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Montaigne et le chamanisme des stoïciens

31 Mai 2015 , Rédigé par CC Publié dans #Philosophie

Il y a chez Montaigne une volonté non seulement d'acclimater la sagesse antique aux choses du quotidien, mais aussi une intention de découvrir en lui-même une sagesse spontanée (on dirait aujourd'hui une "sagesse du corps", une sagesse de sa nature), qui vient d'elle-même réaliser les préceptes des anciens. Mais cette "sagesse" n'est pas une petite quiétude ordinaire, elle peut au contraire se comprendre dans un sens très fort.

Cet après-midi je lisais par hasard ce passage dans le chapitre IX des essais III où l'écrivain explique tout le bien que lui apporte le fait de voyager loin de sa femme, et combien cet éloignement n'a pas pour effet de le séparer de sa compagne mais au contraire, en quelque manière, l'en rapproche : "Je sais que l'amitié a les bras assez longs pour se tenir et se joindre d'un coin de monde à l'autre ; et notamment celle-ci, où il y a une continuelle communication d'offices, qui en réveillent l'obligation et la souvenance. Les Stoïciens disent bien, qu'il y a si grande colligence (alliance) et relation entre les sages que celui qui dîne en France repaît son compagnon en Egypte ; et qui étend seulement son doigt, où que ce soit, tous les sages qui sont sur la terre habitable en sentent aide. La jouissance et la possession appartiennent principalement à l'imagination. Elle embrasse plus chaudement ce qu'elle va quérir que ce que nous touchons, et plus continuellement. Comptez vos amusements journaliers, vous trouverez que vous êtes lors plus absent de votre ami quand il est présent : son assistance relâche votre attention et donne liberté à votre pensée de s'absenter à toute heure pour toute occasion".

Le propos est fort. Il signifie que la pensée permet une présence à distance, et une syntonie plus intense avec ses proches que la présence physique, ce que Montaigne attribue au pouvoir de l'imagination, ce que des théologiens à la Henri Corbin appelleraient sans doute l'imagination créatrice (ce qui est aussi le vocabulaire de Castoriadis). Et la formulation stoïcienne est plus radicale encore puisque celui qui mange nourrit celui qui a faim à des milliers de kilomètres de distance.

Tout d'abord j'ai songé que cette idée donnait au cosmopolitisme stoïcien une signification bigrement puissante : ce n'est pas seulement que le sage stoïcien n'a point de frontières, il n'a tout simplement plus d'espace, et les milliers de kilomètres qui peuvent le séparer d'un autre sage, tout comme l'enveloppe corporelle, n'existent tout simplement pas. C'est l' "unus mundus" cher à Michel Cazenave, et ce n'est pas vraiment concevable dans le cadre d'une pensée rationaliste... Les érudits attribuent cette référence de Montaigne au chapitre XIII du Des communes conceptions contre les Stoïques de Plutarque.

Pour ma part j'y vois aussi un lien avec ce que Peter Kingsley note dans "A story waiting to pierce you" à propos de la métempsychose des chamanes : l'âme du chamane voyage du corps d'un sorcier à un autre, comme elle peut voyager dans les troncs des arbres, et c'est ce qui fait que les sorciers peuvent vivre une complète symbiose à distance tout comme ils peuvent se dédoubler (Pythagore présent dans deux villes différentes). Une vertu qu'il voyait à l'œuvre chez les philosophes guérisseurs pré-socratiques comme Parménide.

On peut certes réduire le propos de Montaigne à des futilités, mais on ne peut nier que la référence qu'il mobilise implique un programme "fort" : la négation pure et simple de l'individualité et de la solitude par la force de l'esprit. Ce n'est pas rien.

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La danse des grues

26 Mai 2015 , Rédigé par CC Publié dans #Anthropologie du corps

Nerissa Russell et Kevin J. Mc Gowan, de l'université Cornell d'Ithaca (New York, USA) ont étudié la présence d'ailes de grues dans le village néolithique turc de Çatalhöyük (7 000 av JC) et font l'hypothèse qu'elles servaient à des cérémonies de danses rituelles imitées des danses réelles de grues dans la nature. Ils relèvent que dans toutes les cultures humaines proches des biotopes naturels de ces oiseaux, les différentes espèces de grues sont des symboles de bonheur, de mariage, de fidélité, à cause de leur monogamie, de piété et de sagesse, en rapport aussi avec le soleil, sans doute à cause de leur taille voisine de celles des hommes, de leur bipédie, de leur qualité d'animal social et de leur cri semblable au sons de trompettes. Elles ne portent malheur que chez les Celtes. En Chine, en Australie, chez les Ainu au Japon, et les BaTwa en Afrique du Sud il existe des danses des grues effectuées par les humains portant des plumes, et les Ostyak de Sibérie portaient des peaux de grues pour certaines cérémonies.

