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Les Républicains espagnols et l'indemnisation

31 Mars 2009 , Rédigé par CC Publié dans #Guerre civile espagnole

Le Conseil d'Etat a récemment jugé que l'Etat français avait commis une faute engageant la responsabilité à l'égard des Juifs déportés mais que ceux-ci ont déjà été indemnisés. En dirait-il autant des Républicains espagnols ? Aucun litige n'a été jugé sur ce thème jusqu'ici semble-t-il. Je découvre seulement en lisant Sud-Ouest que d'autres requêtes de déportés juifs sont pendantes devant le tribunal administratif de Pau.

CC
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JUSTICE. Le tribunal administratif de Pau examine ce matin 17 nouvelles requêtes de juifs internés. « Sud Ouest » a pu lire leurs dossiers

Gurs, parcours de déportés

Comme il y a deux semaines, le passé du Béarn est convoqué au tribunal administratif de Pau. Des anciens déportés du camp de Gurs, ou leurs descendants, réclament la condamnation de l'État et de la SNCF à leur verser réparation pour le préjudice subi. Pas moins de 17 demandes sont présentées.

Ironie du calendrier judiciaire : avant même de plaider, les avocats des requérants, Avi Bitton et Corinne Hershkovitch, connaîtront le délibéré des dix dossiers présentés il y a 15 jours. Le jugement est en effet rendu aujourd'hui. Et il y a peu de chance qu'il leur soit favorable. Lors de l'audience, le rapporteur public avait souligné que, selon la jurisprudence en vigueur, l'État avait « déjà indemnisé toutes les victimes de tous leurs préjudices ». Quant à la SNCF, la justice administrative est considérée comme incompétente la concernant.

Pour trouver la force de plaider quand même, les avocats puiseront sans doute dans les dossiers qu'ils défendent. Ces histoires individuelles sont autant de déclinaisons d'une même tragédie. Avec pour point commun d'avoir toutes connu un épisode dans un coin de Béarn nommé Gurs.

Qui sont-elles, ces victimes qui demandent réparation près de soixante-dix ans après le crime qui les a frappées ? « Sud Ouest » a pu consulter ces dossiers. La plupart sont juifs. Leurs familles vivaient en Allemagne, en Belgique, en Alsace... Certains, même, avaient cru trouver refuge dans le Sud-Ouest.

Aujourd'hui, ces déportés ou leurs descendants habitent en Israël, au Canada, au Brésil... mais aucun n'est resté dans la région de Gurs, qui n'a été pour eux qu'une zone de transit avant une mort programmée.

La vie au bout de l'évasion

Cette requérante habite aujourd'hui au Brésil. Avant la guerre, elle vivait en Allemagne, qu'elle a fuie pour Amsterdam, puis Bruxelles, avec ses parents.

Indésirable comme juif en Allemagne, son père est arrêté comme prisonnier de guerre à cause de sa nationalité allemande de l'autre côté de la frontière. Ce qui lui vaut d'être arrêté et transféré en France par la police, puis « acheminé dans les trains de la SNCF vers le camp d'internement de Gurs où il fut détenu pendant environ deux ans », indique le mémoire de Me Bitton.

Le 30 août 1942, le père de la requérante fait transmettre un message à sa femme, via la Croix-Rouge : il quitte le camp « pour une destination inconnue ». Cette destination, c'est Auschwitz, via Drancy. Le parcours « classique » des convois qui partent de Gurs.

La fille reverra son père une dernière fois dans le camp de concentration béarnais, où elle-même et sa mère sont internées.

« À son arrivée au camp d'Auschwitz, le père de la requérante fut immédiatement gazé et réduit en cendres dans les fours crématoires », poursuit le mémoire de la requérante.

Elle-même et sa mère n'ont la vie sauve qu'en parvenant à s'échapper de Gurs, et en vivant dans une cache jusqu'à la fin de la guerre. Date à laquelle elle part au Brésil.

Arrêtés en Dordogne

En 1939, cette requérante-ci a 9 ans. Elle vit à Strasbourg. Quand la guerre éclate, sa famille évacue la ville et se réfugie à Excideuil, en Dordogne.

Mais la guerre va les rattraper jusque dans le Sud-Ouest. « Le père de la requérante fut arrêté le 24 février 1943 par la gendarmerie française. S'ensuivit son transfert au camp d'internement de Gurs d'où il envoya sa dernière carte postale, puis à celui de Drancy. Il fut par la suite déporté dans les trains de la SNCF par le convoi n° 51 en date du 6 mars 1943 vers le camp d'extermination de Lublin Maidanek », indique le mémoire déposé devant le tribunal administratif de Pau.

