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La chirurgie esthétique attribut de l'émancipation féminine ?

18 Septembre 2014 , Rédigé par CC Publié dans #Sociologie des institutions

On s'interroge dans les sciences humaines sur la question de savoir si la féminité n'est qu'une construction socio-culturelle (et vous savez que telle n'est pas ma position). On se demande aussi, dans le contexte actuel, si le développement de la chirurgie esthétique contribue à l'émancipation des femmes, ou les aliène.Les deux questions sont liées. Si la féminité psychique dépend de son substrat biologique (et donc de son capital génétique), la méthode de la psychologie évolutionniste à la recherche des invariants comportementaux est légitime pour mettre au jour certaines composantes de ce capital (même si un gène ne fonctionne jamais indépendamment d'un certain dispostif de décodage, et dans un environnement naturel et social donné). Or ces sciences mettent en lien la féminité avec les stratégies de séduction (et donc un travail sur l'apparence) qui n'est pas entièrement le produit de conventions patriarcales. Le rapport de la féminité à la chirurgie esthétique n'est donc pas entièrement le fruit d'une aliénation historique (patriarcale, capitaliste etc.).

 

J'apprenais récemment une anecdote intéressante sur le rapport de la féminité à la chirurgie esthétique dans ce que le sociologie bourdieusienne appellerait les classes dominantes, une anecdote, et plus qu'une anecdote en réalité puisqu'elle concerne les milieux créateurs du droit, et donc la production les normes les plus officielles qui régissent notre société.

 

Le 5 février dernier, la cour de cassation française a pris une décision sur un arrêt de la cour d'appel de Paris de 2012, relatif gynecà Mme Elise X, jeune femme décédée accidentellement au bloc opératoire à quelques minutes d'une liposuccion. La cour de cassation a jugé que la famille de la victime pouvait être indemnisée par l'Office national d’indemnisation des accidents médicaux (ONIAM) au titre de la solidarité nationale, bien que l'opération ait relevé de la chirurgie esthétique, tout comme s'il s'était agi d'une opération indispensable à la santé physique de l'intéressée.

 

Une jurisprudence du Conseil d'Etat sur la circoncision du 3 novembre 1997 (n°153686) pouvait en quelque sorte "préparer le terrain" à cette évolution (la circoncision n'étant pas elle non plus indispensable à la santé). Pour autant celle-ci n'allait pas de soi, et la cour pouvait hésité sur la nécessité d'aligner ou pas la chirurgie esthétique sur les autres formes de chirurgie. L'issue des débats n'a peut-être pas été complètement indépendante de la question du sexe. Selon une source interne à la juridiction, les magistrates femmes (nombreuses au sein de la chambre civile) auraient été heurtées par un argument de l'avocat de l'ONIAM qui aurait dit à la barre, à l'audience publique que les femmes qui ont un problème avec leur apparence feraient mieux de "consulter un psychologue". Certains auraient  estimé dans l'autre sens qu'il n'était pas plus absurde de mettre la charge de la solidarité nationale les besoins d'amélioration de l'image de soi éprouvées par certaines femmes que la chirurgie plastique d'un champion de Formule 1 accidenté comme Michaël Schumacher. La remarque maladroite de l'avocat de l'ONIAM aurait ainsi involontairement cristallisé une sorte de cohésion féminine derrière un "droit au recours à la chirurgie esthétique", et un refus de pathologiser ce recours.

 

Voilà peut-être une belle victoire pour la chirurgie esthétique et les valeurs qu'elle porte, ainsi reconnues par les plus hautes instances judiciaires, mais aussi peut-être une illustration de certaines hypothèses de la psychologie évolutionniste sur une sorte de penchant "spontané de la féminité pour la recherche de l'attractivité physique, penchant auquel ne sont pas uniquement sensibles les bimbos...

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