Dans la Vie de Thésée de Plutarque (XIX) on peut lire :

"Thésée, étant parti de Crète, alla débarquer à Délos. Là, après avoir fait un sacrifice à Apollon et consacré une statue d'Aphrodite qu'Ariane lui avait donnée, il exécuta, avec les jeunes Athéniens qui l'accompagnaient, une danse qui est encore en usage chez les Déliens; les mouvements et les pas entrelacés qui la composent sont une imitation des tours et des détours du labyrinthe. Cette danse, au rapport de Dicéarque, est appelée à Délos la Grue. Thésée la dansa autour de l'autel qu'on nomme Cératon, parce qu'il n'est fait que de cornes d'animaux, toutes prises du côté gauche. On dit aussi qu'il célébra, dans cette île, des jeux où, pour la première fois, les vainqueurs reçurent une branche de palmier"

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Jakob Böhme

22 Mai 2015 , Rédigé par CC Publié dans #Philosophie

Jakob Böhme

Jakob Böhme est l'auteur du Mysterium magnum (son dernier livre, le premier fut Aurora ~Morgen Röte im auffgang- Aurore naissante en 1612. À l’époque la tradition voulait que les livres portent des titres en latin). C’est l’éditeur de Böhme qui ajoute ces titres latins d’après lesquels nous identifions maintenant ses œuvres.), ouvrage kabbalistique qui comprend diverses considérations très précises sur les correspondances entre les corps célestes, les minéraux et les plantes, une physiologie occulte qui fait penser au chakras orientaux. Né en 1575 de parents analphabètes, il devint apprenti cordonnier. Selon Franckenberg, un jour, un étranger vont acheter une paire de bottes. En partant, il appela Jakob par son nom et lui demanda de le suivre. Il fut surpris mais plus encore quand l'étranger lui dit "Jacob, tu es peu de chose, mais tu seras grand, et tu deviendras un autre homme, tellement que tu seras pour le monde un objet d’étonnement. C’est pourquoi soit pieux, craint Dieu, et révère Sa parole ; surtout lis soigneusement les Écritures saintes, dans lesquelles tu trouveras des consolations et des instructions, car tu auras beaucoup à souffrir, tu auras à supporter la pauvreté, la misère et des persécutions ; mais sois courageux et persévérant, car Dieu t’aime et t’est propice". Il devint sérieux, son maître le mit à la porte. Artisan itinérant il fonda sa propre échoppe. En 1600, assis dans sa cuisine, aveuglé par le reflet du soleil sur une assiette d'étain, il vit tout devenir transparent après l'obscurité. Alors les nouveaux mondes des esprits lui apparurent.

Dans Aurora il en parle ainsi : "Quant à ce genre de triomphe dans l’esprit, je ne puis l’écrire ni le prononcer ; cela ne se peut figurer que comme si la vie était engendrée au milieu de la mort ; et cela, se compare à la résurrection des morts. Dans cette lumière mon esprit a vu au travers de toutes choses, et a reconnu dans toutes les créatures, dans les plantes et dans l’herbe, ce qu’est Dieu, et comment il est, ce que c’est que sa volonté. Et aussi à l’instant, dans cette lumière, ma volonté s’est portée, par une grande impulsion, à décrire l’être de Dieu."

Polyglotte, il lisait désormais le passé et l'avenir. En 1611 ou 1612, il eut sa seconde expérience à partir de laquelle il commença à écrire. Il passa un jour dans un champ et reçu alors l'intuition des mystères de la création et un savoir encyclopédique.

