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Nietzschéisme de gauche

1 Novembre 2007 , Rédigé par CC Publié dans #down.under

Dans sa bibliographie, le webmestre de http://www.webnietzsche.fr/ à la suite de la mention de mon livre sur Nietzsche ajoute en lien hypertexte "Blog de l'auteur, qui comportera prochainement des éléments sur Nietzsche".

Voilà qui crée une sorte d'obligation morale pour moi de parler de Nietzsche. nietzsch.jpg

Or je soupçonne que le petit compte-rendu que j'ai publié sur parutions.com sous le titre "Nietzsche et Cheikh Anta Diop" ne suffit pas à remplir le minimum syndical requis en la matière.

Je pourrais (lâchement) m'abriter derrière l'idée que Nietzsche est partout dans mes écrits.

Mais si comme Dieu Nietzsche est partout, il peut fort bien n'être nulle part. Et donc je m'exposerais à voir la mention de mon blog être supprimée du noble site http://www.webnietzsche.fr/...

Aussi faisons un effort. Pour remplir mon quota de mots "Nietzsche" dans mes pages, je cite ici l'ouvrage d'Aymeric Monville : Misère du nietzschéisme de gauche. De Georges Bataille à Michel Onfray aux éditions Aden . Je précise que je ne l'ai pas (encore) lu. Bricmont en dit du bien dans le Diplo de septembre (http://www.monde-diplomatique.fr/2007/09/BRICMONT/15131), mais Bricmont publie chez Aden, ceci explique peut-être cela. Une émission sur France culture récemment (retranscrite sur http://editionsdelga.com/information/presse/fc20070131.pdf) décrit le livre comme procédant de l'orthodoxie marxiste.

Je ne suis pas "fan" du tout de la polémique sur le nietzschéisme de gauche. Les marxistes et la droite (Philippe Raynaud) se retrouvent depuis longtemps pour faire le procès de la récupération de Nietzsche par la gauche. J'aimais mieux Derrida dans Otobiographie (un livre sur Nietzsche du reste) quand il disait que toute grande oeuvre peut être lue de droite et de gauche.

Pour moi Nietzsche c'est de l'expérimental, et c'est beaucoup d'humour. Je ne souscris pas aux lourdeurs académiques qui voudraient le cantonner dans un camp politique ou dans un autre. Ca ne présente aucun intérêt.

Par exemple quand j'entends M. Monville déclarer à la radio "la vision de l'individu qu'a Nietzsche, c'est une vision un croupion, une vision complètement biaisée de l'individu, une réduction à l'instinct, une réduction au biologique, une réduction à la nature". Je ne peux voir là qu'une volonté précisément de ne pas lire Nietzsche et de ne pas le comprendre. Car "réduction" et "nature" sont des termes incompatibles chez Nietzsche. S'il y a bien quelqu'un qui ne "réduit" jamais la nature, c'est Nietzsche. La nature n'est réductrice chez Nietzsche que lorsqu'il s'agit de sonder avec ce terme  les idoles de l'intellectualisme (par exemple quand il déclare "il y a beaucoup de bière dans le protestantisme allemand", Nietzsche fait, si l'on veut, de la réduction du culturel au naturel, mais cela ce n'est que la phase polémique de sa généalogie, à côté de laquelle le penseur au contraire réhausse les instincts et le bios comme aucun autre philosophe ne l'a fait avant lui, ni peut-être même après, en en explorant toute la complexité, l'irréductibilité précisément).

Que cet individualisme pose problème parce qu'il coupe des masses, cela effectivement peut interpeler la gauche. Mais c'est un problème tout à fait distinct de la question du biologique. Et puis la coupure individu-masse est très problématique, il y a des ambitions de fusion des deux chez des admirateurs de Nietzsche comme Gide. A un certain niveau d'ailleurs la définition de l'individualité comme "Ego fatum" n'est pas si éloignée d'une idée de soumission aux conditions historiques - et donc à la volonté des masses - que défend la tradition marxiste. Tout est bien plus complexe à ce sujet qu'il n'y paraît.

Je n'ai donc pas l'impression qu'on ait affaire avec cet ouvrage à une étude sérieuse de Nietzsche. A mon sens Nietzsche est un penseur de droite, mais nombre de ses intuitions sont utilisables avec profit dans des optiques aussi bien de droite que de gauche, notamment tout son antisubstantialisme (et pas seulement dans sa dimension anti-chrétienne). Qu'ensuite le nietzschéisme (et non pas Nietzsche lui-même) pose un problème aujourd'hui à la gauche, et puisse donner lieu à des luttes internes à cette tendance, je n'en doute pas. Mais c'est alors plus un problème politique (et même de sociologie du champ politique, politico-intellectuel, dans la lignée des Neveux de Zarathoustra de Pinto ) que philosophique.

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