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Articles avec #generalites nudite et pudeur tag

Lieux de nudité cités par la presse russe

27 Avril 2016 , Rédigé par CC Publié dans #Généralités Nudité et Pudeur

Lieux de nudité cités par la presse russe

Lenta.ru cite sept endroits où l'on peut se rencontrer nus :

- le restaurant indien londonien Bunyadi

- la naked bike ride australienne en Nouvelle Galles du Sud

- le festival américain "Bruning man"

- les croisières naturistes de l'opérateur américain Bare Necessities Tour et Voyage

- la station de ski allemande de Braunlag (où toutefois le sous-vêtement est conservé)

- Black's Beach en Californie

- les saunas comme les thermes Gellert à Budapest

Ils auraient pu aussi parler des jardins publics de Munich, ou des clubs de yoga naturistes qui existent entre hommes, entre femmes, ou mixtes (la création d'un club mixte en Poitou-Charente est en discussion sur Facebook en ce moment), une mode qui nous vient des Etats-Unis.

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"Fashion dictated by underworld of prostitution"

21 Février 2016 , Rédigé par CC Publié dans #Nudité-Pudeur en Europe, #Généralités Nudité et Pudeur

Keene Wallis a traduit "Down there (là-bas) - a study in satanism" (un roman de l'écrivain français Joris-Karl Huysmans sur la magie noire écrit avant sa conversion au catholicisme, interdit à New York). Il a traduit d'Iwan Bloch "The Sexual History and Anthropology of Clothing, Nakedness and Fashion", "Erotic Paintings And Sculpture" et "Genital Deformations and Mutilations".

Iwan Bloch (né le 8 avril 1872 et mort le 21 novembre 1922) est un dermatologue allemand. Il est considéré comme le premier sexologue.

"The Sexual History and Anthropology of Clothing, Nakedness and Fashion, Fashion dictated by underworld of prostitution" est extrait de "Anthropological studies in the strange sexual practices of all races in all ages" dont il est le 12ème chapitre.

La mode et la vita sexualis sont liées. Le vêtement ne doit pas son origine à la pudeur, mais à l'inverse la seconde est développée par le premier. L'anthropologue Karl von den Steinens (1855-1929) a observé les amérindiens du Brésil et révélé les origines de leurs vêtements. Carl Heinrich Stratz ("Die Fauenkleidung, Stuttgart, 1900) a comparé les données des enquêtes ethnologiques modernes avec l'histoire de l'art européen. Selon lui (ibid p. 8) "l'objectif initial du vêtement n'est pas de couvrir mais seulement de décorer le corps nu. La personne nue n'a pas de honte ; seulement celui qui est habitué au vêtement connaît la honte, et ce seulement quand les ornements auxquels il est habitué font défaut". Cela est vrai des "primitifs" comme des "civilisés". L'exposition prescrite par la mode n'est jamais vécue comme une exposition, et Stratz remarque qu'une femme qui porte une robe à col montant dans un bal au milieu de ladies en décolletés aura honte. Les premières décorations sont les tatouages et les incisions. le tatouage ne se trouve plus en Euope que chez des classes basses : marins, criminels, prostituées (cela s'étend à quelques cas de libertins bourgeois en France - René Schwaeblé, "Les détraquées de Paris", Paris, 1904 - cg The sexual life p. 136).

Le pagne à l'origine ne devait pas couvrir le sexe. C'était seulement une ceinture. Les moules ou les peaux d'animaux qu"on y suspendaient servaient seulement à attirer l'attention dessus.

Puis le vêtement a évolué vers la forme tropicale (manteau et ceinture) et l'arctique (pantalons et blouson). Comme le vêtement, la mode cherche à embellir le corps et accentuer son attractivité sexuelle. "La fureur de surenchérir dans la capture des hommes" dit le spirituel Friedrich Theodor Vischer (1807-1887) "est peut-être le plus virulent des éléments qui exacerbent la folie de la mode en frénésies de la nouveauté, du caprice et de la distorsion" (dans "Mode und cynismus", Stuttgart, 1888, p. 22). Selon Stratz, Moïse utilisa cet effet psycho-sexuel des habits. Il voulait augmenter la population de sa petite tribu, et ordonna donc de voiler les charmes féminins dans le but d' "exciter les sens de ses partisans masculins et d'accroître ainsi la fécondité d'Israël". La nudité qu'il rejeta comme inutile pour son propos, devint "immorale" dans la doctrine chrétienne.

Le "demi-monde" (en français dans le texte), celui des prostituées, a donné le ton à Rome, Venise et Paris (Reinhold Günther "Kulturgeschichte der Liebe", Berlin, 1900, p. 190).

Selon Bloch, la mode a introduit un facteur d'excitation sexuelle dans la mode de deux manières : soit en rendant certaines parties du corps plus attirantes en les rendant plus volumineuses, en attirant l'attention sur elles par la forme du vêtement ou un ornement, soit en dénudant une seule partie du corps. Rudolf Herman Lotze a montré dans Mikrokosmus (1856), que l'hommevoit dans le vêtement un prolongement de lui-même. En vertu de cela il trouve qu'un chapeau haut de forme accroît sa dignité. Quant à l'effet de l'exposition partielle Vischer la rattache au conflit de l'esprit et du corps en notant que les femmes latines qui donnent le sein au bébé en public prolongent une tradition remontant à des temps d'innocence qui n'ont plus cours. Jeannel (Die Prostitution in den grossen Städten im neunzehnten Jahrhundert , Erlangen, 1869) note que la morale récente a transformé le vêtement en protection et que les boucles, les corsets et les pantalons sont des gardes des harems.

Ernest Grosse dans Die Anfänge der Kunst (Freiburg 1895) rejoint l'avis que le premier vêtement n'était qu'ornement. Dans l'antiquité il n'y avait pas de mode parce que le vêtement n'était pas si identifié au corps. Schopenhauer dans ses Sämmtlische notait que les nobles portaient des vêtements plus flottants au Moyen Age. A Rome ce sont les vêtements translucides qui suscitent le désir, et les prostituées jouent sur l'androginité. La mode est une invention médiévale. Le corset est une invention chrétienne, dit Stratz. Sa première forme, le corsage, vise à oppresser les formes féminines, surtout la poitrine. Ce n'est qu'a posteriori qu'au contraire la mode utilisera le corset pour faire ressortir la poitrine en le raccourissant et en dégageant la robe.