Il écrivit Aurora pour lui-même, mais dans un style très alambiqué, dont il s'excuse ainsi : "Hélas! que n’ai-je une plume digne d’un homme, et que puis-je tracer l’esprit de la connaissance! Il faut toutefois que je bégaye sur ces grands mystères, comme un enfant qui apprend à marcher. Car, la langue terrestre ne saurait exprimer ce que l’esprit saisit et comprend ; ainsi je veux le hasarder pour savoir si je pourrai en exciter quelques-uns à chercher la perle par laquelle j’opère aussi l’oeuvre de Dieu, dans mon paradisiaque jardin de roses." (Des trois principes de l'essence divine)

Son ami Carl von Endern tint à le publier. Son succès local lui valut les persécutions du premier pasteur de Görlitz, Gregor Richter, bien que Böhme fût un luthérien orthodoxe. La vision de la nouvelle naissance chez Böhme semblait desserrer le dogme de la prédestination.

Il se réfugia à Dresde en mai 1624, mais revint mourir à Görlitz auprès des ses enfants le 17 novembre de la même année.

Dans ses Leçons sur l’histoire de la philosophie, Hegel décrit Jakob Böhme comme « le premier philosophe allemand ».

Pour ce qui est de la diffusion de la doctrine en Angleterre, c’est à Charles Ier que l’on en doit le mérite. Le roi aurait dit de Böhme, d’après la préface de Louis-Claude de Saint-Martin, le Philosophe inconnu : « que Dieu soit loué! puisqu’il se trouve encore des hommes qui ont pu donner de sa parole [la parole de Dieu] un témoignage vivant tiré de leur expérience ! »

Heinrich Heine à propos de Böhme dans "De l'Allemagne" : "Parmi toutes les folies de l’école des romantiques en Allemagne, la constance avec laquelle on loua et vanta Jacob Boehm, le cordonnier de Görlitz, mérite une mention particulière. Ce nom était comme le schiboleth de ces gens-là. Quand ils prononçaient le nom de Jacob Boehm, ils faisaient leurs plus sérieuses grimaces. Je ne pourrais dire si ce singulier cordonnier fut un philosophe aussi distingué que beaucoup de mystiques allemands l’assurent, car je n’ai jamais rien lu de lui ; mais je suis persuadé qu’il ne faisait pas d’aussi bonnes bottes que M. Sakoski."

Daniel Proulx, disciple d'Henri Corbin, dans un mémoire de maîtrise élaboré à l'université de Louvain a tenté de comparer Böhme et Al-Arabi sous l'angle de l'imagination créatrice.

Pour lui, si Böhme écrit du point de vue de Dieu alors qu'Ib al-Arabi le fait du point de vue de son moi, l'un et l'autre en fait décrivent le divin puisqu'ils prônent l'un et l'autre l'abandon de la volonté subjective. (p. 130)

Mais pour Böhme tout est en Dieu, y compris le Démon qui est un "moment" du divin : « Le vrai ciel où Dieu demeure, est par-tout, en tout lieu, ainsi qu’au milieu de la terre. Il comprend l’enfer où le démon demeure, et il n’y a rien hors de Dieu. Car, là où il était avant la création du monde, il y est encore, c’est-à-dire, en soi-même, et il est lui-même l’essence des essences. » (Des trois principes de l'essence)

Böhme a démenti être un alchimiste : "tu ne dois pas me prendre pour un alchimiste, car j’écris seulement à la lumière de la connaissance spirituelle, mais non de l’expérience. " Selon Proulx, "la place qu’il accorde à la question du mal, et la manière dont il intellectualise ce qu’il a reçu, le rapproche du gnosticisme. C’est un peu comme si c’était un gnostique qui avait été initié par Dieu lui-même" . "Si Berdiaev décrit Böhme comme un gnostique, Faivre dans le Dictionary of Gnosis & Western Esotericism le classe dans le courant de la théosophie chrétienne.

Pour Böhme la Nature, c’est Dieu sous forme de théophanie ou comme il le dit lui-même parlant de Dieu : "nulle part il n’est loin ou près de quelque chose […] sa naissance est partout et en dehors de lui il n’existe rien" (~Mysterium magnum). Sans pour autant que DIeu se réduise au monde ou à la nature. Pour exprimer cela deux théories symbolico-philosophiques sont utilisées : la doctrine des sept sources-esprits ou des sept propriétés et celle des trois engendrements ou des trois naissances divines comme éternel engendrement sans origine.

