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"Une histoire naturelle des sens" de Claude Gudin

27 Mars 2010 , Rédigé par CC Publié dans #Anthropologie du corps

Je suis frappé, à la lecture du dernier livre de Gudin, de constater combien pratiquement aucun point d'anthropologie naturelle ne fait consensus.

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On sait que l'hypothèse du redressement du squelette a été allègrement battue en brèche dans les années 2000, que Benot et Picq ne croient pas en la néoténie pour expliquer la répartition des poils, et voilà que Gudin, en bon amoureux des plantes, met en doute la sensibilité de humains aux phéromones émises par leur espèce et ne jure que par la subsitution des fleurs à l'ordeur corporelle. C'est à y perdre son latin...

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Dialogue sur les aléas de l'histoire

26 Mars 2010 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées

Mon dernier livre "Dialogue sur les aléas de l'histoire" vient de paraître chez l'Harmattan. Il pourra être commandé à partir du mois d'avril chez vos libraires ou sur Internet.
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DIALOGUE SUR LES ALÉAS DE L'HISTOIRE
Tout aurait pu se passer autrement

Christophe Colera
HISTOIRE


Que se serait-il passé si l'homme de Néandertal avait survécu aux côtés de notre espèce jusqu'à notre époque? Si les Aztèques avaient conquis l'Afrique ? Si Hitler avait gagné la guerre ? Sous la forme d'un dialogue imaginaire entre deux jeunes étudiants, l'auteur examine un à un certains des petits aléas de l'histoire qui auraient pu en dévier complètement l'orientation. Un exercice intellectuel utile à une meilleure compréhension des étapes du devenir humain.

ISBN : 978-2-296-10420-4 • avril 2010 • 116 pages

Prix éditeur : 12 € / 79 FF

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"The making of fornication" de Kathy L. Gaca

21 Mars 2010 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées

P1000737.jpgIl me faut dire ici tout le bien que je pense de "The making of fornication : Eros, Ethics, and Political Reform in Greek Philosophy and Early Christianity" de Kathy L. Gaca (UCP 2003), un livre remarquable sur les théories sexuelles des philosophes grecs et des premiers chrétiens. La très grande force du livre (qu'on retrouve aussi dans les tavaux de Renée Koch sur Epicure) tient au fait qu'il rappelle en permanence que la philosophie est un discours sur les dieux, qui se confronte en permanence à des croyances omniprésentes dans la cité de l'époque. C'est ce que Foucault avait perdu de vue dans son Histoire de la sexualité : que ces dispositifs qu'inventent les sages Grecs (car par exemple les stoïciens se disent "sages") ne sont pas seulement des constructions autour du corps, mais aussi des dé-constructions des croyances anciennes sur les dieux. Des déconstructions qui vont ouvrir la voie à leur démonisation par les chrétiens (notamment celle d'Aphrodite). On ne peut pas dissocier l'étude des pratiques corporelles de l'étude d'univers imaginaires (comme l'imaginaire religieux), qui par le biais du langage, manifestent une certaine autonomie à l'égard des phénomènes biologiques, et une certaine prénennité sur plusieurs générations (sans pour autant que ces univers ne soient purement arbitraires ni indépendants de la contrainte biologique largo sensu - c'est-à-dire aussi économique et sociale - dans laquelle ils perdurent).
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Desmond Morris à propos du pubis féminin

21 Mars 2010 , Rédigé par CC Publié dans #Anthropologie du corps

Je voudrais ici livrer une traduction personnelle de Desmond Morris "The naked woman" sur la question des poils pubiens, parce que je trouve que c'est une analyse assez équilibrée. Je n'en donne que les parties les plus importantes. p. 194 et suiv.

"Tout d'abord et en premier lieu, le développement des poils pubiens est un signal visuel. Au tout début, à l'époque de la nudité, il aura joué comme signal qui indique qu'une fille en croissance est maintenant sexuellement une adulte. (...). Une seconde fonction de la toison publienne est e faire office de piège à odeurs (...). Une troisième fonction supposée est qu'il a pu faire office de zone tampon entre les surfaces de peau des adultes hommes et femmes durant un contact sexuel vigoureux.(...) Comme beaucoup d'autres parties du corps féminin, la toison pubienne n'a guère été laissée en paix pour profiter de son état naturel. A la fois dans les temps anciens et à l'époque moderne il a existé un intérêt considérable à le mofifier : en le teignant, en le façonnant, en le décorant ou en l'enlevant, et, comme toujours, il s'est trouvé deux points de vue fortement opposés sur le caractère acceptabe ou on de ces modifications.

