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Nudité et pudeur à la Réunion

23 Octobre 2009 , Rédigé par CC Publié dans #Anthropologie du corps

Une journaliste de La Réunion me demande : "Les femmes réunionnaises sont souvent habillées très sexy, mais, par exemple, ne montrent jamais leurs seins à la plage, contrairement aux métropolitaines, ne se dénudent pas devant leurs enfants... qu'en pensez vous ? "

Je me souviens qu'une amie métisse de La Réunion associait sa pudeur au souvenir de l'esclavage. A l'île Maurice voisine les femmes se baignent en sari.

José Morel Cinq-Mars, psychanalyste de PMI, a publié sa thèse sous le titre "Quand la pudeur prend corps" aux PUF en 2002 dans laquelle elle soulignait la demande de pudeur des enfants qu'elle rattache à unbesoin de se dissocier du corps de la mère. La pudeur, pour elle, est un outil au service de la personne, comme un voile. On peut trouver ici les débats de psy sur la question de savoir s'il faut continuer à avancer dans l'exhibition de la sexualité (dans le cadre dela "self pride") ou réhabiliter la pudeur. Pour ma part je défends une approche anthropologique neutre, a-normative.

Jean-Claude Kaufmann dans Corps de femmes, regards d’hommes sur les seins nus à la plage notait que cette pratique s’inscrivait dans une idéologie de l’autonomie (le conjoint n’a pas son mot à dire) et du corps propre. Elle nécessitait une technique du regard pour développer cette faculté aristocratique du « détachement du regard » (Bourdieu), du « voir sans voir » comme à la RenaissanceLe sentiment de gêne à se montrer peut provenir tant de la mémoire individuelle que notre cerveau accumule insconsciemment que de notre mémoire sociale. Il notait que la gêne peut provenir soit de l’histoire personnelle du corps, soit d’une difficulté à choisir son rôle. L’aisance chez la femme se crée au terme d’un dialogue constant avec la plage. Une gêne peut être compensée par un surplus de beauté. Une laideur doit être compensée à un prix généralement très élevé. Curieusement les femmes des milieux populaires ont souvent plus d’aisance que les intellectuelles et les bourgeoises, alors que celles-ci ont été les premières à lancer la mode (dans les interviews, les intellectuelles, très locaces sur la liberté du corps, remettent leur haut pour répondre à l’enquêteur). Les classes supérieures sont moins spontanément ajustées à la pratique du sein nu du moins pour ce qui est de la désinvolture. Cela semble fonctionner à l'inverse dans les DOM-TOM (que Kaufmann n'examine pas)

Les critères de la pudeur dans un pays marqué par l'esclavage devraient être étudiés en profondeur. Par ailleurs (mais ça n'a presque tien à voir) je me demande aussi si l'érythème pudique est analysé en psychologie évolutionniste.



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