Böhme présente de cette façon confuse les quatre premières propriétés :

"Et l’être mort dans le feu qui a coagulé le premier désir résidant dans la première libre joie et l’a assombri sort à travers la vie ignée comme une huile spirituelle qui est la propriété du feu et de la lumière ; et dans le trépas est une eau, un être mort et insensible qui est en somme le réceptacle de l’huile, dans laquelle la force ignée ou esprit gouverne sa vie, qui est l’aliment de la force ignée, aliment que cette force ignée attire de nouveau en elle pour l’engloutir et qui assouvit alors la force ignée et la transforme en douceur suprême dans laquelle naît la vie du grand amour, le bon goût; en sorte que la force ignée qui est dans l’huile devient de par le trépas dans la force aqueuse une humilité ou douceur" (Mysterium)

Proulx résume les choses ainsi : "Le Père se manifeste à partir de l’ombre et il est hautement courroucé contre lui-même. À partir du quatrième principe, après le premier Verbum Fiat, la naissance du Fils commence. La quatrième propriété, c’est la première révélation du Dieu abscons, puisqu’il s’agit d’une propriété de lumière. De la Trinité on passe à la Croix539. L’éclair qui sort du Fiat infernal enflamme l’huile et la lumière-amour apparaît. Le cinquième principe, c’est la lumière (5ième) du feu (4ième), exactement comme la chaleur du coeur témoigne de l’amour vécu. La douceur mielleuse de Dieu apparaît enfin, car, si le désir se désirait, l’amour aime le feu qui la nourrit. À la différence du premier et second principe qui se désire lui-même, l’amour aime sans direction. La conséquence de cet amour qui aime, c’est la coagulation ou concentration, par opposition au deux premiers principes qui ouvrent un espace infini qui pousse dans deux directions opposées. Les quatrième et cinquième principes concrétisent l’être divin, car l’amour est une fin en soi, ce qui n’est pas le cas du désir. Voilà pourquoi à ce moment Böhme indique que la sensualité ou la matière commence à apparaître. La sixième propriété est alors engendrée, car l’illumination concrétisée ou coagulée par l’amour donne l’intelligence (Verbe-logos). Sous l’effet de la lumière, le chemin apparaît, les choses deviennent compréhensibles. C’est pour cela que la sixième propriété est une propriété d’intelligence ou de distinction (...) De là, il y a la septième source-esprit qui récapitule toutes les autres. Il s’agit du corps de Dieu conçu comme une théophanie, car les théophanies, du point de vue humain, s’expriment par leurs concrétudes. C’est là aussi que le naturalisme de Böhme réapparaît, car, le corps céleste, c’est la nature éternelle de Dieu, c’est le corps de tous les esprits."

Selon Proulx, s'il n'y a pas de monisme, c'est parce que Dieu est Un-Grund, sans fond : "La notion d’indéterminé, d’abîme, d’abyssale, d’impénétrable, cadre parfaitement dans les courants de la mystique et de la philosophie allemande. La notion d’Ungrund, quoiqu’elle ne soit pas d’un abord facile dans l’oeuvre du théosophe, est très importante pour comprendre la structure absolument apophatique de Dieu. En plus, le mot lui-même d’Ungrund est probablement la création philosophique la plus originale du théosophe, car ce mot apparaît pour la première fois dans l’oeuvre de Böhme. Cette idée du Sans-Fond est l’articulation la plus fondamentale de sa métaphysique. Répétons-le clairement, le théophanisme ou le théomonisme n’est pas un panthéisme, et ce, à cause de cette structure absolument apophatique qu’est l’Ungrund."

Proulx rapproche l'Ungrund du Lui-pas-lui d'Ibn al-Arabi, ou du méontique.

Pour Ibn al-ʿArabī, parce que Dieu est inconnaissable, l’humain doit apprendre à s’en méfier ; il doit faire preuve d’une attention scrupuleuse. C’est la mise en garde du qurʿān qu’a relevée le shaykh : " “Et Dieu vous engage à vous méfier de Lui et Dieu est compatissant pour ses serviteurs.” (3 : 30).Par compassion, Il nous a mis en garde contre Lui, car “il n’est rien qui Lui soit semblable” (42 : 11) ; Il n’est jamais connu que par l’impuissance à Le connaître " (IBN AL-ʻARABĪ, M., Le dévoilement des effets des voyages)

Dieu est à jamais au-delà, indéterminé et inconnaissable, du moins dans sa totalité. La créature de Dieu cherche à toucher aux actualisations de Dieu pour se réaliser ou pour se potentialiser.

