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La Tunique de Jésus

18 Mars 2016 , Rédigé par CC

L’ostension de la Sainte Tunique du Christ commencera le Vendredi Saint 25 mars prochain dans la basilique Saint-Denys d'Argenteuil (95), à l'issue du Chemin de Croix (vers 16h30).

La Tunique a quitté Jérusalem et traversé les siècles pour se trouver en possession de l’impératrice Irène de Constantinople au début du IXe siècle, sans que l’on sache par quel itinéraire précis ni à quelles dates. A cette époque, l’impératrice prévoit pour consolider son empire sous le feu de multiples menaces, d’épouser Charlemagne, empereur d’Occident, veuf. En signe de bonne volonté, elle lui aurait offert l’une des reliques les plus précieuses en sa possession, la Tunique du Christ.

Aujourd’hui la Tunique est conservée dans un reliquaire, enroulée, dans la basilique Saint Denys d’Argenteuil. Traditionnellement, elle n’est déployée et montrée que deux fois par siècle, au cours d’un événement limité dans le temps, qu’on appelle une « ostension solennelle ». Les deux dernières ostensions ont eu lieu à Argenteuil en 1934 et 1984.

Saint Jean évoque la tunique de Jésus dans son chapitre 19, aux versets 23 et 24 : « Quand les soldats eurent crucifié Jésus, ils prirent ses habits ; ils en firent quatre parts, une pour chaque soldat. Ils prirent aussi la tunique ; c’était une tunique sans couture, tissée tout d’une pièce de haut en bas. Alors ils se dirent entre eux : « Ne la déchirons pas, désignons par le sort celui qui l’aura. » Ainsi s’accomplissait la parole de l’Écriture : Ils se sont partagé mes habits ; ils ont tiré au sort mon vêtement. C’est bien ce que firent les soldats. »

Le Moyen-Âge a été le théâtre de fabrication de fausses reliques. C’est pourquoi, à partir du XVIIème siècle, l’église catholique a souhaité lever les doutes possibles quant à l’authenticité de la Sainte Tunique. Elle l’a fait tout d’abord en étudiant les textes, qui attestaient de la présence pluriséculaire du vêtement à Argenteuil.

À partir du XIXème siècle, plusieurs examens scientifiques de la Tunique ont été menés à l’initiative des autorités ecclésiastiques, grâce aux nouveaux moyens techniques disponibles. Ils ont démontré :
•que la relique est en laine de mouton (1893) ;
•qu’elle a été colorée selon des procédés en vigueur au Moyen-Orient au début de notre ère ;
•qu’elle est bien tissée d’une pièce, sur un métier primitif (1882 & 1892) ;
•qu’elle correspond au type de tissage identifié en Syrie et au Nord de la Palestine au premier siècle ;
•qu’elle est tachée de sang (1892 & 1932) ;
•que le sang figure dans le dos et sur les épaules, à l’endroit où aurait reposé la croix portée par le Christ lors de l’ascension au Calvaire (1932 & 1934) ;
•que le sang présent sur la Tunique est du groupe AB (1986).


En 2004, une datation au Carbone 14 a été effectuée : elle déclare que la Tunique aurait été tissée entre 530 et 640, et ne corrobore donc pas les résultats des examens scientifiques précédents. Cependant, il semble que la technique de datation au Carbone 14 manque de fiabilité pour les tissus anciens dont on connaît mal les états de conservation au cours des siècles. C’est le cas de la Tunique d’Argenteuil, qui a été longtemps enfouie et probablement mise au contact de matériaux organiques en décomposition au cours de son histoire tumultueuse. Il faudrait donc relativiser ces résultats. Il s'agit de sang de groupe AB comme pour le suaire de Turin, le suaire d'Ovideo et pour les hosties examinées par Dr Ricardo Castañon Gomez. La comparaison des pollens présents sur les trois reliques est troublante : sept sont communs aux reliques de la Tunique d’Argenteuil, du Linceul de Turin et du Suaire d’Oviedo. Mieux encore, deux proviennent uniquement de Palestine : ceux d’un pistachier, Pistacia palaestina et d’un tamarin, Tamarix hampeana.