La monstration de parties du corps était commune comme le montre un écrit de Ditmar von Merseburg de 999 cité par B. Ritter, "Nuditäten im Mittelalter" (Leipzig 1855 p. 229). A partir du 12e siècle Robert Gaguin (1433-1501) dénonce le culte de la mode comme une invention du diable. Il critique la mise en valeur des seins, des hanches et de la taille chez les femmes, et du sexe chez l'homme par le "cynisme des tailleurs". Leo Berg dans Das Sexuelle Problem In Kunst Und Leben rappelle le rôle crucial du corset dans ce processus.

Dufour signale que le décolleté est arrivé d'Italie (Sombart dans fait partir la mode du 14e siècle en Italie - W. Sombart, Domestic Economy and fashion, Wiesbaden 1902 p. 12) en France sous François Ier. on parlait des "dames à la grand'gorge" et des "robes à la grand'gorge". Les corsets sont équipés d'os de baleine ou de tiges en métal pour faire ressortir le sein. Le décolleté restera prisé dans le salles de bal jusqu'au 19e siècle.

Les corsets ont aussi mis l'accent sur les hanches sous l'inspiration des Venus callipyges. La féministe Mary Wollstonecraft allait s'en indigner. On les doublait de poches d'air à ce niveau ("culs de Paris). Bloch le rapproche de l'habitude des prostituées qui veulent attirer les adeptes du fouet à prendre des robes qui les font passer pour des Venus Hottentot. Certaines tenues moulent le pubis. Il y avait même dans les années 1870 des jupons en peau de daim avec une cocarde rouge au niveau du sexe, selon Vischer.

La femme au Moyen Age dans les peintures est valorisée comme maternelle, donc enceinte, jusqu'à la Vénus d'Urbin nue du Titien (1538). La mode du gros ventre se vérifiera au XVII e siècle dans toute l'Europe de l'Ouest et encore en 1760 en Angleterre au point de se doter de faux ventres selon FW Archeholtz. La robe à cerceau (hoop skirt) ou la crinoline au 16e siècle apparaît pour l'ostentation des contours dans les milieux de la prostitution. Un franciscain dira : les vertugales ont fait perdre la vertu et n'ont laissé que la gale. Son apogée sera atteint sous le Second Empire. Albert Moll dans sa Untersuchungen über die libido sexualis allait même voir un motif sexuel à la réduction des pieds des chinoises (effet sur le mont de Vénus et les lèvres). Idem pour les hommes la braguette qui, à l'origine dans les classes inférieures, recouvrent le sexe en attirant l'attention sur lui, ou les "chaussures à la poulaine" en forme de vît.

Selon Bloch, l'homosexualité, qui n'est pas innée, a pu être encouragée par les formes androgynes du vêtement lesquelles sont elles-mêmes encouragées par une recherche excessive de l'Eros à travers la femme comme au 18e siècle (il cite là Günther (op cit p. 364).

La tendance à compresser la taille et à libérer le haut va avec un refus de la procréation. JG Zimmerman, le médecin de Frédéric II, le relevait déjà. J. Ryan dans Prostitution in London (Londres, 1839 p. 382) notait que la laine ou la fourrure sur la peau produisent les mêmes effets que la flagellation et que cela a pu corrompre des esprits pieux. Ce lien entre habit et érotisme explique les phénomènes de fétichisme. La mode, en mettant en valeur une partie du corps et faisant du vêtement le prolongement de celle-ci, favorise la réduction du désir à cette seule part. Cet effet de fétichisation se retrouve aussi avec le parfum qui, comme le vêtement, est si profondément lié à la vita sexualis qu'il favorise aussi divers fétichismes.

Dans un autre livre Bloch reprendra ce thème d'une nudité non érotique en soi. Citant Westermarck (dans "History of human marriage p. 193) qui lui même reprend Lohman, il note que chez les Saliras seules les prostituées s'habillent et que "in the interior of Africa, as we learn from Barth,' the married women go entirely nude, while the young damsels, having their market yet to make, clothe themselves". Chez les Toungta les femmes ne découvrent leur poitrine que lorsqu'elles sont mères.

Il ajoute que l'idée de cacher le sexe n'est venu qu'à partir du moment où la superstition a accordé au sexe un pouvoir magique. Dürkheim allait estimer que la dissimulation du pubis chez les femmes visait à se protéger de certaines de ses émanations. Waits, Schurz et Letourneau, eux, ont attribué ce phénomène à la jalousie des maris, en insistant sur des cas contraires à ceux précités où les jeunes filles sont nues et les femmes habillées.

Bloch y reprend l'idée paradoxale que le vêtement est une "nudité idéale" parce qu'il est le reflet de l'âme idéalisée de celui qui le porte. L'idée vient de l'article de H. Bahr "Clothing Reform" dans Dolcumente der Frauen, 1902, vol 23, p. 665. Bloch enrichit son propos des remarques de H. Pudor sur la signification sexuelle du visage nu ( H. Pudor "Nackt Kutltur" Vil II p. 4-6) et de celles de Simmel sur le rapport de la mode à la stabilité intérieure des hommes et des femmes.

Plus haut, p. 130, il revenait aux origines de la pudeur (ou plutôt de la honte - shame) : l'auto-élévation (self uplifting) individuelle selo Simmel, l'attitude agressive des mâles et la périodicité sexuelle chez la femelle (selon Havelock Ellis). Groos voyant dans la coquetterie un jeu sexuel avec la honte. Il y aurait aussi selon Lombroso ("Woman as criminal and prostitute") la peur d'inspirer du dégoût compte tenu de la proximité du sexe avec la fonction fécale et avec la menstruation / les prostituées qui refusent d'être inspectées pendant leurs règles. Von den Steinen ("Experiences among the Savage Races of Central Brazil", Berlin 1894) chez les Bakäiri du Brésil central notait que l'homme "civilisé" s'habitue très vite à la nudité. Lui-même dans un rêve fait parmi ces Amérindiens au sujet des membres de sa famille restée en Allemagne les voyait nus.

