Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Les mésaventures de la Miss Asie-Pacifique Mai Myat Noe

26 Septembre 2014 , Rédigé par CC Publié dans #Anthropologie du corps

Mai Myat Noe est devenue la premieèrereine de beauté internationale birmane en mai dernier où elle a remporté le titre de Miss Asie-Pacifique mondiale à Séoul (Corée du Sud) mais a perdu son titre trois mois plus tard. Les organisateurs sud-coréens l'ont qualifiée de "grossièrr et malhonnête" et l'ont accusée de s'être enfuie avec la couronne du concours alors qu'elle devait enregistrer à Séoul des chansons avec un groupe féminin K-pop.

 

Lors d'une conférence de presse bondée en Septembre, Mai Myat Noe a accusé pour sa part les organisateurs birmans d'avoir falsifié son âge de 16 à 18 ans et les organisateurs coréens d'avoir fait pression sur elle pour qu'elle fasse de la chirurgie esthétique en vue d'agrandir ses seins.

 

"(Les organisateurs coréens) m'ont également dit qu'il n'y a qu'une seule façon de trouver de l'argent pour mon album et de continuer dans le monde du spectacle ... c'est d'escorter des magnats des affaires quand ils ont besoin de mes services», dit-elle à la conférence de presse (agence).

 

Un mauvais signal pour la récente ouverture du pays au monde occidental...

 

 

   
Lire la suite

Mon compte rendu du livre " Féminisme, féminité, féminitude - Ça alors !"

25 Septembre 2014 , Rédigé par CC Publié dans #Notes de lecture

Adepte d’une pensée ternaire que reflète déjà l’intitulé de son livre, Claude-Emile Tourné avance trois raisons pour lesquelles il s’est lancé dans cette synthèse sur la condition féminine : sa carrière professionnelle de gynécoloque-accoucheur, sa vie intime de compagnon ou époux d’une féministe, son engagement politique contre les aliénations sociales. Certains sur Internet se sont exclamés : «Enfin quelqu’un qui sait de quoi il parle ! Un gynécologue qui parle des femmes, cela va nous changer des fictions de la théorie du genre !». Oui mais voilà, les médecins sont aussi sujets aux chimères de leur époque - La suite ici

Lire la suite

Célébrités nues : les fuites des photos sur iCloud continuent.

22 Septembre 2014 , Rédigé par CC Publié dans #Nudité-Pudeur en Amérique

La guerre des photos de célébrités nues sur iCloud (fappening) continue : Avril Lavigne, Amber Heard, Gabrielle Union, Hayden Pannettiere, Hope Sol, Hillary Duff, Jenny McCarthy, Kaley Cuoco, Kate Upton, Kate Bosworth, Keke Palmer et Kim Kardashian. Sont dans la liste des nouvelles fuites.Apple jure que les mots de passe n'ont pas été hackés et que les pirates avaient les réponses aux photos confidentielles.couco.jpg

 

Les photos sont accessibles sur plusieurs sites. Je renvoie sur ce sujet à mon interview sur Atlantico.

Lire la suite

"D'Isis au Christ" de Jean-Pierre Chevillot (L'Harmattan)

20 Septembre 2014 , Rédigé par CC Publié dans #Pythagore-Isis

On peut se demander s'il est encore d'un quelconque intérêt de savoir dans quelle mesure le christianisme fut juif ou hellénistique. Cette question occupe en tout cas sérieusement les historiens depuis quinze ans, et c'est un grand mérite de Jean-Pierre Chevillot, qui à l'origine est chercheur en électrochimie, d'avoir synthétisé d'une façon assez pédagogique l'état du savoir sur ce sujet.

