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Monica Bellucci, la thématique "solaire" de notre époque

28 Décembre 2010 , Rédigé par CC Publié dans #Anthropologie du corps

France Inter interviewe aujourd'hui Monica Bellucci sur son dernier livre de photos. Elle parle d'un rapport "solaire" au corps et à la nudité pour justifier la question un tantinet inquisitrice sur ce sujet de François Busnel, un rapport qui serait très répandu en Italie (un sondage récent sur la disposition à se dénuder sur les plages italiennes semble le confirmer).

 

Cette idée du "rapport solaire" flotte un peu dans l'air de l'époque. Michel Onfray dans son "Souci des plaisirs" défendait une érotisme solaire face à l'érotisme nocturne chrétien, bataillen... Il reprenait en cela l'apolinisme solaire du premier Nietzsche. Je retrouve cela aussi chez les gens qui regardent vers l'Orient, le tantrisme etc.

 

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Cette thématique du "solaire" devrait nous interroger. Nous vivons de l'énergie solaire, à l'instar des autres animaux de notre genre. En même temps le soleil que nous recherchons est modéré, bienveillant et personne ne rêve d'être exposé en plein Sahara sans couvre-chef. C'est d'ailleurs souvent d'un soleil au bord de l'eau que l'on rêve, un soleil maîtrisé, conscient de ses méfaits pour la peau.

 

Il y a là comme une métaphysique de la lumière contre laquelle Lévinas s'est battu. Il est intéressant de noter que le choix de la nudité s'inscrit dans cette métaphysique là.

 

Les femmes choisies par l'industrie du divertissement s'assument comme des incarnations des déesses solaires dont le corps en quelque manière relaie cette énergie de l'astre au firmament. Ce culte là doit faire oublier aux gens "ordinaires", l'ombre, la froidure, qui sont issus d'une sorte de dialectique des relations quotidiennes, toutes les contraintes, toutes les contradictions entre les individus et en leur sein qui d'une certaine façon le limite, diminue la puissance de leur individualité. La nudité de l'actrice est légitime dans cette économie là. L'économie de la divinité "solaire" est l'argument que l'on oppose au journaliste pour exorciser l'accusation d'impudeur, la réduction à la prostitution - ou s'il y a prostitution c'est de hiérodulie qu'il s'agit. Bellucci au "midi de sa vie", dans son "adieu à la jeunesse" comme elle dit réunit une dernière fois le potentiel "solaire" de son image.

 

Soit. En même temps elle reconnaît qu'elle n'a jamais été aussi bien dans son corps qu'aujourd'hui. Constat de nombreuses jeunes femmes. Ce que leur nudité peut représenter de "solaire" pour les hommes mûrs n'a rien de "solaire" à leurs propres yeux, un phénomène qui ressort largement du sondage "Les femmes et la nudité" Tena/Ifop, avril 2009. Mais on peut supposer que parmi les femmes jeunes celles qui sont précisément préposées à l'entretien du "culte solaire" n'ont effectivement pas trop de difficulté à s'acquitter de cette tâche et se sont affranchies du complexe de nudité qui travaille beaucoup d'autres femmes.

 

Il resterait tout de même beaucoup à creuser sur cette recherche du solaire dans nos société. Il y a là quelque chose de grec, la recherche de l'ousia, qui est le bien au soleil, en même temps que la substance, pour conjurer des ombres intimes. A la différence du 20ème siècle (années 20, années 60) notre époque est fâchée avec l'ombre. Même nos destructions massives, nos apocalypses quotidiennes doivent se passer au grand jour, sous le sceau de Sol invictus.

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"Femme loire" en touraine, l'Eglise contre une statue

23 Décembre 2010 , Rédigé par CC Publié dans #Nudité-Pudeur en Europe

La région de Tours, peut-être parce qu'elle est très imprégnée de catholicisme, a fait parler d'elle à deux reprises en 4 mois dans les grands médias sur la question du dévêtissement des corps. Une première fois dans le cadre de manifestations contre les retraites à Tours, et ce mois ci en ce qui concerne la "Femme Loire". Un artiste propose d'ériger une immense statue païenne à deux pas du monastère de Marmoutier. Certains reportages comme celui de TV Tours ci dessous parviennent bizarrement à occulter le fait que la nudité est un élément important de la polémique. Pourtant l'argument revient souvent.

 

Ce projet est un "marqueur d'identité" a déclaré l'élu municipal de Tours en charge du dossier M. Lavillatte. Dans la compétition des territoires il faut des signes quasiment publicitaires qui se voient de très haut, en avion. Une des formes du néo-paganisme, un équivalent de la vieille Artémis d'Ephèse aux multiples mammelles qui suitaient du lait.

