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Nigidius Figulus le néo-pythagoricien et Lucain

25 Mars 2015 , Rédigé par CC Publié dans #Pythagore-Isis, #Histoire secrète

A la suite de Cicéron, les historiens attribuent au sénateur Nigidius Figulus (98-45 av JC), médium et voyant, la renaissance du pythagorisme à Rome (dont l'école après lui allait se réunit dans une basilique souterraine près de la porte majeure).

 

Cicéron dit de lui:

 

« Cet homme fut à la fois paré de toutes les connaissances dignes d'un homme libre et un chercheur (investigator) vif et attentif pour tout ce que la nature dissimule (quae a natura involutae videntur). Bref, à mon avis, après les illustres pythagoriciens dont l'enseignement s'est de quelque façon éteint après avoir fleuri pendant plusieurs siècles en Italie et en Sicile, il est l'homme qui s'est levé afin de le renouveler. » (Timaeus, I, 1, 2)

 

Quand César franchit le Rubicon, Lucain dans le livre I de la Pharsale décrit la terreur qui s'empare de nombreux Romains ("Oh ! Qu'aisément les dieux nous élèvent au comble du bonheur ! Que malaisément ils nous y soutiennent !").

 

On consulte le vieux devin étrusque Arruns de Luca, dit Lucain, qui lit dans le mouvement des oiseaux et émet un oracle au vu des entrailles d'un taureau : "O dieux ! Dois-je révéler au monde tout ce que vous me laissez voir ? Non, Jupiter, ce n'est pas à toi que je viens de sacrifier, j'ai trouvé l'enfer dans les flancs de ce taureau. Nous craignons d'horribles malheurs, mais nos malheurs passeront nos craintes. Fasse le ciel que ces signes nous soient favorables, que l'art de lire au sein des victimes soit trompeur, et que Tagès qui l'inventa nous en ait imposé lui-même."

 

Le second devin que l'on consulte, c'est Figulus qui est chargée de l'expliciter :

 

"Figulus (49), qu'une longue étude avait admis aux secrets des dieux, à qui les sages de Memphis l'auraient cédé dans la connaissance des étoiles et dans celle des nombres qui règlent les mouvements célestes, Figulus éleva sa voix : "Ou la voûte céleste, dit-il, se meut au hasard, et les astres vagabonds errent au ciel sans règle et sans guide ou, si le Destin préside à leur cours, l'univers est menacé d'un fléau terrible. La terre va-t-elle ouvrir ses abîmes ? Les cités seront-elles englouties ? Verrons-nous les campagnes stériles ? les airs infectés ? les eaux empoisonnées ? Quelle plaie, grands dieux ! quelle désolation prépare votre colère ? De combien de victimes un seul jour verra la perte ! Si l'étoile funeste de Saturne dominait au ciel, le Verseau inonderait la terre d'un déluge semblable à celui de Deucalion, et l'univers entier disparaîtrait sous les eaux débordées. Si le soleil frappait le Lion de sa lumière, c'est d'un incendie universel que la terre serait menacée ; l'air lui-même s'enflammerait sous le char du dieu du jour. Ni l'un ni l'autre n'est à craindre. Mais toi qui embrases le Scorpion à la queue menaçante, terrible Mars, que nous réserves-tu ? L'étoile clémente de Jupiter est à son couchant, l'astre favorable de Vénus naît à peine, le rapide fils de Maïa languit ; Mars, c'est toi seul qui occupes le ciel. Pourquoi les astres ont-ils abandonné leur carrière, pour errer sans lumière dans le ciel ? Pourquoi Orion qui porte un glaive, brille-t-il d'un si vif éclat ? La rage des combats va s'allumer ; le glaive confond tous les droits ; des crimes qui devraient être inconnus à la terre obtiennent le nom de vertus. Cette fureur sera de longue durée. Pourquoi demander aux dieux qu'elle cesse ? La paix nous amène un tyran ! Prolonge tes malheurs, ô Rome ! traîne-toi d'âge en âge à travers des ruines. Il n'y a plus de liberté pour toi qu'au sein de la guerre civile."