 

Chevillot fait remonter la dichotomie juif-grec qui caractérise le christianisme, non pas aux communautés de l'Est du bassin méditerranéen (comme le fait par exemple Marie-François Baslez), mais à la première communauté, celle des apôtres de Jésus, et même au Christ lui-même, dont il affirme qu'il s'exprimait probablement autant en grec qu'en Araméen. La force de cette affirmation s'enracine dans un regard nouveau sur la Galilée, dont Chevillot montre qu'elle était pratiquement dé-judaïsée à l'époque du Christ, en ressuscitant notamment le souvenir de Séphoris, sa très grecque capitale (absente pourtant des Evangiles), à deux pas de Nazareth. La famille de Jésus devient ainsi une famille de notables hellénisés (ce qui explique sa fuite en Egypte quand Séphoris s'est révoltée contre Rome).

 

virgo

Pour Chevillot l'Evangile grecque de Jean ferait apparaître tous les disciples "grecs" de Jésus, absents des autres Evangiles : Etienne, Marie de Magdala, et même Paul (Saul) de Tarse (pour lui Paul a nécessairement connu Jésus sans quoi il n'aurait eu aucune légitimité dans le christianisme). Jésus, accueilli en sauveur à la veille de la Pâque par les Juifs hellénisés de la diaspora, est perçu comme un réformateur du judaïsme qui menace les pharisiens.

 

Dans ce dispositif hellénistique du christianisme, l'isisme aurait joué un rôle important aussi bien dans les rituels du baptême de Jean le Baptiste que dans l'imagerie de la Vierge, et dans la résurrection et la figure de Marie de Magdala (on a déjà dit ce que le New Age en avait fait), une tradition qu'on retrouve dans la Gnose alexandrine. Une spéculation, étayée par très peu d'éléments historiques, mais qui rend compte d'une possible censure de certains éléments "féminins" véhiculés par l'isisme, en Palestine, qui auraient ensuite ressurgi de façon plus ou moins clandestine dans des évangiles apocryphes ou des représentations iconographiques auxquelles le regard "canonique" du catholicisme n'avait peut-être pas prêté, jusque là, une attention suffisante.

 

Pour mémoire les deux Maries (la mère de Jésus et Marie de Magdala) sont liées à Isis.  En septembre 2013,  Jane Schatkin Hettrick de l'université de Rider (New Jersey) montrait par exemple que le plus vieil hymne à Marie connu (pour lequel Mozart et Handel firent un accompagnement musical) est une transposition par Origène d'une prière à Isis.

 

Le parti sénatorial romain n'aimait pas Isis. Gabinius et Pison, les consuls de 58 av JC en avaient fait abattre les autels (le culte avait déjà gagné l'Ouest du bassin méditerranéen vers le IIIe siècle av JC via les esclaves), ordre renouvelé par un décret sénatorial de 54, et le consul Lucius Aemilius Paulus de ses propres mains s'en prend à un sanctuaire d'Isis et Séparpis en 50. Dion Cassius (XLII) précise que l'assassinat de Pompée en Egypte poussa un augure à Rome à relancer la persécution des cultes isiaques. Auguste interdisit l'isisme dans le pomerium de Rome en partie contre le souvenir de Cléopâtre ("Nouvelle Isis"). Tibère fit expulser des adeptes de l'isisme.

 

Voici l'histoire d'amour liée au culte d'Isis à Rome qui motiva sa décision (on ne peut pas s'étonner qu'Isis inspirât pareilles passions...). C'est dans le livre XVIII des Antiquités juives de Flavius Josèphe :

 