Ainsi, différents examens scientifiques menés sur la Tunique d’Argenteuil plaident pour qu’elle ait été portée par un homme soumis à de grandes souffrances, en Palestine, au 1er siècle de notre ère. Tous ces éléments sont empruntés au site de la Sainte Tunique.

Soeur Anne-Catherine Emmerich raconte d'après ses visions p. 278 qu'on rendit à Jésus les vêtements lavés qu'on lui avait ôté pendant la flagellation après la proclamation de sa condamnation à mort comme c'était la coutume chez les Romains en pareil cas. On lui mit autour du cou son scapulaire de laine. "La tunique, travaillée par sa mère, ne pouvait passer à cause de la couronne d'épines qui était trop large. Ils la lui arrachèrent, les blessures qu'il avait à la tête se rouvrirent et le sang coula en abondance. Après sa tunique, ils lui mirent sa large robe blanche, sa ceinture et son manteau. Enfin il lui attachèrent au milieu du corps la large ceinture à laquelle étaient réunies les cordes par lesquelles on le tirait." P. 316 elle explique qu'après avoir retiré ses vêtements sur le Golgotha au terme du chemin de croix, en milieu de journée, comme les bourreaux (pour la plupart des esclaves égyptiens) ne pouvaient faire passer sa tunique eu dessus de sa tête à cause de la couronne d'épines, ils lui arrachent à nouveau la couronne. "Puis tirant violemment la tunique, ils la furent passer sans la moindre précaution au dessus de sa tête ensanglantée". Ils lui replacent la couronne après avoir dénudé le torse, puis dénudent le bas (un homme au dernier moment lui donne un linge pour protéger sa pudeur devant les femmes dont sa mère p. 317, il s'agit de Jonadab de Bethléem, neveu de St Joseph - resté en retrait de l'histoire de Jésus, il avait été animé de colère au moment de la flagellation puis porté par une force surnaturelle à songer à la nudité du Christ comme les bourreaux étant des descendants de Cham qui insulta celle de Noé). Après l'élévation de la croix (p. 330), les vêtements sont partagés en lots que les bourreaux décident de tirer au sort. Le manteau est déchiré en longues bandes et ils se le partagent. De même pour la longue tunique blanche garnie de franges, de l'étole, de la ceinture, du scapulaire, et de la tunique de dessous qui était toute pénétrée du sang du Sauveur. "Comme ils ne pouvaient s'entendre au sujet de sa robe sans couture, dont les lambeaux n'auraient pu leur être utiles, ils prirent une tablette avec des cases marquetées par des chiffres et des dés en forme de fèves qu'ils avaient avec eux ; et, les jetant sur la tablette, ils tirèrent la robe au sort". Il s'agit en fait de la tunique et non d'une robe (elle la cite aussi p. 124). Puis Soeur Emmerich dit (p. 331) qu'un messager envoyé par Joseph d'Arimathie et Nicodème vint dire qu'il y avait près de là des gens qui leur achèteraient volontiers les vêtements du Sauveur. Ils les réunirent, coururent les vendre. "Ce fut ainsi que les chrétiens demeurèrent en possession de ces précieuses reliques" conclut Soeur Emmerich.

Trèves revendique aussi d'avoir la vraie Sainte Tunique, dont elle a fait l'ostention en 1996. Les deux étaient en concurrence au 19e siècle. Aujourd'hui le Pèlerin parle de parties différentes des vêtements de Jésus. L'Eglise allemande reconnaît elle-même que l'origine de la pièce de Trèves est loin d'être établie. Selon un site non-croyant, en ce qui concerne la tunique de Trèves : "Un "examen archéologique" de la tunique a eu lieu en 1890-1891 qui disait vaguement que le tissu avait toutes les apparences à du lin et du coton mais aucune étude scientifique sérieuse n'a été réalisée. Les analyses effectuées sur l'étoffe ont conclu qu'elle a été entièrement restaurée autour de 1500. L'historienne du textile Mechthild Flury-Lemberg, qui a examiné la tunique dans les années 1970 aurait constaté qu'une grand part de la tunique était composée de tissu ajouté au cours des restaurations de 1512 et de 1891, mais qu'elle contenait également quelques lambeaux de laine qui remontaient au début de l'Empire romain, ce qui est très difficile à dire sans datation au carbone 14. Mais, elle a par prudence conclu que l'âge et l'origine de la tunique "ne peuvent pas être déterminées exactement." D'aspect gras et brunâtre, elle se compose de satin de soie, de tulle et de taffetas agglutinés au fil des réfections successives, Mechthild Flury-Lemberg n'a pas pu y identifier clairement des fibres remontant jusqu'à l'an 33."