La prière théophanique ou créatrice ne consiste pas à demander à Dieu ceci ou cela, elle appelle Dieu à être présent dans le rapport réalisé de la prière. La prière n’est pas l’espérance d’une intercession de Dieu en sa faveur, la prière met en exergue le mode d’être par lequel Dieu se manifeste à lui-même. La prière est le moyen « de faire exister, c’est-à-dire de faire apparaître, “voir” le Dieu qui se révèle, non pas, certes, de le voir dans son Essence, mais de le voir sous la forme que précisément il révèle en se révélant par cette forme et à elle» (CORBIN, H., L'imagination créatrice dans le soufisme d'Ibn 'Arabî, Paris, Entrelacs, 2006, p. 260.)

Je suis assez en désaccord avec les théorie de Proulx (et de Corbin) sur l'imagination créatrice, mais son travail sur Böhme et les mises en perspectives avec Ibn al-Arabi m'auront aidé à entrer dans l'œuvre du mystique saxon.

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Ivan Jablonka, Le Corps des autres

18 Mai 2015 , Rédigé par CC

Ivan Jablonka, Le Corps des autres

Le cinéma avait ouvert ses portes aux esthéticiennes avec le film Vénus beauté il y a quinze ans. Les éditions du Seuil leur ouvrent cette année celles de leur collection populaire «Raconter la vie» avec un charmant petit livre de l’historien Ivan Jablonka.

Les lecteurs seront séduits par l’élégance de cet ouvrage sans prétention qui coule comme un ruisseau et se laisse dévorer tout en charriant sur son flot beaucoup de délicatesse et d’intelligence. «Dans ce livre, explique l’auteur, je m’intéresse à la peau douce, au visage épanoui, au galbe, au corps en gloire, choyé, illuminé par une perfection de rêve». Il tient d’un bout à l’autre cette promesse paradisiaque en suivant avec tendresse douze esthéticiennes.

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Stanis Perez, Histoire des médecins

18 Mai 2015 , Rédigé par CC Publié dans #Notes de lecture

Stanis Perez, Histoire des médecins

L’histoire de la médecine, comme à maints égards celle de la philosophie, et, plus généralement celle de la rationalité, est trop souvent pensée à travers le stéréotype d’une progression linéaire, comme le valeureux combat d’Hercule qui, sans défaite, surmonte les douze épreuves qui le conduisent à la gloire. La somme académique très riche que propose ici le professeur Stanis Perez contribue à combattre ce genre de cliché.

En des termes peut-être moins profonds et moins inspirés que les travaux de l’helléniste anglais Peter Kingsley (sur Parménide notamment) mais tout de même assez clairs, l’auteur commence à rappeler que peu de choses à l’origine distingue le médecin du guérisseur (et, pourrait-on, dire, du «chamane» tel qu’il existait dans l’univers gréco-latin, bien plus que nous n’avons coutume de le penser) : l’un et l’autre pendant longtemps se référèrent aux dieux, même dans la tradition hippocratique, et ni l’un ni l’autre pendant longtemps ne peut se réclamer d’aucun diplôme spécifique.

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Philippe Petit "Le Corps, un être en devenir"

2 Mai 2015 , Rédigé par CC Publié dans #Notes de lecture

Ma dernière recension pour Parutions.com :

Parallèlement aux méthodes très analytiques de la médecine moderne (le traitement local des symptômes et des organes atteints par une pathologie), les méthodes holistes, à titre préventif ou curatif, ont le vent en poupe, depuis celles qui s’adressent à la partie la plus biologique du corps (son sang, son épiderme), à celles qui l’abordent sur un plan plus abstrait (celui des «énergies», les «plans subtils», etc). Les résistances à ces pratiques sont nombreuses pour des raisons qui tiennent parfois aux préjugés, mais aussi à l’insuffisance des preuves statistiques de leur efficacité.