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L'Aphrodite nue de Praxitèle à Cnide

22 Janvier 2016 , Rédigé par CC Publié dans #Anthropologie du corps, #Généralités Nudité et Pudeur, #Histoire secrète

L'Aphrodite nue de Praxitèle à Cnide

Dans "La Nudité, pratiques et significations", j'ai évoqué ce passage de Pline (Histoires naturelles, chap IV du livre XXXV, publiées vers l'an 77), dont voici le texte intégral :

"Lorsque l'on parle des statues, nous avons déjà indiqué la période au cours de laquelle Praxitèle a prospéré; un artiste, qui, dans la gloire qu'il a acquise par ses œuvres en marbre, s’est même surpassé lui-même. Il existe quelques œuvres de lui au Keramikos à Athènes; mais, supérieure à toutes les statues, non seulement de Praxitèle, mais de tout autre artiste qui ait jamais existé, est sa Vénus de Cnide; pour l'admiration de laquelle, de nombreuses personnes dans le passé ont entrepris exprès un voyage de Cnide. L'artiste a fait deux statues de la déesse, et proposé les deux à la vente: l'une d'elles était représenté avec des draperies,et pour cette raison les gens de Cos, qui avaient le choix, l’ont préférée; la seconde leur a été a offerte pour le même prix, mais, pour des raisons de convenances et de pudeur, ils ont jugé bon de choisir l'autre. Sur ce, les Cnidiens achetèrent la statue refusé, et elle a toujours été tenue immensément au dessus dans l'estimation générale. A une période plus tardive, le roi Nicomède souhaita acheter cette statue de la Cnidiens, et leur fit une offre pour rembourser la totalité de leur dette publique, qui était très grande. Ils préférèrent, cependant, de se soumettre à n’importe quelle extrémité, plutôt que de se séparer d’elle; et avec raison, par cette statue de Praxitèle a perpétué la gloire de Cnide. Le petit temple dans lequel elle est placée est ouverte sur tous les côtés, de sorte que les beautés de la statue admettent d'être vues de tous les points de vue; un arrangement qui a été favorisé par la déesse elle-même, est-il généralement admis. En effet, de quelque point qu’on la considère, son exécution est tout aussi digne d'admiration. Il est dit qu’un certain individu, est tombé amoureux de cette statue, et, se cachant dans le temple pendant la nuit, la gratifié de sa passion lubrique, dont les traces sont visibles dans une tache laissée sur le marbre. "

Dans son "Nudité et pudeur" HP Duerr voit dans l'histoire de l'homme qui s'accouple avec la statue d'Aphrodite une preuve que la nudité des statues féminines n'allait pas de soi. J'ai longtemps adhéré à ce jugement, mais aujourd'hui je ne crois pas que l'on puisse tirer une telle conclusion de cette anecdote, parce qu'elle s'inscrit dans un tout autre contexte que celui de la pudeur. Et ce contexte, je viens de le trouver, tout à fait par hasard, hier, dans Amours ("Erotes") du pseudo-Lucien, un texte de la fin du IIe siècle (au plus tôt). Ce qui est très étonnant dans ce texte c'est qu'il reprend exactement l'ordre du propos de Pline l'Ancien. En voici le texte intégral pour la partie qui nous intéresse.

"Nous résolûmes de relâcher au port de Cnide, pour y voir le temple et la fameuse statue de Vénus, ouvrage dû à l’élégant ciseau de Praxitèle, et vraiment plein vénusté[12]. Nous fûmes doucement poussés vers la terre par un calme délicieux, que fit naître, je crois, la déesse qui dirigeait notre navire[13]. Je laisse à mes autres compagnons le soin des préparatifs ordinaires, et, prenant de chaque main notre couple amoureux, je fais le tour de Cnide, en riant de tout mon cœur des figures lascives de terre cuite[14], qu’il est naturel de rencontrer dans la ville de Vénus. Nous visitons d’abord le portique de Sostrate[15] et tous les endroits qui pourraient nous procurer quelque agrément, puis nous nous rendons au temple de Vénus. Nous y entrons, Chariclès et moi, avec un grand plaisir, mais Callicratidas, à contre-cœur, comme si cette vue sentait trop la femme. Je crois qu’il eût échangé volontiers la Vénus de Cnide pour l’Amour de Thespies[16].

À peine étions-nous dans la première enceinte, que nous sommes caressés par la douce haleine des, zéphyrs amoureux. Le sol de la cour n’est point stérile ni revêtu de dalles de pierres ; il abonde, ainsi qu’il convient à un lieu consacré à Vénus, en arbres fruitiers, dont la tête verdoyante, s’élevant jusqu’aux cieux, enferme l’air sous un épais berceau. En outre, le myrte, chargé de fruits, pousse un abondant feuillage, sous l’influence de la déesse, tandis que les autres arbres déploient à l’envi leurs beautés naturelles. Jamais la vieillesse ne vient les dessécher et les blanchir ; une verdure éternelle règne sur leurs jeunes rameaux toujours gonflés de sève. Il s’y mêle bien quelques arbres qui ne produisent point, de fruits mais leur beauté les dédommage. Le cyprès et le platane s’élèvent au plus haut des airs et parmi eux l’on voit se réfugier aux pieds de Vénus le laurier, l’arbre de Daphné, qui, jadis, se dérobait à la déesse. Le lierre amoureux rampe autour de chaque tronc, qu’il tient embrassé. Des vignes entrelacées et touffues sont chargées de raisins, car Vénus unie à Bacchus a plus de volupté[17] ; on doit allier les plaisirs qu’ils procurent : séparés, ils flattent moins nos sens. Dans les endroits où le bocage épaissit l’ombre, des lits de verdure offrent un doux repos à ceux qui voudraient y faire un festin. Les citoyens distingués, y viennent quelquefois, mais le peuple s’y porte en foule aux, jours de solennité, et fête réellement Vénus.

Après avoir suffisamment goutté la douceur de ces ombrages, nous rentrons dans le temple même. La déesse en occupe le milieu : c’est une statue du marbre de Paros, de la plus parfaite beauté. Sa bouche s’entr’ouvre par un gracieux sourire ; ses charmes se laissent voir à découvert, aucun voile ne les dérobe ; elle est entièrement nue, excepté que de l’une de ses mains elle cache furtivement sa pudeur[18]. Le talent de l’artiste se montre ici avec, tant d’avantage, que le marbre, naturellement dur et roide, semble s’amollir pour exprimer ses membres délicats. À cette vue, Chariclès, transporté d’une espèce de délire, ne put s’empêcher de s’écrier : « Heureux Mars, entre tous les dieux, d’avoir été enchaîné pour cette déesse ! » En disant cela, il court à la statue, et, serrant les lèvres, tendant le cou autant qu’il le pouvait, il lui donne un baiser. Callicratidas regardait en silence et concentrait son admiration. Le temple a une seconde porte pour ceux qui veulent examiner avec attention la déesse, la voir par le dos et l’admirer tout entière ; en entrant par cette autre porte, on peut aisément contempler sa beauté postérieure.

