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Débats sur la pilosité (suite) - un point de vue féministe

25 Février 2010 , Rédigé par CC Publié dans #Anthropologie du corps

On ne peut pas faire de sociologie du corps en ce moment sans s’intéresser aux débats actuels sur la pilosité.


J’ai cité en septembre les travaux de Claude Gudin (http://down.under.over-blog.com/article-35713769.html). Une de mes correspondantes a attiré mon attention aujourd’hui sur un texte qui s’appuie en partie sur les travaux de l’ethnologue Juliette Sakoyan (http://pgriffet.site.voila.fr/PF.htm).


Comme le souligne ma correspondante, ce texte est bien documenté. Mais il est sous-tendu par une idéologie communautariste que je récuse,  qui se révèle notamment dans une phrase comme : « Ce qui me semble important, c'est de comprendre que pendant des millénaires, les femmes n'ont pas été au contrôle de leur vie, donc de leur corps».

Sur une question comme la pilosité féminine les contre-exemples sur le contrôle qu’ont eu les femmes sur leur corps dans l’histoire sont légions. Je renvoie au chapitre sur les poils pubiens de « The naked woman » de Desmond Morris qui me paraît plus équilibré sur ce sujet.

 

Pour un témoignage de "professionnelle" sur la période récente, on peut lire ces propos de l'actrice de film X anti-épilation Céline Bara :

 

"J'ai fait des recherches (presque archéologiques) et j'ai constaté que dans pratiquement tous les magazines pornographiques et érotiques, et ce jusqu'en 1996, les modèles avaient toutes des poils. Je ne sais pas d'où
est venue cette mode qui consiste à dire qu'une femme doit être épilée à blanc sinon elle n'est pas normale. D'ailleurs cela ne concerne que le petit milieu de la pornographie car dans le cinéma dit "traditionnel" je n'ai jamais vu d'actrice épilée. A chaque fois elles arborent fièrement une toison bien fournie. Demandez donc à Sophie Marceau, Isabelle Adjani, ou Mathilda May ce qu'elles pensent de ces théories navrantes. Russ Meyer, véritable chantre de la femme dans tous ce qu'elle a de plus somptueux, réalisateur de la série Vixen, rirait bien en entendant ce genre d'abération. Tout cela sans parler de Tinto Brass auteur du fabuleux Caligula, et j'en passe et des meilleurs qui vont de Fellini à Jean Jaques Annaud ! Je crois même me rappeler qu'une certaine Mylène Farmer (que personne n'appelle une femme poilue), exhibait une superbe marmotte dans le clip de "libertine" !...L'inculture et la bêtise régnant sur ce monde j'affirme donc que c'est moi qui suis "normale" et non l'inverse. D'ailleurs quand je me livre à des débordements saphiques en privé mes partenaires ont plus souvent une superbe pilosité qu'un sexe tondu . Apparemment seul le petit monde du porno franchouillard a fini par croire que les femmes n'avaient pas de poils !"

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ITW

24 Février 2010 , Rédigé par CC

cindy.jpg2  h 20 d'interview pour une chaîne du câble cet après-midi. Mais il ne faut pas en parler avant la diffusion... Je dirai juste un mot de mon sentiment personnel : je ne suis pas très à l'aise dans ce cadre, pour une raison assez simple - mon propos sur la nudité n'est pas cristallisé dans la forme d'un cours ex-cathedra que je délivrerais à des étudiants. C'est une recherche qui tâtonne. Dès lors, je n'ai pas sous la main des "blocs" d'idées toutes faites, des formules pré-fabriquées, que je pourrais livrer dans une interview. En matière de nudité il n'y a jamais de démonstration solide. On peut mettre en évidence des grands traits sur plusieurs millénaires, avancer quelques hypothèses, mais il n'y a jamais de certitudes absolues - le dernier débat des paléoanthropologues sur le redressement du squelette et son impact sur le désir est là pour le prouver. Ceux qui prétendent le contraire mentent. Dès lors je suis voué à tâtonner dans les interviews aussi. Je suis l'illustration de ce que disait Félix Guattari, qu'il faudrait pouvoir bafouiller et imposer des gros blancs dans une interview. Bien sûr tout cela sera coupé au montage.

