Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Nudités russes (suite)

24 Juillet 2011 , Rédigé par CC Publié dans #Nudité-Pudeur en Europe

J'ai cité dans mon ouvrage sur la nudité le livre de Mikhaïl Stern (sexologue de son état) sur la vie sexuelle en Union soviétique, livre très apprécié par la propagande occidentale dans les années 1970 car il révélait certaines pathologies psychiques de la société russe (mais n'importe quel ouvrage d'un de ses homologues occidentaux en eût sans doute révélé autant sur l'Europe et les Etats-Unis).

 

L'utilisation quasiment officielle aujourd'hui de la nudité féminine dans la stratégie de communication de M. Poutine ferait oublier combien l'esthétique soviétique des grands-mères des jeunes russes actuelles était aux antipodes du phénomène actuel. La revue "La Vie parisienne" de juillet 1956 note dans sa chronique de cinéma :

 

"De passage à Paris, la plantureuse vedette soviétique d'Othello, Irène Skobtseva, a déclaré aux journalistes :

- Nous n'entendons jamais parler de sex-appeal dans nos studios. Il est convenu chez nous que cela n'a rien à faire avec l'art...

Et, avec un soupir de regret qui dilata son ample poitrine, elle précisa :

- On ne nous laisse même pas poser en maillot de bain...

En somme la ligne générale du parti est en désaccord formel avec celle des vedettes."

 

Dans le contexte de l'époque, les moeurs soviétiques tranchent avec celles de l'Europe occidentale où les pin-ups partiellement ou entièrement dévêtues font florès, notamment dans La Vie parisienne elle-même où la nudité en dessin est à chaque page de la revue.

 

IrinaSkobtseva.jpgN'étant pas spécialiste du cinéma russe, je ne peux me fier qu'aux éléments que donnent les fiches de Wikipedia. L'Othello auquel fait référence la revue est un film de Sergueï Yutkevitch (Ioutkevitch), qui a déjà une filmographie abondante à son actif à l'époque. Irina Skobtseva y joue Desdémone. Son partenaire sur scène qui joue le rôle d'Othello sera aussi son mari et le père de ses deux enfants (dont une actrice connue). Elle a 29 ans quand ses propos sont rapportés par La Vie parisienne. Elle vient alors de recevoir (en 1955) son diplôme d'actrice du Studio du théâtre d'art de Moscou. Othello, qui est son premier film, semble avoir connu un grand succès puisqu'il la conduit à visiter Paris peu de temps après sa sortie. Ses regrets sur les censures vestimentaires du cinéma soviétique ne l'ont cependant jamais conduite à s'exiler...

 

 

 

Lire la suite

Les partisans de Vladimir Poutine jouent-ils la carte de la nudité?

18 Juillet 2011 , Rédigé par CC Publié dans #Nudité-Pudeur en Amérique

 Le Figaro en dit un mot dans sa version numérique. "Je déchirerai tout pour Poutine" (traduction que le Figaro et The  Independent donnent pour порву за путина !), lancé par un député du parti du premier ministre en Russie semble "faire le buzz" comme on dit. Certains journaux interprètent ce slogan comme une injonction faite aux femmes de se dénuder pour encourager les électeurs à voter pour M. Poutine aux élections présidentielles. Une méthode de conquête politique pour le moins étonnante.

 

 

Le lien entre M. Poutine et le strip féminin n'est pas nouveau. Le 8 mars dernier une douzaine de filles s'étaient dénudées au rythme de "seulement Poutine, seulement du sexe" et de "Blueberry Hill" (chanté par M. Poutine l'an dernier) au club Rai de Moscou.

 

 

En 2010 des étudiantes russes avaient composé un calendrier sexy pour l'anniversaire de M Poutine.

 

 

Lire la suite

"Histoire et philosophie du strip-tease" de François des Aulnoyes

18 Juillet 2011 , Rédigé par CC Publié dans #Nudité-Pudeur en Europe

strip-copie-1.jpgSi les recherches historiques sur le nu sont souvent plus précises et reposent sur un travail d'archive plus objectif que celles d'il y a soixante ans par exemple, ces dernières ont le mérite de nous restituer des façons de voir le corps dont nous avons perdu le sens. C'est pourquoi il est bon de faire dialoguer les livres d'histoire anciens avec les plus récents.