 

 

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La nudité à la Réunion (suite)

22 Décembre 2010 , Rédigé par CC Publié dans #Anthropologie du corps

Vous le savez, j'ai été interviewé l'hiver dernier par Lila Perlot de Belle Magazine La Réunion. A l'époque la journaliste m'avait parlé du degré de pudeur très élevé des gens (notamment des femmes) qu'elle connaissait dans cette île. N'ayant pas réalisé d'études spécifiques dans cette île, je ne pouvais que des propos généraux sur la nudité dans le monde. Comme on peu s'en douter dans des microcosmes multiculturels les rapports au corps (expression dualiste que je n'aime pas, mais passons) doivent être très variés d'un groupe à l'autre, ce qui, d'ailleurs, pourrait nourrir une recherche sociologique à soi seul. J'ai profité d'un échange "en chat" sur Facebook hier avec une jeune malbaraise de l'île de 27 ans (indienne hindouïste, pour lui demander ce qu'il en était dans sa culture). Je précise que c'est une personne qui, tout en vivant pleinement dans le milieu culturel malbarais, développe néanmoins son propre point de vue en intéraction avec la ulture européenne (notamment la lecture des philosophes de Spinoza à Nietzsche) à partir de laquelle elle tente une relecture du shivaïsme. Sa position particulière à l'égard de sa culture s'exprime aussi dans le fait qu'elle socialise plutôt dans les milieux non-malbars pour ce qui concerne la socialisation entre pairs (amitié) tout en étant très insérée dans sa famille. Pour compléter aussi le background sociologique, dans une logique bourdieusienne, il faut préciser que son père est un ouvrier "aisé" et sa mère institutrice (c'est elle qui est malabaraise, si j'ai bien compris) ce qui implique aussi, en soi, une spécificité dans le  rapport aux mots et au corps.

 

Voici donc ce que je retiens de l'échange :

 

"Je dessine bien.Quand j'étais au collège, les Beaux Arts m'ont proposés d'intégrer l'école. Un jour j'ai dessiné un sexe quand j'étais gamine.

- Tu dessinais des sexes étant petite ?

- En fait c'était de la pâte à modeler dans une réunion de famille !

- Sans modèle ?

- Rire. J'avais 7 ou 8 ans. Je jouais avec les autres et j'ai fait un pénis avec force détail. Quand les adultes ont vu ça, je te dis pas !!!

- Tu en avais déjà vu un ?

- Oui. Ils étaient sciés car c'était trop ressemblant il parait, les veines et tout, mdr,en fait j'ai juste reproduit ce que j'avais vu,
ben oui...

- Où ?

- Mon père un jour.

- Oh ?

- Je passais dans le coin.

- Ah bon ?

- Je l'ai vu dans la salle de bain c'est tout.

- En érection ?

- Faut que je vérifie. En tout cas faut croire que ça m'avait marqué. Mais y a plein de photos de maladies aussi qui traînent des livres de médecine, beurk. Bref mes parents étaient choqués de mon oeuvre d'art. Mais moi je trouvais ça normal. Maman dit que j'ai dessiné des veines.

- Quelle histoire.

- En plus ici les gens sont souvent nus.

- Ah oui ? La journaliste qui m'a interrogé m'a dit qu'ils étaient très pudiques.

- Pas en ville ! Je sais pas ce qu'elle t'a dit mais elle devait parler d'autre chose. Pudique oui ds le sens ou on a une culture très chrétienne même quand on est hindouïste. Mais je sais que moi je me baladais ds ma cour toute nue pour me doucher au tuyau.

- A quel âge ?

- 7-8 ans.

- C'est normal.

- Ah bon ?

- Oui.

- La nudité des enfants tend à disparaître. Mais autrefois elle était très répandue.

- Ah d'accord.B en sinon je traine tte nue à la maison en sortant de la douche. Même mainteant mais juste pour aller chercher mes fringues et je suis à l'intérieur de la maison.

- Ca ne choque pas tes parents ?

- Non, tu sais à la chapelle indienne, le prêtre est quasiment nu et des fois on voit tout, si il monte sur un support.

- Et les filles cherchent à voir les prêtres nus ?

- Non, du tout, on s'en fiche; On est là pour prier. C'est juste un corps ! On n'a pas l'habitude d'y voir autre chose.

- En tout cas tes parents ne sont pas choqués de te voir nue ?

- Non. C'est normal je suis leur fille.

- Et tes parents ils se promènent nus aussi à la maison ?
- Des fois.
- Etonnant

- Ben pas pour moi. Y a une différence entre la famille, les amis et les étrangers.
- Mais ça ne colle pas avec ce que disait la journaliste.

- Normal ... elle doit parler d'un cadre plus catho je pense.

- Tes copines malbaraises pensent la même chose ?