Ayant dessein de voir la déesse en entier, nous faisons le tour de l’enceinte. Une femme, à qui la garde des clefs est confiée, nous eut à peine ouvert la porte, qu’un étonnement subit s’empara de nous à la vue de tant de beautés. L’Athénien qui, jusque-là, avait regardé avec indifférence, considérant les parties de la déesse conformes à son goût, s’élève avec un enthousiasme plus violent que celui de Chariclès : « Par Hercule ! que ce dos est bien proportionné ! Que ces flancs charnus offrent une agréable prise ! Comme ces chairs[19] s’arrondissent avec grâce ! Elles ne sont point trop maigres ni sèchement étendues sur les os ; elles ne se répandent pas non plus en un embonpoint excessif ! Mais qui pourrait exprimer le doux sourire de ces deux petits trous creusés sur les reins ? Quelle pureté de dessin dans cette cuisse et dans cette jambe qui se prolonge en ligne, droite, jusqu’au talon ? Tel Ganymède, dans les cieux, verse, le doux nectar à Jupiter : car, pour moi, je ne voudrais pas le recevoir de la main d’Hébé. » À cette exclamation, passionnée de Callicratidas, peu s’en fallut que Chariclès ne demeurât immobile de surprise, et ses yeux, flottant, dans une langueur humide, trahirent son émotion.

Quand notre admiration satisfaite se fut un peu refroidie, nous aperçûmes, sur l’une des cuisses de la statue, une tache semblable à celles d’un vêtement. La blancheur éclatante du marbre faisait ressortir encore plus ce défaut. D’abord je me figurai, avec quelque vraisemblance, que ce que, nous voyions était naturel à la pierre. Les plus belles pièces ne sont point à l’abri de ce défaut, et souvent un accident nuit à la beauté d’œuvres qui, sans cela, seraient parfaites. Croyant donc que cette tache noire était un défaut naturel, j’admirai l’art de Praxitèle, qui avait su dissimuler cette difformité du marbre dans l’endroit où l’on pouvait le moins l’apercevoir. Mais la prêtresse qui nous accompagnait nous détrompa en nous racontant une histoire étrange et vraiment incroyable : « Un jeune homme, d’une famille distinguée, nous dit-elle, mais dont le crime a fait taire le nom, venait fréquemment dans ce temple ; un mauvais génie le rendit éperdument amoureux de la déesse. Comme il passait ici des journées entières, on attribua d’abord sa conduite à une vénération superstitieuse. En effet, dès la pointe du jour, avant le lever de l’aurore, il accourait en cet endroit et ne retournait à sa demeure que malgré lui et longtemps après le coucher du soleil. Durant tout le jour, il se tenait assis vis-à-vis de la déesse ; ses regards étaient continuellement fixés sur elle ; il murmurait tout bas je ne sais quoi de tendre, et lui adressait en secret des plaintes amoureuses.

« Voulait-il donner le change à sa passion, il disait quelques mots à la statue, comptait sur une table quatre osselets de gazelle, et faisait dépendre son destin du hasard. S’il réussissait, si surtout il amenait le coup de Vénus[20], aucun dé ne tombant dans la même position, il se mettait à adorer son idole, persuadé qu’il jouirait bientôt de l’objet de ses désirs. Mais si, au contraire, ce qui n’arrive que trop souvent, le coup était mauvais, et si les dés tombaient dans une position défavorable, il maudissait Cnide entière, s’imaginant éprouver un mal affreux et sans remède ; puis, bientôt après, reprenant les dés, il essayait, par un autre coup, de corriger son infortune. Déjà, la passion l’irritant de plus en plus, il en avait gravé des témoignages sur toutes les murailles ; l’écorce délicate de chaque arbre était devenue comme un héraut proclamant la beauté de Vénus. Il honorait Praxitèle à l’égal même de Jupiter. Tout ce qu’il possédait de précieux chez lui, il le donnait en offrande à la déesse. Enfin la violence de sa passion dégénéra en frénésie, et son audace lui procura les moyens de la satisfaire. Un jour, vers le coucher du soleil, à l’insu des assistants, il se glisse derrière la porte, et, se cachant dans l’endroit le plus enfoncé, il y demeure immobile et respirant à peine. Les prêtresses, suivant l’usage, tirent du dehors la porte sur elles, et le nouvel Anchise est enfermé dans le temple. Qu’est-il besoin de vous dire le crime que cette nuit vit éclore ? Ni personne, ni moi ne pourrais l’essayer. Le lendemain on découvrit des vestiges de ses embrassements amoureux, et la déesse portait cette tache comme un témoin de l’outrage qu’elle avait subi. À l’égard du jeune homme, l’opinion commune est qu’il se précipita contre des rochers ou qu’il s’élança dans la mer ; le fait est qu’il disparut pour toujours. »

La prêtresse parlait encore, que Chariclès, l’interrompant, s’écria : « Une femme se fait donc aimer, même lorsqu’elle est de pierre ? Eh ! que serait-ce si l’on voyait vivante une beauté si parfaite ? Ne préférerait-on pas une seule de ses nuits au sceptre de Jupiter ? » Alors Callicratidas se mettant à sourire : « Nous ne savons pas encore, Chariclès, dit-il, si, en arrivant à Thespies, nous n’apprendrons pas une foule d’histoires semblables. En attendant, ceci est une preuve manifeste, qui dépose contre la Vénus que tu préfères. — Comment donc ? » repartit Chariclès. Callicratidas lui répondit avec assez de raison, ce me semble : « Ce jeune homme amoureux, dit-il, avait le loisir d’une nuit entière et pleine liberté pour satisfaire complètement sa passion ; cependant il s’est approché de la statue à la manière philopédique, et il eût voulu, je pense, ne point trouver de femme de l’autre côté. »

Je passe sur l'évocation des jardins d'Aphrodite, qui rappelle le propos de Philostrate quand il décrit la visite du pythagoricien Apollonios de Tyane aux jardins de la déesse à Paphos (Chypre), bien que cette douceur de la nature qui entoure la statue soit indissociable du charme du marbre lui-même. L'ordre du récit de Pline est suivi en tant que le pseudo-Lucien, avant de raconter l'anecdote précise que le temple a une seconde porte (mais il ne dit pas qu'il est ouvert de tous côtés - la seule ouverture d'une porte à l'arrière dans le saint des saints devait être une grande nouveauté pour l'Antiquité si l'on en croit Helena Petrovna Blavatsky qui, dans la doctrine Secrète Tome 3 p. 16 note que toutes ces parties de temples païens n'ont qu'une ouverture), ce qui est fait pour que le visiteur puisse admirer la statues sous tous ses angles (ce que ne manquent pas de faire les visiteurs), et éventuellement qu'ils voient ses fesses avant son ventre et sa poitrine ou en tout cas que les fesses soient à la lumière du jour. Cette similitude dans la structure du récit n'est selon moi pas due au fait que Pline se sentait "obligé de copier" Pline, mais sans doute y avait-il une manière "canonique" dans les écoles de littérature (de grammaire et de rhétorique) grecques de parler de Cnide, manière que Pline et le pseudo-Lucien connaissaient tous deux ("il est dit qu'un individu", le "il est dit" le "on raconte" fait référence chez Pline à une manière conventionnelle de raconter) et qu'ils étaient eux-mêmes obligés de reproduire (en n'y ajoutant que quelques variantes stylistiques en ce qui concerne le pseudo-Lucien) pour recevoir l'approbation de leurs lecteurs et de leur public.