 

En 1958, François des Aulnoyes, qui tient une chronique de spectacle dans Combat, publie aux éditions "Pensée moderne" (fondées 6 ans plus tôt par Jacques Grancher) une "Histoire et philosophie du strip-tease" (en fait la première édition est de 1957, une version néerlandaise est sortie ultérieurement, et une autre en espagnol en 1976 au début de la Movida). Il la fait préfacer par Edmond Heuzé (membre de l'Institut, descendant des Heuze de Bretseville), qui a commencé sa vie à dans les cabarets de Montmartre comme danseur de French cancan... Heuzé précise qu'il préside l'Académie du strip-tease, fondée en 1955 par Alain Bernardin, responsable du Crazy Horse - dont la revue fut créée en 1951. Heuzé se vante d'avoir fait entrer dans son académie le préfet de police béarnais Jean Baylot (nom que Fuentes othographie par erreur "Baylo" dans "Strip tease, histoire et légendes" p. 114) lequel est au moment de la publication de la préface député indépendant et paysan de la Seine (les spectacles de Bernardin lui avaient valu les foudres du MRP à l'assemblée nationale).

 

Des Aulnoyes ne mentionne pas son itinéraire dans son livre (et l'on n'en trouve aucune trace sur le Net contemporain, amnésique comme toujours). Nous sommes à une époque où les auteurs ne se mettent pas en avant, pas sur le mode biographique en tout cas. Peut-être y a-t-il un fil rouge commun avec Baylot - celui de la résistance, Combat étant né dans ce cadre.

 

Dans l'ouvrage d'Aulnoyes, on retrouve beaucoup de lieux-communs des années 1950 : l'idée que le désir sexuel est un devenu un moteur majeur de la civilisation européenne (on trouve aussi ce thème en Italie chez Evola), que c'est une force obscure, un peu inquiétante, primitive, qui tend à se galvauder entre les mains des masses (à travers les magazines, le cinéma), que le strip-tease est une sorte de rituel (on trouve cela chez Barthes aussi), rituel un peu sadique certes, note des Aulnoyes, qui permet toutefois de magnifier la puissance d'évocation du corps féminin.Le strip-tease pour lui serait un moyen de sauver la beauté du nu à une époque où il devient envahissant (cinéma, magazines - preuve que ce n'est pas l'apanage de notre époque).

 

Quelques points intéressants au delà de la doxa du moment : pour des Aulnoyes il n'y a de véritable apparition du strip-tease qu'au début du XXe siècle, aux Etats-Unis et en France dans les cabarets. Il cite une femme nue à Paris "servie" sur un plateau d'argent par trois valets sans livrer leur nom.

 

Pourquoi accepte-t-on désormais cette nudité sur scène ? "Les guerres, la pratique du sport qui libère le corps des entraves, le travail de la femme, la promiscuité qui est la conséquence de la civilisation urbaine" seraient selon lui les causes de cette nouvelle tolérance (p. 28) - on note que les références sociologiques ne sont pas absentes de son livre (Levy-Bruhl, Durkheim, Pareto), ni même une volonté (presque en phase avec notre néo-darwinisme, de relier l'érotisme à l'évolution des mammifères supérieurs).

 

Le Music Hall avec ses tableaux vivants grâce au jeu des projecteurs serait, selon des Aulnoyes, pour beaucoup dans la dénudation des poitrines.L'invention du projecteur rendant tolérable ce qui auparavant ne l'était pas.

 

Le cinéma transforme le spectateur en voyeur avec ses baisers langoureux en gros plan (dont la durée est contrôlée par la censure), et reprend des images du Music Hall en autorisant en retour celui-ci à approfondir son érotisme (des Aulnoyes parle de "réaction en chaîne atomique", la danseuse à coquille remplaçant la femme nue immobile), la danseuse nue se sépare du ballet et du couple (alibi éducatif) pour vivre une sorte de nudité isolée (avec toutefois encore l'alibi du trapèze - peut-être fait-il allusion au déshabillage de Mle Lily de Lidia en 1900).

 

Au Royaume-Uni le nu du Music-Hall reste figé (danse proscrite), tandis que des Etats-Unis viendra le strip-tease.

 

Dans un livre récent ("Strip tease, histoire et légendes", éditions La Musardine, précité) dont la lecture complète utilement celle de des Aulnoyes, Rémy Fuentes, fait, pour sa part, remonter plus haut l'archéologie de cet art : aux premières danses d'effeuillage (en collant) du music-hall américain des années 1840 transposé en France dans les années 1880, au French cancan parisien de 1850 (bien qu'il ne prît ce nom qu'en 1861). Il met l'accent sur le premier abandon de collants au music hall parisien en 1907 (la "guerre du nu" déjà citée par Bologne il y a 25 ans), l'alibi de l'orientalisme au théâtre et à l'Exposition universelle.

