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Articles avec #histoire des idees tag

L'art africain

6 Septembre 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Philosophie, #Médiums, #Histoire des idées

Quand Emmanuel Berl dans ses "Trois faces du sacré", soulève un aspect important de la transposition de l'art africain sous nos latitudes à partir de la fin du 19e siècle....

Voyez ces pages (134-135) :

 

Un peu plus loin il emprunte à Paul Morand l'image de la danseuse Congo à Paris victime d'un envoûtement funeste et souligne avec ironie que, quelque sceptique que soient les artistes français qui s'inspirent de "l'art nègre", aucun ne voudrait connaître la mésaventure que vécut cette artiste et remarque qu'à cause cela cet art a provoqué un mélange de fascination et de panique en Allemagne, mais on ne sait trop à quoi il fait allusion à ce sujet. En tout cas il pose une question qui mérite qu'on s'y attarde. Prenons à la lettre le "objets inanimés avez vous donc une âme ?" de Lamartine.

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Nicolas Maduro et Saï Baba

17 Août 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Médiums, #Spiritualités de l'amour, #Shivaïsme yoga tantrisme, #Histoire des idées

En 2005 Nicolas Maduro a rendu visite avec son épouse à Sri Sathya Saï Baba (ce quiva peut-être avec son goût pour Led Zeppelin fan d'Aleister Crowley). A l'époque le ministre de l'éducation nationale vénézuélien était présenté comme disciple de Saï Baba.

Arlette Meyer, future traductrice en espagnol de Sai Baba, Man of Miracles et Mrs. Elizabeth Palmer rencontrèrent Saï Baba en décembre 1972 en Inde et la première ressentit une énergie qui la fit fondre en larmes quand le gourou déclara être celui dont Jésus avait annoncé le retour (il se disait aussi l'avatar de la triade hindoue). Le 22 août 1974 avec quelques personnes elle fonde à Caracas le premier centre Saï à Caracas. Puis ce courant religieux n'a cessé de se développer. Il revendique 200 000 disciples au Vénézuéla. Chavez aurait rendu visite au gourou trois fois.

Ce courant pratique la magie sexuelle, en oignant testicules et pubis avec de l'huile et en pratiquant des "caresses sacrées" (comme l'a reconnu Monica Socolowicz responsable baïste d'Argentine, ce qui a été confirmé par d'autres adeptes, un dossier existe ici sur ce sujet). Le gourou décédé en 2011 à l'âge de 85 ans avait aussi accusé d'abus sexuels mais le premier ministre indien et l'ex vice président américain Al Gore entre autres célébrités avaient condamné ces dénonciations. A sa mort le parlement vénézuélien a décrété un deuil national.

En 2006, Ahmedabad Newsline (journal du Gujarat) racontait un fait divers : un joailler et son neveu avaient plusieurs fois violé pendant trois ans la fille d'un opérateur mécanique à son domicile en faisant croire qu'ils libéraient ainsi la famille d'une malédiction. Le neveu se disait possédé par l'esprit de Sai Baba...

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Catharisme et gnose dans le spiritisme des années 1880

25 Juillet 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Médiums, #Histoire des idées

G. Mondain Revue Foi et Vie 16 avril 1911 p. 242:

" Mme Philippe de Néry nous raconte la scène qui eut lieu dans l'automne de 1889 chez Lady Caithness, duchesse de Pomar, où, dans le plus profond mystère d'une salle tendue de noir, on évoqua les Evêques du Paraclet, et où on entendit Guilharbert de Castres, l'un des évêques cathares du temps de la persécution des Albigeois, conférer à l'un des auditeurs présents (J. Doinel, archiviste d'Orléans) la dignité de patriarche, avec le nom de Valentin, et ordonner de faire revivre les trois sacrements gnostiques : le Consolamentum, ou baptême par l'imposition des mains ; la Fraction du pain, par laquelle on devait communier avec le corps astral de Jésus ; et l'Appareillamentum, ou confession générale des péchés. On devait aussi rétablir la hiérarchie et les six degrés de l'initiation fixés par le premier Valentin.