 

Et une matrone qui, habitée par Phébus, va compléter :

 

"Telle des sommets du Pinde descend la bacchante pleine des fureurs du dieu d'Ogygie, telle à travers la ville consternée s'élance une matrone révélant par ces mots le Dieu qui l'oppresse. "Où vais-je, ô Péan ! Sur quelle terre au-delà des cieux suis-je entraînée ? Je vois le Pangée et ses cimes blanches de neiges, et les vastes plaines de Philippes au pied de l'Hémus. Phébus, dis-moi, quelle est cette vision insensée ? Quels sont ces traits, quelles cohortes romaines en viennent aux mains ? Quoi ! une guerre et nul ennemi ? Où suis-je ailleurs emportée ? Me voici aux portes de l'Orient où la mer change de couleur dans le Nil des Lagides. Ce cadavre mutilé qui gît sur la rive du fleuve, je le reconnais. Je suis transportée aux Syrtes trompeuses, dans la brûlante Libye, où la cruelle Erinys a jeté les débris de Pharsale. Maintenant je suis emportée par-dessus les cimes nuageuses des Alpes, plus haut que les Pyrénées dont le sommet se perd dans les airs. Maintenant je reviens dans ma patrie. La guerre impie s'achève au sein du Sénat. Les partis se relèvent ; je parcours de nouveau l'univers. Montre-moi de nouvelles terres, de nouvelles mers, Phébus, j'ai déjà vu Philippes (50)." Elle dit, et tombe épuisée sous le dernier effort de sa fureur."

 

Je tiens Lucain pour un esprit inspiré et sans doute néo-pythagoricien lui-même. Neveu de Sénèque, né à Cordoue comme lui (mais il n'y vécut qu'un an, puis fut un protégé de Néron). Surdoué comme son condisciple Perse, il fut contraint au suicide à 26 ans en raison de ses idées républicaines et de sa participation à la conjuration de Pison (en 65) - pour savoir tout le mal que Néron fit à la philosophie et au pythagorisme il suffit de lire la Vie d'Apollonios de Tyane.

 

Pour moi le seul fait qu'il ait écrit une Katabasis (une descente aux Enfers) est le signe qu'il bénéficiait d'une inspiration mystique comme tout le pythagorisme et cette inspiration traverse toute la Pharsale.

 

On peut se demander pourquoi lorsque la Rome républicaine s'effondre face à César, il confie à deux devins étrusques et à une femme possédée par Apollon la révélation sur son avenir.

 

Lucain a eu un condisciple illustre étrusque plus âgé que lui de 5 ans et qui mourut fort jeune aussi trois ans avant lui ce qui l'a peut-être sensibilisé à l'importance de la divination étrusque dans le dispositif républicain romain. Ils eurent tous deux pour maître stoïcien le libyen de Leptis Magna Cornutus (ce qui explique peut-être le fait que Lucain dans l'épisode sur le déserte des Syrtes parle de l'Afrique comme la terre chérie d'Athéna, cela devait être mis en valeur à Leptis Magna et lui avait peut-être été transmis par Cornutus).

 

Dans Bottéro (Au commencement étaient les dieux p. 22) on lit : "Nous avons pu retrouver jusqu'en Etrurie des foies de bronze ou d'argile, directement imités de ceux de Babylone, utilisés pour l'aruspicine". Mais si Arruns en tant qu'aruspice se situe dans la tradition sumérienne-babylonienne, Bottéro situe Lucain dans la veine de l'Egypte (et d'Isis), ce qui sera prolongé par Apulée dans les générations suivantes.

 

Le culte de Figulus a-t-il été entretenu dans l'école stoïcienne du poête philosophe Cornutus ?

 

Que sait-on de cette école ? Cornutus était un affranchi du clan des Annaei auxquels appartenait Sénèque. Dans une thèse soutenue à Bucarest en 1968, Eugen Cizek écrivait  "Annaeus Cornutus ne fut du reste pas un brillant amateur de culture comme Sénèque, mais un professionnel quasi obligé, de par son humble condition, à faire de son école l'un des plus remuants cercles littéraires". Selon Cizek, l'école fut moins innovante que l'oeuvre de Sénèque, mais beaucoup de nobles romains venaient y entendre les vers de Cornutus et de ses disciples.

 

Carcopino a parlé d'une véritable secte républicaine résistante dans l' "église" néo-pythagoricienne, mais la thèse est contestée (voir wikipedia). Est-ce que l'école de Cornutus pouvait s'y rattacher ?

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