A la fois on tâtonne, et l'on est confronté à l'obligation de dire les choses en peu de temps, alors qu'il faudrait exposer tout une cadre culturel et anthropologique que le temps des médias ne permet pas de mettre en place (même quand on vous interviewe pendant deux heures ou plus)

Je n'en conclus pas comme le faisait Bourdieu que le sociologue ne doit pas répondre aux sollicitations des médias, bien au contraire. Tout individu doit tenter d'être utile où il le peut, comme il le peut, même sur des demi-phrases, des demi-mots. Chacun doit essayer. Si le résultat n'est pas brillant, si les gens n'accrochent pas ou commettent des contresens sur ce que vous dites, ça n'a pas d'importance : au moins vous aurez essayé. Je ne sais pas à qui cette interview de cet après-midi peut être utile ni comment, mais de toute façon ce n'est plus mon problème. La seule chose qui comptait c'était d'essayer de servir à quelque chose, voilà tout.
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La persistance du tabou de la nudité

10 Février 2010 , Rédigé par CC Publié dans #Généralités Nudité et Pudeur

Selon un sondage TENA/Ifop en France 37 % des femmes sont dérangées par une paire de fesses ou de seins sur une affiche publicitaire. Pour 45 % il faudrait que lla nudité masculine et féminine soit moins fréquemment visible.

printemps.jpg48 % des femmes sont dérangées par la vue de nudistes sur des plages ou dans un camp de nudistes (mais seulement 23 % sont dérangées par des seins nus sur une plage). 57 % sont dérangées de voir une femme totalement nue dans un vestiaire.

88 % se considèrent comme pudiques, 95 % se montrent nues devant leur conjoint, 63 % ne sont jamais nues devant leurs amies. Le naturisme ne concerne que 13 % d'entre elles.

Selon une enquête réalisée par le fabricant de balances Tanita en Grande-Bretagne auprès de 3000 personnes en 2007, 25 % des hommes sont si gênés par leur apparence qu'ils hésitent à se dénuder devant leur partenaire. 50 % se sentent gros. Dans le cas des hommes, des motifs de refus de la nudité différents de ce qu'ils étaient il y a 100 ans, mais qui révèlent un malaise persistant.

Au fait, un reportage d'Edward Bally sur le militantisme nu dans Enquête inédite sur Direct 8 hier. La trace du tabou y est omniprésente. Dans la difficulté de trouver des volontaires pour un happening artistique, dans l'embarras des  infirmières de l'hôpital de Cavaillon autour de la diffusion d'un calendrier dans lequel elles ont posé nues pour une enfant autiste - leur gène à le montrer à leur mari, et aux pompiers avec lesquels elles travaillent (toujours la violence masculine en arrière-plan, ne serait-ce que la violence des quolibets), leur façon de se trouver laides, et la manière dont le photographe Alain B en vient presque à ne mettre en valeur que les photos flous, pour presque affirmer qu'il n'y a pas de nu dans cette histoire là... Voir aussi le témoignage des auteurs du clip "Baby baby" rue Montorgueil, beaucoup d'argent à la clé, mais comme ils le disent  eux-mêmes c'est surtout l'audace qui est valorisée dans leur geste : avoir joué avec le tabou de la nudité publique (avec travail très compliqué de jeu avec la loi pénale, mais aussi avec les règles qui définissent le bon et le mauvais goût). Des propos extrêmement significatifs.

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Adolescence et pornographie

1 Février 2010 , Rédigé par CC Publié dans #Anthropologie du corps

Un sujet de société qui semble préoccuper beaucoup d'adultes et qui pourrait bien aboutir à des modifications anthropologiques importantes en Occident : le rôle du X dans la formation des adolescents. Je me borne dans ce billet à collecter quelques faits pour mémoire.Gaulois.jpg

D'après une étude réalisée en 2005 par l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), sous la direction de l'épidémiologiste Marie Choquet, 62 % des 14-18 ans ­ 80 % des garçons et 45 % des filles ­ ont regardé des images pornographiques durant les douze derniers mois.

Par exemple, 30 % des garçons qui "n'aiment pas l'école" (contre 20 % de ceux qui "l'aiment bien") regardent au moins dix fois par an du porno. Davantage que d'un lien de cause à effet, qui reste "difficile à établir", les chercheurs parlent de "facteurs de risque" qui augmenteraient "la probabilité de visionnage" d'images pornographiques par les adolescents.

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