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Articles avec #christianisme tag

La "Sainte Philomène" du Dr Rozier

12 Juillet 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Médiums

En 1907, le Dr Fernand Rozier (1839-1922), médecin, élève d'Eliphas Lévy, publiait "Les Puissances invisibles, les dieux, les anges,les saints, les égrégores, Sainte Philomène" aux éditions Chaumont. Rozier est un homme de sciences très complet puisque, outre ses compétences en médecine, il est physicien, et il a été secrétaire de l'astronome Urbain Le Verrier, qui avait découvert la planète Neptune, en 1846. C'est aussi un voyant qui a prédit les inondations de Paris en 1910. Collaborateur de la revue L’Initiation fondée par Papus  (1865-1916) il enseignait à la Faculté Libre des Sciences Hermétiques qui appartenait au même groupe.

Après une introduction savante sur les divers plans de réalité, et les diverses forces occultes qui agissent dans l'Invisible, forces qu'il pense à partir d'une théorie élargie de la matière (hylè) qu'il forge en dialogue avec les hindouistes et la kabbale, toute la première partie de l'ouvrage synthétise une analyse des traditions hébraïques, païennes et orientales sur les forces invisibles.

A partir de la page 95, il se penche sur le cas de sainte Philomène dont la tombe fut découverte à Rome en 1802 (encore que l'existence de cette sainte prête à controverse et donc l'authenticité de cette sainte aussi). Cette tombe était celle d'une jeune fille de 13 ans dot les reliques furent emportées à Mugnano près de Naples par Don Francesco di Lucia. Un frère de Saint Jean de Dieu qui avait visité Mugnano visita à Lyon une malade riche, atteinte d'une affection au coeur, Mlle Jaricot. Celle-ci, en 1835, se rendit à Mugnano après un court séjour à Rome où le pape Grégoire XVI avait tenté de la dissuader de s'y rendre. Mlle Jaricot avait fait promettre au pape d'autoriser le culte de Ste Philomène si elle guérissait. Elle y fit une neuvaine à la sainte et guérit. En janvier 1837, le culte public fut autorisé. Des reliques de la

sainte furent déposées à St Gervais à Paris par une paroissienne reconnaissante.

En 1833, la Mère Maria Luisa de Jésus, une religieuse napolitaine eut la révélation que la sainte était une princesse grecque vierge que Dioclétien aurait voulu séduire et martyrisa par dépit, vision dans la plus pure tradition de la Légende dorée. A partir de 1906, une étude plus soignée des plaques sur le tombeau révéla un montage. On pensa que Ste Philomène avait été une invention, comme St Expedit, soldat de la légion thébaine, avait été une invention des dominicains pour contrer le St Antoine de Padoue des franciscains. Le pape commença à faire enlever les statues des églises (et la sainte, dont la fête était célébrée le 11 août allait être officiellement radiée du calendrier canonique en 1961).

Le Dr Rozier milite pour la défense du culte de Ste Philomène. Lui-même descendait d'une grand-mère et d'une mère médiums qui avaient des visions. Sa mère, nous dit-il, avait prédit l'époque de sa mort (vieux fantasme des voyants, très en vogue aussi dans l'occultisme du XVIIe siècle) et le lieu où elle serait enterrée plusieurs années à l'avance. et ce don fut transmis à sa propre fille comme il l'a raconté dans l'Echo du Merveilleux. Proche de Dieu toute sa vie, Rozier voyait parfois une jeune personne fort belle qui le prenait par le main en lui souriant. "Quelquefois elle s'asseyait auprès de moi, me prenait sur ses genoux, me berçait" ajoute-t-il même p. 107. Ce n'est que vers 1895 qu'il a su que cette entité était Ste Philomène. Selon lui cette sainte lui a permis de guérir ses malades et a aidé ses élèves.

Selon Rozier, le 13 avril 1900, Ste Philomène s'est déclarée patronne des Occultistes chrétiens et a fondé une Fraternité invisible. Sur ses ordres, il a fait une conférence aux sociétés savantes le 25 mai suivant. La Fraternité vise à constituer la partie humaine d'un Egrégore dont Ste Philomène est l'âme. Rozier présente l'opération comme de la haute magie blanche et suppose un abandon complet à la volonté de la sainte. Il précise toutefois (p. 112) que cela "n'exclut pas Dieu, Jésus et la sainte Vierge", car prier Ste Philomène pour lui dire "accordez moi quelque chose" veut dire "utilisez une partie des pouvoirs que Dieu ne cesse de vous donner pour me faire avoir telle chose". Il faut seulement ne pas chercher à garantir sa demande auprès de Ste Philomène par des demandes adressées à d'autres saints ou par des talismans. Rozier explique ensuite que la vie est une lutte, et la souffrance est l'obstacle à vaincre. Des entités ont été envoyées pour instruire les païens après la chute, des entités qui ont du se faire barbares pour parler aux brutes que les humains étaient devenus. Puis il y eut d'autres entités plus élevées, jusqu'à ce qu'on arrive à l'envoi du Christ qui est le véritable libérateur. Le message de Jésus a été abimé par "l'égréqore épiscopo-impérial" catholique romain oppressif.

Dieu a ensuite envoyé la Vierge Marie qui est en mission permanente parmi nous jusqu'à la fin des temps. Elle nous dirige dans l'invisible et prendra soin de nous après la mort. Dieu a aussi envoyé des prophètes. Ste Philomène, elle, est venue nous révéler la cause cachée des choses (p. 129). Depuis 1895 elle a plein pouvoir pour protéger la France et la libérer de l'ultramontisme qui ment sur les apparitions de la Vierge.

Elle a sans doute existé, selon Rozier, au début du IVe siècle. Et, si elle n'a jamais existé physiquement, elle existe au moins comme entité (p. 141) à la tête d'un groupe de puissances célestes.L'argument qui plaide le plus pour son existence physique est que Dieu veut surtout donner puissance aux humains pour agir sur le monde ici-bas, plutôt qu'aux puissances célestes (p. 142).

Parmi les citations intéressantes : "On n'est pas occultiste parce qu'on professe telle doctrine ; les occultistes sont tout simplement ceux qui étudient l'Invisible et qui tiraient compte des choses cachées, soit pour leur conception du monde, soit pour leur conduite. Aussi, comme vous devez vous y attendre, il y a plusieurs écoles d'Occultistes." (p. 146)

Il semble qu'au temps de Rozier les polémiques sur Ste Philomène ont été fort vives : "Quelqu'un a dit qu'il était très dangereux de prier sainte Philomène, écrit-il p. 149. Elle est une puissance de l'Invisible, pas très bonne, pas très forte, mais pouvant cependant procurer quelques avantages ; seulement, elle les fait payer très cher. Quant à lui, il a fait la sottise de s'adresser à elle autrefois, mais il n'a eu de paix qu'après qu'il a eu cessé de s'adresser à elle". On ne saura pas de qui il s'agissait.