Sa mère, elle, est envoyée à Drancy, puis à Auschwitz. Les parents ne reviendront jamais de ces deux camps d'extermination. Quant à celle qui était alors petite fille, et qui demande aujourd'hui réparation, son avocat indique qu'elle « a dû se cacher dans des caves, des greniers et des poulaillers afin d'éviter de se faire arrêter. Elle fut par la suite placée dans un orphelinat à Limoges, avec de faux papiers. Au lendemain de la guerre, elle fut placée dans une maison d'enfants juifs ».

Et Avi Bitton de conclure, en soutien des demandes d'indemnisation pour l'arrestation, l'internement, la déportation et la disparition de ses parents : « Aujourd'hui encore, la requérante soutient qu'elle fait des cauchemars sur cette période sombre de son enfance. »

Sauvés par la résistance

« Ce dossier n'est pas le procès de la France, mais d'une administration et d'une entreprise qui ont participé à un processus d'extermination », a l'habitude d'assurer l'avocat des requérants. « Car il y eut aussi en France des gens qui ont aidé les juifs au péril de leur vie. »

Ce dernier dossier en est une illustration. Les deux requérants concernés habitent aujourd'hui en Israël. Frère et soeur, ils ont été raflés avec leurs parents le 22 octobre 1940 par la gendarmerie.

Ils sont conduits au camp de Gurs, où ils sont internés jusqu'en mars 1941. S'ensuit la succession d'étapes que l'on retrouve dans la plupart des dossiers : après Gurs, c'est le camp de Rivesaltes, jusqu'en septembre 1942. Puis les wagons à bestiaux de la SNCF, facturés à l'état en troisième classe, conduisent la famille jusqu'à Drancy.

« Le 16 septembre 1942, les parents des requérants furent déportés dans les trains de la SNCF par le convoi n° 33, en direction du camp d'extermination d'Auschwitz. Les parents des requérants ne reviendront pas de ce dernier camp », indique le mémoire de l'avocat des frère et soeur.

Lequel révèle plus loin que « les requérants, destinés à faire partie de ce convoi, échapperont à la déportation. En effet, alors qu'ils étaient sur le quai du départ, une inconnue, membre de la résistance, les emporta avec elle ».

Pour ce qu'ils ont eux-mêmes subi et pour la perte de leurs parents, le frère et la soeur demandent chacun 600 000 euros à l'État français et à la SNCF.

Les éclaircissements de l'Amicale

Les recours devant le tribunal administratif actuellement intentés contre l'État et la SNCF par d'anciens internés de Gurs ou leur famille amènent l'Amicale du camp à apporter des « éclaircissements ».

« Certains de nos membres ont été troublés, se sont demandés si nous étions partie prenante dans cette procédure. D'autres y ont vu une manoeuvre pour torpiller la manifestation du 25 avril, où une plaque commémorative sera apposée sur la façade de la gare d'Oloron pour le 70e anniversaire de l'ouverture du camp », explique André Laufer, le président de l'Amicale.

Celui-ci le rappelle : la démarche de l'Amicale est « uniquement mémorielle, et pas du tout une recherche de responsabilité des uns ou des autres. Nous ne connaissons pas les gens qui ont fait ce procès. On l'a appris par la presse, et on est tombé des nues ».

Pour autant, ajoute Antoine Gil, membre du bureau de l'association, « nous ne sommes pas indifférents. Ces requérants ont une histoire, une souffrance. Mais ce qui peut nous gêner, c'est la demande financière qui est formulée dans cette procédure ».

L'Amicale, qui se définit comme « la conscience du camp de Gurs », compte 500 membres, dont une centaine d'anciens internés (60 000 personnes ont transité par le camp, républicains espagnols, juifs, résistants, tsiganes).

Elle est notamment à l'origine de l'érection d'un bâtiment d'accueil sur le site (plus rien ne subsistait du camp d'origine après guerre), de deux sentiers documentés, d'actions pédagogiques auprès des scolaires, et elle édite un bulletin trimestriel.