Le pseudo-Lucien ne va pas jusqu'à suggérer comme Pline que c'est la déesse elle-même qui aurait demandé la pluralité des ouvertures du temps dans une vision extatique aux prêtresses (zacore et neacore). En revanche il est plus précis que son prédécesseur sur cet aristocrate qui s'enferme avec la statue pendant la nuit. Il est authentiquement possédé par Aphrodite, à l'initiative d'un malin génie. Sa dévotion est obsessionnelle, au delà de la tendre confiance que l'honnête homme (les Grecs refusent l'excès) doit éprouver pour la déesse lorsqu'il est protégé par elle sur les flots, ou lorsqu'il bénéficie de la douceur de ses jardins et des rêves érotiques qu'elle lui inspire. Cette possession mystique est à l'origine de la hiérogamie nocturne avec la statue sacrée, et du suicide au petit matin (dans la mer parce qu'Aphrodite est née de l'écume des flots).

Voir dans le "malin génie" le signe que la société cnidienne n'est pas accoutumée à la nudité des statues féminines est réducteur. Ça ne tient pas la route. A la rigueur ont l'eût admis si l'événement s'était passé juste après l'acquisition de la statue par la ville. Mais ce n'est pas le cas. Le pseudo-Lucien dit lui-même que les statues érotiques abondent à Cnide, et que celle de Praxitèle doit son pouvoir de fascination non pas au fait qu'elle soit dévêtue mais à la finesse de ses traits et à la justesse de ses proportion. La lecture de Duerr n'est donc pas la bonne.

L'Aphrodite nue de Praxitèle à Cnide
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"De nuditate sacra sacrisque vinculis"

24 Septembre 2015 , Rédigé par CC Publié dans #Anthropologie du corps, #Généralités Nudité et Pudeur

"De nuditate sacra sacrisque vinculis"

La Revue Sociologique de 1911, p. 231-232, expédie assez rapidement le "De nuditate sacra sacrisque vinculis" de Josef Heckenbach publié en 1911, commenté par la Revue

"Cette petite étude ou plutôt cette suite de deux petites études s'attaque à deux problèmes différents : le problème de la nudité sacrée et celui des liens ou plutôt des noeuds et de leur usage dans la religion et dans la magie. On retrouvera un groupement utile des principaux textes de l'antiquité où il est question de la nuditas sacra : l'auteur montre la nécessité de la nudité pour celui qui accomplit un certain nombre de rites, pour le sacrifiant et pour le sacrifié dans certains cas. C'est une vierge nue qui nourrit le serpent d'Apollon en Epire ; Polyxène est immolée nue. certaines processions, certains rites funéraires, des rites agraires, des rites magiques n'obtiennent leurs effets que si celui qui les accomplit s'est dépouillé de tout vêtement. Malheureusement, l'auteur ne distingue pas suffisamment les tabous exigeant la nudité, la nudité lustrale, et les cultes phalliques ou génésiques qui sont des choses tout à fait distinctes. L'auteur voit dans la nudité des pieds exigée de celui qui pénètre dans un temple, un reste de la nudité antique exigée en pareil cas.

A propos des noeuds, M. H. met en lumière la force inhibitoire des noeuds dans les choses sacrées, et l'usage que la magie fait de cette force. La crainte superstitieuse de lien magique s'attache aux noeuds : pour les actions saintes, on doit les éloigner. Au contraire, le magicien utilise cette vertu des noeuds pour nuire à autrui."

Sur la nudité des pieds, on y reviendra peut-être ultérieurement sur un livre fort étrange d'un avocat de Melun du XVIIe siècle, Sébastian Rouillard, "Les Gymnopodes ou De la nudité des pieds", 1624. A lire dans le prolongement du chapitre sur la nudité des pieds dans "Nudités romaines" de Cordier.

Il est dommage que ce texte latin ne soit pas traduit. On en trouve des références et des discussions chez divers auteurs. Par exemple Ch. Josserand en 1932, dans un texte sur les symboles pythagoriciens s'appuie sur Heckenbach pour rappeler que Médée dans Sophocle cueille les herbes maléfiques nues, de même que deux magiciennes sur un vase antique décrit par Hamilton en 1795, représentant un katadesmos selènès : deux magiciennes nues regardent la lune, figurée par un cercle où l'on distingue une figure de femme, elles tiennent d'une main l'une un glaive l'autre une baguette, toutes deux tendent vers l'astre l'autre main et la descente de la lune est suggérée par une chaîne qui joint le globe à la terre, et l'on sait depuis Tibulle et Horace (Horace le dit à propos d'une Thessalienne) que les magiciennes tentaient de faire descendre les astres. Hérodote (Op. 729) fait allusion au danger de se dévêtir la nuit, ce que Pline l'Ancien dans Histoires naturelles XXVIII 69 interprète comme une offense aux dieux à qui appartient la nuit. l signale que le Flamen Dialis ne peut se dépouiller de sa Tunique, si ce n'est dans un endroit couvert (Aulu Gelle et Plutarque), et Josserand rapproche de cela l'interdiction d'uriner devant le soleil chez Plutarque.

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Les sorciers et sorcières de Wicca et la nudité

17 Avril 2014 , Rédigé par CC Publié dans #Généralités Nudité et Pudeur

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Historiquement, la nudité est assez fortement liée au souvenir de la prêtrise celtique féminine antique. Voir par exemple le texte sur ce site (un extrait de "L’instruction popularisée par l’illustration", par Bescherelle, de 1851, p.40).