Rozier raconte comment au contraire cette personne "avait été jadis sous la domination de mauvais esprits" et comment il l'a exorcisé au nom de Philomène. Il en a retiré de nombreux profits dans sa vie affective et professionnelle. Mais un thaumaturge néfaste placé sur on chemin a réveillé en lui l'orgueil et la soif de pouvoir et les mauvais esprits son revenus en lui

."Lorsqu'une grande puissance céleste se manifeste, l'Adversaire se dresse devant elle, d'autant plus féroce et d'autant plus formidable que cette puissance céleste est elle-même plus formidable. Si vous vous mettez sous la protection de sainte Philomène, vous irritez l'Adversaire contre vous, mais ses coups ne vous atteignent pas. Vous êtes à l'abri à cause de la protection qui vous couvre comme d'un bouclier". Mais, si vous abandonnez sainte Philomène, elle ne vous retire pas sa protection, mais c'est vous qui vous éloignez de cette protection, et l'Adversaire peut taper sur vous à loisir, et il n'y manque pas; la vengeance lui est douce".

Très attaché au christianisme, Rozier critique le penchant orientalisant de la théosophie pour la fusion dans le Nirvana. Mais il reconnaît son aide intellectuelle comme précieuse, comme celle des spirites. Il affirme qu'il a été informé par Ste Philomène de l'importance de la magie comme cause des choses et dénonce sans la nommer une école aux ramifications planétaires qui abuse de cette magie. Quant aux sorciers, Rozier estime que ce n'étaient que des associations de malfaiteurs même pas dignes d'intérêt.

Rozier avoue vouloir constituer un égrégore autour de Ste Philomèn. C'est un mot auquel il donne un sens plus précis qu'Eliphas Lévy. Eugène Nus, rappelle-t-il, expliquait le spiritisme devant des assemblée par une sorte de mutualisation des fluides des participants sous forme d'égrégores (p. 165). Les égrégores collectifs purement humains peuvent intégrer par erreur des esprits négatifs qui les font échouer, d'où l'intérêt de s'adjoindre un esprit, explique Rozier. Il arrive même que ce soient les Esprits qui veuillent susciter un égrégore (égrégore descendant) pour une durée donnée.

La mission de Philomène a pris fin dans les années 1900 puisqu'elle a sauvé la France et écrasé l'égrégore épiscopo-impérial. La religion y gagnera car il n'y a pas de religion sans liberté.

Il est intéressant de comparer cette vision que Rozier a de Ste Philomène avec celle du curé d'Ars qui était aussi disciple de cette sainte (voir le film ci dessous) et a beaucoup contribué à sa popularité ("le grand argument en faveur du culte de Sainte Philomène, c'est le Curé d'Ars" s'était exclamé le pape Pie X en juin 1907). Pour Rozier ce curé  était un saint homme (p. 137) mais il a menti sur les révélations mariales et les manipulations ecclésiastiques à leur sujet :

"Vous vous rappelez dans quelles circonstances le curé d'Ars a menti : Dans un but de réclame, on lui avait amené le jeune Maximin de la Salette. Vianney, qui voyait assez souvent les pensées des autres, regarde Maximin et lui dit qu'il est un petit menteur. Maximin se trouble, balbutie et avoue qu'il n'a jamais vu la sainte Vierge. Depuis ce temps, Vianney disait partout que la Salette n'était qu'une imposture ; il le prêchait même en chaire. Son évêque lui dépêcha un grand vicaire, lui écrivit, pour le persuader qu'il vaudrait mieux, pour les intérêts de l'Eglise, ne pas parler comme il le faisait. Vianney répondit à l'évêque par une lettre dont je n'ai plus le texte sous les yeux, mais dont le sens était que, au contraire, l'Eglise n'avait qu'à gagner en repoussant les fourberies, etc., etc. Il reçut alors l'ordre de soutenir la Salette. Depuis ce temps, le curé d'Ars évitait d'en parler ; mais, quand ou l'interrogeait, il répondait : Il faut croire à la Salette.

Cette phrase a été exploitée, et les souteneurs de la Salette ne manquent pas d'imprimer dans tous leurs écrits que le curé d'Ars a dit lui-même qu'il fallait croire à la Salette.

Pauvre homme I Dans ta pensée, il faut voulait dire il est ordonné, j'ai reçu l'ordre ; tu transigeais avec ta conscience ; tu ne voulais pas désobéir à tes supérieurs hiérarchiques, pareî qu'on t'avait enseigné que cette obéissance était la première des vertus, et tu le croyais. Tu aurais cru faire un bien plus gros péché en désobéissant qu'en mentant."

Dans le numéro de la Revue des Sciences ecclésiastiques et la Science catholique décembre 1907, p. 754 et suiv, sous "Glanes spirites", le Chanoine Ferdinand Gombault qui dit avoir conversé avec Rozier quelques années plus tôt l'accuse de croire à la réincarnation (le mot d'ailleurs figure bien en p. 171 du livre de Rozier), et trouve très suspecte cette sainte qui s'est donné pour objectif selon Rozier (et sa révélation de 1900) de renverser la puissance temporelle de l'Eglise et qui se réjouit de la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Il "prévient le docteur Rozier qu'un démon-femelle a abusé de sa crédulité... enfantine". Dans la Revue "Foi et vie" p. 241 du 16 avril 1911 G. Mondain expliquera que le Dr Rozier organise le culte de Ste Philomène à Paris "au troisième étage d'une maison de la rue de Buci, sous la forme d'une statue couchée sur un socle de pierre, et assez semblable à ce qu'on peut voir exposé chez les marchands de statuettes et ornements d'églises habitant autour de Saint-Sulpice. Chaque dimanche le docteur Rozier professe une sorte de cours d'occultisme". L'auteur lui préfère le christianisme ésotériste d'Albert Jounet.


L'Eglise catholique d'après Vatican II renonçant à son pouvoir temporel et acceptant la séparation de l'Eglise et de l'Etat aura politiquement donné raison à la Ste Philomène de Rozier, sans toutefois souscrire à sa gnose sur la réincarnation et le rôle des forces invisibles dans l'Histoire.