Mme Philippe de Néry nous dit aussi avoir assisté à la réception de six néophytes, qu'on amena devant le patriarche, les yeux bandés et tes mains liées d'une corde, emblèmes de l'aveuglement et de l'ignorance que l'initiation va dissiper. Le patriarche, après avoir délié le bandeau et la corde, donna un aperçu de la doctrine gnostique qu'on dirait résumée de l'Histoire des Dogmes de Bonifas. Il parla du Démiurge, dieu inférieur auteur du monde ; de la tentative malheureuse de la Sophia, le douzième éon de Valentin, d'escalader le ciel. "Une chute profonde a été la conséquence de son audace. Désormais liée à la matière, elle erre à travers la multitude des termes en exhalant sa plainte... Mais après la faute, Dieu a eu pitié. L'Eon-Christos, le verbe divin, se fait homme et rend la Sophia repentie à sa céleste origine. Remontée au Plérôme-, indivise en son essence, quoique fragmentée en son action, la Sophia ne cesse de se manifester dans notre monde maudit." "

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La sylphide Héhugaste : une légende récente

11 Juin 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées

Dans, le Dictionnaire des sciences occultes de 1846, Jacques Auguste Simon Collin de Plancy écrit à l'article Héhugaste : "sylphide qui se familiarisait avec l'empereur Auguste. Les cabalistes  disent qu'Ovide fut relégué à Tomes pour avoir surpris Auguste en tête à tête avec elle; que la sylphide fut si piquée de ce que ce .prince n'avait pas donné d'assez bons ordres pour qu'on ne la vît point, qu'elle l'abandonna pour toujours" et il renvoie à Lettres cabalistiques, t. I, p. 64.

Ces Lettres datent de 1754. Elles ont été publiées en 1735 par Jean-Baptiste de Boyer (1704-1771) marquis d'Argens chez Pierre Paupie à La Haye en raison de leur mise à l'index en France et se présentent par convention littéraire comme une étude historique présentée sous la forme de lettres fictives entre deux kabbalistes juifs. Dans l'édition accessible en ligne (en fait une réédition augmentée de 1754) sur Gallica l'anecdote se trouve en page 68. L'auteur y explique qu'Ovide n'aurait pu être exilé pour avoir vu le princeps coucher avec sa propre fille, car Auguste l'aurait immédiatement tué. Et Auguste n'a jamais cessé de dire qu'Ovide lui rappelait un mauvaise souvenir : ce ne pouvait être, dit le marquis, que la colère de la sylphide. Ce passage, ajoute-t-il p. 70, "montre combien les esprits élémentaires sont délicats sur ce qui regarde leur réputation" puis il conclut son propos sur la nécessité de fuir ces esprits élémentaires, nymphes ou sylphides, qui s'unissent aux ecclésiastes, pour se focaliser sur la Kabbale. Il s'agit de la fin de la lettre VI du "cabaliste Abukibak à son disciple ben Kiber".

On ne trouvera pas dans les livres scannés de la BNF d'autres mention de cette sylphide Hehugaste dont le nom sonne aussi peu latin que grec... De toute évidence il ne s'agit que d'une farce anticléricale du facétieux marquis qui avait une solide réputation de sceptique (cf Wikipedia).

Toutefois le fait que, au siècle suivant, Collin de Plancy, qui lui-même fut d'abord athée puis ensuite catholique place, l'histoire dans un "dictionnaire" a pu créer une certaine confusion.

Et la confusion a fait son chemin. A la fin du XXe siècle, dans " "La misteriosa "finestrella" di Servio Tullio" (la "fenêtre mystérieuse de Servius Tullius) l'essayiste traditionaliste italien disciple d'Evola Renato Del Ponte notait : " Il est drôle ici de signaler que, selon un auteur kabbaliste français de 1700, JB D'Argens de Boyer (Lettres cabalistiques,tome I et VI), cela était dû au fait qu' Ovide avait révélé la relation de l' empereur Auguste avec un être mystérieux surhumain, la "Silfa Hehugaste", qui disparut dès sa découverte (l'information vient de C. Miccinelli et C. Animato, Commento e note a Il Conte di Gabalì di N. H. Montfaucon de Villars e G.F. Borri, - commentaire et notes du comte de Gabali NH Montfaucon de Villars et GF Borri - Gêne, 1986, p. 163 - 167).

Renato Del Ponte qualifie Boyer d'Argens de "cabaliste", ce que le marquis n'a jamais été. Il n'en faut pas plus pour orienter les lecteurs sur une mauvaise voie. Et gageons que sur la base de la mauvaise référence de Del Ponte, des gens de bonne foi finiront pas penser que la "tradition kabbalistique" effectivement imputait à l'empereur César-Auguste une liaison avec une sylphide...

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Jollivet-Castellot à propos des médiums

4 Juin 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire des idées, #Médiums, #Pythagore-Isis, #Philosophie

Une page intéressante d'un étrange alchimiste chrétien qui fut un des pionniers du Parti communiste français (SFIC) dont il fut rapidement exclu. Sa position rappelle un peu celle des jungiens de notre époque - comme Michel Cazenave par exemple. En termes rationnels, elle ne serait défendable qu'au prix d'un pari métaphysique : que chaque âme ait une univers pour elle-même. Mais on sent bien que dans l'ordre métaphysique, comme avec la phrase d'Apollonios de Tyane "Néron a creusé et n'a pas creusé le canal de Corinthe", l'énoncé est à la fois vrai et non-vrai...

