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Jean Claude Bologne, Pudeurs féminines - Voilées, dévoilées, révélées

24 Novembre 2010 , Rédigé par CC Publié dans #Généralités Nudité et Pudeur

Une fois n'est pas coutume, je vous livre ici l'intégralité du compte-rendu que j'ai fait pour Parutions.com du dernier livre de Jean Claude Bologne, car ce livre me paraît très important pour la sociologie du corps.

 

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Jean Claude Bologne   Pudeurs féminines - Voilées, dévoilées, révélées
Seuil - L'univers historique 2010 /  22 € - 144.1 ffr. / 391 pages
ISBN : 978-2-02-097990-0

 

Auteur de plusieurs ouvrages sur l’histoire des mœurs et notamment, en 1986, d’une Histoire de la pudeur, qui a inspiré une génération de chercheurs, d’étudiants et de curieux dans ce domaine, Jean Claude Bologne propose cette année, vingt-cinq ans plus tard, un complément à ce travail. Il justifie ce choix par la nécessité d’affiner les concepts et les conclusions de son ancien livre, d’intégrer les résultats de la recherche récente, et de mieux étudier le sentiment de pudeur, pas seulement le comportement, en s’intéressant plus particulièrement aux femmes.

Sur le plan des concepts, l’ouvrage de 1986 en comprenait déjà beaucoup. Après une étude thématique (la pudeur au lit, au théâtre, etc.), la conclusion attribuait à chaque époque un type de pudeur : pudeur sacrée dans l’Antiquité, pudeur religieuse au Moyen Âge, pudeur conventionnelle à la Renaissance, pudeur sociale au XVIIe siècle. Le livre de 2010 fait de même et attribue de nouvelles catégories à chaque époque : pudeur naturelle antique, pudeur théologique médiévale, pudeur naturelle à l’époque classique.

On trouvera dans ce dernier livre des développements nouveaux et très utiles pour éclairer le débat contemporain sur le thème du voile (en remontant à Rome, au Moyen-Âge, dans le monde musulman, juif, chrétien) qui en précisent le statut social et théologique. Beaucoup de subtilités des controverse oubliées sont restituées, qui permettent de mieux comprendre non seulement l’époque considérée, mais aussi celles qui la suivront. Ainsi, lorsque Bologne insiste sur le fait que la nature peccamineuse attachée aux parties génitales dans la chrétienté médiévale est presque entièrement liée à leur propension à désobéir à la conscience, non seulement il instruit le lecteur sur le Moyen-Âge, mais encore il lui permet de comprendre les considérations de Montaigne sur l’imprévisibilité de l’érection masculine, que l’on pourrait croire, de prime abord mais à tort, propres aux problématiques de la Renaissance.

Le côté récurrent des thématiques, d’un siècle à l’autre – avec des inflexions liées aux représentations de chaque génération –, est bien rendu par l’approche historique sur une longue période : ainsi sur la question de la naturalité de la pudeur ou celle de l’appréhension de la pudeur tantôt comme une source d’excitation, tantôt comme un moyen de réprimer le désir. En même temps, il ne s’agit jamais d’un «éternel retour du même». A mesure que l’humanité tisse (en Europe occidentale) un arrière-plan rationaliste, les interrogations se déplacent pour ainsi dire du divin vers les organes.

On recommandera particulièrement les pages que Bologne consacre au moment (au XIXe siècle) où le problème de la naturalité de la pudeur est mis en perspective avec celui de la fécondité humaine. L’historien ne le mentionne pas, mais il y a là une étonnante préfiguration d’interrogations qui ont cours aujourd’hui dans le monde anglo-saxon. Évidemment, le risque – inhérent à la réduction des problèmes humains à de successions narratives toujours sources de relativisme –, serait alors de ne voir dans les débats néodarwiniens contemporains qu’une répétition d’une mode d’il y a cent-trente ans. Il faudra se garder de trop suivre cette pente.