Depuis la radiation de la sainte du calendrier, l'Eglise romaine n'organise plus de cérémonies publiques en l'honneur de la jeune martyre. Même le site du sanctuaire d'Ars le rappelle, tout en soulignant que les pèlerins peuvent rendre une dévotion privée à la chapelle Sainte Philomène dans la basilique. Il existe encore une église Sainte Philomène à Naujac-sur-Mer (Gironde), une à Comps-sur-Artuby (Var),une à Montcerf-Lytton et à Fortierville au Québec, une au Cannet (Alpes maritimes) gérée par une association privée, une pour les traditionalistes à Toulon, et des chapelles Sainte Philomène à Lyon, à Puget dans le Var, au hameau d'Igniel près de Cambrai dans le Nord, à Montmaur dans les Hautes-Alpes, dans l'église Saint-Jean-Baptiste du Marillais dans le Maine-et-Loire, dans la collégiale Saint-Pierre d'Aire-sur-la-Lys dans le Pas-de-Calais, l'église Saint-Gervais-Saint-Protais, au hameau de Chassagne en Ardèche, au Lycée Professionnel Privé Saint-Joseph de Bourg-en-Bresse etc. A l'étranger on trouve des chapelles Ste Philomène de Puerto Montt ou Valaparaiso au Chili à Sao Bernardo do Campo au Brésil (fondée par des Italiens) en passant Managua au Nicaragua. Il y a une cathédrale Ste Philomène à Mysore en Inde, des églises qui lui sont dédiées aux Etats-Unis à Cincinnati, Pittsburgh, Franklinville etc.

Le livre de Rozier a été republié récemment dans une édition commentée par l'historien de l'occultisme Serge Caillet.

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Amada Rosa Pérez

3 Juillet 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Médiums

Il y a deux mystiques catholiques en Colombie vivantes en ce moment qui font le procès du culte du corps (mais aussi le procès de l'occultisme) : Gloria Polo, qu'on a mentionnée l'an dernier, et l'ex top model Amada Rosa Pérez qui témoigne de ses expériences face aux forces obscures et auprès de la Vierge.

 

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Sorcellerie et christianisme en Afrique

1 Juillet 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Médiums

En 2016 j'avais signalé dans cet article que l'ex-prêtre sorcier libérien J. Blayi disait dans son livre que, du temps où il servait son Dieu de la guerre, il parvenait dans le cadre de sa magie noire à acheter toutes les âmes sauf celles des fidèles chrétiens.

Dans cette vidéo, Maxime, ancien sorcier guérisseur (qui mêlait magie effective et charlatanisme) ivoirien et guinéen d'adoption, corrobore par son témoignage celui de J. Blayi.

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Fantasmes sur la nudité des puissants : le Bohemian Club

17 Juin 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Nudité-Pudeur en Amérique, #Anthropologie du corps, #Pythagore-Isis, #Christianisme

Le chancelier Helmut Kohl est mort. En 2015 un autre Helmut chancelier était décédé, Helmut Schmidt, son prédécesseur immédiat. A son décès des traditionalistes n'avaient pas hésité à le qualifier de "sataniste" sur la base d'un seul élément : ce leader social-démocrate s'était exprimé une fois (une photo en faisait foi ainsi qu'une ligne dans ses mémoires) en Californie, tout comme d'ailleurs en 1989 son camarade de l'Internationale socialiste Michel Rocard mort l'an dernier, devant les membres du Bohemian Club ou Bohemian Grove (le Bosquet bohémien).

L'accusation reflétait un débat virulent qui existe aux Etats-Unis depuis des années sur le statut et les pratiques de ce que le Huffington Post en 2008 présente comme une "colonie de vacances" d'hommes politiques et hommes d'affaire (2235 à l'époque) en général plutôt classé à droite voire très à droite (Nixon, Reagan, Kissinger, Colin Powell, Cheney, les Bush en ont fait partie).

Dans l'identité de ce club d'élite créé en 1872 où aucune femme n'est admise, la nudité occupe une place de choix : interrogé à ce sujet par un provocateur, l'ex-président démocrate Bill Clinton avait répondu devant les caméras de CNN en riant : "Le Bohemian Club ? C'est là où ces riches républicains vont et se tiennent nus contre des séquoias, n'est-ce pas ? Je n'y ai jamais été mais vous devriez y aller ça vous ferait du bien c'est de l'air pur" (That’s where all those rich Republicans go up and stand naked against redwood trees, right?"). Selon le Washington Times du 11 juin 1993, David Gergen, conseiller de Clinton avait démissionné du Bohemian Club trois jours après avoir déclaré qu'il n'irait pas "courir nu" à la réunion annuelle du Bohemian Grove (il avait aussi démissionné par la même occasion de 17 autres groupes d'intérêt dont la Commission Trilatérale et la Very Special Arts Foundation".

Depuis une quinzaine d'années à l'imagerie bucolique d'une nudité virile en pleine nature qui était associée à ce club s'est ajoutée celle des sacrifices humains à cause d'une cérémonie bizarre qui y est célébrée de nuit l'été, la "Cremation of care" (la crémation des préoccupations).

Alex Jones a infiltré le club en juillet 2000 et a assisté au rituel de "Cremation of Care" célébré par trente prêtres en robe noire devant une statue de 15 mètres à tête de chouette. Il atteste (avec une vidéo à l'appui mais dans laquelle on ne voit pas grand chose à part les commentaires qui sont imposés au spectateur, en tout cas pour la partie accessible sur le Net) qu'au moment de la crémation de l'effigie d'un corps (avec un doute, selon Jones, sur le fait que c'est une effigie !), il y a des incantations aux morts "ceux qui sont morts à Grove dans le passé que leurs esprits réapparaissent et soient ramenés ici" et des odes à Tyr et à Babylone. Pour Jones c'est un culte au dieu-chouette cananéen Molech.

Toute une littérature conspirationniste s'est emparée du sujet pour accuser les politiciens et hommes d'affaire de se livrer à des messes noires lucifériennes. Des photos ont été retrouvées qui sont censées montrées (mais se rapportent-elles bien au Bohemian Club ?) que le club en 1909 et 1915 mettait en scène des parodies de sacrifices humains.