"Concluons : L'Occultisme, la Magie, l'Astrologie, l'Alchimie, la Thérapeutique, le Psychisme, le Spiritisme, — branches de la Science Hermétique, reposent sur des phénomènes réels, de l'ordre naturel et universel que l'homme terrestre interprète suivant l'état actuel de son Verbe. Le Verbe humain terrestre, la science humaine, ne sont pas sur cette planète, encore assez parfaits pour que l'on puisse affirmer que les causes sont rigoureusement celles qu'on leur assigne.

Mais la Science et la Mystique qui, réunies, forment l'Hermétisme, nous enseignent certes que ces causes ne peuvent être en dehors de la conscience et des facultés de l'Homme, à différents états d'évolution. Causes naturelles. Verbe cosmique incarné par des êtres différents. Lois inflexibles, en tous cas, que nous ne savons encore formuler, mais qui ne sont que l'extension des lois que nous avons définies, ou cru définir jusqu'ici, et qui, supérieures ou autres, ne peuvent être jamais contradictoires.

C'est pourquoi l'explication spiritique des phénomènes dus à la force astrale ou psychique, est-elle enfantine et superstitieuse. Elle équivaut au bégaiement d'un enfant étonné qui croit aux revenants, aux fantômes, aux évocations que crée son imagination délirante ou morbide.

Les médiums, rigoureusement nécessaires à la production des phénomènes qui demeurent donc bien du champ de la faculté humaine — sont presque tous des détraqués, des malades, des hystériques, des névrosés qui, sursaturés de cette énergie « psychique » ou mieux astrale, la projettent et l'attirent, la concentrent et la repoussent brutalement, en provoquent le flux violent, capricieux, telle une machine à vapeur ou une dynamo qui s'emballe.

Certains — très rares — parviennent à modérer la force, à la diriger parfois. Ils la modèlent selon leur intelligence et leur volonté, la revêtent de leur propre esprit souvent subliminal et inconscient.

Le Spiritisme n'a rien révélé d'important, ni de nouveau au monde. Il est la conscience humaine à ses divers degrés d'intelligence, d'évolution, de moralité — conscience projetée dans l'Au-delà de la Suggestion et des Forces encore imprécises ou formidables.

On n'y découvre point l'intervention d'entités étrangères, ni surtout supérieures au plan terrestre."

Nouveaux Évangiles : le christianisme libéral, la tradition occulte, métaphysique de l'hermétisme, l'Europe et la Chine, "finis Latinorum" / F. Jollivet-Castelot Eds Chacornac 1905 p. 171-172.

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Grands voyants et occultistes de l'époque moderne

17 Mai 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Médiums, #Histoire secrète, #Histoire des idées, #Pythagore-Isis

On connaît Nostradamus, Boehme, Swedenborg.

D'autres sont moins renommés mais ont joué un rôle important à leur époque :

Le père Jacques Gaffarel (1601-1681), fils d'un chirurgien des actuelles Alpes de haute Provence, auteur des Curiosités Inouyes sur la sculpture talismanique des Persans (censurées par la Sorbonne en 1629) et du Moyen de lire l’alphabet des étoiles et les révolutions des empires. Docteur en droit canon à la Sorbonne, abbé de Sigonce, bibliothécaire de Richelieu. Kabbaliste grand connaisseur des langues orientales antiques il est en outre un médium spirite qui déjà théorise sur le corps astral. Outre les talismans, il s'intéresse aux onguents magiques et à l'astrologie hébraïque.

Descartes affecte ne pas vouloir le lire, mais sa condamnation en Sorbonne aura provoqué la polémique. Il est en rapport avec Jean-Baptiste Morin de Villefranche, mais l'attitude de Morin hostile aux sciences les sépare car Gaffarel lui est ami de Gassendi.

Jean-Baptiste Morin de Villefranche sur Saône (1583-1656), médecin de son état, fut initié à l'astrologie par un Ecossais rencontré dans une auberge allemande, William Davidson ou Davisson. Le roi Louis XIII étant tombé malade en passant à Lyon, deux devins annoncèrent sa fin prochaine. Morin adressa a la reine mère, Marie de Médicis, un horoscope contraire, qui affirmait le prochain rétablissement du monarque-et en marquait le.jour. L'événement lui donna raison, et ses rivaux furent jetés aux galères. Morin fut alors nommé professeur de mathématiques au collège de France et souvent consulté par les grands seigneurs du royaume, y compris Descartes.