"Vers le même temps un autre trouble grave agita les Juifs et il se passa à Rome, au sujet du temple d'Isis, des faits qui n'étaient pas dénués de scandale. Je mentionnerai d'abord l'acte audacieux des sectateurs d'Isis et je passerai ensuite au récit de ce qui concerne les Juifs. [66] Il y avait à Rome une certaine Paulina, déjà noble par ses ancêtres et qui, par son zèle personnel pour lu vertu, avait encore ajouté à leur renom ; elle avait la puissance que donne la richesse, était d'une grande beauté et, dans l'âge où les femmes s'adonnent le plus à la coquetterie, menait une vie vertueuse. Elle était mariée à Saturninus, qui rivalisait avec elle par ses qualités. [67]  Decius Mundus, chevalier du plus haut mérite, en devint amoureux. Comme il la savait de trop haut rang pour se laisser séduire par des cadeaux - car elle avait dédaigné ceux qu'il lui avait envoyés en masse - il s'enflamma de plus en plus, au point de lui offrir deux cent milles drachmes attiques pour une seule nuit. [68] Comme elle ne cédait pas même à ce prix, le chevalier, ne pouvant supporter une passion si malheureuse, trouva bon de se condamner à mourir de faim pour mettre un terme à la souffrance qui l'accablait. [69] Il était bien décidé à mourir ainsi et s'y préparait. Mais il y avait une affranchie de son père, nommée Idé qui était experte en toutes sortes de crimes. Comme elle regrettait vivement que le jeune homme eût décidé de mourir - car on voyait bien qu'il touchait à sa fin – elle vint à lui et l'excita par ses paroles, lui donnant l'assurance qu'il jouirait d'une liaison avec Paulina. [70] Voyant qu'il avait écouté avec faveur ses prières, elle dit qu'il lui faudrait seulement cinquante mille drachmes pour lui conquérir cette femme. Ayant ainsi relevé l'espoir du jeune homme et reçu l'argent demandé, elle prit une autre voie que les entremetteurs précédents, parce qu'elle voyait bien que Paulina ne pouvait être séduite par de l'argent. Sachant qu'elle s'adonnait avec beaucoup d'ardeur au culte d'Isis, Idé s'avisa du stratagème suivant. [71] Après avoir négocié avec quelques-uns des prêtres et leur avoir fait de grands serments, et surtout après avoir offert de l'argent, vingt mille drachmes comptant et autant une fois l'affaire faite, elle leur dévoile l'amour du jeune homme et les invite à l'aider de tout leur zèle à s'emparer de cette femme. [72] Eux, séduits par l'importance de la somme, le promettent ; le plus âgé d'entre eux, se précipitant chez Paulina, obtint audience, demanda à lui parler sans témoins. Quand cela lui eut été accordé, il dit qu'il venait de la part d'Anubis, car le dieu, vaincu par l'amour qu'il avait pour elle, l'invitait à aller vers lui. [73] Elle accueillit ces paroles avec joie, se vanta à ses amies du choix d'Anubis et dit à son mari qu'on lui annonçait le repas et la couche. Son mari y consentit, parce qu'il avait éprouvé la vertu de sa femme. [74] Elle va donc vers le temple et, après le repas, quand vint le moment de dormir, une fois les portes fermées par le prêtre à l'intérieur du temple et les lumières enlevées, Mundus, qui s'était caché là auparavant, ne manqua pas de s'unir à elle et elle se donna à lui pendant toute la nuit, croyant, que c'était le dieu. [75] Il partit avant que les prêtres qui étaient au courant de son entreprise eussent commencé leur remue-ménage, et, Paulina, revenue le matin chez son mari, raconta l'apparition d'Anubis et s'enorgueillit même à son sujet après de ses amies. [76] Les uns refusaient d'y croire, considérant la nature du fait : les autres regardaient la chose comme un miracle; n'ayant aucune raison de la juger incroyable eu égard à la vertu et à la réputation de cette femme. [77] Or, le troisième jour après l'événement, Mundus, la rencontrant, lui dit : « Paulina, tu m'as épargné deux cents mille drachmes que tu aurais pu ajouter à ta fortune, et tu n'as pourtant pas manqué de m'accorder ce que je te demandais. Peu m'importe que tu te sois efforcée d'injurier Mundus ; me souciant non pas des noms, mais de la réalité du plaisir, je me suis donné le nom d'Anubis. » [78] lI la quitta après avoir ainsi parlé. Elle, pensant pour la première fois au crime, déchire sa robe et, dénonçant à son mari la grandeur de l'attentat, lui demande de ne rien négliger pour la venger. Celui-ci alla dénoncer le fait à l'empereur. [79] Quand Tibère eut de toute l'affaire une connaissance exacte par une enquête auprès des prêtres, il les fait crucifier ainsi qu'ldé, cause de l'attentat et organisatrice des violences faites à cette femme; il fit raser le temple et ordonna de jeter dans le Tibre la statue d'Isis. [80] Quant à Mundus, il le condamna à l'exil, jugeant qu'il ne pouvait lui infliger un châtiment plus grave parce que c'était l'amour qui lui avait fait commettre sa faute. Voilà les actes honteux par lesquels les prêtres d'Isis déshonorèrent leur temple. "