Pour l'analyste de gauche Alexander Cockburn ce n'était qu'un rituel local de renouveau remis au goût du jour dans les années 1900 par George Sterling, poète californien et membre du cercle, auteur du "Triomphe de la Bohême" (la Bohême parisienne avait du succès aux Etats-Unis à l'époque). Avant Alex Jones, en 1989, Philip Weiss de Spy magazine avait infiltré le club. Sa vision de la "Cremation of care" était à ce moment-là bien moins alarmiste que celle qui s'est imposée dans les années 2000. Il s'agissait pour lui seulement d'un divertissement pour mettre les membres du club à l'aise et se destresser. Il notait à l'époque que la principale critique que cette cérémonie suscitait était qu'elle pouvait signifier qu'on brûlait toute forme de "care" (de souci) pour le monde extérieur. Dans la narration de Weiss les prêtres n'avaient pas des robes noires (peut-être le rituel a--il changé depuis lors). Aucune référence à Babylone ou Tyr qui auraient mis sur le la piste d'un dieu cananéen. Weiss identifiait plutôt des réminiscences "de rituels druidiques, de liturgie médiévale, de Livre de la Prière commune (Book of Common Prayer), de théâtre shakespearien et de rites des loges américaines du 19e siècle". On est assez loin du satanisme, même si d'un point de vue chrétien littéraliste tout cela peut revenir au même...

Le chroniqueur de droite Rush Limbaugh qui a aussi parlé chez eux, aujourd'hui encore assure qu'il s'agit simplement d'un "truc social" (social thing) où les gens vivent de façon rustique au bord de la "Russian river" qui n'a rien à voir avec des cérémonies occultes. Alors rituels purement récréatifs ou incantations lucifériennes ? Le débat sur ce point reste en tout cas vif, sur Internet notamment, avec souvent des surenchères dans les accusations (par exemple sur les meurtres d'enfants). Des polémiques très révélatrices de notre époque, et qui entrent en résonance avec beaucoup d'autres semblables (comme celles du "Spirit cooking" d'Hillary Clinton avec l'artiste serbe Marina Abramovic elle aussi très liée au thème de la nudité, des rapports de la monarchie anglaise ou de Hollywood avec les Illuminati etc)...

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Jollivet-Castellot à propos des médiums

4 Juin 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire des idées, #Médiums, #Pythagore-Isis, #Philosophie

Une page intéressante d'un étrange alchimiste chrétien qui fut un des pionniers du Parti communiste français (SFIC) dont il fut rapidement exclu. Sa position rappelle un peu celle des jungiens de notre époque - comme Michel Cazenave par exemple. En termes rationnels, elle ne serait défendable qu'au prix d'un pari métaphysique : que chaque âme ait une univers pour elle-même. Mais on sent bien que dans l'ordre métaphysique, comme avec la phrase d'Apollonios de Tyane "Néron a creusé et n'a pas creusé le canal de Corinthe", l'énoncé est à la fois vrai et non-vrai...

"Concluons : L'Occultisme, la Magie, l'Astrologie, l'Alchimie, la Thérapeutique, le Psychisme, le Spiritisme, — branches de la Science Hermétique, reposent sur des phénomènes réels, de l'ordre naturel et universel que l'homme terrestre interprète suivant l'état actuel de son Verbe. Le Verbe humain terrestre, la science humaine, ne sont pas sur cette planète, encore assez parfaits pour que l'on puisse affirmer que les causes sont rigoureusement celles qu'on leur assigne.

Mais la Science et la Mystique qui, réunies, forment l'Hermétisme, nous enseignent certes que ces causes ne peuvent être en dehors de la conscience et des facultés de l'Homme, à différents états d'évolution. Causes naturelles. Verbe cosmique incarné par des êtres différents. Lois inflexibles, en tous cas, que nous ne savons encore formuler, mais qui ne sont que l'extension des lois que nous avons définies, ou cru définir jusqu'ici, et qui, supérieures ou autres, ne peuvent être jamais contradictoires.

C'est pourquoi l'explication spiritique des phénomènes dus à la force astrale ou psychique, est-elle enfantine et superstitieuse. Elle équivaut au bégaiement d'un enfant étonné qui croit aux revenants, aux fantômes, aux évocations que crée son imagination délirante ou morbide.

Les médiums, rigoureusement nécessaires à la production des phénomènes qui demeurent donc bien du champ de la faculté humaine — sont presque tous des détraqués, des malades, des hystériques, des névrosés qui, sursaturés de cette énergie « psychique » ou mieux astrale, la projettent et l'attirent, la concentrent et la repoussent brutalement, en provoquent le flux violent, capricieux, telle une machine à vapeur ou une dynamo qui s'emballe.

Certains — très rares — parviennent à modérer la force, à la diriger parfois. Ils la modèlent selon leur intelligence et leur volonté, la revêtent de leur propre esprit souvent subliminal et inconscient.

Le Spiritisme n'a rien révélé d'important, ni de nouveau au monde. Il est la conscience humaine à ses divers degrés d'intelligence, d'évolution, de moralité — conscience projetée dans l'Au-delà de la Suggestion et des Forces encore imprécises ou formidables.

On n'y découvre point l'intervention d'entités étrangères, ni surtout supérieures au plan terrestre."

Nouveaux Évangiles : le christianisme libéral, la tradition occulte, métaphysique de l'hermétisme, l'Europe et la Chine, "finis Latinorum" / F. Jollivet-Castelot Eds Chacornac 1905 p. 171-172.

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Le méthodisme à Jersey

1 Juin 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme

Hier Libération évoquait ces jeunes filles qui se sont faites verbaliser au jardin du Luxembourg parce qu'elles étaient en maillot de bain. Il n'y a plus que ce journal et Le Monde pour écrire des articles sur la nudité sans me citer ! (je plaisante bien sûr)

Bon, blague à part je ne dirai rien du Poltergeist dans une station service du Pas de Calais dont la presse parlait aussi hier. Je la mentionne juste à toutes fins utiles. De toute façon ce genre de phénomène se produit souvent ici ou là (beaucoup étant d'ailleurs purement imaginaires, mais pas tous), quoique pas toujours avec une telle ampleur. Il avait joué un rôle important dans la vie du co-fondateur du méthodisme John Wesley.

A propos du méthodisme, j'étais sur l'île de Jersey récemment. J'ai découvert à St Hélier une belle église qui se réclame de l'héritage de Wesley (à qui Lloyd George en 1922 attribuait la paternité spirituelle de l'engagement britannique dans la première guerre mondiale, je l'apprends aujourd'hui), le grand homme ayant prêché dans cette ville et à différents endroits de l'île du 20 au 30 août 1787 (un an avant sa mort) du temps où celle-ci était entièrement francophone (le prédicateur faisait traduire chacune de ses phrases). Le méthodisme s'était implanté à Jersey à partir de 1774 par le truchement de deux pêcheurs de Terre-Neuve Pierre Le Sueur et Jean Tentin . Dix ans plus tard Robert Carr Brackenbury consolidait les bases de la communauté méthodiste dans l'île. Le méthodisme reste peu connu en France.