 

« Druidesses. Prêtresses gauloises que l’on touve aussi appelés Druiades, Dryades*, mais qui, dans la langue gauloise, avaient des noms correspondant à ceux de Senœ et Kenœ, que leur donnaient aussi les Romains, et qui signifiaient saintes, vénérables. – Elles formaient des collèges indépendants les uns des autres. Les unes, qui paraissent avoir occupé le premier rang, vivaient dans une virginité perpétuelle ; celles de quelques collèges étaient mariées, mais n’avaient avec leurs maris que de rares communications. Les plus célèbres de leurs sanctuaires étaient ceux de lîle de Sein ou de Sains, sur les côtes du Finistère ; de l’île de Sana, sur la Loire, et du Mon-Jou (Mont Saint-Michel), sur les côtes de la Manche. Celles de l’île de Sein, nommées Barrigènes par les Gaulois, selon P. Mela, et du Mont-Jou, étaient au nombre de neuf. Leur costume ordinaire consistait en une longue robe noire à larges manches, serrée par une ceinture de cuir noir, et en un bonnet blanc en forme de cône tronqué, attaché sous le menton et recouvert d’un grand vile violet. Les Gaulois croyaient qu’elles pouvaient, par leurs enchantements, exciter des tempêtes, se métamorphoser en toutes sortes d’animaux, guérir les maladies les plus invétérées, et prédire l’avenir, surtout aux navigateurs. Elles expliquaient les songes, rendaient invulnérables ceux auxquels il leur plaisait d’accorder ce privilège, évoquaient les morts, les ressuscitaient même, et détournaient la grêle et les inondations au moyen d’opérations magiques qui ne pouvaient être faites que la nuit, à la lumière des torches ou au clair de la lune. On les voyait, dit Tacite, accomplissant des sacrifices nocturnes, toutes nues, le corps teint en noir, les cheveux en désordre, des torches à la main et s’agitant comme des furies. Leur réputation de prophétesses était aussi grande et plus grande peut-être dans l’Italie que dans la Gaule [...] Les auteurs chrétiens des six premiers siècles parlent souvent des Druidesses ; ils les qualifient de sorcières, en font les portraits les plus odieux et leur donnent même le nom de Lamies, de Stries, etc., qui annoncent des mœurs barbares et féroces ; mais nous croyons que de la part de ces dévots écrivains il y avait parti pris et haine religieuse. Nous ne saurions, en effet, attribuer aux Druidesses, comme l’ont fait inconsidérement certains auteurs, ce que Strabon rapporte (liv. VI) des prêtresses des Cimbres. Lorsque l’armée avait fait des prisonniers, dit cet auteur, les Druidesses accouraient vêtues de blanc et l’épée à la main, jetaient les prisonniers par terre, les trainaient jusqu’au bord d’une grande citerne ; là, une autre Druidesse attendait les victimes, et, à mesure qu’elles arrivaient, elle leur plongeait un couteau dans le sein et tirait des prédictions de la manière dont le sang coulait ; les autres Druidesses ouvraient ensuite les cadavres et en examinaient les entrailles pour en tirer des prédictions que l’armée attendait avec impatience. Sous les rois de la seconde race, où elles portaient les noms de Fadae, Fanae, Gallicae, on nous les montre habitant les cavernes, les puits desséchés, les lieux déserts, où de nombreux visiteurs venaient les interroger, et leur apportaient des présents en échange de leurs consultations ».


Ces textes ont beau relever largement de la légende (un signe : le nombre de neuf prêtresses comme les druidesses du Mont Saint Michel, ou les sorcières de Kaer Loyw - Gloucester - revient souvent), on voit bien que cette référence à la nudité a imprégné les imaginaires dans le cadre du néo-paganisme celtique en vogue depuis quelques décennies sous le nom de religion wiccane. wic2wik1

 

Le livre de référence sur l'histoire du renouveau de la sorcellerie celtique est "The triumph of the Moon : A  history of Modern Pagan Witchcraft" de Ronald Hutton Oxford Universitary Press, 2000, gros ouvrage de 500 pages qui explique comment la sorcellerie païenne a connu un renouveau à la fin du 18ème siècle en Angleterre quand les rationalistes ont fait abolir la loi interdisant la sorcellerie. Gerald Gardner a pu fonder la religion wiccane sur cette base, qui a ensuite migré en se transformant sous la houlette de Margaret Murray. Comme le note Hitton (p. 361) "Pagan witchcraft travelled from Britain to the United State as a branch of radical conservatism ; it returned as a branch of radical socialism".

 

Une des preuves de l'importance de la nudité dans cet univers là (qu'on trouve aussi dans l'imagerie de la page Facebook en français des Sorcières de Wicca), est cette question posée sur un site wiccan : "I'm thinking about joining a Wiccan coven, but I read somewhere that Wiccans practice in the nude. That sounds kind of embarrassing. What's up with that?"

 

La prêtresse Phyllis Curott ici répond "pas toujours, pas forcément", et insiste sur le fait que cela n'est pas obligatoire, et sur le fait que cela est interdit chez les mineurs, tout en soulignant qu'il faut tout de même valoriser la sexualité naturelle du corps et en citant une analogie avec le yoga tantrique ("your body is an embodiement of the divine").

 

"Skyclad" ("vêtu de ciel") est le mot réservé à la nudité rituelle. Tant l'orthodoxie gardnerienne que la tendance alexandrienne ont valorisé celle-ci. Sur cette page Angelina Rosenbush, wiccane de Minneapolis (Minnesota) met en garde contre le fait que la nudité lors de la fête de Baltane (le 1er mai) peut provoquer une hypothermie.

 

La question rejoint celle de la sexualité orgiastique, imputée à certaines dérives sataniques. Ce site insiste sur le fait que le sexe rituel ("grand rite"entre prêtres féminin et masculin qui se transforment en dieu et déess) ne se vit le plus souvent qu'en privé parmi les couples "établis" ou symboliquement avec une baguette magique et un calice, mais que les expériences orgiaques des années 70 ont quasiment disparu avec l'apparition du SIDA et de la "syphilis résistante aux antibiotiques". Il reconnaît cependant certains recours occasionnels à une sexualité rituelle qui ne serait cependant pas centrale dans les cultes.

 

Une wiccane prétend exprimer ici le point de vue le plus répandu dans les milieux wiccans (mais cela devrait être vérifié avec une enquête sociologique). Les wiccans sont "sex positive" (valorisent positivement le sexe), les femmes, même si elles sont mariées, ne sont pas la propriété de leur homme, et par conséquent leur demander si elles ont un homme dans leur vie est "irrelevant". Les wiccans dissocient la nudité du sexe. Tous ne sont pas naturistes mais beaucoup le sont. Pour les gens qui vont à des festivals païens (Free Spirit, Pagan Spirit Gathering, etc) il faut être prêt à voir certaines personnes nues. La plupart des groupes que cette témoin connaît pratiquent habillés.