Philippe Petit, animateur d’une émission scientifique sur une radio du Val d’Oise et ostéopathe de son état, fait partie de ces chercheurs indépendants trop rares qui tentent de réfléchir sur leur expérience clinique, pour tenter de mieux comprendre ce qu’il fait, et améliorer de ce fait notre connaissance des mystères du corps. Il livre dans cet ouvrage un angle d’approche particulier de l’ostéopathie : celui de la paléontologie.

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Ephèse chez Plutarque et Tacite

1 Mai 2015 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire secrète

Ephèse chez Plutarque et Tacite

On peut, à travers la lecture de Plutarque et de Tacite glaner diverses information sur l'Ephèse antique.

Plutarque rappelle que Xénophon dans les Helléniques III qualifie Ephèse en 400 av JC d'"arsenal de la guerre"

Le passage auquel il fait référence mérite d'être cité :

"Puis, quand le printemps parut, il (Agésilas) rassembla toute son armée à Éphèse. Dans le dessein de l'exercer, il proposa des prix à celle des compagnies d'hoplites qui aurait les hommes les plus vigoureux et à celui des escadrons de cavalerie qui aurait les meilleurs cavaliers. Il offrit aussi des prix pour les peltastes et les archers qui seraient reconnus les plus habiles dans les exercices qui leur étaient propres. Dès lors on put voir tous les gymnases remplis d'hommes qui s'entraînaient, l'hippodrome plein de cavaliers qui travaillaient leurs chevaux, et les acontistes et les archers qui s'exerçaient. 17. La ville tout entière où il séjournait offrait ainsi un curieux spectacle. Le marché était rempli de toutes sortes de chevaux et d'armes à vendre; les ouvriers de l'airain et du bois, les forgerons, les cordonniers et les peintres préparaient des armes de guerre et l'on pouvait réellement croire que la ville était une usine de guerre. 18. On aurait pris confiance aussi à voir Agésilas le premier, puis tous les soldats, sortir des gymnases la couronne en tête et offrir leurs couronnes à Artémis, car là où les hommes révèrent les dieux, s'exercent à la guerre, s'entraînent à la discipline, n'est-il pas naturel que là tout soit plein de belles espérances ? 19. Persuadé que le mépris de l'ennemi inspire aussi de la force pour la guerre, il ordonna aux crieurs de vendre nus les barbares pris par les maraudeurs. Les soldats qui voyaient la blancheur de leur peau, parce que les Perses ne se déshabillent jamais, leur mollesse et leur peu de résistance à la fatigue, parce qu'ils sont toujours en voiture, se persuadèrent que la guerre ne serait pas plus redoutable que s'ils n'avaient affaire qu'à des femmes. "

Il note qu'en -407 quand Lysandre, nommé chef des forces navales du Péloponnèse arrive à Ephèse, la cité est "bien disposée à son égard et soutenant avec ardeur la cause lacédémonienne ; mais elle se trouvait lors mal en point et risquait de devenir complètement barbare, sous l'effet des coutumes des Perses, à cause des nombreux échanges qu'elle avait avec eux".

En juillet -356 (le 6 du mois d'Hecatombaion) l'Artemison fut incendié par Erostrate le jour de la naissance d'Alexandre ce qui fit dire au biographe Hegésias de Magnésie de celui-ci qu'on comprend que le temple ait brûlé puisqu'Artemis était occupée à faire naître le futur conquérant. Les mages parcouraient la ville ce jour-là en annonçant qu'un second malheur frapperait l'Asie.

Démétrios Poliorcètre y passa en -301 avec ses soldats après ses défaites sans piller le temple.

En -84 Sylla a séjourné à Ephèse, Lucullus y donna des jeux et des combats de gladiateurs à la gloire de ses victoires en - 70 et y imposa des règles judiciaires justes comme gouverneur.

Dans Plutarque on apprend aussi que Caton le jeune, à la fin de son tribunat militaire de Caton en Macédoine, en -67, auprès du propréteur Munatius Rubrius – il a alors 28 ans - ayant décidé de visiter l'Asie (peut-être sur les conseils du philosophe cynique Athénoros qu'il avait rencontré à Pergame) et après avoir vu Antioche, rencontra Pompée (de 11 ans son ainé) à Ephèse. Celui-ci lui manifesta beaucoup de déférence.