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Anne-Catherine Emmerich et le magnétisme

21 Mai 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Médiums, #Christianisme

"Je citerai à ce propos la sœur Catherine Emmerich, grande stigmatisée de notre siècle.Ses dires sur le magnétisme sont tout un enseignement. Son confesseur et son médecin avaient voulu la magnétiser pour calmer ses douleurs. Elle les en détourna. Ce qu'elle dit d'une somnambule célèbre de Francfort est applicable doctrinalement à toutes les somnambules. « La pratique du magnétisme, disait la voyante de Dulmen, confine à la magie seulement on n'y invoque pas le diable, mais il vient de lui-même »

Catherine eut une foule de visions au sujet du magnétisme « Je voyais toujours )à Satan, disait-elle, dirigeant tous les mouvements du magnétiseur et les fai- sant avec lui. » Et ailleurs « Je n'ai presque jamais vu personne sous l'influence du magnétisme sans qu'il s'y mêlât au moins une impureté charnelle très subtile. Je vis des gens tomber de la région lumineuse dans la région ténébreuse par suite de ces participations à ces procédés magiques qu'ils appliquaient au traitement des malades, prenant pour prétexte l'intérêt de la science. Je les vis alors magnétiser, et égarés par des. succès trompeurs, attirer beaucoup de personnes hors de la région lumineuse. Je vis qu'ils voulaient confondre ces guérisons d'origine infernale et ces reflets du miroir des ténèbres, avec les guérisons opérées par la lumière et avec la clairvoyance des personnes favorisées du ciel. Je vis, à cet étage inférieur, des hommes très distingués travailler à leur insu dans la sphère de l'église infernale »."

L'hypnotisme et la stigmatisation / par le Dr Antoine Imbert-Gourbeyre, ed Bloud et Barral (Paris) 1899 p. 61.

 

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"Pourquoi je suis chrétienne" de Ghislaine de Montangon

22 Mars 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Médiums, #Notes de lecture

Chaque année, les idées et les croyances s’incarnent, prennent sens dans les peines et joies d’êtres de chair et de sang auxquelles elles viennent donner sens aux yeux de ceux qui les subissent. En cette année 2017, le témoignage de Ghislaine de Montangon vient apporter de l’eau au moulin d’un courant qui a connu une dynamique certaine depuis les années 1960, un courant qui n’a pas de nom officiel mais que l’on pourrait décrire comme une forme de christianisme hérétique, orientalisant, qui tente d’établir des ponts avec les sagesses bouddhistes, hindouistes, voire avec le chamanisme.

Ce courant de pensée a ses grandes figures décédées dont deux qui ont joué un rôle essentiel dans le parcours de l’auteure : Yvonne Trubert, initiatrice du groupe ''Invitation à la Vie'', femme inspirée, à moitié médium qui, pour reprendre les mots de Ghislaine de Montangon, apportait «trois clés : la prière du chapelet, des soins énergétiques, des pas dansés au rythme de sons chantés collectivement», et Arnaud Desjardins, disciple chrétien du maître hindou Swami Prajnanpad et fondateur de plusieurs ashram en France.

La suite de cette recension est ici.
 

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Arnaud-Aaron Upinsky et le Suaire de Turin

14 Mars 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire secrète

A la différence du pape, l'essayiste Arnaud-Aaron Upinsky n'est pas infaillible (par exemple quand il accuse la reine d'Angleterre de fausser Jean 1:5, alors que c'est la version française qui se trompe - voir ici). Mais il a le mérite, comme le Dr Ricardo Castañón Gomez spécialiste des effusions de sang des hosties (voir mon billet ici) de tenir ensemble la foi et la démarche empirico-critique de la science, de sorte que la première est toujours susceptible de sortir renforcée de l'épreuve du test de la seconde, même s'il est vrai que l'on peut toujours supposer, d'un point de vue religieux, qu'une ruse démoniaque est à l'origine du "miracle" scientifiquement contesté, ou, d'un point de vue athée, que la science "à l'avenir" expliquera l'aberration qui la laisse sans voix aujourd'hui.

Prenons malgré tout au sérieux, et avec honnêteté, les éléments factuels et les démonstrations rationnelles que les croyants mobilisent au service de leur conviction. Même les athées ou les agnostiques devraient faire de même sous peine qu'on puisse les accuser de s'en remettre à des actes de foi aussi arbitraires que ceux qu'ils critiquent.

Arnaud-Aaron Upinsky (AAU), mathématicien informaticien, ancien titulaire d'une chaire d'épistémologie dans une école de communication, et accessoirement descendant (selon ses dires) d'Olivier Voutier, découvreur de la Vénus de Milo, s'est spécialisé depuis plusieurs décennies dans la défense de l'authenticité du suaire de Turin (le linceul encore visible de nos jours qui aurait enveloppé le cadavre de Jésus de Nazareth) et de son caractère de preuve de la résurrection de Jésus-Christ (une résurrection qui, du reste, à la supposer vraie, ne suffirait pas à démontrer qu'il est le fils de Dieu rédempteur, puisque par exemple le Toldoth Jeschu prêtait au rabbi Jeschu qu'il identifie à Jésus des dons de magie acquis en Egypte qui pourraient fort bien lui avoir permis de réaliser une prouesse post mortem). Par delà ses vidéos sur le Net, je me suis reporté à un de ses anciens livres publié en mars 1998 chez Fayard qu'on ne trouve plus que dans les bibliothèques "L'énigme du linceul, La prophétie de l'an 2000", livre qui rend compte à la fois de la méthode d'authentification du linceul que prône à AAU, des éléments factuels qui corroborent l'authenticité, et des difficultés à faire entendre cela à l'Eglise et à l'opinion publique mondiale entre 1989 et 1998.

En introduction au livre, AAU rappelle que le 11 avril 1997 le suaire a réchappé dans des conditions mystérieuses à l'incendie qui a ravagé la cathédrale Saint-Jean-Baptiste de Turin à la fin d'un dîner de gala donné en l'honneur du secrétaire général des Nations Unies de l'époque, au palais royal de Turin, comme il l'avait fait dans la nuit du 3 au 4 décembre 1532 quand deux franciscains du couvent de Ste Marie l'Egyptienne le sauvèrent des flammes.

L'incident n'est pas sans rappeler cet autre "miracle" inexpliqué par la science que fut la conservation de l'étrange portrait de Notre Dame de Guadalupe sur une tunique, qui survécut aussi à bien des avanies.

