Mercredi 28 septembre 2011 3 28 /09 /Sep /2011 20:23

Je crois être le contraire d'un esprit dogmatique, et cependant je ne partage pas l'engouement médiatique pour Lucien Jerphagnon décédé le 16 septembre dernier. La chaîne parlementaire lui avait ouvert ses ondes quelque temps avant sa mort (comme à Nicolas Grimaldi, du reste, dont je fus un des élèves et à propos duquel je pense un peu la même chose), France culture les siennes cette semaine.
sorbonna.jpg
J'ai apprécié, à 25 ans, la lecture des travaux de Jerphagnon sur l'antiquité romaine surtout à cause de son anti-cléricalisme que je trouvais raffraîchissant - un anticléricalisme que je croyais matérialiste mais qui en fait ne l'est pas du tout et qui était de très loin exagéré, je m'en suis rendu compte plus tard. J'observe aujourd'hui que le scepticisme jerphangonesque est une facilité de l'esprit, elle n'a rien d'attrayant ni rien de bien noble, rien de très cohérent non plus (Jerphagnon est capable de dire dans un même mouvement qu'il ne faut pas lire un auteur avec un regard anarchronique et que les catégories d'Aristote sont risibles - or elles ne sont risibles qu'à travers un regard anachronique). Ce scepticisme  à l'accent chantant qui singe (sans l'atteindre, et de loin) le grand Montaigne est en vérité une forme nouvelle de dogmatisme, et il est profondément injuste à l'égard de ceux qui ont essayé de penser en construisant (et j'englobe là les lumineux Platon, Hegel, Descartes comme l'obscur Aristippe de Cyrène)... Je ne vois pas quel bonheur notre époque trouve dans cette mollesse intellectuelle. J'entends bien que Jerphagnon voulait par là exalter la grandeur de l'Absolu et son Dieu en le plaçant dans l'Ineffable. Mais que ce soit pour louer Dieu ou la matière ou le néant, il ne suffit pas de tourner en dérision ceux qui ont cru au langage et au didactisme. La moquerie est un art qu'il faut mettre au service d'une construction : celle d'une nouvelle manière de regarder en soi et à travers soi comme le fit Montaigne, celle d'une façon d'aller au delà de soi et d'un besoin humain de croire au risque de s'y brûler comme le fit Nietzsche. Mais Jerphagnon n'a rien construit du tout parce qu'il n'a rien risqué du tout. Il s'est juste moqué, et on l'encense pour cela. Notre époque a des indulgences mystérieuses.

Par CC - Publié dans : Philosophie - Voir les 1 commentaires
Communauté : La commune des philosophes - Ecrire un commentaire
Retour à l'accueil

Commentaires

Bonjour,

Il est juste que l'on parle beaucoup de Jerphagnon en ce moment. Je le découvre à peine. Votre article me permet d'en apprendre un peu plus.  En revanche, le peu de chose que je sais de N.GRIMALDI, me le présente comme un homme passionant.

Commentaire n°1 posté par Alexandre A le 02/10/2011 à 16h14

Bonjour, évidemment tout dépend de ce que l'on attend de la philosophie... Bien cordialement CC

Réponse de CC le 03/10/2011 à 13h23

Calendrier

Mai 2012
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Recherche

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés