Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Vers une jurisprudence Civitas contre FEMEN ?

22 Novembre 2012 , Rédigé par CC Publié dans #Nudité-Pudeur en Europe

Les FEMEN dont j'ai évoqué récemment l'installation en France ont été malmenées (du moins selon leur version des faits) par le service d'ordre de l'organisation chrétienne intégriste Civitas lors d'une manifestation contre le mariage homosexuel dimanche dernier à Paris.

 

Le responsable de cette dernière sur son site a annoncé mardi qu'il portera plainte contre les Femen qui,selon lui, se sont «rendu[es] coupable d’exhibitions sexuelles (…), de diffusion de message à caractère violent ou de nature à porter gravement atteinte à la dignité humaine et susceptibles d’être vus par des mineurs (...), de violences en réunion et avec armes (...) y compris contre des enfants, d'entrave concertée à la liberté de manifestation par menaces, de violences et voies de fait (article 431-1 du code pénal) ainsi que pour injures envers Civitas et les manifestants».

 

Le concept des Femen de "terrorisme non-violent", leur jeu ambigu sur l'agression symbolique, la transformation d'une nudité féminine "accueillante" dans la représentation patriarcale traditionnelle en "nudité de combat" (plutôt codée masculine) bouscule des catégories anthropologiques très anciennes et très structurantes - voire en ressuscite d'inquiétantes, celles de la nudité "apotropaïque" (à la manière africaine, ou la nudité de Méduse sur les boucliers) . Ce qui est une façon de "jouer avec le feu". Elles heurtent aussi les principes plus récents (et très en vogue) de la protection de l'enfance, du respect des croyances et de la pudeur de chacun. De ce point de vue la problématique en France est à peine différente de ce qu'elle était pour elles en Ukraine.

 

Cette dimension très "borderline" du mouvement fait leur attrait aux yeux de leurs partisans parce qu'elle les place à l'avant-garde du bouleversement des représentations, mais elle les isole aussi, parce qu'elle les situe à la limite de la loi (il est intéressant d'ailleurs qu'après avoir enseigné dans leurs entraînement l'art d'échapper à la police elles se soient plaint de n'avoir pas été plus protégée par celle-ci) et parce que le système de représentation alternatif proposé reste encore largement impensé et inachevé (qui de ces corps féminins dénudés mais guerriers qui refusent tout autant le sourire que la violence, quid de son statut dans la société de demain qu'elles souhaitent promouvoir ?).

 

Si la plainte devait déboucher sur un procès, nul doute qu'il serait instructif d'en suivre les débats...

 

 

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article