Puis il récapitule la chronologie du débat sur l'authentification dont l'étape clé fut le 8 septembre 1989 le séminaire au centre Chaillot Galliera dont l'objectif était de tester la validité de la datation au carbone 14 qui venait de conclure que le linceul avait été fabriqué au Moyen-Age. Comme il travaillait sur les systèmes expert en liaison avec IBM, le conseil scientifique de ce symposium lui avait demandé demandé une synthèse épistémologique de l'ensemble de la recherche sur le linceul (p. 25). Peu intéressé par les reliques jusque là, il fut d'abord frappé par le caractère irreproductibilité de la pièce, qui plaide selon lui de façon imparable pour son authenticité.

AAU n'a cessé de le marteler depuis lors : on ne peut trouver un vrai faussaire avec une vraie motivation et une vraie technique. Le linceul anonyme très difficile à réaliser et rempli de détails invisibles à l'oeil nu (comme le portrait de ND de Guadalupe) ne répond pas à ces critères. Par ailleurs la datation au C14 est scientifiquement fausse.

Cette démonstration valut à AAU un grand succès, mais ne fut pas reprise dans la conclusion du colloque qui resta évasive.

La datation au C14 entreprise sans souci interdisciplinaire (alors que toutes les disciplines depuis 1898 s'orientaient de plus en plus vers une reconnaissance d'authenticité - cf p. 36) avait été entourée selon AAU de beaucoup de théâtralisation, avec des informations livrées au compte goutte. Le 28 septembre 1988, l'archevêque de Turin avait déclaré que selon les chercheurs de l'université d'Arizona, d'Oxford et de l'école polytechnique de Zurich coordonnés par le Pr Tite du British Museum "l'intervalle de date calibré assignée au tissu du suaire avec un taux de 95 % se situe entre 1260 et 1390, et insistait sur le fait que ce taux valait certitude. Les représentants d'Oxford et du British Museum allaient en rajouter dans ce registre dans les médias, mais le rapport dans la revue Nature fu 16.2.89 ne comportait pas de détail des opérations effectuées sur les 150 mg d'échantillon, ni le taux de C14 obtenu, et les échantillons de contrôle (des tissus venant de tombes) n'avaient pas été anonymisés ce qui leur ôtait leur valeur probatoire.

La méthode de datation au C14 qui a valu le prix Nobel à Libby son inventeur en 1960 est de plus en plus contestée. Les postulats de base comme la constance du C14 dans le temps et l'espace et la fixité sur 5 700 ans son contestés. Des disparités énormes de datation ont été constatées sur le site de Jarmo (5 300 ans d'écart), sur des coquilles d'escargots projetées à 24 000 av JC alors qu'elles étaient contemporaines et un cor de viking de 500 a été projeté en 2006...

Ici les trois laboratoires sur le même objet avaient trouvé des résultats si différents qu'il n'y avait que 5 % de chances ("niveau de signification") que ce fût le même objet. Si la mesure était valide, l'intervalle de confiance avait 95 % de chance d'être celui annoncé, mais il n'y avait que 5 % de chances que la mesure le soit...

John H. Heller dans "Enquête sur le St Suaire" (1985) avait montré que dans le débat organisé par le Shroud of Turin Research Project (STURP) aux USA en 1978 juste avant une ostension, AD Adler avait eu beau montrer contre son compatriote McCrone que la trace rouge était du vrai sang, les savants avaient montré leur incapacité à faire le lien entre les réponses aux questions partielles portées sur la nature des composantes de l'énigme et la question du grand public sur l'authenticité.

La photo prise par Secundo Pia montre que c'est par le négatif que l'image du suaire se révèle le mieux (cf "Le Paranormal" d'Henri Bloch). La densité des fibrilles colorées donnait l'image du corps, les distances étaient reproduites et l'empreinte sanguine située à l'endroit précis des 5 plaies dont les trous dans les poignets, ce qui plaide pour une représentation acheiropoietos (sans main de l'homme). Cela la rendait non reproductible, et le cadavre s'est détaché sans déplacer l'empreinte sanguine.

Pour arriver à construire une thèse positive sur le Suaire, AAU part de son existence, des générateurs possibles, et des hypothèses que cela implique.

Arnaud-Aaron Upinsky et le Suaire de Turin

Si le linceul n'est pas reproductible, peu importe sa provenance (et notamment le trou entre l' "image d'Edesse" qui aurait pu être le linceul jusqu'en 944 et l'apparition du linceul à Lircy en 1357 en Champagne. La méthode synthétique d'AAU (cf figure jointe) lui permettait d'aboutir dès 1989 à la démonstration d'une authenticité "par défaut, comme un triangle qui a ses trois côtés identiques est un triangle équilatéral".

Le Sturp avait démontré en 1978 que l'image n'était pas l'oeuvre d'un artiste comme beaucoup l'avaient soutenu depuis le 14e s. La trame est colorée seulement sur une profondeur de 40 microns. Il n'y a pas de pigment allant dans les fibres. L'image est stable à l'eau et au feu comme l'avait déjà montré l'incendie de 1532. il n'y avait pas de coups de pinceaux, c'était un négatif photographique parfait visible seulement à 2 m (p. 114).

La fabrication du linceul applique les techniques du 1e siècle, Le sang est du vrai. Max Frei du laboratoire de police de Zurich y a trouvé du pollen de plantes de Palestine.

L'image était floue à l'oeil nu, aurait pu choquer au Moyen Age vu la nudité du cadavre, montrait une jambe plus courte que l'autre.

Le prestidigitaeur Joe Nickell a tenté de fabriquer une image avec de la myrrhe et de l'aloès tendue sur un bas relief. En vain.Elle était déformée, pas monochrome etc.

L'exposition "Fake, the Art of Deception" du British Museum de mars à septembre 1990 qui comprenait une diapositive grandeur nature du suaire, fut l'occasion pour AAU d'envoyer au directeur du musée le 11 août avec copie à diverses autorités une lettre réfutant l'accusation des exposants. Dans une réponse du 23 le directeur répondait qu'il faisait retirer du catalogue la référence au suaire. Le même mois le Vatican désavouait la datation au C14 de l'année précédente.

Ce désaveu par le British Museum du concept de l'exposition impliquait au moins la reconnaissance de la présence d'un vrai cadavre, qui était la thèse du chirurgien Pierre Barbet. La manière dont l'empreinte s'est faite sur le linceul est si précise que le légiste de Los Angeles Robert Bucklin identifie contusions et perforations et une une enflure qui a occasionné la fermeture partielle de l'oeil droit ainsi qu'une fracture du nez et une contusion au bout du nez signe d'une chute.Selon le Dr Barbet la plaie au côté est celle d'une lancea romaine, au niveau du péricarde plein de viscosité et de l'oreillette droite pleine de sang, d'où le fait que de l'eau et du sang en sortirent. L'effet de décalque du suaire inverse les côtés.