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Dr Ricardo Castañón Gomez

17 Mars 2016 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme

Un chercheur en neurosciences, docteur en psychologie clinique et diplômé en philosophie, né en Bolivie, athée, disciple de Jean-Paul Sartre et de Rita Levi-Montalcini s'est converti au catholicisme à 44 ans après avoir étudié en 1992 dans son pays natal (à Cochabomba) des phénomènes d'effusion de sang d'une image du Christ de 33 cm. Il a aussi étudié (de 1999 à 2005) deux hosties qui saignent dans le diocèse de Buenos Aires, une qui a saigné en 1992, l'autre en 1996. Voici une interview très intéressante (en espagnol) de ce monsieur.

Il parle aussi de Lanciano (du 8e siècle), du suaire de Turin (que l'on n'a toujours pas pu dater car la partie identifiée comme étant médiévale en 1988 était une reprise en coton sur l'original en lin) et de sa recherche de 2009,

Il explique comment les globules rouges et blancs qui normalement disparaissent au bout d'une heure se conservent des années, ce qui est en soi miraculeux (de sorte qu'il n'a pas pu être ajouté par une personne extérieure), comment on peut établir d'après les tissus vivants que le sang vient d'un ventricule du cœur et en est sorti directement. Dans tous les cas c'est toujours du sang AB. Le projet est de séquencer l'ADN par ampliation, mais les chercheurs n'y parviennent pas avec le sang des statues et des hosties, alors qu'ils y parviennent avec les cellules qu'ils prélèvent des êtres humains qui ont tenu ces statues ou ces hosties. Les scientifiques athées disent que c'est parce que l'échantillon est détérioré, mais c'est faux puisque les globules blancs et rouges sont miraculeusement intacts. Les théologiens ont une lecture très précise du sens qu'on peut tirer des caractéristiques de ce sang (le fait qu'il vienne du ventricule gauche par exemple).

L'hostie de Lanciano a saigné quand le prêtre commençait à douter. Les phénomènes autour des hosties et des statues sont là pour aider à vaincre le doute tout en respectant la liberté de douter. En 1264 (et non 1273 comme le dit le Dr Ricardo Castañon Gomez dans l'interview) à Bolsena cela correspond au doute du prêtre. Parfois c'est une réponse au sacrilège comme à Cascia. La moitié des catholiques pratiquants selon divers sondages aux USA et en Australie ne croient pas que le Christ soit dans l'hostie.

Le Dr Ricardo Castañon Gomez bien sûr précise qu'il y a des cas où il y a des manipulations que lui-même a signalées à des évêques sur des statues et des hosties (des taches surajoutées). Il rappelle que les évêques devant les miracles doivent toujours répondre à la question est-ce un phénomène naturel ou pas ? peut-il résulter d'une ruse du diable ? (le Dr Ricardo Castañon Gomez n'exclut pas que ce soit le cas pour certaines effusions de sang qui ne donnaient rien en analyse au bout de 20 minutes, dans des contextes où il y avait des rivalités économiques, ce qui peut favoriser des actes démoniaques).

Intéressante aussi son expertise sur le comportement du cerveau au moment des apparitions, et la façon dont il l'a authentifié dans le cas de la modèle équatorienne Patricia Talbot (les ondes delta - au moment de l'eucharistie aussi - émises par le cerveau, l'élévation du taux énergétique dans la maison).

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Mes soi-disant propos dans "Psychologies.ru"

12 Mars 2016 , Rédigé par CC Publié dans #Interviews en rapport avec mon livre "La nudité", #Publications et commentaires

Mes soi-disant propos dans "Psychologies.ru"

Cela m'avait échappé mais mon nom est cité dans un article intitulé "Нагота: как мы к ней относимся?" et publié dans Psychologies.ru n°112 du 27 juillet 2015.