Selon P. Christian ("Histoire de la magie, du monde surnaturel et de la fatalité à travers les temps et les peuples ", 1870) "un jour, vers 1642, le jeune Cinq-Mars, grand-écuyer du roi, arriva chez le premier ministre en riant aux éclats, son horoscope à la main « Croiriez-vous, Monseigneur, que ce fou de Morin prétend, d'après ce chiffon, que j'aurai la tête tranchée ?» Richelieu ne riait jamais et se souvenait toujours. Peu de mois après, t'étourdi Cinq-Mars et son ami de Thou, fils du célèbre président, se prenaient au trébuchet d'une puérile conspiration risquée avec .l'Espagne. Ils y laissèrent leur tête, et le cardinal qui s'en allait au tombeau, légua le maître en Magie à son successeur Mazarin, comme un précieux outil de gouvernement." Avant sa mort, la reine de Pologne, Marie-Louise de Gonzague, dont l'Écossais Davidson était devenu le médecin, avait accepté la dédicace des oeuvres de Morin et les fit imprimer à ses frais.

Tommaso Campanella, qui finit prisonnier dans un couvent à Paris après avoir organisé une conspiration anti-espagnole en Calabre en alliance avec les Turcs, compose en 1623 une Cité du Soleil qui prône la théocratie universelle œcuménique remplie de références à la Kabbale.

Au même moment en Angleterre Francis Bacon (1561-1626), grand chancelier d’Angleterre peut-être rosicrucien. Kabbaliste et alchimiste compose en 1620 une Instauratio Magna qui prône la méthode inductive et annonce l’Encyclopédie et l’année suivante une Nouvelle Atlantide très néoplatoncienne qui ressemble à Thomas More et Campanella.

Le tchèque Johannes Amos Comenius ou Jan Amos Komensky (1592-1670) dont l’Unesco célébre le 3ème centenaire en 1958, né dans une famille de frères moraves héritière du hussisme, revendiqué par Piaget comme un père du structuralisme moderne, présent en Angleterre en 1641 en pleine révolution (à l’invitation du rose-croix allemand Samuel Hrtlib pour conseiller le nouveau régime) puis en Suède où il rencontre Descartes, c’est un partisan de la réconciliation de l’Eglise et de la synagogue et d’une pansophie qui mènera à l’âge d’or (comme dans la kabbale). Il s’appuie sur des médiums amis de la cause protestante comme Nicolas Drabik, Christophe Kotter et Christine Poniatowska.

L’alchimiste anglais Elias Ashmole (1617-1692), qui allait influencer la création de la grande loge de Londres en 1717, pionnier de la franc maçonnerie dès 1646, fait le lien entre les rosecroix et la francmaçonnerie.

L'acquaintance de la couronne d'Angleterre avec la magie remonte au moins à Elizabeth Iere. 

Le mage astrologue John Dee (1527-1608 ou 9), d’origine galloise né à Londres avait formé un cercle, les Dionisii Areopagites, avec sir Philip Sidney et Edmund Spenser (auteur d’un poème rosicrucien). Kabbaliste confirmé, il fut choisi par Elizabeth Ie pour choisir le jour de son couronnement. Il possédait une charte lui attribuant la possession du Canada et inventa le mot « empire britannique ».

Un jour de 1580, il entendit des bruits dans sa maison au milieu de ses rêves. Il loua les services du médium Barnabus Saul qui prétendait voir des anges dans sa boule de cristal. Il s’en sépara au bout de six mois puis rencontra en 1582 un certain Edwad Kelley qui voyait l’archange Uriel dans la boule de cristal de Dee. Il fit alors des séances spirites qui lui apprirent la lange « énochienne ». En voyage à Prague avec Kelley il échoua à transformer du plomb en or devant l’empereur Rodolphe II, puis en 1590 eut un message apocalyptique puis finit tristement dans la paranoïa.

Dee avait des  idées qu’il exposa à Rodolphe II pour réformer la messe dans un sens magique propice a faire apparaître des esprits. Il avait aussi des clés initiatiques individuelles : « Ce que Dee suggérait à l'oreille de l'empereur était que, s’il jeûnait pendant une période déterminée, s’il travaillait sur sa respiration un certain nombre de fois, à des intervalles précis, s’il s’adonnait à la pratique sexuelle  s’il prononçait une formule précise à une heure déterminée selon les astres, il pourrait entrer dans un état de conscience altéré au cours duquel il communiquerait de manière libre et raisonnée avec les habitants du monde des esprits ».