La plaie au front est pré-mortem, celle au coeur est post mortem, conformément au récit de l'Evangile sur le coup de lance.

Le visage exprime une majesté, il s'agit d'un homme de 30-35 ans, de type yéménite archaïque d'1m78/80, 77-80 kg (p. 142). Il a reçu environ 120 coups par devant et par derrière de flagrum infligés par deux hommes. On a placé un objet blessant autour de sa tête. Les pieds sont ensanglantés et terreux, la crucifixion a eu lieu à la romaine.

On considère, nous dit AAU p. 145, que Jésus de Nazareth est né en 7 av JC. Nommé responsable de la politique scientifique du CIELT (Centre International d’Etudes sur le Linceul de Turin), l'auteur fut confronté aux tentatives des religieux de prendre l'ascendant sur les scientifique ce qui arriva en 1994. Néanmoins l'association réunie début 1991 décida de s'investir dans la préparation d'un symposium à Rome qu'AAU prépara et dont le but était l'identification du crucifié et la planification du processus de reconnaissance de l'authenticité pour l'ostension de 1998.

La présence de chercheurs russes Ivanov et Kouznetsov hostiles à la datation du British Museum, lors du symposium de juin 1993 renforça AAU.

Outre les concordances entre les caractéristiques du corps et le récit de la Passion dans l'Evangile, deux points sont à souligner : il n'y a pas eu de putréfaction du corps, ce qui aurait détruit l'image, il n' y a pas eu enlèvement car l'arrachement aurait laissé des traces sur le tissu (p. 166).

Toutefois, selon AAU, à l'instigation du Pr Lejeune un projet de communiqué final du symposium faisait l'impasse sur l'annonce de l'authenticité et le sur le point essentiel relatif au non détachement du corps du tissu pour se focaliser sur la contestation de la datation au carbone 14, puis le bureau du Symposium était dissous et AAU remercié avant la publication des actes.

Néanmoins la communauté scientifique avait avancé dans le sens des évangiles puisque le point du non décollement du cadavre (point 18) avait été validé. C'était admettre la dématérialisation du corps. Les médias (TV, radio, René Laurentin au Figaro) donnèrent un écho, mais le cardinal Lustiger resta en retrait et un théologien dans Le Monde le 3 juillet 1996 parla contre toute vraisemblance scientifique d'un possible frottage de statue ou de bas relief contre le suaire pour produire l'image. Le Saint Siège ne relaya pas les travaux du Symposium. La série Corpus Christi sur Arte en 97 remplie d'avis contradictoire faisait de Jésus un être imaginaire et le linceul y fut ignoré.

AAU rappelle que Jésus avait annoncé (Mt 12, 38-40, Mt16, 3-4 et Lc 11, 30-32). Le linceul est l'empreinte même du "signe de Jonas", son "négatif" scientifique. Conformément à la prophétie sur le cheval blanc de l'Apocalypse (le verbe de Dieu vêtu de son linceul de lin) le dragon aurait été lié pour mille ans par le verbe, puis le chiffre des sciences (le règne des mathématiques) aurait vaincu pour mille ans encore l'an 2000 manquant selon AAU la fin d'un cycle.

Depuis lors Arnaud Upinsky n'a cessé de batailler contre la légèreté avec laquelle la Vatican traite les découvertes scientifiques autour du linceul, par exemple la distraction du pape François lors de sa visite au Suaire le 21 juin 2015.

Voilà donc les éléments (troublants) avec lesquels AAU tente de persuader l'humanité de l'authenticité du linceul et de la véracité de la Résurrection que cette authenticité par elle-même implique compte tenu des particularités de l'objet. Je n'ai pas étudié les arguments adverses pour l'instant, mais il faut reconnaître que l'argumentaire d'AAU est très impressionnant.

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La nudité des jeunes filles dans les lois de Lycurgue

2 Mars 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées, #Anthropologie du corps, #Christianisme, #Nudité-Pudeur en Europe, #Pythagore-Isis, #Philosophie

Dans le 1er livre des Macchabées (Ancien Testament) il est écrit

"I M 12,5. Voici la copie des lettres que Jonathas écrit aux Spartiates:

I M 12,6. Jonathas, grand prêtre, les anciens de la nation, les prêtres et le reste du peuple juif, aux Spartiates, leurs frères, salut.

I M 12,7. Il y a longtemps que des lettres ont été envoyées à Onias, le grand prêtre, par Arius, qui régnait chez vous, car vous êtes nos frères, comme le montre la copie qui est jointe ici.

I M 12,8. Et Onias accueillit avec honneur l'homme qui avait été envoyé, et il reçut les lettres, où il était parlé d'alliance et d'amitié."

Onias I er, fils de Jaddus, et père de Simon le Juste, qui furent aussi grands-prêtres (Sir 50:1, cf. Jos., Ant., XI, 8, fin ; XII, 6) exerça ses fonctions, précisent les historiens, après la conquête de la Judée par Alexandre le Grand. C'est à lui qu'aurait été adressée une lettre d'Arias (ou Arius), roi de Lacédémone sous le règne de Séleucos IV Philopator (187-175 av. J.-C.), lui offrant son alliance, au nom d'une prétendue origine commune des peuples juif et lacédémonien, selon Flavius Josèphe, juste avant la conquête de la Grèce par Rome en 146.

Cette admiration des Juifs à l'époque de Jonathas Macchabée (157-152 av JC) pour Sparte ne pouvait pas englober (à la différence de la République de Platon) une estime pour les lois de Lycurgue.

Selon Plutarque (Vie de Lycurgue) "Lycurgue porta toute l’attention possible à l’éducation des femmes. En tout cas, il fortifia le corps des jeunes filles par des courses, des luttes, le jet de disques et de javelots. (...) Pour leur ôter toute mollesse, toute vie sédentaire, toute habitude efféminée, il habitua les jeunes filles, non moins que les garçons, à défiler nues, et, pour certaines fêtes, à danser et à chanter dans cet état sous les yeux des jeunes gens. (...)Quant à la nudité des jeunes filles, elle n’avait rien de honteux, puisque la modestie y présidait et que le dérèglement n’y était pour rien ; elle donnait, au contraire, l’habitude de la simplicité et le désir ardent d’une santé robuste.(...)Voici ce qui excitait encore au mariage : les processions des jeunes filles, leur déshabillement et leurs combats sous les yeux des jeunes gens, qui, selon le mot de Platon , cédaient à des contraintes, non géométriques, mais érotiques. Lycurgue a même imprimé une note d’infamie aux célibataires. On les écartait du spectacle des gymnopédies [exercices des jeunes filles nues] ; et, l’hiver, les magistrats leur faisaient faire nus le tour de l’agora, en chantant une chanson composée contre eux, où il était dit qu’ils subissaient un juste châtiment, parce qu’ils désobéissaient aux lois."