Antoine entra à Ephèse en -42 précédé de femmes en costumes de Bacchantes et d'hommes et d'enfants déguisés en Satyres et en Pans. La cité était remplie de lierre, de thyrses, de psaltérions, de syrinx et d'auloi et on l'acclaait sous les noms de Dionysos Charidotès et Meilichios (mais on le qualifiait tout bas d'omestès et agrionios). Il y fut à nouveau avec Cléopâtre à l'automne - 33.

(Des éléments intéressants sur Halicarnasse aussi où Alexandre nomma Ada reine. Phanias la mère de Thémistocle serait une carienne de cette ville, le siège d'Halicanasse par Ptolémée dans sa guerre contre Démétrios)

Tacite, lui, montre une Ephèse romaine dont les enjeux sont déjà liés aux temples :

Annales livre III

[3,60]

(1) Cependant Tibère, content de fortifier dans ses mains les ressorts du pouvoir, offrait au sénat l'image des temps qui n'étaient plus, en renvoyant à sa décision les demandes des provinces. Les asiles se multipliaient sans mesure dans les villes grecques, et cet abus était enhardi par l'impunité. Les temples se remplissaient de la lie des esclaves; ils servaient de refuge aux débiteurs contre leurs créanciers, aux criminels contre la justice. Point d'autorité assez forte pour réprimer les séditions du peuple, qui, par zèle pour les dieux, protégeait les attentats des hommes. (2) Il fut résolu que chaque ville enverrait des députés avec ses titres. Quelques-unes renoncèrent d'elles-mêmes à des prérogatives usurpées. D'autres invoquaient d'anciennes croyances ou des services rendus au peuple romain. (3) Ce fut un beau jour que celui où les bienfaits de nos ancêtres, les traités conclus avec nos alliés, les décrets mêmes des rois qui avaient eu l'empire avant nous, et le culte sacré des dieux, furent soumis à l'examen du sénat, libre comme autrefois de confirmer ou d'abolir.

[3,61]

(1) Les Éphésiens eurent audience les premiers. Ils représentèrent "que Diane et Apollon n'étaient point nés à Délos, comme le pensait le vulgaire; qu'on voyait chez eux le fleuve Cenchreus et le bois d'Ortygie, où Latone, au terme de sa grossesse, et appuyée contre un olivier qui subsistait encore, avait donné le jour à ces deux divinités; que ce bois avait été consacré par un ordre du ciel; qu'Apollon lui-même, après le meurtre des Cyclopes, y avait trouvé un asile contre la colère de Jupiter; (2) que Liber Pater victorieux avait épargné celles des Amazones qui s'étaient réfugiées au pied de l'autel; que dans la suite Hercule, maître de la Lydie, avait accru les privilèges du temple, privilèges restés sans atteinte sous la domination des Perses, respectés par les Macédoniens, et maintenus par nous."

[3,62]

(1) Immédiatement après, les Magnésiens firent valoir des ordonnances de L. Scipion et de L. Sylla, qui, vainqueurs l'un d'Antiochus l'autre de Mithridate, honorèrent le dévouement et le courage de ce peuple en déclarant le temple de Diane Leucophryne un asile inviolable. (2) Les députés d'Aphrodisias et de Stratonice présentèrent un décret du dictateur César, prix de services anciennement rendus à sa cause, et un plus récent de l'empereur Auguste: ces villes y étaient louées d'avoir subi une irruption des Parthes, sans que leur fidélité envers la république en fût ébranlée. Les Aphrodisiens défendirent les droits de Vénus, les Stratoniciens ceux de Jupiter et d'Hécate. (3) Remontant plus haut, les orateurs d'Hiérocésarée exposèrent que Diane Persique avait chez eux un temple dédié sous le roi Cyrus; ils citèrent les noms de Perpenna, d'Isauricus et de plusieurs autres généraux, qui avaient étendu jusqu'à deux mille pas de distance la sainteté de cet asile. (4) Les Cypriotes parlèrent pour trois temples, élevés, le plus ancien à Vénus de Paphos par Aerias, le second par Amathus, fils d'Aerias, à Vénus d'Amathonte, le troisième à Jupiter de Salamine par Teucer, fuyant la colère de son père Télamon.