Jeudi 26 Mars 2009

Auteur : Gwenaël Badets
g.badets@sudouest.com
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Histoire de l'adultère d'Agnès Walch

31 Mars 2009 , Rédigé par CC Publié dans #Notes de lecture

Pour info, mon CR sur l'Histoire de l'adultère d'Agnès Walch est publié sur http://www.parutions.com/index.php?pid=1&rid=4&srid=91&ida=10688.
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Mon livre"La Nudité" dans la revue "Sciences humaines"

28 Mars 2009 , Rédigé par CC Publié dans #Interviews en rapport avec mon livre "La nudité"

La revue Sciences Humaines , n° 203, d'avril 2009, en page 58, dans la rubrique "Anthropologie", sous un thème "Lettre à mon corps", a bien voulu faire une mention de mon livre sur la nudité sous la plume de Flora Yassine. Ce texte étant en ligne sur http://www.scienceshumaines.com/lettre-a-mon-corps_fr_23484.html, je crois pouvoir le reproduire ci-dessous sans craindre d'enfreindre la "Nétiquette" comme on dit.

La revue Sciences Humaines, est assez lue, et ce numéro d'avril, consacré à l'école, risque de l'être en particulier par les enseignants. J'observe que le blog "Ethnologiques" s'est fait l'écho de cet article dès le 20 mars.

Une précision quand même sur le commentaire que fait Flora Yassine de mon livre : toutes les thèses que je décris dans la première partie sont évolutionnistes, et celle que je privilégie, ne part pas du tout du principe que le sexe des femelles "est caché par les poils" chez les autres animaux : d'abord je ne compare pas l'humain femelle aux autres animaux mais aux primates du même sexe (les espèces les plus proches de la nôtre), lesquelles n'ont pas du tout le sexe caché mais au contraire la vulve visible et qui se colore pour attirer les mâles quand elles sont en chaleur. Par conséquent ce n'est pas dutout une problématique de la dissimulation par les poils qui peut expliquer la nudité (chez l'humain aussi la femelle a le sexe dissimulé par les poils), mais celle de la dissimulation de la vulve par la station verticale qui aurait entraîné une substitution du corps sans poil à la vulve sans poil comme stimulus sexuel permanent. Je précise cela pour le cas où des spécialistes tomberaient sur le résumé de Flora Yassine et me suspecteraient d'avoir commis un contresens sur les thèses que je rapporte.

Je lis en ce moment, pour en faire une recension sur Parutions. com, l'Histoire de l'adultère d'Agnès Walch. J'y pêche des petits détails qui, d'une certaine façon, peuvent compléter les exemples que j'avançais à l'appui de mes idéaux-types (ou de mes idealtypes, utilisez le vocable que vous voulez). Ainsi quand je me demandais si la poésie courtoise médiévale visait un Eternel féminin nu ou habillé, j'apprends en lisant Agnès Walch que celle-ci codifiait précisément les gestes autorisés par le jeune chevalier, et que ces gestes pouvaient aller jusqu'à faire dévêtir complètement la Dame mais sans aller jusqu'à la toucher, ce qui peut confirmer, au fond, l'idée qu'une sorte de nudité féminine visuelle, apollinienne,  qu'on trouve aussi dans la métaphysique grecque, pouvait plus ou moins consciemment dominer l'imaginaire courtois. Mais j'avance cela sous toute réserve. De même j'ai lu avec intérêt les pages d'Agnès Walch sur la sanction de l'adultère par la peine dite de l' "authentique" qui mobilie souvent la nudité. Je rattachais ces peines à la culture germanique en suivant Dominique Barthélemy. Mme Walch l'inscrit dans la filiation du droit romain. J'y reviendrai peut-être plus en détail ultérieurement.

CC


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Lettre à mon corps (Revue "Sciences humaines" - avril 2009) 

L’Aventure du corps. Des mystères de l’Antiquité aux découvertes actuelles. Gilles Vignaux, Pygmalion, 2009, 420 p., 21,90 €

La Peau. Enjeu de société. Bernard Andrieu, Gilles Boëtsch, David Le Breton, Nadine Pomarède et Georges Vigarello(dir.),CNRS,2008, 380 p., 12 €

La Nudité. Pratiques et significations. Christophe Colera, Le Cygne, 2008, 187 p., 20 €

Flora Yassine


Cher corps
,


Décidément, l’intérêt que l’on te porte ne faiblit pas. En cette année 2009 chargée, si l’on en croit l’actualité, de soucis bien lourds, te voilà à nouveau examiné sous toutes les coutures.