 

C'est seulement sous les Flaviens et les Antonins que l'isisme allait trouver sa place officielle sur les pièces de monnaie.

Lire la suite

Repas guerrier

18 Septembre 2014 , Rédigé par CC Publié dans #Anthropologie du corps

Je suis toujours frappé par l’importance que revêtent les repas dans la condition humaine. Il faut ingurgiter ensemble des aliments (« partager le pain » selonune formule consacrée) pour ressentir une forme de cohésion, ou de solidarité spécifique (les repas de famille, les déjeuner « de cohésion »,les dîners en ville). Hier dans une brasserie parisienne, un type dînait seul, une jeune femme un peu plus loin qu’il ne connaissait pas l’a presque obligé à manger à sa table au nom d’un devoir de convivialité, ce qui l’a forcé à entendre toutes les sottises de la dame prononcées d’une voix forte entre la poire et le fromage. Je me suis demandé si elle l’avait aussi obligé de coucher avec elle ensuite.

DSCN5906Je lisais justement, à propos des rituels anthropologiques autour des repas, une contribution (à un colloque de Bucarest de 2006, mais publié sur Academia.edu cette semaine) de la chercheuse portugaise Silvia Alfayé Villa sur les festins préparatifs à la guerre dans l’Hispanie indo-européenne (Lusitaniens, Cantabres, Numantins), des travaux en partie dans le sillage de ceux de Jean-Pierre Vernant. A côté de l’importance des sacrifices de chevaux, mais aussi d’hommes (en partie à des fins divinatoires), on retiendra la place de la consommation rituelle de viande, dont, nous rappelle Alfayé Villa, les Nuers en Afrique encore récemment faisaient un usage « médicamenteux » (tel animal, ou telle dose pour tel ennemi), ainsi que de boissons alcoolisées (le vin, la caelia – bière de blé chez les Numantins) que l’historienne présente comme de véritables «  potions magiques » qui mènent au « fureur » extatique. Le « dernier repas » des Numanciens préparatoire à la guerre et/ou au suicide collectif me fait penser au « dernier repas de Jésus », qui est peut-être un acte de guerre, mais j’ai sans doute l’esprit mal placé, car nous restons chez Alfayé Villa (à part l’allusion aux Nuers) sous des cieux indo-européens, avec au mieux des comparaisons avec les Germains et les rituels védiques indiens. A moins que la cène soit le sumposion d’un Jésus hellénophone, mais je garde cette problématique pour un autre billet.

Lire la suite

La chirurgie esthétique attribut de l'émancipation féminine ?

18 Septembre 2014 , Rédigé par CC Publié dans #Sociologie des institutions

On s'interroge dans les sciences humaines sur la question de savoir si la féminité n'est qu'une construction socio-culturelle (et vous savez que telle n'est pas ma position). On se demande aussi, dans le contexte actuel, si le développement de la chirurgie esthétique contribue à l'émancipation des femmes, ou les aliène.Les deux questions sont liées. Si la féminité psychique dépend de son substrat biologique (et donc de son capital génétique), la méthode de la psychologie évolutionniste à la recherche des invariants comportementaux est légitime pour mettre au jour certaines composantes de ce capital (même si un gène ne fonctionne jamais indépendamment d'un certain dispostif de décodage, et dans un environnement naturel et social donné). Or ces sciences mettent en lien la féminité avec les stratégies de séduction (et donc un travail sur l'apparence) qui n'est pas entièrement le produit de conventions patriarcales. Le rapport de la féminité à la chirurgie esthétique n'est donc pas entièrement le fruit d'une aliénation historique (patriarcale, capitaliste etc.).