D’une manière générale, en ce qui concerne le XIXe siècle, le lecteur trouvera sous la plume de J.C. Bologne un long chapitre très complet et très suggestif qui exploite divers traités de l’époque aussi bien que des analyses récentes (notamment de Marcela Iacub) et offre un panorama très riche des rapports à la nudité dans les divers domaines du droit, des beaux-arts, de la médecine. Pour le siècle suivant, l’auteur fournit un dossier intéressant sur les approches de Nietzsche, Freud, Beauvoir, Merleau-Ponty, le darwinisme, le naturisme, le nazisme, et le communisme sexuel (l’amour libre). Son travail rend justice aux recherches les plus récentes sur la pudeur contemporaine : aussi bien celles qui voient en elle une forme de «respect» d’autrui que signifie le voilement, que celles qui s’intéressent au besoin de transgression (d’«extimité») dont les médias offrent des illustrations quasi-hebdomadaires. Pour terminer, l’historien se départit de sa neutralité académique, et confesse un penchant, inspiré de François Jullien, pour la pudeur contre la décence, c’est-à-dire pour un sentiment qui laisse place au jeu des regards et ne fige pas les identités et les espaces, un parti pris auquel on peut ne pas adhérer mais qui a le mérite d’être énoncé… sans fausse pudeur.

Dans chaque remontée du temps qu’il nous offre, J.C. Bologne prend le soin de revenir aux sources contemporaines de l’époque qu’il traite, un travail de philologue scrupuleux qui lui fait rechercher la racine des expressions couramment citées, qu’il s’agisse des théories de Freud comme du Coran (dont il a vérifié près d’une dizaine d’éditions en français depuis 1840). Ce goût pour les sources classiques s’avère fécond pour les derniers siècles car il restitue le point de vue des acteurs dans leur langage même.

Il devient cependant plus aléatoire quand il s’agit de temps plus anciens où les ressources textuelles de première main se font rares. Ainsi pour la Grèce, Bologne ne se fonde que sur des textes littéraires de l’Antiquité (qui, sur le rapport au corps sont peu nombreux et très souvent partiaux), ce qui le conduit à négliger beaucoup d’apports de l’archéologie et de l’iconographie. Par exemple sur le thème du voile, l’historien aurait beaucoup gagné à exploiter le livre récent de Lloyd Llewellyn-Jones, Aphrodite's tortoise. Cela lui aurait permis d’historiciser plus précisément les normes de pudeur féminines (loin d’être constantes d’un siècle à l’autre chez les Hellènes comme le laisse entendre J.-C. Bologne) et aussi de penser plus profondément la connexion Grèce-Proche Orient. Sans doute la lecture de ses collègues aurait également épargné à l’historien certaines généralisations excessives comme celle que l’on trouve page 24 à partir du seul mythe de Candaule : «L’excès (hybris) n’est pas condamnable en soi, mais lorsqu’il s’y livre, dans les festins, à la guerre, le Grec a conscience de renoncer à la civilité (…). L’acte sexuel libère l’hybris. L’homme entend s’y adonner totalement, en oubliant la mesure… mais sans témoins».

De même sur Rome, on aurait aimé trouver les travaux de Pierre Cordier (Nudités romaines) ailleurs qu’en fin d’ouvrage dans la bibliographie. Leur mention dans le corps du livre aurait peut-être permis d’éclairer, par exemple, le rapport à la nudité des pieds à Rome (très bien traité dans Nudités romaines) que J.C. Bologne semble considérer à tort comme une nouveauté médiévale. Il y a aussi sur Rome quelques approximations regrettables. Ainsi J.-C. Bologne écrit (p.88) «Depuis le péché originel est inscrit en chacun dès sa naissance. Aussi les vierges ne montrent jamais une chair qui pourtant n’a jamais péché. Lorsque Perpétue, martyrisée en 203, voit sa tunique déchirée par le taureau qui la piétine, elle recouvre son corps d’un ultime réflexe». Il oublie alors seulement (et pourtant, c’est un point central du martyre de cette sainte), que Sainte Perpétue de Carthage n’était pas une vierge, mais une jeune mère qui allaitait encore son bébé (matronaliter nupta), ce qui rend l’exemple inapproprié à la phrase qu’il est censé illustrer.

On peut aussi regretter que, suivant la formation classique mais désormais datée, Bologne fasse plonger les racines de notre histoire chez les Gréco-romains et dans la Bible, en oubliant au passage complètement les Celtes et les Germains (heureusement valorisés par l’historiographie récente). Cela aurait notamment permis de renvoyer à leurs origines germaniques certaines spécificités du Moyen-Âge français comme l’exhibition publique des femmes adultères nues (comme nous le suggérons dans notre propre ouvrage sur la nudité, que J.C. Bologne a l’amabilité de citer mais sur d’autres sujets).