Après avoir passé cet article au traducteur automatique (Google Translate), je découvre le contenu en français des propos qu'on m'y prête. Les voici : " "Si le corps est séparé de nous, notre attitude à son égard est réduite à admirer ou à l'utilisation pratique, - dit le sociologue Christoph Kohlera (Christophe Colera). - Si nous nous identifions avec nos corps, nous vivons, le sentir avec une inséparabilité, nous ressentons pour lui une forme particulière de bonne volonté" ".

Les traducteurs automatiques dévient parfois le sens des mots, mais, même avec un effort important pour tenter de retrouver le sens original du propos, force est de constater qu'il ne veut rien dire. En réalité je n'ai jamais prononcé ces paroles, même dans une autre revue, et je n'ai jamais été interviewé par Psychologies.ru. Les deux phrases qu'on vient de lire ont été tout bonnement inventées. Je n'ai jamais pu dire que le corps étant "séparé de nous" pouvait être admiré ou utilisé, ni qu'en se sentant inséparable de lui on éprouvait pour lui de la bonne volonté. Cela n'a aucun sens. Bien sûr que le corps séparé de notre conscience peut être utilisé ou admiré, mais il peut aussi être méprisé, détruit etc, et je ne vois pas pourquoi en s'unissant à lui on ferait preuve de plus de bonne volonté... La problématique de la séparation et de l'union avec le corps est un thème que je n'ai jamais traité parce qu'il ne me paraît pas du tout pertinent pour comprendre le sens qu'on donne à la nudité. Je ne vois pas du tout où le journaliste a pioché ces propos sinon dans son imagination.

Je suis très flatté d'être cité par une revue moscovite car j'aime beaucoup la culture russe (j'ai d'ailleurs été cité à meilleur escient dans une revue russe en 2014 ici). Mais là, force est de signaler que cette citation est une pure invention.

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Culte de Diane à la Renaissance

6 Mars 2016 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées, #Histoire secrète, #Nudité-Pudeur en Europe

Je livre ci dessous un passage de Brantôme (dans "Sur la Beauté de la belle jambe, p. 445 et suiv des oeuvres de la Pléïade) qui évoque trois manifestations de femmes de la noblesse et de la bourgeoisie aux jambes dénudées en tenues de nymphes :

- le récit des fêtes de Bins (Binche dans le Hainaut) insipiré de El felicissimo viaje del muy alto y muy poderoso principe don Phelippe de Juan Cristóbal Calvete de Estrella. Il s'agit d'une réception fastueuse donnée par Marie d'Autriche, soeur de Charles Quint, en 1549, à l'occasion de la visite aux Pays Bas espagnols de son neveu le futur Philippe II

- le récit d'une fête donnée par le maréchal de Saint-André pour l'entrée d'Henri II à Lyon le 23 septembre 1548 (Diane de Poitiers qui y est mentionnée n'est plus toute jeune)

- celui d'une manifestation de femmes à Sienne alliée des Français révoltée contre Florence en 1554

On notera que surtout les deux premiers épisodes sont liés au culte de Diane déesse de la Lune (les femmes ont des croissants argentés sur la tête et reproduisent l'imagerie artémisienne que connaissent les familiers des représentations de Diane de Poitiers à cette époque là).

Quand on se renseigne sur la femme déguisée en déesse Pomona, que Brantôme présente comme la fille de 8 ans de Beatrix Pacheco, comtesse d'Entremont, dame d'honneur de la reine d'Eléonore d'Autriche (une autre soeur de Charles Quint, et veuve de François Ier), on découvre que cette Jacqueline d'Entremont (1541-1599), qui allait épouser l'amiral de Coligny en 1571 et échapper de peu à la St Barthélémy en 1572, allait être arrêtée en 1585 par le duc de Savoie auprès duquel elle s'était réfugiée (et où elle dut abjurer le protestantisme) sous l'inculpation "d'avoir invoqué, adoré et encensé les diables" par le cardinal d'Ossat et restera prisonnière malgré l'intervention d'Henri IV auprès du pape. On a dit que les Chartreux avaient monté l'accusation pour se saisir de sa place forte d'Entremont dans le Dauphiné.