 

J'apprenais récemment une anecdote intéressante sur le rapport de la féminité à la chirurgie esthétique dans ce que le sociologie bourdieusienne appellerait les classes dominantes, une anecdote, et plus qu'une anecdote en réalité puisqu'elle concerne les milieux créateurs du droit, et donc la production les normes les plus officielles qui régissent notre société.

 

Le 5 février dernier, la cour de cassation française a pris une décision sur un arrêt de la cour d'appel de Paris de 2012, relatif gynecà Mme Elise X, jeune femme décédée accidentellement au bloc opératoire à quelques minutes d'une liposuccion. La cour de cassation a jugé que la famille de la victime pouvait être indemnisée par l'Office national d’indemnisation des accidents médicaux (ONIAM) au titre de la solidarité nationale, bien que l'opération ait relevé de la chirurgie esthétique, tout comme s'il s'était agi d'une opération indispensable à la santé physique de l'intéressée.

 

Une jurisprudence du Conseil d'Etat sur la circoncision du 3 novembre 1997 (n°153686) pouvait en quelque sorte "préparer le terrain" à cette évolution (la circoncision n'étant pas elle non plus indispensable à la santé). Pour autant celle-ci n'allait pas de soi, et la cour pouvait hésité sur la nécessité d'aligner ou pas la chirurgie esthétique sur les autres formes de chirurgie. L'issue des débats n'a peut-être pas été complètement indépendante de la question du sexe. Selon une source interne à la juridiction, les magistrates femmes (nombreuses au sein de la chambre civile) auraient été heurtées par un argument de l'avocat de l'ONIAM qui aurait dit à la barre, à l'audience publique que les femmes qui ont un problème avec leur apparence feraient mieux de "consulter un psychologue". Certains auraient  estimé dans l'autre sens qu'il n'était pas plus absurde de mettre la charge de la solidarité nationale les besoins d'amélioration de l'image de soi éprouvées par certaines femmes que la chirurgie plastique d'un champion de Formule 1 accidenté comme Michaël Schumacher. La remarque maladroite de l'avocat de l'ONIAM aurait ainsi involontairement cristallisé une sorte de cohésion féminine derrière un "droit au recours à la chirurgie esthétique", et un refus de pathologiser ce recours.

 

Voilà peut-être une belle victoire pour la chirurgie esthétique et les valeurs qu'elle porte, ainsi reconnues par les plus hautes instances judiciaires, mais aussi peut-être une illustration de certaines hypothèses de la psychologie évolutionniste sur une sorte de penchant "spontané de la féminité pour la recherche de l'attractivité physique, penchant auquel ne sont pas uniquement sensibles les bimbos...

Lire la suite

Le belfie ou selfie des fesses

9 Septembre 2014 , Rédigé par CC Publié dans #Interviews en rapport avec mon livre "La nudité"

belfie.jpgJe signale juste cette petite interview de moi sur l'attention portée aux fesses en chirurgie esthétique et dans la mode du "belfie" sur Atlantico.fr, interview également reprise sur le site malien Niarela.

 

Par ailleurs je remercie Elaine Sciolino, correspondante du New York Times à Paris d'avoir bien voulu me citer brièvement dans son livre La Séduction.

Lire la suite

Interview croisée sur Atlantico à propos des photos de stars nues

3 Septembre 2014 , Rédigé par CC Publié dans #Nudité-Pudeur en Europe

Une interview croisée de votre serviteur et de la psychologue Michelle Boiron est publiée aujourd'hui sur Atlantico ici.  Pour plus de détail je vous livre les questions qui m'étaient adressées et la réponse globale que j'avais fournie.