 

Une émission de la chaîne du National geographic sur la nudité rituelle, dont un extrait gratuit a été visionné plus de 700 000 fois sur You Tube a suscité un commentaire à propos d'un "coven" de Sidney. D'autres témoignages sur le rapport à la nudité et à la sexualité des wiccans en Australie se trouve ici.

 

Pour l'utilisation de la nudité dans les religions, je renvoie à mon livre "La nudité pratiques et significations" (Editions du Cygne).

 

 

 

 

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Around the world

20 Mai 2013 , Rédigé par CC Publié dans #Généralités Nudité et Pudeur

Lu aujourd'hui sur un profil Facebook : "Journée du nu sur FB les artistes s'unissent contre la censure".. Et bien moi j'en ai marre de voir des gens à poil sans poils et vas-y que je dois désirer, baiser, orgasmer, éjaculer partout... Donc pour que le concept d'intimité ressurgisse, bravo la censure!!!"

 

A noter aussi ceci sur un autre : "La police de New-York n'arrêtera plus les femmes sans le haut. De plus les éventuels attroupements autour d'une ou plusieurs d'entre elles devront être dispersés. Les femmes poursuivies pourront réclamer des dommages-intérêts."

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Kangjiashimenji

3 Avril 2013 , Rédigé par CC Publié dans #Généralités Nudité et Pudeur

Le site Slate.com a provoqué récemment un certain "buzz" à partir d'un article de la journaliste Mary Mycio qui annonce l'existence de la "plus vieille pornographie du monde", en fait des pétroglyphes de la région chinoise du Xinjiang à Kangjiashimenji (Kangjiashimenzi), découverts par un archéologue au début des années 1980 et commentés par Jeannine Davis-Kimball.

 

Le sujet mérite-t-il de circuler ainsi sur le Net ? En fait les représentations érotiques, les figures andogynes sont fréquentes dans la Préhistoire (voir Timothy Taylor là dessus), surtout dans l'univers chamanique, il n'y a rien de très nouveau là-dedans. Le point le plus intéressant peut-être est qu'on pense qu'il pourrait s'agir d'une culture de migrants qui seraient passés par le nord de l'Iran et la Bactriane, et qui, pris dans un environnement naturel hostile, auraient été conduits à survaloriser la fécondité, et subséquemment les femmes (si l'on en juge par les rituels funéraires).

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Musées : un humain nu regardant un nu

20 Février 2013 , Rédigé par CC Publié dans #Généralités Nudité et Pudeur

page83C'est un concept "tendance" (comme on dit) semble-t-il : être nu pour regarder du nu dans des musées. Début décembre 2012, une styliste (par ailleurs connue pour avoir effectué un "fashion shoot" avec des raëliennes au Canada - on connaît l'engouement de ce groupe cultuel pour la liberté corporelle), Mélissa Matos et le photographe Jerry Pigeon réalisaient des prises de vue au musée des Beaux-Arts de Montréal au Canada pour un projet montrant des gens nus regardant des nus artistiques ("Exhibitionnists in an exhibition").

 

Lundi dernier c'était le musée Léopold de Vienne (Autriche) qui proposait à des hommes nus de regarder son exposition sur l'art masculin.

 

A côté de cela, le nu artistique suscite pourtant toujours des réticences. Si le David de Michel Ange, quand il fut dévoilé pour la première fois à Florence, fut lapidé par la foule, sa nudité reste impopulaire au Japon. Au début de ce mois, une réplique de 5 m de haut de cette statue ainsi qu'une de la Vénus de Milo dans un jardin public ont suscité l'émoi à Okuizumo (16 000 habitants dans l'ouest de l'archipel) où des habitants ont demandé que des sous-vêtements soient installés sur ces statues.

 

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Les recherches de Mme Pasche Guignard sur la nudité et le divin

1 Novembre 2012 , Rédigé par CC Publié dans #Généralités Nudité et Pudeur

krishna_steals_gopis_clothes.jpgRécemment j'ai dit un mot sur ce blog des travaux de Mme Magali de Haro Sanchez sur les papyrus iatromagiques égyptiens. Toujours soucieux de maintenir ce blog en lien avec les recherches universitaires récentes, je voudrais dire un mot de la thèse de Mme Florence Pasche Guignard intitulée "De quelques  représentations de figures féminines en transaction avec des dieux : Exercice d’exploration thématique différentielle en histoire comparée des religions", thèse de doctorat sous la direction de Maya Burger et Dominique Jaillard, soutenue le 18 septembre 2012 à la Faculté des Lettres de l'Université de Lausanne.

 

Je ne parlerai ici que du deuxième axe "Le retrait au corps" de la partie III intitulée "Exploration", car il recoupe en partie certains aspects de mon livre "La nudité pratiques et significations". L'historienne des religions, après avoir décrit comment, dans le rapport aux dieux, le corps féminin peut être équipé d'attributs ornementaux, conjugaux ou érotiques, il existe aussi une corporéité féminine marquée par le retrait de certains signes distinctifs, retrait qu'elle concçoit sous deux catégories, celle de la nudité et celle du dépouillement.

 

akkaSur le versant de la nudité (que l'auteur aborde sans avoir lu mon livre et donc sans dialogue possible avec mes propres recherches, il faut le préciser), Mme Pasche Guignard part de la figure d'Akka Mahadevi, qu'elle présente comme "une figure féminine de la bhakti sivaïte de l’Inde du sud au 12e siècle, "souvent représentée nue dans l’iconographie traditionnelle", mais couverte d'une chevelure abondante (comme sainte Agnès sous nos latitudes), qui atténue son érotisme (alors que pourtant la chevelure a parfois une valeur érotique dans d'autres contextes).

 

Elle identifie cinq cas d'utilisation de la nudité devant les dieux : (1) la mise à disposition du corps féminin pour le dieu (en tant que corps de  la  bien-aimée) ;  (2) un choix ascétique souvent associé à une marque de liberté  par  rapport aux contraintes et aux attentes de la société ; (3) une violence contre le corps féminin dans le but de porter une atteinte à l’honneur ;  (4) une prescription rituelle ; (5) une manifestation de folie temporaire imposée comme châtiment par une divinité.

 

Le cas de Akka Mahadevi pouvant entrer dans le rubrique (2). Le cas des filles de Protée qui errent nues à la suite d'une décision d'Aphrodite dans les Histoires Variées d'Elien relèverait du (5), mais Mme Pasche-Guignard s'en tient au corpus indien.