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J'ay leu dans un livre espaignol, intitulé El viage del Princpe qui fut celuy' que fit le roy d'Espagne en ses Païs-Bas, du temps de l'empereur Charles son père, entr'autres beaux recueils qu'il receut parmy ses riches et opulentes villes, ce fut de la reine d'Hongrie en sa belle ville de Bains, dont le proverbe fut Mas brava que las fiestas de Bains'.

Entre autres magnificences fut que, durant le siège d'un chàsteau qui fut battu en feinte, et assiégé en forme de place de guerre (je le descris ailleurs'), elle fit un jour un iestin, sur tous autres, à l'empereur son bon frère, à la reine Eléonor sa sœur, au roy son nepveu, et à tous les seigneurs, chevalliers et dames de la cour. Sur la fin du festin comparut une dame, accompagnée de six nimphes orëades vesteues à l'antique, à là nimphale et mode de la vierge chasseresse, toutes vestues d'une toille d'argent et vert et un croissant au front, tout couvert de diamants, qu'ils sembloyent imiter la lueur de la lune, portant chacune son arc et ses flesches en la main, et leurs carquois fort riches au costé, leurs botines de mesme toille d'argent, tant bien tirées que rien plus. Et ainsi entrèrent en la salle, menans leurs chiens après elles; et présentèrent à l'empereur, et luv mirent sur sa table toute sorte de venaison en pasté, qu'elles avoyent pris en leur chasse. Et, après vint Paies la déesse des pasteurs, avec six nimphes napées* vesteues toutes de blanc, de toille d'argent, avec les garnitures de mesme en la teste, toutes couvertes de perles, et avoyent aussi des chausses de pareille toille avec l'escarpin blanc, qui portèrent de toute sorte de laitage, et le posèrent devant l'empereur.

Puis, pour la troisiesme bande, vint la déesse Pommona, avec ses nimphes naïades, qui portèrent e dernier service du fruict. Et cette déesse estoit,la fille de dona Béatrix Pacecho, comtesse d'Antremont', dame d'honneur de la reine Eléonor~ laquelle pouvoit avoir alors que neuf ans. C'est elle qui est aujourd'huy madame l'admiralle de Chastillon, que M. l'admirât espousa en secondes nopces; laquelle fille et déesse apporta avec ses compagnes, toutes sortes de fruicts qui se pouvoyent alors trouver, car c'estoit en esté, des plus beaux et plus exquis, et les présenta à -l'empereur avec une harangue si éloquente, si belle et prononcée de si bonne grâce, qu'elle s'en fit fort aymer et admirer de l'empereur et de toute rassemblée, veu son jeune aage, que dès lors on présagea qu'elle seroit ce qu'elle est aujourd'huy, une belle, sage, honneste, vertueuse, habille et spirituelle dame. Elle estoit pareillement habiHée à la nimphale comme les autres, vesteues de toille d'argent et blanc, chaussées de mesmes, et garnies à la teste de force pierreries; mais c'estoyent toutes esmeraudes, pour représenter en partie la couleur du fruit qu'elles apportoyent et outre le présent du fruict, elle en fit un à l'empereur et au, roy d'Espagne d'un rameau de victoire tout esmaillé de vert, les branches toutes chargées de grosses perles et pierreries, ce qui estoit fort riche à voir et inestimable; à la reine Eléonor un esventail, avec un mirouer dedans, tout garni de pierreries de grande valeur.

Certes, cette princesse et reine d'Hongrie monstroit bien qu'elle estoit une honneste dame en tout, et qu'elle sçavoit son entregent aussi bien que le mestier de la guerre; et, à ce que j'ay ouy dire, l'empereur son frère avoit un grand contentement et soulagement d'avoir, une si honneste sœur et digne de luy.