 

--------------------

cindy.jpgQuestions d'Atlantico

_______________

 

1)     Après la publication des photos de Scarlett Johansson nue en 2011, ce sont les photos de Jennifer Lawrence qui ont fuité le 31 août 2014. Plus d’une trentaine de stars se seraient fait dérober des photos-dont certaines très coquines- sur leur téléphone portable ou leur compte iCloud. Si les stars sont généralement victimes de hackers, parmi les anonymes combien sont-ils à s'exposer volontairement nus sur Internet ? Quelle est ampleur du phénomène ? 

2) Où trouve-t-on ces photos, sur quels de type de sites ? 

3)  Quelles sont les catégories de population qui sont concernées par ce genre de pratiques ?

4)  Quelles sont les motivations de ceux qui s'exposent nus ou quasiment nus sur Internet ? Faut-il y voir une forme de transgression ?

5)   Les personnes dont des images circulent sur Internet ont-ils conscience du risque qu'ils prennent à s'exposer de la sorte ? Quelle est la nature de ce risque ? Avez-vous connaissance de cas qui auraient mal tournés ? 

6) Comment se sort-on de ces situations lorsqu'on a été mis à jour ? 

7)   Qu'est-ce que cela traduit de l'évolution de notre rapport au corps ? 

 

Ma réponse globale

________________

 

Les célébrités postent des photos dénudées sur des réseaux sociaux comme Twitter (comme l'avait fait Lady gaga) ou Instagram (Rihanna récemment).

Il y a des sites spécialisées dans les images ou videos de célébrités nues, qui collectionnent les photos trouvées dans les journaux ou dans des films etc. En français http://www.photos-celebrites-nues.com/ , http://celebrites-nues.tumblr.com/ etc Certains exposant même des fausses photos qui sont des montages de photoshop

Ensuite tout un chacun peut être tenté de faire cela. Beaucoup le tentent même sur des réseaux sociaux qui interdisent la nudité comme Facebook, dans le but de briser le tabou.

Il faut distinguer (ce qui n'est pas toujours possibles) les gens qui postent volontairement des photos d'eux et ceux qui ont leurs des proches ou des "ex" qui le font pour eux, avec leur consentement, leur demi-consentement, ou sans leur consentement du tout.

On a beaucoup parlé en 2013 du Revenge porn par exemple. Les gens qui balançaient des photos ou des vidéos de leur ex nue pour se venger. Le Daily Mail britannique racontait cette anecdote rapportée par le San Francisco Chronicle du 22 janvier 2013 à propos du site Texxxan.com : Une mère de 27 ans  Kelly Hinson, vers mi-janvier faisait du shopping dans un supermarché Walmart quand un inconnu est venu vers elle pour lui dire "tu es Kelly n'est ce pas ?" et il lui a expliqué qu'il a sauvegardé sur son ordinateur des photos d'elle nue prises par son dernier petit ami. Le site mentionnait son lieu de résidence et des divers éléments "trash" (comme le fait qu'elle aurait tenté d'avorter "avec un cintre rouillé" -sic-). Elle est allée au commissariat de police, puis elle a consulté deux avocats, mais sa plainte n'a pas été prise en considération. On lui a expliqué qu'il n'y avait rien à faire, d'autant que Kelly Hinson ne peut même pas se retourner contre l'auteur des photos qui s'est suicidé deux mois avant leur publication (de sorte que celles-ci circulent désormais indépendamment de lui).

On a peu d'éléments sur le nombre de gens qui postent des photos d'eux nus volontairement, car la plus grande opacité tourne autour de ce sujet - les gens ne répondent pas sincèrement aux questions des interviewers là dessus. J'avais quand même pu faire une enquête qualitative chez les ados lycéennes il y a 3 ans. On voyait que la tendance à se dénuder sur des réseaux sociaux correspondait à deux profils : Soit des filles timides, qui sortent peu en boîte, qui parlent peu et qui se mettent ainsi en valeur par l’image, soit des filles qui ont un profil psychologique plus extraverti que la moyenne.

Les filles qui sont moins dans la dépendance à l’égard du regard d’autrui (et du regard masculin), pouvant plutôt se contenter de diffusion d’images d’elles dans des réseaux plus restreints, ou l’envoi du strip tease à leur petit ami.