C’est d’abord le tour d’un philosophe du CNRS qui se fait fort de raconter ton histoire sous l’angle médical, dans un ouvrage ambitieux et passionnant. Le premier traité de médecine antique, affirme Georges Vignaux, remonterait au xviiie siècle avant notre ère, à Babylone : le Code d’Hammurabi réglementait l’activité des médecins et prévoyait les risques encourus en cas de faute professionnelle grave ! Et l’auteur de nous conter comment a progressé la connaissance de tes fonctionnements, comment se sont croisées les croyances, la magie, l’alchimie et les avancées de savoirs plus précis et plus scientifiques, de l’Antiquité à nos jours, des dissections à l’étude des grandes épidémies… Il n’oublie pas non plus les perspectives que t’offrent aujourd’hui les nouvelles techniques de pointe, propres à te transformer pour que tu ne laisses plus l’âge nous trahir, que tu nous permettes de mieux jouir, d’être plus performants, plus beaux, et éternellement jeunes…


Tu serais même en train de devenir l’objet d’une « nouvelle religiosité », affirme Aurélien Guérard dans un second ouvrage (La Peau. Enjeu de société). Il consacre sa contribution aux nombreux implants que l’on peut aujourd’hui glisser sous ton épiderme : médicaux pour booster un organe défaillant, « techno-sécuritaires » pour déclencher son ordinateur ou la fermeture de sa maison, esthétiques bien sûr pour gonfler les poitrines féminines ou les sexes masculins. Historiens et anthropologues se penchent sur ton enveloppe, cette interface entre le biologique et le social, « entre la nature et la culture », écrit David Le Breton. Les couleurs de la peau y font l’objet de plusieurs analyses, de la blanche noblesse aux hiérarchies raciales – blanc, jaune, noir –, et aux fantasmes suscités par le corps métis, que Gilles Boëtsch nous décrit à la fois stigmate et objet de désir. Et si l’on considère que l’on peut devenir rouge de honte, bleu de peur, vert de rage…, c’est dire ce que ta peau communique !


Un troisième ouvrage enfin (La Nudité) se penche sur ton plus simple appareil. Pleine de récits et d’anecdotes – des bains romains à la douche collective des ouvrières dans l’ancienne URSS en passant par le film porno –, l’étude du sociologue Christophe Colera passe en revue les messages que ta nudité est capable de livrer. Mais d’abord, se demande-t-il d’entrée, pourquoi avons-nous perdu notre fourrure et la plupart de nos poils ? Les théories les plus fantaisistes circulent sur cette question. Je te laisse les découvrir. L’auteur, lui, en pince pour une thèse évolutionniste : le redressement du squelette aurait occasionné l’occultation des parties génitales féminines, cachées, chez les autres mammifères, par les poils… Plus grand-chose à cacher, plus beaucoup de poils ! Ces lectures stimulantes, cher corps, prouvent que tu restes l’objet de toute notre attention.

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Cléopâtre

22 Mars 2009 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées

Je suis un peu triste de voir des sites qui défendent la cause des immigrés et descendants d'immigrés africains se réjouir bruyamment d'une découverte récente, mise en scène par la BBC, selon laquelle la soeur de Cléopâtre VII dernière reine d'Egypte, Arsinoé (et donc pense-t-on, par voie de conséquence, Cléopâtre elle-même), avait des origines africaines, et peut-être plus triste encore que les sites anti-immigrationnistes attaquent la BBC pour son reportage à ce sujet.

Concernant les premiers sites, il faut se réjouir de cette découverte, fondée sur les ossements de la princesse retrouvés en Turquie. Tout d'abord il faut rappeler que le fait que Cléopâtre et bien d'autres lagides avaient du sang égyptien malgré l'ascendance macédonienne offciielle est très connu depuis longtemps. Dans les livres des années 80 qui n'étaient pas politiquement corrects on rappelait qu'il y avait beaucoup de "bâtards royaux" chez les Ptolémées et l'on signalait une physionomie de Cléopâtre qu'on qualifiait alors de "nilotique" sur les pièces de monnaie. Ensuite je ne voie pas bien en quoi cela mérite d'être mis en avant sur la scène politique, car cela n'ajoute ni ne retranche rien à la justesse des causes contemporaines. La réponse d'un site conservateur même si elle comporte quelques remarques justes (notamment sur le fait que Cléopâtre n'avait sans doute pas la même mère qu'Arsinoé), est attristante aussi par son obstination à nier les métissages dans la Méditerranée orientale. L'argument avancé (la représentation de Cléopâtre dans la statuaire est européenne) ne peut par ailleurs justifier la thèse d'une "pureté macédonienne" de la reine, puisque chacun sait que les représentations antiques étaient largement conventionnelles et gommaient ce qui dans le portrait peut aller à l'encontre du message que le commanditaire voulait faire passer.

Cette polémique coïncide avec un regain de popularité de Cléopâtre dans les années 2000 (films, livres, séries, comédies musicales) qui coïncide avec diverses valeurs de notre époque (la promotion politique de la femme, l'hédonisme, la valorisation des échanges interculturels).
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