Ceux qui sont favorables à ce qu'on fiche la paix à la toison publienne, dans son état naturel, incluent aussi bien les puritains que les jouisseurs (fun-loving). Les prudes sentent que modifier cette partie du corps traduit une obsession malsaine pour l'anatomie sexuelle. Toute mise en forme, décoration ou tout ajout de couleur impliquant un intérêt pour la mise en scène visuelle de cette partie du corps qui doit demeurer strictement privée. De plus, ils voient l'éradication du poil pubien comme une façon d'ôter quelque chose qui masque et obscurcit la fente génitale verticale. Sans poil, la fente est complètement exposée à la vue et accentue la mise en exergue du genre du corps féminin ainsi montré.

Les premières féministes ont vu dans le "soin" pour les poils pubiens une façon de se plier aux exigences des hommes et ont rejeté cette idées, en même temps que d'autres formes de maquillages ou d'amélioration cosmétiques.

Les hédonistes, au contraire, considèrent comme érotiquement attractive la toison pubienne car elle met en présence l'homme avec un signal visuel primitif de disposition à la copulation. Dans son rôle de piège à odeurs il offre aussi à l'homme la promesse d'une rétention plus forte des fragances érotiques des glandes cutanées de la femme.

L'épilation du pubis suscite quant à elle deux réactions contradictoires. Le soutien des puritains vient de l'idée que le poil pubien est potentiellement sale et mal odorant, et que son éradication est donc hygiénique et propre. De plus, l'idée d'être complètement doux et de "n'avoir rien entre les jambes", comme une poupée d'enfant, est non-sexuelle et donc non-érotique (...) Si quelques puritains ont marqué une préférence pour une entre-jamble féminine hygiéniquement sans poil, il est peut-être surprenant de découvrir que beaucoup de mâles licencieux ont manifesté aussi un intérêt remarquablement similaire pour cela (...) L'attrait sexuel pour l'épilation pubienne a trois sources. La première est que l'épilation du pubis expose la fente génitale verticale nue. (...) La seconde est que l'absence de poils transmet un signal d'innocence virginale. (...) A part cette qualité de l'innocence, plusieurs avantages ont aussi été mentionnés (...). La région génitale devient plus sensible à la stimulation tactile (...)

Si on se tourne vers l'histoire de l'épilation pubienne chez les femmes, il est clair que c'est loin d'être là une mode moderne liée à un caprice passager. Les recherches montrent qu'on en trouve la trace jusqu'aux anciens
Egyptiens. Les Egyptiennes étaient tâtillonnes avec l'épilation de leurs poils jusqu'à ne plus en laisser aucun. C'était fait à la "cire", avec une crème collante faite de miel et d'huile. On a aussi dit que le roi Salomon n'aimait pas les poils pubiens. Quand la reine de Saba lui rendit visite, il lui aurait demandé de s'épiler avant qu'ils ne fassent l'amour (...). Un peu plus tard , en Grèce ancienne,on rapporte que les hommes préféraient que les femmes "enlèvent les poils de leurs parties privées" (...)

Les perruques pubiennes (merkins) étaient décorées avec des bijoux, des fleurs, ou de rubans colorés. (...) Il y a des preuves qu'elles furent populaires au 16ème siècle. On a appris leur existence d'une manière inattendue. Le corps assassiné d'une marquise française avait été abandonné dans une rue, avec ses parties génitales délibérément exposées.  Là, pour que tout le monde puisse le voir, se trouvait sa perruque pubiene "ornée de rubans à frange de toutes les couleurs". Il semble que le roi de France insistait pour que les dames de la cour restreignent la splendeur de leurs robes. Elles obéirent à leur monarque, mais compensèrent cette obligation en portant des décorations à la mode en dessous.(...)"
 

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Observation ethnographique

2 Mars 2010 , Rédigé par CC Publié dans #Anthropologie du corps

Dans le RER à Paris ce matin, 4 ados dont 3 filles juste avant de descendre à Chatelet. Une fille lit à haute voix un journal gratuit : "5 200 personnes posent nues pour un photographe" (*). Elle s'exclafe : "Elles sont vraiment toute nues ! Elles montrent leur foufoune c'est dégueulasse". Ses amis approuvent en riant. Elle enchaine : "C'est comme si tu te foutais à poil dans la rue en disant : allez y photographiez moi". Elle rit toujours. Sa copine de droite rit aussi et ajoute : "t' as un problême toi" (remarque qui semble désigner le fait qu elle ait imaginé la possibilité d' un dévêtissement sauvage dans la rue).

Voilà qui montre qu'avec la nudité on est toujours, chez certains ados (attitude majoritaire ?), dans l' ordre de la "foufoune dégueulasse". Il n y a pas d'argument artistique qui tienne - cet argument est perçu comme un alibi mensonger. Le dégoût se mêle au rire, au fantasme de la transgression aussi vite tourné en dérision qu' il est formulé. Des schémas assez classiques.


(*) les 5 200 qui posent nues à l'occasion du Mardi gras homosexuel devant l'opéra de Sydney en Australie le 1er mars, hier
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