Chez les femmes d'âge plus mûr cela peut correspondre à des défis personnels, ou simplement un besoin de valoriser son corps dans un moment de déprime comme ces femmes qui vont chez des photographes d'art qui prennent des photos d'anonymes et les mettent sur la toile (j'ai préfacé le livre de l'un d'eux à Paris). Certaines en font même un combat idéologique, celui du refus du vêtement (un combat dans lequel l'affirmation de soi peut finir par effacer complètement le désir de plaire).

Il existe un danger pour celle qui a décidé d'offrir son image de la sorte de tomber dans le cliché de la femme facile, de s'enfermer dans ce rôle. Il est intéressant de voir que même des infirmières qui avaient posé nues pour une cause avaient eu ensuite des inquiétudes sur le risque de passer pour des catins. Elles peuvent cependant compter en partie sur le développement du "droit à l'oubli" et sur le caractère éphémère des passions que déclenche Internet. Du moins pour ce qui concerne les gens ordinaires. Certaines en font carrière, comme cette étudiante argentine, filmée par son petit ami en train de montrer ses seins sur les bancs de la fac, Annalissa Santi qui est devenue la coqueluche de la toile en 2013 et a investi ensuite dans une carrière de modèle et dans la téléréalité. Mais bien sûr ces cas sont les plus rares.

Si on ne sait pas combien de femmes postent des images d'elles nues, on sait en revanche que beaucoup de gens ont des photos d'eux nus, soit qu'il s'agisse de selfies, soit que leur partenaire en ait prises.

Et l'on sait à quoi cela est dû : la diffusion des moyens de capture d'image très discrets (téléphones mobiles) et des écrans qui créent une empire très forte de l'image sur les esprits (ce que Régis Debray appelait la "victoire de la vidéosphère sur la graphosphère") peut entrainer une obsession de la fétichisation des images des instants et une volonté d'immortaliser chaque seconde de sa vie, un peu comme ce personnage du film Brooklyn Boogie (1995) de Wayne Wang avec Mel Gorham qui filmait le même coin de rue de son quartier en toutes saisons. Cette obsession de l'image, seule valeur pérenne face à l'agression du temps, se fixe sur l'image du "moi" avec ces gens qui photographient leur visage chaque jour de l'année pour en faire ensuite un montage en film accéléré sur leur ordinateur. Compte tenu de l'invasion de l'espace public par la nudité (une invasion qu'on remarquait déjà dans les années 1950 sur les affiche publicitaires, mais qui aujourd'hui est démultipliée sur les écrans), on comprend que le besoin de fixer l'instant se porte aussi sur la nudité, qui est devenue en soi un éloge de la jeunesse, de la beauté et de la liberté corporelle, de la fraîcheur et désir. Le fait de se photographier ou se faire photographier devient une sorte d'acte rituel au service de cette religion collective. Acte rituel qui renforce cette religion, renforce la norme apparente de la monstration de soi dans l'espace des écrans. Une religion dont des célébrités qui n'ont acquis leur célébrité que par le fait de se montrer comme naguère Paris Hilton, et aujourd'hui Kim Kardashian et Nabila sont en quelques sortes les grandes prêtresses, qui elles-mêmes pratiquent périodiquement une monstration rituelle sur la toile qui légitime leur religion et leur rôle sacerdotal.

Cependant nous sommes plus dans le polythéisme de l'empire romain admettant plusieurs religions que dans le dogmatisme chrétien médiéval hégémonique. Le culte de la monstration de soi, comme le culte de Mithra dans l'Antiquité si l'on veut, est un culte certes bien installé chez les consommateurs d'images suggestives sur la Toile (hommes et femmes), et dans certaines avant-gardes médiatiques, mais qui aussi suscite des agacements et de forts réflexes de rejet dans des pans importants de la société (voir le sondage Ifop-Tena de 2008 sur le nombre de femmes agacées par le fait de voir des seins et des fesses dénudés sur des affiches par exemple).

Lire la suite