroa y Mendieta et d’Ana de Torres y Romo, marquise de Villamejor, nommé comte de Romanones près de Guadalajara en 1893. Député de Cuba en 1888, membre du parti libéral, maire de Madrid, célèbre pour son handicap physique - il boitait suite à une chute de cheval –. Il fut dix-sept trois fois ministre et trois fois président du conseil (1912-1913, 1914 à 1917 et 1931). Il était actionnaire, comme le roi Alfonse XIII de la CEMR-Compañia Española de las Minas del Rif.

[10] 1917.

[11] Province de Barcelone.

[12] Avec son usine textile, Tarrasa, tout comme Sabadell, est à l’époque un fief du « syndicat unique » anarchiste (CNT). Selon son fils Jean, José-Maria Colera y aurait connu de futurs leaders anarchistes de la guerre civile comme « El Moreno ». Il se peut qu’il faille voir dans cette  grève un élément de la grève de solidarité avec les ouvriers de La Canadiense , la compagnie d’électricité de Barcelone qui eut lieu du 5 février au 19 mars 1919. La grève s’inscrit dans un contexte européen insurrectionnel avec la révolte spartakiste allemande de janvier 1919, la République des soviets de Bavière et la révolution hongroise. Les grévistes obtinrent effectivement le 3 avril 1919 la journée de huit heures et la semaine de 48 heures (accordée aussi au même moment en France par Clemenceau). Refusant de reconnaître les syndicats et la journée légale de huit heures, les employeurs décident le lock-out en Catalogne du 1er décembre 1919 au 26 janvier 1920. Plus de 200 000 travailleurs sont réduits à la misère. Cf César M. Lorenzo, Le Mouvement anarchiste en Espagne, Pouvoir et Révolution sociale, Toulouse, Les éditions libertaires, 2006, p. 60-61.

[13] Le projet initial du père de José-Maria Colera était que son fils reste au village sans rien faire sauf chasser.

[14] L’historiographie retient plutôt 13 000-14 000 à l’issue de la défaite d’Anoual le 23 juillet 1921. Monte Arruit tombe le 9 août 1921. L’offensive espagnole est arrêtée le 18 septembre 1921.

[15] Mehal-la, dans le Rif.

[16] Il s’agit là d’un anachronisme. Manuel Benavides, romancier et rédacteur de l’hebdomadaire populaire La Estampa , militant du PSOE, publia son best seller El último pirata del Mediterráneo en 1934, dans lequel il dénonçait l’empire financier constitué en Espagne et en Afrique du Nord par Juan March qui subventionnait divers politiciens de gauche et de droite. Commissaire de la flotte républicaine, il mourra en exil au Mexique peu après avoir adhéré au PC en 1947. Personne en 1923 n’avait pu lire le livre de Benavides publié en 1934...

[17] Le manque d’argent qui frappa soudain sa famille après que son père, grand joueur de cartes, ayant flambé une fortune au casino, ne fut pas sans influencer cette décision. José-Maria effectua la suite de son engagement militaire aux Canaries célèbres pour leur exotisme. Il y rencontra Sanchez Redondo, futur commandant de la 1ere division mobile d’Assaut en Catalogne qu’il retrouvera dans la résistance venu de la loge maçonique communiste de Montauban. Ses compagnons de régiment tenteront de le suivre, mais se tromperont de « Palma » et iront à Mayorque.  Aux Canaries JM Colera s’affirme dans l’équipe de foot locale. Sur le point de se marier, il se voit promettre par son beau-père une place de comptable dans sa compagnie maritime mais dût rentrer subitement en Aragon en 1926.

[18] La guerre du Rif fut une guerre coloniale brutale qui donna lieu à l’emploi massif d’armes chimiques contre les populations civiles (notamment du gaz moutarde livré par l’Allemagne). Elle ne fut remportée par les Espagnols que grâce à l’aide française. Le 26 mai 1926 Abd-el-Krim se rendit aux troupes de Lyautey.

[19] Il épousa Candelaria Planchat en 1929 après l’avoir fréquentée pendant 5 ans. Il eut son premier fils Fernand en janvier 1931.

[20] Marcelino Domingo Sanjuan (Tortosa, 1884-Toulouse, 1939) Politicien espagnol, franc-maçon, il diffusa le républicanisme laïque et radical dans le delta de l’Ebre. En 1916 il fonda avec Layret y Alomar le Bloc Republicà Autonomista, qui devint en 1917 le Partit Republicà Català. L’année suivante il fut élu député de Barcelone. Fondateur du Parti radical socialiste (1929), il conspira contre la dictature de Primo de Rivera et fut un des signataires du Pacte de Saint Sebastien (1930). En 1933 son parti s’unit à celui d’Azaña pour former Izquierda Republicana, et il est au pouvoir en 1936 comme ministre de l’instruction publique. Il écrivit diverses oeuvres, notamment : ¿Dónde va Cataluña ? (1927) et Á dónde va España? (1930).

[21] De Rogelio Herqués de Ibarreta, écrivain franc-maçon.

[22] Encore un anachronisme. Cf note plus haut.

(23)  Wenceslao Carrillo Alonso (1889-1963), leader syndical des Asturies, membre du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), rédacteur de El Socialista, membre de la direction de l’UGT, partisan de l’alliance avec Primo de Rivera, il critique ce régime en 1929. Conseiller municipal de Madrid en 1931, député de Cordoue. Il siégea au gouvernement  républicain et s’exila en Belgique en 1936. Il est le père du leader communiste Santiago Carrillo.


(24)  La République fut proclamée le 14 avril 1931. Selon la mémoire familiale José Maria Colera ne fut intégré qu’en janvier 1932 après avoir essuyé plusieurs refus pour entrer dans la garde civile (on ne prenait que les 4 premiers, le 5 lui revenait sans cesse, en raison des opinions républicaines de son père).


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