John Dee inspira le personnage Prospero dans « La Tempête » de Shakespeare. Le 24 mars 1583, un esprit lui apparut et lui parla de l’avenir en ces termes : « De nouveaux mondes jailliront de ceux-ci. De nouvelles manières ; des hommes étranges ».

Shakespeare lui-même est probablement un initié : les images florales du Songe d’une nui d’été peuvent être des symboles rosicruciens comme la rose de La Reine des fées d’Edmund Spenser écrite en 1589 ou les sept roses du mémorial de Shakespeare dans l’église de la Ste Trinitié de Stratford-upon-Avon où le roses peuvent être des chakras. Et l’intrigue de La Mégère apprivoisée (une des trois premières comédies du dramaturge) empruntée au Akf Layla Wa Lyla des Mille et un Nuit renverrait à une bibliothèque secrète  des savoirs anté-diluviens, tandis qu’elle plonge dans la logique initiatique du « Dormeur éveillé » d’Haroun al-Rachid. « L’esprit mystique et irascible de l’Homme vert imprègne aussi bien Les Mille et nee Nuits que La Mégère apprivoisée » comme l'a relevé l'érudit de notre époque Jonathan Black .

Au XVIIe siècle, les alchimistes et les rosicruciens sont dans toutes les cours d'Europe, et en contact permanent les uns avec les autres. Newton allait être le dernier d'entre eux.

Au siècle suivant les voyants et ésotéristes sont moins dans les cours. Etteila traduit le Livre de Thot et invente un nouveau tarot dont va faire usage l'étonnante voyante Marianne Lenormand (1768-1843), orpheline d'Alençon montée à Paris, chiromancienne et cartomancienne que les principaux chefs de la Révolution, puis les dignitaires de l'Empire et de la Restauration consulteront.

Dans la lignée des occultistes du XVIIe siècle, se distingue au début du XIXe Antoine Fabre d'Olivet, bourgeois calviniste, monté à Paris en 1780, puis initié au pythagorisme en Allemagne en 1791, passionné par l'hébreu primitif et les hiéroglyphes (pour lui c'était tout un) qui s'attacha à en retrouver la version archaïque qu'il mettait en résonance avec le Chaldéen, le Chinois etc, et qui, en déchiffrant un vieux manuscrit magique pharaonique aurait trouvé la méthode pour soigner un sourd muet (ajoutez pour faire bonne mesure qu'il publia une analyse érudite des Vers dorés de Pythagore). Il avait acquis son bagage linguistique après 1809 ayant obtenu sa retraite du ministère de la guerre.Il utilisait sa femme comme une pythonisse. Napoléon  refusa d'en faire son conseiller inspiré; Il instaura alors un culte polythéiste analogue à celui qu'avait tenté de fonder Gémiste Pléthon, premier président de l'Académie platonicienne de Florence. On le retrouva en 1825 mort percé d'un poignard au pied de son autel (cf Les Nouvelles littéraires et scientifiques 23 juin 1934). Il allait encore inspirer les spirites de Jersey à l'époque de l'exil de Victor Hugo.

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Indigo et Torah

30 Avril 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Médiums, #Histoire des idées

Puisque vient de paraître mon essai sur les médiums (voir ici à gauche), une petite vidéo sur l'indigo dans la culture juive :

 

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"Les Sabéens-Mandéens - Premiers baptistes, derniers gnostiques" de Claire Lefort

21 Avril 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées


Les Sabéens-Mandéens sont une minorité religieuse basée dans le Sud de l’Irak et en Iran, qui compte moins de 100 000 adeptes à travers le monde. L’auteure du livre que les éditions du Cygne leur consacre cette année, une jeune étudiante en anthropologie à Normale Sup’, qui mène des enquêtes dans les camps de réfugiés en Jordanie et en Mésopotamie, reconnaît elle-même qu’elle n’en avait jamais entendu parler avant de se rendre au Proche-Orient.

Il s’agit d’un groupe ethno-religieux en quelque sorte invisible, et qui pourtant a fait couler beaucoup d’encre chez les spécialistes de l’histoire des religions, notamment au début du XXe siècle (grande époque de la redécouverte de la mosaïque des anciennes croyances qui survivaient sous le joug ottoman entre Erbil et Bassorah). On a vu en eux tantôt une religion autochtone vieille de 5000 ans, tantôt les derniers descendants des disciples de Saint Jean-Baptiste, et, en même temps, les dépositaires de secrets kabbalistiques, voire de gnoses magiques venues des bords du Nil ou des temples du zoroastrisme.

La suite de la recension est ici.