[3,63]

(1) On entendit aussi les députations des autres peuples. Fatigué de ces longues requêtes et des vifs débats qu'elles excitaient, le sénat chargea les consuls d'examiner les titres, et, s'ils y démêlaient quelque fraude, de soumettre de nouveau l'affaire à sa délibération. (2) Outre les villes que j'ai nommées, les consuls firent connaître "qu'on ne pouvait contester à celle de Pergame son asile d'Esculape, mais que les autres cités ne s'appuyaient que sur de vieilles et obscures traditions. (3) Ainsi les Smyrnéens alléguaient un oracle d'Apollon, en vertu duquel ils avaient dédié un temple à Vénus Stratonicide; ceux de Ténos une réponse du même dieu, qui leur avait enjoint de consacrer une statue et un sanctuaire à Neptune. Sans remonter à des temps si reculés, Sardes se prévalait d'une concession d'Alexandre victorieux, Milet d'une ordonnance du roi Darius: ces deux villes étaient vouées l'une et l'autre au culte de Diane et d'Apollon. Enfin les Crétois formaient aussi leur demande pour la statue d'Auguste." (4) Des sénatus-consultes furent rédigés dans les termes les plus honorables, et restreignirent cependant toutes ces prétentions. On ordonna qu'ils seraient gravés sur l'airain et suspendus dans chaque temple, afin que la mémoire en fût consacrée, et que les peuples ne se créassent plus, sous l'ombre de la religion, des droits imaginaires.

Sous Tibère encore (livre IV) :

(1) Le prince, pour détourner ces rumeurs, allait au sénat plus assidûment que jamais. Il entendit pendant plusieurs jours les députés de l'Asie, qui disputaient entre eux où serait construit le temple de Tibère. Onze villes d'un rang inégal soutenaient leurs prétentions avec une égale ardeur. Toutes vantaient, à peu près dans les mêmes termes, l'ancienneté de leur origine, leur zèle pour le peuple romain pendant les guerres de Persée, d'Aristonicos et d'autres rois. (2) Hypèpe, Tralles, Laodicée et Magnésie furent d'abord exclues, comme d'un rang trop inférieur. Ilion même allégua vainement que Troie était le berceau de Rome: elle n'avait d'autre titre que son antiquité. On pencha un moment en faveur d'Halicarnasse. Pendant douze siècles aucun tremblement de terre n'avait ébranlé les demeures de ses habitants, et ils promettaient d'asseoir sur le roc vif les fondements de l'édifice. Pergame faisait valoir son temple d'Auguste: on jugea qu'il suffisait à sa gloire. Vouées tout entières au culte, l'une de Diane et l'autre d'Apollon, Éphèse et Milet parurent ne plus avoir de place pour un culte nouveau. (3) C'est donc entre Sardes et Smyrne qu'il restait à délibérer. Les Sardiens lurent un décret par lequel les Étrusques les reconnaissaient pour frères. On y voyait qu'autrefois Tyrrhenus et Lydus, fils du roi Atys, se partagèrent la nation, devenue trop nombreuse. Lydus resta dans son ancienne patrie; Tyrrhenus alla en fonder une nouvelle; et ces deux chefs donnèrent leur nom à deux peuples, l'un en Italie, l'autre en Asie. Dans la suite, les Lydiens, ayant encore augmenté leur puissance, envoyèrent des colonies dans cette partie de la Grèce qui doit son nom à Pélops. (4) Sardes produisait en outre des lettres de nos généraux et des traités faits avec nous pendant les guerres de Macédoine; enfin elle n'oubliait pas la beauté de ses fleuves, la douceur de son climat, la richesse de ses campagnes.

Enfin ne perdons pas de vue le passage de la Vie d'Apollonios de Tyane de Philostrate. A Ephèse, sous le règne de Néron, le pythagoricien Apollonios réunit ses partisans sur les marches du temple d'Artémis et blâme la ville pour son goût pour la musique de flûtistes, les danses et les spectacles de pantomime. Il lui recommande de se consacrer à la philosophie. Les cités voisines envoient des délégations à Apollonios. Celui-ci à Ephèse disserte sur le sens du partage des moineaux. Il sauvera la cité d'une épidémie en faisant lapider un démon déguisé en vieillard au théâtre mais ne cessera pas de blâmer la sottise de ses habitants.

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