 

Elle retient

- donc pour la catégorie (3)  le déshabillage de Draupadi dans le Mahabharat (repris dans dans le Padavali attribué à
Mirabai) quand Duryodhana vainqueurs à une partie de dés demande aux époux de Draupadi de la dévêtirà la cour du roi Dritharastra avant d'être sauvée par Krishna

- pour la (4) le « vol des vêtements » (cir haran) des gopis (dans le Bhagavata Purana) par Krishna que j'ai voqué dans "La Nudité".

- et pour le (1) le pad du Padavali.

 

A partir d'une étude du déshabillage de Draupadi et du "vol de vêtements" de gopis, F. Pasche-Guignard rappelle que la nudité féminine, danger pour l'honneur de la famille de la femme et pour l'intégrité psychologique de l'homme qui la désire d'un point de vue patriarcal, est aussi une punition pour la femme (je renvoie ici à mes propres développements sur la nudité-humiliation dans mon livre précité).

 

On trouve dans son travail d'intéressantes mises en rapport de la nudité avec les lieux de son déploiement : par exemple sur la légitimité de la nudité (ce que j'appelle pour ma part la nudité-don) dans la chambre de la belle famille (avec au passage des remarques utiles sur la difficulté de traduire le vers "Je suis assise, parée et maquillée, dans la maison du Bien-Aimé et maintenant je n’ai même plus de brassière").

 

DSCN5912Il y a dans le travail de F. Pasche-Guignard une remise en contexte de la nudité féminine à l'égard de la problématique générale du dépouillement (et donc de l'abandon des marques sociales et du luxe). Elle note que la poétesse Mirabai du XVIe siècle (auteur des Padavali) renonce au luxe (pensons au dernier livre pour le "grand public" de P. Morand sur les religions et le luxe) sans renoncer au vêtement et les nonnes jaïns ne se dénudent pas (à la différence de certains renonçants masculins). Akka Mahadevi reste l'exception plus que la norme. Dans les rites de transition (que j'ai pour ma part rattachés aux travaux de Goffman) l'abandon des parures ou l'abandon complet des vêtements joue un rôle comparable. Dans une excursion hors du corpus indien l'historienne renvoie au dépouillement de Cassandre (dont on peut noter aussi que dans l'iconographie grecque il va jusqu'à la dénudation partielle, et même une dénudation des plus violentes selon les canons de représentation de la Grèce classique).

 

Les questions que pose F. Pasche-Guignard sur la place de la dénudation dans les religions, ainsi que leur mise en contexte (par exemple le lien avec l'eau, la double mise en danger de l'eau et de la nudité, pensons aussi au baptême) peuvent donner lieu à beaucoup de prolongements à partir de l'étude de corpus culturels hétérogènes et éclairer le rapport anthropologique de l'humain à ses vêtements. Je pense aussi comme le suggère l'auteur lui-même que cela devrait être pensé avec la problématique de la nudité des dieux et des déesses (il faudrait reprendre à nouveaux frais les intuitions de Georges Devereux là-dessus en les libérant de leur gangue psychanalytique). Je tombe par hasard en ce moment sur des remarques intéressantes de Tobie Nathan (dans son autobiographie dont nous ferons bientôt la recension) sur le rapport érotique des peuples sémitiques au divin (notamment à travers la hiérodulie). C'est aussi une dimension religieuse de la nudité qu'il faut tenir ensemble avec les analyses de Mme Pasche-Guignard. Nous aurons peut-être l'occasion d'y revenir.

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La nudité "intimidatrice" des mères en psychanalyse

6 Septembre 2012 , Rédigé par CC Publié dans #Généralités Nudité et Pudeur

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La psychanalyse occupe une place problématique dans notre société. Après les polémiques des années 2000 et la montée en puissance des neurosciences et de diverses thérapies nouvelles, la méthode freudienne a été battue en brèche d'autant que les normes sociales s'accommodent mal du primat qu'elle accorde à la parole et à la démarche introspective. La tournure de pensée qui la soustend n'est pas des plus rigoureuses, et ses résultats sont souvent pris en défaut. Il y aurait beaucoup à dire aujourd'hui de la pluralité d'approches de cette matière qui va du freudisme orthodoxe au tantrisme en passant par le jungisme et tant d'autres écoles qu'on se gardera de détailler ici. On se contentera d'observer que, si elle n'est plus aussi centrale dans les références culturelles qu'il y a vingt ans, elle garde probablement une utilité thérapeutique ici et là (dans certains instituts médicaux, dit-on) et quelque intérêt heuristique aussi dans le domaine de l'interprétation des rêves par exemple, ou dans la lecture de certaines oeuvres d'art.

 

Dans mon ouvrage sur la nudité, j'utilise certaine de ses observations cliniques sans adhérer à toutes ses interprétations. Ces cas ont aussi une valeur historique, il illustrent un miieu social à une époque donnée et auraient peu de chances de se livrer sous la même forme dans d'autres contextes.

 

A la lecture de "Baubo, la vulve mythique" (un livre important pour nos études déjà abordées ici sur les déesses mères, et d'utant plus important qu'il fut défendu par Hans Peter Duerr - grand inspirateur de nos travaux sur la nudité - en Allemage, avant même que d'être connu en France), de Georges Devereux, psychanalyste et père de l'ethnopsychiatrie, je tombe sur des considérations sur la nudité comme "moyen intimidation" empruntées à Plutarque et à Hérodote qui renvoient à un texte de Sandor Ferenczi (illustre disciple de Freud) de 1919 (*) cité in extenso en annexe du livre et que je vous communique ci-dessous. Ce texte fait penser à la nudité des FEMEN en Ukraine et à celle des femmes africaine dans de manifestations politiques (voir encore au Togo le28 août dernier), voire à la légende de Jawdar dans les Mille et une nuits.

 

Cette nudité "intimidatrice" est aux antipodes de celle, réconfortante, de Baubo qui console Déméter ou la mère du futur Staline qui montrait sa poitrine à son enfant pour le faire rire - voir "Le Jeune Staline" - une pratique peut-être répandue en Géorgie ?

 

Il faudra revenir sur ce thème, notamment pour approfondir nos condidérations anthropoogiques sur les déesses-mères.

 

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(*=) La nudité comme moyen d'intimidation "Die Nacktheit als Schreckmittel", in Internationale Zeitschrift für Psychoanalyse, traduit dans Psychanalyse II, Oeuvres complètes, 1913-1919

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