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"Conjuncting Astrology and Lettrism, Islam and Judaism"

16 Mars 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Médiums, #Histoire des idées, #Pythagore-Isis

Je lisais récemment un article intitulé "Conjuncting Astrology and Lettrism, Islam and Judaism" du Dr Matthew Melvin-Koushki, professeur assistant, spécialiste des sciences occultes du premier Islam à l'université de Caroline du Sud, article conclusif de trois autres articles, et paru en janvier dernier dans la revue Magic, Ritual, and Witchcraft de janvier dernier qui commence par une intéressante charge contre l' "occultophobie", notamment celle qu'il décèle dans un livre récent de Stephen P. Blake, Astronomy and Astrology in the Islamic World (Edinburgh University Press 2016).

Il explique comment du 10e au 17e siècle, dans les classifications persanes, les sciences occultes (astrologie, lettrisme et géomancie) ont été déplacées de la sphère des sciences naturelles à celle des sciences mathématiques pour renforcer leur légitimité.

Selon lui la sanctification, la désesotérisation, puis la mathématisation-néopythagorianisation de l'occultisme en général et lettrisme en particulier dans l'Egypte des Mamelouks et l'Iran tilmouride et sous le règne des Aq Qoyunlu du treizième au quinzième siècle constitue le contexte  immédiat et sociopolitique immédiat de la célèbre mathématisation de l'astronomie par les Membres de l'Observatoire de Samarkand au XVe siècle et de la résurgence de la philosophie néoplatonicienne, deux processus qu'il faut tenir ensemble. La Kabballah juive qui lui est contemporaine donne une cohérence épitémologique, car l'occultisme islamique et juif formaient un mysticisme unique dérivée de l'héritage néo-platonicien grec (voir à ce sujet Moshe Idel). Il faut aborder ensemble ces deux courants et leur façon de marier Kabbalah et lettrisme sans approche positiviste ni religioniste ou eurocentrisme estime le Dr Melvin-Koushki. Quant à l'astrologie, Abu Mashar Balkhı (Grande introduction à l'Astrologie - K. al-Mudkhal al-Kabı¯r ila¯ Ilm Ah.ka¯mal-Nuju¯m), protégé du philosophe Al-Kindi (IXe siècle) reformula l'astrologie hellénique dans des termes strictement aristotéliciens, au sein des sciences naturelles (Liana Saif, “Homocentric Science in a Heliocentric Universe,” in Nicholas
Campion and Dorian Gieseler Greenbam, eds., Astrology in Time and Place: Cross-
Cultural Questions in the History of Astrology (Newcastle upon Tyne: Cambridge Scholars,
2015), 159–72).

Par exemple Al Kindi fait l'éloge du sacrifice animal comme acte magique efficace parce que l'interruption du rayon cosmique de la vie animale a nécessairement un impact à distance sur un objet donné en vertu de la correspondance ciel-terre, et Abu Mashar Balkhı dira de même de la convergence des rayons cosmiques et du rayon du mage dans le talisman, ce qui est une façon de réconcilier l'émanationisme platonicien et la doctrine de la cause aristotélicienne. Et c'est d'ailleurs par ces théories magiques que l'aristitélisme fut introduit, au début, en Europe au 12e s (voir Abu Mashar and Latin Aristotelianism in the Twelfth Century: The Recovery of Aristotle’s Natural Philosophy through Arabic Astrology (Beirut: American University of Beirut Press, 1962). Roger Bacon en fut un adepte. Plotin avait rejeté la causalité astrale, mais à la suite de Abu Mashar Balkhı les chrétiens Adelard de Bath (+ 1152), Hermann de Carinthie (+ 1160), Hugh de St. Victor (d. 1141), Thierry de Chartres (+ 1150), Bernard Silvestris (+. 1178), Guillaume de  Conches (+. ca. 1154), et Daniel de Morley (+. ca. 1210) allaient suivre cette voie. Le Secretum secretorum de Philippe de Tripoli et le Picatrix (trauction espagnole du "But du sage" (Gha¯yat al-Hakı¯m) de Maslama al-Qurt.ubı¯aussi. La caution aristotélicienne d'Avicenne qui était pro-astrologie mais anti-occultiste y contribua.

Puis l'astrologie aristotélicienne d'Abu Ma'sharian fut pythagorianisée dans une forme de lettrisme mathématique sacré.

C'est un domaine peu connu en Occident. L'eurocentrisme et le rationalisme nous font manquer des courants essentiels de l'histoire de la pensée humaine.