Plus profondément, à côté de son évocation des récurrences, on perçoit toujours chez Jean-Claude Bologne (et c’était déjà le cas dans livre de 1986) un penchant pour le constructivisme. Ainsi quand (p.107) il s’attache à démontrer que le Moyen-Âge européen «invente» une pudeur en fonction du regard. Hélas cette hypothèse s’accommode mal des remarques faites dans Nudité et pudeur, le mythe du processus de civilisation de Hans Peter Duerr (que l’historien, pp. 8 et 98, appelle seulement «Peter Duerr», et dont il finit par condamner explicitement la thèse en conclusion de son livre). L’anthropologue allemand repérait en effet un lien de la pudeur et des regards dans toutes les sociétés y compris celles qui vivent «nues». Bologne le relève d’ailleurs dans son propre chapitre sur le travail des ethnologues du début du XXe siècle, mais n’en tire pas de conclusion sur son propos au sujet du Moyen-Âge, un peu comme si cette problématique du regard n’existait justement que dans le «regard» de l’ethnologue, sans avoir pu animer réellement les interactions sociales dans l’Antiquité romaine par exemple. Ce constructivisme radical demeure au fond contradictoire et finalement peu crédible.

On le retrouve encore dans les considérations de fin selon lesquelles la pudeur est toujours restée une pudeur féminine mais pourrait «un jour» cesser d’être sexuée. Ce pari sur la dé-sexuation de la pudeur s’avoue comme un déni explicite de la naturalité des sentiments, qui correspond mal à ce que l’on sait aujourd’hui du rôle des hormones masculines et féminines dans les comportements. Si «la façon d’exister du féminin est de se cacher, et ce fait de se cacher est précisément la pudeur», comme disait Lévinas dans Le Temps et l’autre, on ne saurait régler par une simple profession de foi la difficile question de savoir si cette caractéristique, très répandue dans l’humanité depuis 200 000 ans, se trouve ou non incorporée dans les gènes de l’espèce (ce qui n’empêcherait nullement des phénomènes individuels ou collectifs passagers d’exhibitionnisme ou d’apudeur sans intentionnalité spécifique). Même dans la société actuelle, réputée sensible à des acceptions subtiles et variables du dévoilement de la femme dans le sens de cette «révélation» que Bologne appelle de ses vœux, des sondages, comme celui d’Ifop-Tena l’an dernier sur la nudité féminine, montrent que les Françaises sont très éloignées des «tendances» que les théoriciens leur prêtent.

Un apport essentiel des recherches de Bologne en 1986 nous semblait tenir dans cette idée qu’à chaque époque des réflexes de pudeur viennent «compenser» des assouplissements des normes. Parmi ceux du présent ouvrage, il conviendra sans doute de relever l’étude minutieuse que l’auteur livre du «voile invisible». De même certaines trouvailles conceptuelles comme l’idée (p.188) que la pudeur féminine ait pu fonctionner comme un «bracelet électronique» au bras des femmes au Siècle d’Or espagnol pourront sans doute être réutilisées par les chercheurs et transposées à d’autres contextes.

En somme, ce brillant récapitulatif historique que signe ici J.C. Bologne, constituera sans doute une précieuse «boîte à outils» que beaucoup pourront exploiter avec profit pour des recherches ultérieures, même hors du champ d’investigation que l’historien a choisi dans ce livre.

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La fabrique des corps idéaux

23 Novembre 2010 , Rédigé par CC Publié dans #Anthropologie du corps

Le site Slate.fr résume en français cette semaine le contenue du blog Jezebel, qui exhume des commentaires manuscrit des photos de pages centrales de Playboy des années 1990-2000 et des instructions pour des retouches. La perfection physique n'est jamais assez parfaite. "The greatest offenses among actual female flesh: Pubic hair stubble, veins, and the model's actual faces, which were frequently marked with the demand to "soften." " note l'article. Rappelons aussi que le Sun en Angleterre fête les 40 ans de sa page 3.

 

 

 

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Indonésie : quand les lois sur la nudité menacent l'unité nationale

11 Novembre 2010 , Rédigé par CC Publié dans #Nudité-Pudeur en Asie-Océanie

Le 17 septembre 2008 on apprenait par des dépêches d'agences, qu'environ un millier de Balinais habillés en sarongs traditionels avaient manifesté contre une loi anti-pornographie adoptée en janvier par dix des douze partis du Parlement de Djakarta (sauf l'Indonesian Democratic Party of Struggle PDI-P et le Prosperous Peace Party), une loi qui sanctionnait des pratiques comme les baisers en publics et des éléments sensuels de la culture "traditionnelle". Cette loi, disent les dépêches, était restée bloquée trois ans au Parlement. Elle punit d'une lourde amende le dévoilement des épaules et des jambes et l'utilisation de la nudité par les artistes.

