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Robert Epstein à propos de "The Better Angels of Our Nature: Why Violence Has Declined"

17 Décembre 2011 , Rédigé par CC Publié dans #Anthropologie du corps

Voici une recension de Robert Epstein sur le dernier livre de Steven Pinker "The Better Angels of Our Nature" publiée dans  The scientific American, je me permets d'en livrer une traduction. Intuitivement je suis plutôt du côté de Pinker (bien que je n'aie pas encore lu son livre) et il suffit de se reporter au livre de Lawrence H. Keeley par exemple sur les guerres de la Préhistoire pour se rendre compte que la violence humaine était bien supérieure par le passé. Je ne suis d'ailleurs pas du tout d'accord avec le propos d'Epstein sur l'Iran qui est tout à fait caricatural. Cependant Epstein a sans doute raison de dire qu'à notre épqoue le "sans précédent" peut remettre en cause toutes les analyses fondées sur la tendance longue (200 000 ans), car, dans le domaine de la violence, comme sur bien d'autres thèmes anthropologiques essentiels (la religion, la sexualité etc), la technologie contemporaine modifie tant et si bien notre rapport à nous-mêmes et à notre environnement que tous les processus lents constatés par les anthropologues jusqu'ici peuvent être invalidés.

 

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"Selon l'institut de recherche international de la paix de Stockholm (SIPRI), les dépenses militaires mondiales ont augmenté tous les ans au cours des 15 dernières années, et entre 15 et 20  conflits armés majeurs -oui, des guerres - se déroulent alors que vous êtes en train de lire cet article. Au total, 175 millions de personnes environ sont mortes dans des violences liées à la guerre au 20ème siècle, et plus de huit millions en raison de conflits entre individus.

 

Néanmoins, selon un nouveau livre important, les "The Better Angels of Our Nature" (Viking Adult, 2011), du psychologue Steven Pinker de l'Université de Harvard, des « meilleurs anges » de la nature humaine ont vraiment provoqué une réduction sensible de la violence au cours des derniers millénaires. Oui, le nombre absolu de victimes a augmenté, mais relativement à la population du monde, les nombres paraissent plutôt bons.

 

L'évolution vers la non violence, indique-t-il, a été induite par beaucoup de facteurs, tels que la diffusion de l'agriculture, la montée du féminisme et la démocratie. De telles tendances ont conduit à une réduction de torture institutionnelle, des exécutions, de l'esclavage et, spécialement ces dernières années, à une augmentation des droites des femmes, des homosexuels, des enfants et des animaux.

 

Pinker reconnaît que l'expérience immédiate dément ces faits au point que vous pourriez même vouloir le qualifier d' "halluciné." Pourtant la richesse des données qu'il présente ne peut pas être ignorée - à moins que vous ne preniez les mêmes libertés que lui-même le fait parfois dans son livre. En deux longs chapitres, Pinker décrit les processus psychologiques qui nous rendent respectivement violents ou paisibles. Notre côté sombre est dirigé par une propension conditionnée par l'évolution vers la prédation et la domination. Du côté angélique, nous avons, ou au moins pouvons apprendre, un certain degré de sang-froid, qui nous permet d"inhiber les tendances sombres.

 

Il y a, cependant, une autre processus psychologique - le biais de confirmation - auquel Pinker succombe parfois dans son livre. Les gens prêtent plus d'attention aux faits qui vont dans le sens de leur croyance que ceux qui les contredisent. Pinker veut la paix, et il croit également en son hypothèse ; il n'est donc pas du tout surprenant qu'il se concentre plus sur les faits qui soutiennent ses vues que sur ceux qui vont dans l'autre sens. Or, les données sur les armes du SIPRI sont problématiques, et un lecteur peut aussi sélectionner des faits même dans le livre de Pinker qui sont contradictoires avec sa position. Il note, par exemple, qu'au cours du 20ème siècle les taux d'homicides n'ont pas diminué aux États-Unis et en Angleterre. Il décrit également avec des détail inquiétants et des graphiques la manière sauvage dont chimpanzé - nos parents génétiques les plus proches chez l'animal monde - torturent et tuent leurs semblables.

 

Ce qui est le plus ennuyeux c'est le présupposé sur lequel le cas entier de Pinker repose : l'intérêt pour les nombres relatifs au lieu des nombres absolus afin d'évaluer la violence humaine. Mais pourquoi devrions-nous être satisfaits d'une simple diminution relative ? En vertu decette logique, quand nous atteindrons une population mondiale de neuf milliards en 2050, Pinker sera peut-être satisfaisant si seulement deux millions de personnes sont tuées dans les guerres cette année-là.

 

Le plus grand problème avec ce livre, c'est son excès de confiance dans l'histoire, qui, comme la lumière sur une cambuse, nous montre seulement où nous n'allons pas. Nous vivons dans une époque où toutes les règles sont réécrites à une vitesse aveuglante - quand, par exemple, un nombre de personnes de plus en plus plus réduit peut causer des dommages de plus en plus plus grands. Oui, quand vous vous déplacez de l'âge de pierre aux temps modernes, une certaine violence est désormais dépassée, mais que se passe-t-il quand vous mettez des armes de destruction massive dans les mains de personnes modernes qui de plusieurs manières, vivent toujours de façon primitive ? Que se passe-t-il quand ce qui était sans précédent se produit - quand un pays tel que l'Iran, où les femmes attendent toujours même le plus léger aperçu de ces meilleurs anges, obtient les armes nucléaires ? Pinker ne le dit pas."

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