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La nudité des jeunes filles dans les lois de Lycurgue

2 Mars 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées, #Anthropologie du corps, #Christianisme, #Nudité-Pudeur en Europe, #Pythagore-Isis, #Philosophie

Dans le 1er livre des Macchabées (Ancien Testament) il est écrit

"I M 12,5. Voici la copie des lettres que Jonathas écrit aux Spartiates:

I M 12,6. Jonathas, grand prêtre, les anciens de la nation, les prêtres et le reste du peuple juif, aux Spartiates, leurs frères, salut.

I M 12,7. Il y a longtemps que des lettres ont été envoyées à Onias, le grand prêtre, par Arius, qui régnait chez vous, car vous êtes nos frères, comme le montre la copie qui est jointe ici.

I M 12,8. Et Onias accueillit avec honneur l'homme qui avait été envoyé, et il reçut les lettres, où il était parlé d'alliance et d'amitié."

Onias I er, fils de Jaddus, et père de Simon le Juste, qui furent aussi grands-prêtres (Sir 50:1, cf. Jos., Ant., XI, 8, fin ; XII, 6) exerça ses fonctions, précisent les historiens, après la conquête de la Judée par Alexandre le Grand. C'est à lui qu'aurait été adressée une lettre d'Arias (ou Arius), roi de Lacédémone sous le règne de Séleucos IV Philopator (187-175 av. J.-C.), lui offrant son alliance, au nom d'une prétendue origine commune des peuples juif et lacédémonien, selon Flavius Josèphe, juste avant la conquête de la Grèce par Rome en 146.

Cette admiration des Juifs à l'époque de Jonathas Macchabée (157-152 av JC) pour Sparte ne pouvait pas englober (à la différence de la République de Platon) une estime pour les lois de Lycurgue.

Selon Plutarque (Vie de Lycurgue) "Lycurgue porta toute l’attention possible à l’éducation des femmes. En tout cas, il fortifia le corps des jeunes filles par des courses, des luttes, le jet de disques et de javelots. (...) Pour leur ôter toute mollesse, toute vie sédentaire, toute habitude efféminée, il habitua les jeunes filles, non moins que les garçons, à défiler nues, et, pour certaines fêtes, à danser et à chanter dans cet état sous les yeux des jeunes gens. (...)Quant à la nudité des jeunes filles, elle n’avait rien de honteux, puisque la modestie y présidait et que le dérèglement n’y était pour rien ; elle donnait, au contraire, l’habitude de la simplicité et le désir ardent d’une santé robuste.(...)Voici ce qui excitait encore au mariage : les processions des jeunes filles, leur déshabillement et leurs combats sous les yeux des jeunes gens, qui, selon le mot de Platon , cédaient à des contraintes, non géométriques, mais érotiques. Lycurgue a même imprimé une note d’infamie aux célibataires. On les écartait du spectacle des gymnopédies [exercices des jeunes filles nues] ; et, l’hiver, les magistrats leur faisaient faire nus le tour de l’agora, en chantant une chanson composée contre eux, où il était dit qu’ils subissaient un juste châtiment, parce qu’ils désobéissaient aux lois."

Aux yeux des Juifs les lois de Lycurgue sur la nudité des jeunes filles auraient été jugées de nature à attirer des démons dans la cité, tout comme d'ailleurs l'installation des cimetières dans les murs de la ville, elle aussi décidée par Lycurgue selon Plutarque.

En 1604, le médecin conseiller du roi Louis Guyon (1527-1617) écrivit dans "Les diverses leçons de Loys Guyon, sieur de La Nauche,... suivans celles de Pierre Messie et du sieur de Vauprivaz" (p. 104 et suiv) :

"Ledit Licurgue en fit une autre,qu' il voulait que les filles allassent aux jeux & danses publiques toutes nues, sauf de petits brodequins de couleur découpés , qu'elles portaient aux jambes, & ce pour plusieurs raisons , que je vais alléguer. La première était, par ce qu'il apercevait plusieurs jeunes hommes être tant amoureux des filles & femmes, qu'ils en perdaient le jugement, & oubliaient tout devoir, si bien qu'ils semblaient plutôt bêtes qui sont en ruth ou en chaleur, qu'hommes raisonnables. Or iceux amoureux, sans doute se trouvaient à telles assemblées,pour voir leurs Déesses toutes nues, & voyants les parties peu honnêtes, & posées non guère loin d'un réceptacle de toutes les puantes immondices du corps humain,s'en devaient dégoûter, & abhorrer-telles .amours,& se devaient remettre en leurs devoirs : & que la chose ne méritait point qu'on se tourmentât tant, perdant le boire, le manger & le repos. L'autre raison était,à fin que les filles n'eussent point de honte des parties desquelles nature les avait pourvuës mais fussent vergogneuses de commettre aucun vice. Car il disait., que les filles & les femmes devaient plus rougir de commettre quelque péché, que de montrer la partie de leur corps, qui leur était nécessaire.