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Début septembre le gouverneur de Bali, Made Mangku Pastik s'y était opposé et une délégation dirigée par le président de la chambre des représentants de Bali, Ida Bagus Putu Wesnawa, devait se rendre à Djakarta pour porter le même message. Lors de la rédaction du projet initial, le prédecesseur de Made Mangku Pastik, Made Dewa Beratha avait même annoncé en 2006 que Bali ferait sécession si la loi était adoptée.

 

Le patronnat de l'industrie touristique de Bali (Bali Tourism Board) et les syndicats début novembre étaient très mobilisés pour empêcher que la loi dans une version semble-t-il nouvelle votée le 30 octobre 2008 par le Parlement soit appliquée dans l'île. On peut trouver ici une étude assez approfondie du contenu de la loi, ainsi que des modalités de son application d'une région à l'autre.

 

A Bali à majorité hindoue, mais aussi en Papouasie où les gens vivent avec des pagnes ou des étuis penniens, au Yogyakarta et au Sulawesi du Nord les officiels ont souligné que cette loi favoriserait le sécessionnisme. De sorte que l'application qui en est faite semble finalement avoir été modulée en fonction des provinces.

 

Pour une réflexion intéressante sur la pratique des seins nus dans les danses balinaises et leur développement au contact du tourisme occidental on peut se reporter à Nudité et Pudeur, le livre d'Hans Peter Duerr (1998).

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"Histoire de la fessée" de Jean Feixas

10 Novembre 2010 , Rédigé par CC Publié dans #Anthropologie du corps

On peut trouver en cliquant ici mon compte rendu du dernier livre de Jean Feixas, un livre qui n'est certes pas académique, mais l'idée de faire une histoire d'un geste, d'une "technique du corps" comme eût dit Marcel Mauss, m'intéressait. sade-biberstein.jpg

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Queen's blade et le ecchi

7 Novembre 2010 , Rédigé par CC Publié dans #Anthropologie du corps

Je découvre Queen's Blade, une adaptation audio-visuelle ("anime") d'un manga sexy de 2005. Ce dessin animé est classé dans le domaine du "ecchi" (indécence), un genre dont Wikipedia précise la définition (voir ici)

 

"Basé sur le jeu vidéo du même nom, cette série contient des éléments de nudité et de ecchi, il n'est donc pas recommandé de la visionner avant un certain âge." précise Manga TV.

 

Je crois que la version sur Dailymotion est édulcorée. La version complète est plus hard.

 

Pas beaucoup de commentaires de cet Anime pour le moment sur le Web. Il faut dire que la sortie en France date d'avril dernier. Les avis des jeunes connaisseurs divergent. On attend que la spécialiste de l'érotisme japonais Agnès Giard donne son opinion... Une étude de l'impact sur les ados branchés serait intéressante...

 

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Où soins du corps et érotisme se rejoignent

1 Novembre 2010 , Rédigé par CC Publié dans #Anthropologie du corps

On peut lire sur Internet en ce moment "En Australie, vous pouvez vous faire coiffer par de jeunes demoiselles aux seins nus. Le salon de coiffure "Hot Cuts", qui a ouvert ses portes récemment par un jeune entrepreneur, propose à ses clients de pouvoir se faire coiffé tout en admirant les seins des coiffeuses."

 

Le salon a ouvert à Sidney. A vrai dire le concept n'est pas neuf. Sur cette page oon parle d'un alon de "topless haidressers" à Paisley (Ecosse) il y a quelques années. En 2008 on pouvait touver sur le Net une coiffeuse topless à domicile à Swansea (Pays de Galles). Le 2 septembre 1994, les Local Government Chronicles parlaient du "premier salon de coiffure topless". Pourquoi alors faire croire à une nouveauté absolue ?

 

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Défilé nu à Tours

1 Novembre 2010 , Rédigé par CC Publié dans #Nudité-Pudeur en Europe

Je lis dans la presse quotidienne régionale :

 

"Une quinzaine d'artistes et volontaires ont défilé nus, rue Nationale, ce samedi de 15 h à 16 h. Ils entendaient ainsi participer à la 4e journée nationale des arts dans la rue, tout en dénonçant la baisse des moyens alloués à la création artistique. Le défilé a progressé dans un silence impressionnant. L'ambiance s'est décontractée au fur et à mesure que la peinture est venue recouvrir les corps nus. Le public a semblé surpris, amusé, rarement choqué."

 

La Nouvelle République de Tours du 31 octobre.

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