- Ben nous on pense ce n'est pas normal les gens qui sont choqués par la nudité. Tu ferais comment si tu étais médecin ? Tu serais excité par tout le monde ? C'est juste un corps...

- Mais pourquoi tes parents ont été choqués par ton dessin si c'était normal de voir ton père nu ?

- Ben parce que personne de leur connaissance ne dessine aussi bien, rire. Non mais même si on a l'habitude de voir des gens nus je suis la première à en faire une oeuvre à présenter lors d'un diner ! rire

- Preuve quand même que ce n'est pas si banal que ça des sexes nus.

- Oui, c'est pas faux. Mais on parle aussi beaucoup de sexe quand on est plus grand. C'est un sujet de conversation ici, quelle que soit la religion. Toutes les blagues tournent autour de ça.

- Mes travaux sur la nudité m'ont montré que même si les gens sont nus, le tabou existe qd meme, mais il dépend des circonstances, ça suppose des études tres fines sur les gestes, les moments.

- Oui ! c'est ça. On n'est pas choqués par certaines choses, mais c'est complexe. Oh tu sais pas ! Je trouve que les plus cochons se sont les musulmans ! ils mettent le voile mais bon sang ... c'est pas des prudes ! alors que nous on est très déshabillées, on aime le rouge à lèvres etc. Mais nous on est moins survoltées (enfin, on , je veux dire les autres car moi je deviens un peu moins calme !).

- Tu as des exemples en tête ?

- Ben en fait le voile ça sert à rien. C'est juste pour l'image et sans doute pour éviter la convoitise des autres hommes. Moi je croyais que c'était un excès de vertu. Ben non... Rire. Elles parlent de sexe aussi !

- Elles ont toujours été voilées à la Réunion ou bien c'est récent ?

- Depuis 20 ans au maximum ou15 ans. Avant non. Avant elles étaient en leggins plus haut et ample surtout.

- Elles parlent mais est-ce qu'elles font.

- Oh il paraît que oui :). Mais avec des musulmans. Donc pour eux c'est normal. Mais je vois pas l'intérêt d'avoir un voile dans ce cas. Mais je peux pas trop affirmer. Faut que je me souvienne de l'histoire qui me fait te raconter ça."

 

On retrouve dans cet échange des remarques intéressantes sur le dedans et le dehors, la nudité ascétique, médicale, sur la représentation de la nudité, sur les relations interculturelles. Tout cela serait sans doute à creuser.

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Enquêter : de quel droit ? Menaces sur l’enquête en sciences sociales Coordonné par Sylvain Laurens - Frédéric Neyrat

8 Décembre 2010 , Rédigé par CC Publié dans #Sociologie des institutions

Encore un signe de la mauvaise santé des sciences sociales, ce livre : "Enquêter : de quel droit ?". Non seulement les seuls sociologues qui intéressent la société - ou plutôt sa vitrine officielle : les médias - sont ceux qui répètent les préjugés les plus répandus, mais ce seront aussi bientôt des sociologues qui n'auront guère enquêté... car le droit d'enquête est de plus en plus limité...

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Enquêter : de quel droit ?
Menaces sur l’enquête en sciences sociales

Coordonné par Sylvain Laurens - Frédéric Neyrat
Éditions Le Croquant
2010

 

4ème de couverture :


Face aux normes éthiques et aux règles juridiques qui régissent la vie privée ou la propriété intellectuelle, les sociologues, et plus largement tous les chercheurs en sciences sociales, se voient de plus en plus souvent opposés les droits des personnes enquêtées ou d’autres principes supérieurs, jusqu’à voir parfois la réalisation de leur enquête ou sa publication menacées.


Cet ouvrage a pour objet ces tensions entre droit à l’enquête et droits des enquêtés, ce croisement conflictuel entre la légitimité scientifique et différents registres possibles de mise en suspens du droit à l’enquête. Il a pour ambition de créer un espace de confrontation et d’échanges sur des expériences d’enquêtes passées qui ont pu être limitées voire interrompues par la volonté des enquêtés ou des autorités. Il est aussi l’occasion de faire le point sur les droits que peuvent faire valoir les chercheurs en sciences sociales mais aussi sur leurs devoirs face à une judiciarisation croissante des rapports sociaux qui pourraient menacer à terme leur autonomie.


Verra-t-on bientôt en France, comme cela peut être déjà le cas dans certaines universités américaines, des chercheurs faire signer à leurs enquêtés des questionnaires attestant du caractère « non violent » des questions posées ? A l’inverse, le bricolage et les arrangements sur mesure dont s’accommodent généralement les chercheurs peuvent-ils garantir le fonctionnement pérenne d’une recherche en sciences sociales sur le long terme ?

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