Aux yeux des Juifs les lois de Lycurgue sur la nudité des jeunes filles auraient été jugées de nature à attirer des démons dans la cité, tout comme d'ailleurs l'installation des cimetières dans les murs de la ville, elle aussi décidée par Lycurgue selon Plutarque.

En 1604, le médecin conseiller du roi Louis Guyon (1527-1617) écrivit dans "Les diverses leçons de Loys Guyon, sieur de La Nauche,... suivans celles de Pierre Messie et du sieur de Vauprivaz" (p. 104 et suiv) :

"Ledit Licurgue en fit une autre,qu' il voulait que les filles allassent aux jeux & danses publiques toutes nues, sauf de petits brodequins de couleur découpés , qu'elles portaient aux jambes, & ce pour plusieurs raisons , que je vais alléguer. La première était, par ce qu'il apercevait plusieurs jeunes hommes être tant amoureux des filles & femmes, qu'ils en perdaient le jugement, & oubliaient tout devoir, si bien qu'ils semblaient plutôt bêtes qui sont en ruth ou en chaleur, qu'hommes raisonnables. Or iceux amoureux, sans doute se trouvaient à telles assemblées,pour voir leurs Déesses toutes nues, & voyants les parties peu honnêtes, & posées non guère loin d'un réceptacle de toutes les puantes immondices du corps humain,s'en devaient dégoûter, & abhorrer-telles .amours,& se devaient remettre en leurs devoirs : & que la chose ne méritait point qu'on se tourmentât tant, perdant le boire, le manger & le repos. L'autre raison était,à fin que les filles n'eussent point de honte des parties desquelles nature les avait pourvuës mais fussent vergogneuses de commettre aucun vice. Car il disait., que les filles & les femmes devaient plus rougir de commettre quelque péché, que de montrer la partie de leur corps, qui leur était nécessaire.

Les femmes & filles de par deça semblent avoir opinion que les hommes désirent qu'elles aient les fesses & les cuisses grosses & rebondies, comme les Catayens, par ce qu'elles s'étudient à persuader cela aux hommes"

S'ensuit une condamnation de l'usage des vêtements par les femmes pour stimuler le désir masculin, puis une interrogation sur la question de savoir si la nudité stimule plus le désir que l'habillement (à partir d'une étude des Catayens dont le nom a d'abord désigné les Chinois puis les Indiens du Canada semble-t-il, puis des Indiennes, africaines et brésiliennes). Il en conclut que la nudité tue le désir ce qui est mauvais pour la procréation,  que la nudité des femmes sous les tropiques est liée à la chaleur et peut se justifier seulement sous leur latitude parce que les femmes y sont bien faites (de sorte, note-t-il, qu'il n'y a pas besoin d'y appliquer la loi de Lycurgue qui prônait l'élimination des bébés mal formés), et s'en remet, pour l'Europe, au précepte évangélique "qui recommande sur toute charité, de donner moyen aux pauvres de se pouvoir vêtir non seulement pour les défendre du chaud, du froid,de la pluie,& des mouches piquantes,mais pour couvrir leurs parties honteuses."

Les lois de Lycurgue présentent un cité "meilleur de mondes" : elles renforcent l'Etat en imposant à la fois un équilibre des pouvoirs dans les institutions pour les stabiliser, un dévouement total des citoyens à la préparation à la guerre en cassant toute vie privée de nature à ramollir la psychologie des gens : par exemple les gens mangeaient dans des repas collectifs frugaux, les hommes n'avaient qu'un bref commerce sexuel avec leur femme de nuit, y compris lors de leur nuit de noces (Plutarque note que cela avait pour effet paradoxal d'entretenir fortement le désir et l'amour au sein des couples). La nudité des jeunes filles pour les endurcir tout en poussant les hommes à se marier s'inscrit dans cette logique. Ce côté "expérimentateur sur l'humain" dans le cadre d'un Etat fort qui va jusqu'à l'eugénisme a séduit Platon, et rappelle certains aspects du communisme, mais aussi du capitalisme actuel. Il est logique qu'en bon chrétien, le docteur Louis Guyon, après avoir interrogé la légitimité de ces lois à l'aune de la nudité des populations tropicales (tout comme la découverte des Amérindiens avait aussi conduit, une génération plus tôt Montaigne et ses contemporains à interroger la légitimité des moeurs européennes), revienne, au seuil de la Contre-réforme, à la rigueur des principes évangéliques à ce sujet.

Platon, lui, aborde la question de la nudité des filles à propos de la formation des gardiens de la ville dans le livre V de la République, thème dont Kingsley a montré qu'il avait un rapport avec la problématique chamanique pythagoricienne des veilleurs de nuit. Il s'agit de réfléchir à la question de savoir si les femmes doivent participer au combat. Cette question, comme celle de l'eugénisme, est abordée par Platon sous l'angle de l'analogie avec les chiens. L'obstacle principal est celui du ridicule et le philosophe ne l'esquive qu'en soulignant que la nudité des hommes au gymnase avait aussi suscité des railleries dans les générations qui ont immédiatement précédé le siècle d'or athénien, lorsque la Crête et Sparte l'ont adoptée (il y a des nuances entre auteurs grecs pour savoir si cela vint d'abord de Crête, que le néo-pythagoricien Apollonios de Tyane, cet autre grand admirateur de Lycurgue, selon Philostrate nommait la nourrice de Zeus). Juste après, pour les mêmes motifs d'efficacité militaire, Platon justifiera la vie en commun de tous les citoyens sur le modèle des lois de Lycurgue, le fait que les magistrats organisent les mariages entre les gardiens de la cité, et le fait que les guerriers à la retraite puissent s'accoupler avec toutes les femmes sans leur faire d'enfants, tandis que les enfants des guerrières sont pris en charge par des nourrices (alors que les nourrices de Sparte selon Plutarque avaient très bonne réputation). Platon comme Lycurgue ont eu une éducation égyptienne (selon Plutarque, Lycurgue aurait acquis en Egypte des idées sur la spécialisation militaire) mais cela ne semble pas avoir eu d'influence sur le thème de la nudité publique des femmes.

La référence au "ridicule" renvoie à Aristophane qui, dans Lysistrata, représentée à Athènes en 411 av JC, raille la nudité des femmes spartiates au gymnase, comme le pubis ("jardin") imberbe des Béotiennes et le côté prostitué des Corinthiennes.

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