Or, l'on me pourroit objecter, pourquoy j'ay fait cette digression en forme de discours. C'est pour dire que toutes ces filles qui avoyent joué ces personnages avoyent esté choisies et prises pour les plus belles d'entre toutes celles des reines de France et d'Hongrie et madame de Lorraine, qui estoyent françoises, italienes, flamendes, allemandes et lorraines; parmy lesquelles n'y avoit faute de beauté; et Dieu sçait si la reine. de Hongrie avoit esté curieuse d'en choisir des plus belles et de meilleure grâce. Madame de Fontaine-Chalandry, qui est encor en vie, en sçauroit bien que dire, qui estoit lors fille de la reine Eléonor, et des plus belles on l'appelloit aussi la belle Torcy, qui m'en a bien conté. Tant y a que je tiens d'elle et d'ailleurs, que les seigneurs, gentilshommes et cavalliers de cette cour s'amusèrent à regarder et contempler les belles jambes, grèves et beaux petits pieds de ces dames; car, vesteues ainsi à la nimphale, elles estoyent courtement habillées, et en pouvoyent faire une très-belle monstre, plus que leurs beaux visages, qu'ils pouvoyent voir tous les jours, mais non leurs belles jambes. Dont aucuns en vindrent plus amoureux par la monstre et veue d'icelles belles jambes, que non pas de leurs belles faces; d autant qu'au dessus des belles colonnes coustumièrement il y a de belles cornices de frizes, des beaux architraves, riches chapiteaux, bien pollis et entaillez.

Si faut-il que je fasse ëncor cette digression et que j'en passe ma fantaisie, puisque nous sommes sur les feintes et représentations. Quasi en mesme temps que ces belles festes se faisoyent ez Païs-Bas, et surtout à Bains, sur la réception du roy d'Espagne, se fit l'entrée du roy Henry, tournant de visiter son pays de Piedmont et ses garnisons, à Lion, qui certes fut des belles et plus triomphantes, ainsi que j'ay ouy dire à d'honnestes dames et gentilshommes de la cour qui y estoyent'.

Or, si cette feinte et représentation de Diane et de sa chasse fut trouvée belle en ce royal festin de la reine de Hongrie, il s'en fit une à Lion qui fut bien autre et,mieux imitée; car, ainsi que le roy marchoit, venant à rencontrer un grand obélisque à l'antique, a costé de la main droite il rencontra de mesmes un préau ceint, sur le grand chemin, d'une muraille de quelque peu plus de six pieds de hauteur, et ledit préau aussi haut de terre; lequel avoit esté distinctement remply d'arbres de moyenne fustaye, entreplantez de taillis espais, et à force toutes d'autres petits arbrisseaux, avec aussi force arbres fruictiers. Et en cette petite forest s'esbattoyent force petits cerfs tous en vie, biches, chevreuils, toutesfois privez. Et lors Sa Majesté entr'ouyt aucuns cornets et trompes sonner; et tout aussitost apperceut venir à travers de ladicte forest, Diane chassant avec ses compagnes et vierges forestières, elle tenant à la main un riche arc turquois, avec sa trousse pendante au costé, accoustrée en atour de nymphe, à la mode que l'antiquité nous le représente encor; son corps estoit vestu avec un demy bas à six grands lambeaux ronds de toille d'or noire, semée d'estoilles d'argent, les manches et le demeurant de satin cramoisy avec profilure' d'or, troussée jusqu'à demy jambe, descouvrant sa belle jambe et grève, et ses botines à l'antique de satin cramoisy, couvertes de perles en broderie ses cheveux estoyent entrelassez de gros cordons de riches pertes, avec quantité de pierreries et joyaux de grand'valeur; et au dessus du front un petit croissant d'argent, brillant de menus petits diamants; car d'or ne fust esté si beau ne si bien représentant le croissant naturel, qui est clair et argentin. Ses compagnes estoyent accoustrées de diverses façons d'habits et de taffetas rayez d'or, tant plein que vuide, le tout à l'antique, et de plusieurs autres couleurs à l'antique, entremesiées tant pour la bizarreté que pour la gayeté; les chausses et botines de satin; leur teste adornée de mesmes à la nimphale, avec force perles et pierreries.

Aucunes conduisoyent des limiers, petits levriers, espaigneuls et autres chiens en laisse, avec dés cordons de soye blanche et noire, couleurs du roy pour l'amour d'une dame du nom de Diane qu'il aimoit' les 'autres accompagnoient et faisoyent courre les chiens courans qui faisoyent grand bruit. Les autres portoyent de petits dards de brésil le fer doré avec de petites et gentilles houpes pendantes, de soye blanche et noire, les cornets et trompes mornées' d'or et d'argent pendantes en escharpes~ à cordons de fil d'argent et soye noire.

