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Nudité volée : l'industrie du "Revenge Porn"

6 Mars 2013 , Rédigé par CC Publié dans #Nudité-Pudeur en Amérique

Peut-on encore être maître de son image corporelle ? Après le débat sur les scanners corporels, voici celui sur le "Revenge porn".

 

Le Daily Mail britannique racontait cette anecdote rapportée par le San Francisco Chronicle du 22 janvier dernier à propos du site Texxxan.com : Une mère de 27 ans  Kelly Hinson, vers mi-janvier faisait du shopping dans un supermarché Walmart quand un inconnu est venu vers elle pour lui dire "tu es Kelly n'est ce pas ?" et il lui a expliqué qu'il a sauvegardé sur son ordinateur des photos d'elle nue prises par son dernier petit ami. Le site mentionnait son lieu de résidence et des divers éléments "trash" (comme le fait qu'elle aurait tenté d'avorter "avec un cintre rouillé" -sic-). Elle est allée au commissariat de police, puis elle a consulté deux avocats, mais sa plainte n'a pas été prise en considération. On lui a expliqué qu'il n'y avait rien à faire, d'autant que Kelly Hinson ne peut même pas se retourner contre l'auteur des photos qui s'est suicidé deux mois avant leur publication (de sorte que celles-ci circulent désormais indépendamment de lui).

 

Une "class action" en justice d'une vingtaine de femmes dans le sud-est du Texas a forcé GoDaddy.com à fermer Texxan.com, dont le propriétaire se cache sous un pseudo, mais les images ont été immédiatement transférées sur un autre site. La presse se focalise beaucoup en ce moment sur Hunter Moore, le fondateur de "isAnyoneUp" en 2010, mais il n'est que la partie émergée de l'iceberg.

 

camera.jpgLe San Francisco Chronicle explique que les Internautes ne se contentent plus de nudités anonymes. Ils veulent connaître le nom des personnes, l'endroit où elles peuvent les trouver etc. Le magistrat John S. Morgan qui a jugé l'affaire précise aussi que ces femmes pendant leur relation amoureuse font l'objet de fortes pressions pour se laisser photographier nues ou donner des photos d'elles nues. Puis dans le cadre des procès qu'elles intentent, elles se voient reprocher par le public d'avoir cédé à ces demandes. Elles sont pour la plupart célibataires, entre 20 et 30 ans, et chômeuses (beaucoup ayant d'ailleurs perdu leur travail à cause de ces photos). Il s'agit donc d'un public très précarisé.

 

Sur leur dos se développe toute une industrie que certains comme Jil Filipovic dans le Guardian considèrent plus comme une industrie de la haine des femmes et de la culpabilisation des déviantes qu'une industrie sexuelle en tant que telle. Il s'agit aussi d'une "marchandisation de la sexualité des gens contre leur volonté" comme l'a dénoncé l'actrice Anne Hathaway, dont la racine provient du monde des célébrités et qui se répand à tous les niveaux de l'échelle sociale.

 

La réponse au phénomène n'est pas simple : faire le deuil de la vie privée (et de l'image privée du corps de tout un chacun) ? ou durcir la loi comme le demande ce site consacré à l'aide aux victimes du "Revenge porn" ? Le débat aux Etats-Unis est d'autant plus complexe qu'il s'y articule autour du Premier amendement à la constitution sur la liberté d'expression. Il faut des détours par la notion de pédophilie (du fait que l'âge des femmes dont la photo est publiée) pour pouvoir faire fermer les sites. La pénalisation des auteurs des photos pourrait "tarir la source" de l'industrie du "Revenge porn" mais il est délicat de définir l'obscénité (qui est une des exceptions au Premier amendement sur laquelle s'appuie le projet de pénalisation) et certains redoutent qu'on en vienne à compromettre le travail d'un honnête reporter du National Geographic qui aurait accidentellement dans l'angle de vue de ses photos certaines femmes topless sans avoir obtenu leur autorisation écrite préalable.

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