Les femmes & filles de par deça semblent avoir opinion que les hommes désirent qu'elles aient les fesses & les cuisses grosses & rebondies, comme les Catayens, par ce qu'elles s'étudient à persuader cela aux hommes"

S'ensuit une condamnation de l'usage des vêtements par les femmes pour stimuler le désir masculin, puis une interrogation sur la question de savoir si la nudité stimule plus le désir que l'habillement (à partir d'une étude des Catayens dont le nom a d'abord désigné les Chinois puis les Indiens du Canada semble-t-il, puis des Indiennes, africaines et brésiliennes). Il en conclut que la nudité tue le désir ce qui est mauvais pour la procréation,  que la nudité des femmes sous les tropiques est liée à la chaleur et peut se justifier seulement sous leur latitude parce que les femmes y sont bien faites (de sorte, note-t-il, qu'il n'y a pas besoin d'y appliquer la loi de Lycurgue qui prônait l'élimination des bébés mal formés), et s'en remet, pour l'Europe, au précepte évangélique "qui recommande sur toute charité, de donner moyen aux pauvres de se pouvoir vêtir non seulement pour les défendre du chaud, du froid,de la pluie,& des mouches piquantes,mais pour couvrir leurs parties honteuses."

Les lois de Lycurgue présentent un cité "meilleur de mondes" : elles renforcent l'Etat en imposant à la fois un équilibre des pouvoirs dans les institutions pour les stabiliser, un dévouement total des citoyens à la préparation à la guerre en cassant toute vie privée de nature à ramollir la psychologie des gens : par exemple les gens mangeaient dans des repas collectifs frugaux, les hommes n'avaient qu'un bref commerce sexuel avec leur femme de nuit, y compris lors de leur nuit de noces (Plutarque note que cela avait pour effet paradoxal d'entretenir fortement le désir et l'amour au sein des couples). La nudité des jeunes filles pour les endurcir tout en poussant les hommes à se marier s'inscrit dans cette logique. Ce côté "expérimentateur sur l'humain" dans le cadre d'un Etat fort qui va jusqu'à l'eugénisme a séduit Platon, et rappelle certains aspects du communisme, mais aussi du capitalisme actuel. Il est logique qu'en bon chrétien, le docteur Louis Guyon, après avoir interrogé la légitimité de ces lois à l'aune de la nudité des populations tropicales (tout comme la découverte des Amérindiens avait aussi conduit, une génération plus tôt Montaigne et ses contemporains à interroger la légitimité des moeurs européennes), revienne, au seuil de la Contre-réforme, à la rigueur des principes évangéliques à ce sujet.

Platon, lui, aborde la question de la nudité des filles à propos de la formation des gardiens de la ville dans le livre V de la République, thème dont Kingsley a montré qu'il avait un rapport avec la problématique chamanique pythagoricienne des veilleurs de nuit. Il s'agit de réfléchir à la question de savoir si les femmes doivent participer au combat. Cette question, comme celle de l'eugénisme, est abordée par Platon sous l'angle de l'analogie avec les chiens. L'obstacle principal est celui du ridicule et le philosophe ne l'esquive qu'en soulignant que la nudité des hommes au gymnase avait aussi suscité des railleries dans les générations qui ont immédiatement précédé le siècle d'or athénien, lorsque la Crête et Sparte l'ont adoptée (il y a des nuances entre auteurs grecs pour savoir si cela vint d'abord de Crête, que le néo-pythagoricien Apollonios de Tyane, cet autre grand admirateur de Lycurgue, selon Philostrate nommait la nourrice de Zeus). Juste après, pour les mêmes motifs d'efficacité militaire, Platon justifiera la vie en commun de tous les citoyens sur le modèle des lois de Lycurgue, le fait que les magistrats organisent les mariages entre les gardiens de la cité, et le fait que les guerriers à la retraite puissent s'accoupler avec toutes les femmes sans leur faire d'enfants, tandis que les enfants des guerrières sont pris en charge par des nourrices (alors que les nourrices de Sparte selon Plutarque avaient très bonne réputation). Platon comme Lycurgue ont eu une éducation égyptienne (selon Plutarque, Lycurgue aurait acquis en Egypte des idées sur la spécialisation militaire) mais cela ne semble pas avoir eu d'influence sur le thème de la nudité publique des femmes.

La référence au "ridicule" renvoie à Aristophane qui, dans Lysistrata, représentée à Athènes en 411 av JC, raille la nudité des femmes spartiates au gymnase, comme le pubis ("jardin") imberbe des Béotiennes et le côté prostitué des Corinthiennes.

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