 

La vague de strip-tease venue des Etats-Unis dont parle des Aulnoyes est enracinée burlesque, né à New York où la prostitution jouissait de privilèges (les filles dansaient le French cancan nues dans les concerts-saloons pour un dollar dans les années 1870), ces spectacles bon marché pour rire (ou y voit aussi bien des danseuses nues que des clowns) qui, dans l'entre-deux guerres, se centrent de plus en plus sur l'effeuillage. Le burlesque prospère outre-atlantique malgré des campagnes périodiques de répression (mais le caractère fédéral du pays ne permet pas une répression uniforme partout). C'est dans l'espace du burlesque que nait le mot strip-tease inventé par les agents de presse de la danseuse Gypsy Rose Lee, spécialiste de l' "effeuillage agaçant". Repris dans les night clubs, outre-atlantique ce genre choque en France. Des écrivains comme Claude Mauriac en critiquent la violence. Il est vrai que ses thématiques (délinquantes juvéniles, sorcières, plongeuses acrobatiques) sont liées au puritanisme américain.

 

Le strip-tease est acclimaté aux cieux français à la Libération, mais édulcoré, sur le mode de l'effeuillage plus que du "teasing" (avec notamment tout un art de la lenteur), avec le Crazy Horse Saloon comme tête de pont.

 

L'ouvrage de des Aulnoyes est une mine de petites remarques qui recoupent beaucoup de livres récents. Par exemple son analyse de la nudité féminine comme source "d'optimisme" (on retrouve cela dans la Brève histoire des fesses de Hennig) ou quand il fait remonter à Alfonse Allais (p.72) le premier strip-tease "au delà de la peau". Même ses remarques "métaphysiques" un peu gratuites sont instructives, à côté d'un freudisme de pacotille, on trouve des considérations intéressantes sur le néant des valeurs qui envahit la société de consommation, l'omniprésence du corps féminin (dans la publicité et autre) comme ultime valeur (et des Aulnoyes note à juste titre que ce n'est plus une femme, héroïne d'épopée, que l'on célèbre, mais la femme en général, un Eternel féminin, à l'heure même où la femme réelle s'émancipe), et enfin le rôle des nouveaux champs d'activités comme le cinéma et la radio, dans l'affinement des sens humains, le strip tease, répondant aux besoins que créent toutes ces évolutions.

 

Je recommande aussi aux éventuels lecteurs les pages de des Aulnoyes sur le strip-tease aux Etats-Unis. Là où les chercheurs contemporains se bornent à prendre acte de la naissance du strip-tease aux Etats-Unis, des Aulnoyes interroge le phénomène avec beaucoup d'intelligence. Il remarque que le strip-tease (mais sans doute fait-il allusion au burlesque du XIXe siècle, dont le nom n'est pourtant jamais prononcé) est né dans un pays où le rapport démographique plaçait les femmes en minorité, comme par effet de compensation, puis que le strip-tease s'y est enraciné, en dépit du rééquilibrage, grâce notamment à la religiosité qui entoure ces spéctacles. Sur la base de ce constat, il mobilise les ressources d'une anthropologie du fait religieux, en relevant que si les Latins ont un rapport de proximité "donnant-donnant" avec leur divinité (ce que relève aussi Paul Veyne dans ses ouvrages les plus récents), les Américains ont un rapport de ferveur distante, de même d'ailleurs qu'avec leur femme (il note que les Américains à son époque accompagnent rarement leurs femmes pour acheter des robes, qu'il existe aux Etats-Unis des clubs séparés pour femmes et pour hommes, et que les lits conjugaux à deux places y sont rares).

 

Les Européens continentaux, selon des Aulnoyes, ne pouvaient aisément entrer dans ce type de dévotion sans la charger d'accessoires érotiques - très vite censurés par la police - puis plus chargés de références culturelles : des effets de lumière en noir et blanc comme au cinéma (Bellita), la lecture de poême de Verlaine, Baudelaire, Rimbaud, Laforgue (Janine Jan), le chant de pots-pourris d'opérette (Anne Moreau), les mélodies tropicale (Kitty Tam-Tam), strips athétiques, mobilisations de références sculpturales, chorégraphiques, vêtements de grand-mères etc.

 

A travers cet ouvrage de des Aulnoyes on découvre un esprit éclectique et curieux, capable de mobiliser aussi bien le freudisme que le darwinisme et la sociologie. S'il fait preuve de beaucoup de dilettantisme, et ne fournit guère d'effort ni pour développer ni pour hiérarchiser ses intuitions, il a le mérite d'avoir une vision à la fois pertinente et large de son sujet, capable d'accorder une attention particulière à des facteurs encore trop négligés par les sciences humaines, comme la démographie et l'histoire des technologies. Il a aussi le mérite de témoiner au plein coeur de la vague de nudité qu'il décrit, en évoquant des aspects de son monde que le nôtre a oubliés et qui font cruellement défaut aux histoires contemporaines des deux derniers siècles d'effeuillage féminin.