Et ainsi qu'elles apperceurent le roy, un lion sortit du bois, qui estoit privé et fait de longue main à cela, qui se vint jetter aux pieds de ladite déesse, luy faisant feste; laquelle, le voyant ainsi doux et privé, le prit avec un gros cordon d'argent, et. de soye noire, et sur l'heure le présenta au roy; et, s'approchant avec le lion jusques sur le bord du mur du préau joignant le chemin, et à un pas près de Sa Majesté, luy offrit ce lion par un dixain en rime, telle qui se faisoit de ce temps, mais non pourtant trop mal limée et sonnante; et par icelle rime, qu'elle prononça de fort bonne grâce, sous ce lion doux et gracieux luy offroit sa ville de Lion, toute douce, gracieuse et humiliée à ses loix et commandements. Cela dit et fait de fort bonne grâce, Diane et toutes ses compagnes luy firent une humble révérence, qui, les ayant toutes regardées et saluées de bon œil, monstrant qu'il avoit très-agréables leurs chasses et les en remerciant de bon cœur, se partit d'elles et suivit son chemin de son entrée. Or notez que cette Diane et foutes ses belles compagnes estoyent les plus apparentes et belles femmes mariées, veufves et filles de Lion, où il n'y en a point de faute, qui jouèrent leur mystère si bien et de si bonne sorte, que la pluspart des princes, seigneurs, gentilshommes et courtisans, en demeurèrent- fort ravis. Je vous laisse à penser s'ils en avoyent raison.

Madame de Valentinois~ dite Diane de Poictiers, que le roy servoit, au nom de laquelle cette chasse se faisoit, n'en fut pas moins contente, et en ayma toute sa vie fort la ville de Lion; aussi estoit-elle leur voisine, à cause de la duché de Valentinois qui en est fort proche (...)

Ces belles dames de Sienne au commencement de la révolte de leur ville et république, firent trois bandes des plus belles et des plus grandes dames qui fussent. Chacune bande montoit à mille, qui estoit en tout trois mille; l'une vestue de taffetas violet, l'autre de blanc, et l'autre incarnat, toutes habillées à la nimphale d'un fort court accoustrement, si bien qu'à plein elles monstroyent la belle jambe et belle grève; et firent ainsi leurs monstres par la ville devant tout le monde, et mesmes devant M. le cardinal de Ferrare et M. de Termes, lieutenants généraux de nostre roy Henry; toutes résolues et promettans de mourir pour la République et pour la France, et toutes prestes de mettre la main à l'oeuvre pour la fortification de la ville, comme desjà elles avoyent la fascine sur l'espaule ce qui rendit en admiration tout le monde. Je mets ce conte ailleurs, où je parle des femmes généreuses; car il touche l'un des plus beaux traits qui fust jamais fait parmy galantes dames.

Pour ce coup, je me contenteray de dire que j'ay ouy raconter à plusieurs gentilshommes et soldats, tant françois qu'estrangers, mesmes à aucuns de la ville, que jamais chose du monde plus bette ne fut veue, à cause qu'elles estoyent toutes grandes dames, et principales citadines de ladicte ville, les unes plus belles que les autres, comme l'on sçait qu'en cette ville la beauté n'y manque point parmy les dames, car elle y est très-commune. Mais s'il faisoit beau voir leurs beaux visages, il faisoit bien autant beau voir et contempler leurs belles jambes et grèves, par leurs gentiles chaussures tant bien tirées et accommodées, comme elles sçavent très-bien faire, et aussi qu'elles s'estoyent fait faire leurs robes fort courtes, à la nimphale, afin de plus légèrement marcher; ce qui tentoit et eschauffoit les plus refroidis et mortifiez et ce qui faisoit bien autant de plaisir aux regardans estoit que les visages estoyent bien veus tousjours et se pouvoyent voir, mais non pas ces belles jambes et grèves; et ne fut sans raison qui inventa cette forme d'habiller à la nimphale; car elle produit beaucoup de bons aspects et belles oeillades'; car si l'accoustrement en.est court, il est fendu par les costez, ainsi que nous voyons encore par ces belles antiquitez de Rome, qui en augmente davantage la veue lascive.

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