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Je crois être le contraire d'un esprit dogmatique, et cependant je ne partage pas l'engouement médiatique pour Lucien Jerphagnon décédé le 16 septembre dernier. La chaîne parlementaire lui avait
ouvert ses ondes quelque temps avant sa mort (comme à Nicolas Grimaldi, du reste, dont je fus un des élèves et à propos duquel je pense un peu la même chose), France culture les siennes cette
semaine.

J'ai apprécié, à 25 ans, la lecture des travaux de Jerphagnon sur l'antiquité romaine surtout à cause de son anti-cléricalisme que je trouvais raffraîchissant - un anticléricalisme que je croyais
matérialiste mais qui en fait ne l'est pas du tout et qui était de très loin exagéré, je m'en suis rendu compte plus tard. J'observe aujourd'hui que le scepticisme jerphangonesque est une
facilité de l'esprit, elle n'a rien d'attrayant ni rien de bien noble, rien de très cohérent non plus (Jerphagnon est capable de dire dans un même mouvement qu'il ne faut pas lire un auteur avec
un regard anarchronique et que les catégories d'Aristote sont risibles - or elles ne sont risibles qu'à travers un regard anachronique). Ce scepticisme à l'accent chantant qui singe (sans
l'atteindre, et de loin) le grand Montaigne est en vérité une forme nouvelle de dogmatisme, et il est profondément injuste à l'égard de ceux qui ont essayé de penser en construisant (et j'englobe
là les lumineux Platon, Hegel, Descartes comme l'obscur Aristippe de Cyrène)... Je ne vois pas quel bonheur notre époque trouve dans cette mollesse intellectuelle. J'entends bien que Jerphagnon
voulait par là exalter la grandeur de l'Absolu et son Dieu en le plaçant dans l'Ineffable. Mais que ce soit pour louer Dieu ou la matière ou le néant, il ne suffit pas de tourner en dérision ceux
qui ont cru au langage et au didactisme. La moquerie est un art qu'il faut mettre au service d'une construction : celle d'une nouvelle manière de regarder en soi et à travers soi comme le fit
Montaigne, celle d'une façon d'aller au delà de soi et d'un besoin humain de croire au risque de s'y brûler comme le fit Nietzsche. Mais Jerphagnon n'a rien construit du tout parce qu'il n'a rien
risqué du tout. Il s'est juste moqué, et on l'encense pour cela. Notre époque a des indulgences mystérieuses.
Bonjour,
Il est juste que l'on parle beaucoup de Jerphagnon en ce moment. Je le découvre à peine. Votre article me permet d'en apprendre un peu plus. En revanche, le peu de chose que je sais de N.GRIMALDI, me le présente comme un homme passionant.
Bonjour, évidemment tout dépend de ce que l'on attend de la philosophie... Bien cordialement CC