 

Sa prétention a donner une valeur métaphysique au strip-tease est sans doute révélatrice de la position nodale que cet art populaire avait fini par occuper dans l'imaginaire érotique de son époque (ce qui justifie pleinement qu'il figure en bonne place dans les Mythologies de Barthes). Peut-être la place qu'il occupe est-elle l'analogue de la position de la pornographie depuis vingt ans dans notre propre société. Evidemment des Aulnoyes qui voyait dans le strip-tease l'avenir de l'humanité ne pouvait imaginer que l'explosion de la civilisation de l'écran (à travers le magnétoscope relié au téléviseur dans les années 70-80, puis l'ordinateur dans les années 1990-2000) ferait le lit du X aussi aisément que l'apparition du projecteur avait préparé le terrain du strip-tease. A certains égards le second a peut-être joué un rôle dans l'éclosion du premier, en synthétisant lui-même divers aspects du cinéma et de la publicité de son temps, et en nouant un certain rapport du spectateur au corps objectivé (à la fois banalisé et sacralisé, rendu accessible et inaccessible dans le même mouvement) de la femme désirée.

 

------------------

 

citations : "Un courant nouveau s'est dessiné il y a peu, pour le retour à une taille normale. Le nu ne fait plus scandale et une fille "comme tout le monde" peut, si elle est belle, se présenter désormais sur un plateau.

 

Cette sorte de vulgarisation du ni, si l'on peut employer ce terme, a sans nul doute contribué à préparer l'avènement du Strip-tease.

 

Rien ne saurait nous étonner, en un temps où le simple fait de traverser une grande ville en autobus nous conduit à voir sur les murs vingt affiches représentant des femmes nues !...

(...) L'ambiance érotique de la civilisation où nous vivons ne fait plus de la femme nue un élémnt de scandale, mais plutôt un "plat quotidien"... ou "hebdomadaire" selon les moyens de chacun". (p. 67-68)

Lire la suite

Censures nationales selon François des Aulnoyes

17 Juillet 2011 , Rédigé par CC Publié dans #Nudité-Pudeur en Europe

strip.jpgHistoire et philosophie du strip-tease (Ed; Pensée moderne 1958, p. 71) :

 

"En France, la femme peut être nue, mais elle doit porter une coquille de dimensions déterminées selon les lois de la bienséance locale. En Italie, où le sein joueun rôle considérable dans l'échelle des valeurs érotiques (le cinéma italien recherche les comédiennes dont le sein troue l'écran) la pointe doit en être cachée parce que cet organe est un point de cristallisation du désir pour les populations locales qui aiment la bonne vie et les joies des sens.

 

En Espagne, où le goût de l'Amour se mêle à celui de la Mort, et la religion, au plaisir ; pays où la femme a été longtemps considérée comme la procréatrice qui reste au foyer ; c'est le nombril qui ne saurait paraître aux regards, sous le feu des projecteurs. Le ventre est pour l'Espagnol le symbole du sexe, l'élément érotique par excellence."

Lire la suite

L'auréole de lumière judéo-chrétienne sartrianisée et écologisée

9 Juillet 2011 , Rédigé par CC Publié dans #Nudité-Pudeur en Europe

sartre.jpgJe trouve chez Sartre (L'Etre et le Néant Tel Galimard p. 440) une version intéressante de la thématique chrétienne médiévale du vêtement de lumière - dont Bologne notamment explore divers aspects dans son dernier livre :

 

"Dans la grâce, le corps apparaît comme un psychique en situation. Il révèle avant tout sa transcendance comme transcendance-trasncendée (...) le but à venir éclaire l'acte dans sa totalité ; mais toute la part future de l'acte demeure imprévisible, encore que l'on sente sur le corps même en acte qu'elle apparaîtra comme nécessaire et adaptée dès qu'elle sera écoulée. (...) La grâce figure donc l'image objective d'un être qui serait fondement de soi-même pour... La facticité est donc habillée et masquée par la grâce : la nudité de la chair est tout entière présente, mais elle ne peut être vue. En sorte que la suprême coquetterie et le suprême défi de la grâce, c'est d'exhiber le corps dévoilé, sans autre voile que la grâce elle-même. Le corps le plus gracieux est le corps nu que ses actes entourent dun vêtement invisible en dérobant entièrement sa chair, bien que la chair soit totalement présente aux yeux des spectateurs."

 

A cette grâce Sartre oppose l'obscène qui "apparaît lorsque le corps adopte des postures qui le déshabillent entièrement de ses actes et qui révèlent l'inertie de sa chair. La vue d'un corps nu, de dos, n'est pas obscène. Mais certains dandinements involontaires de la croupe sont obscènes. C'est qu'alors ce sont les jambes eules qui sont en acte chez le marcheur et la croupe semble un coussin isolé qu'elles portent et dont le balancement est pure obéissance aux lois de la pesanteur".

 

La grâce, nous dit Sartre (p. 442) "renvoie obscurément comme font les contradictions du monde sensible dans le cas de la réminiscence platonicienne, à un au-delà transcendant dont nous ne gardons qu'un souvenir brouillé et que nous ne pouvons atteindre que par une modification radicale de notre être, c'est-à-dire en assumant résolument notre être-pour-autrui. En même temps elle dévoile et voile la chair de l'autre, ou, si l'on prégère, elle la dévoile pour la voiler aussitôt : la chair est dans la grâce l'autre inaccessible"


Il faudrait détailler davantage ici les réflexions de Sartre sur le désir "comme pro-jet de s'enliser dans le corps" (p. 429) et sur la pudeur d'Adam et Eve qui prennent conscience de leur nudité comme paradigme de la honte devant l' objectité (p. 328). En tout état de cause j'y trouve une trace laïcisée de la thématique chrétienne - dont l'héritage est assumé dans le choix-même de la liaison des termes grâce-transcendance - quoique cette thématique soit transposée aux seuls rapports de conscience autour de l'interaction des corps.

 

P1000203.JPGC'est sur un site juif Sefarad.org sur Internet que je trouve le meilleur résumé de la dialectique vêtement-nudité dans le monothéisme :

 

"les vêtements sacrés ordonnés par le Grand-Prêtre, font pendant aux tuniques de peau que l’Eternel a confectionnées pour Adam et Eve après le péché. Le Midrach (Berechith raba 20) rapporte que ce vêtement de peau était, selon la version de Rabbi Meïr, comme un vêtement de lumière, une source de clarté et de progrès, si on en fait un usage adéquat. Certes, ces tuniques servaient de protection physique du corps, mais elles offraient en même temps une préservation de l’âme, celle-ci ayant été entachée par le péché auquel elle succomba emportée par la tentation des désirs charnels. Les tuniques rappellent l’état antérieur au péché où l’homme était enveloppé d’une auréole de lumière qui lui conférait une splendeur majestueuse aux yeux de toutes les créatures du ciel et de la terre. C’est à cela que fait allusion le psalmiste lorsqu’il s’écrie : ‘’Tu as fait l’homme presque l’égal des êtres divins, tu l’as couronné de splendeur et de magnificence’’. Ainsi, l’homme tout entier baignait dans la lumière divine. Mais depuis le péché, cette auréole de gloire qui illuminait son esprit a disparu, et il n’est resté à l’homme que le vêtement qui couvre la peau. Les vêtements sacerdotaux jouent un double rôle. D’une part, leur caractère sacré est conféré à l’homme qui incarne en sa personne l’idéal de sainteté ; et d’autre part, ils ont pour effet d’éloigner le péché par le rayonnement de l’esprit de sainteté. "

 

Cette auréole de lumière qu'on retrouve chez certaines saintes martyres chrétiennes dévêtues par le sadisme romain n'est-elle pas au fond ce que l'Occident cherche à faire rayonner dans son besoin actuel de nudité ? La "grâce" sartrienne, qui peut résulter d'une adéquation des actes à la condition d'être-pour-l'autre qui caractérise le sujet, étant peut-être placée aujourd'hui à un niveau d'exigence politique moins élevé que chez Sartre, dans la simple conscience d'une symbiose avec un cosmos (et un écosystème) naturel sublunaire en péril (ce qui va aussi avec l'acte de contrition permanent de l'humain devant le péril occasionné).

 

Le fantasme judéo-chrétien du retour à la pureté adamite (qui est ce pour quoi la nudité peut être recherchée mais jamais "bradée") vient peut-être recouvrir ici la violence métaphysique d'un corps nu mathématisable image parfaite de l'Idée pure. En ce sens l'événement « Nus et Debout » lancé "à l'initiative d'une association libre de personnes engagées contre la construction de l'incinérateur de Clermont-Ferrand et contre tous les incinérateurs en général" le 21 août prochain serait du côté du rituel néo-adamite, sartrianisé et écologisé, là où le striptease du top-model serait au fond plus grec...

Lire la suite