Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Articles avec #histoire secrete tag

Grands voyants et occultistes de l'époque moderne

17 Mai 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Médiums, #Histoire secrète, #Histoire des idées, #Pythagore-Isis

On connaît Nostradamus, Boehme, Swedenborg.

D'autres sont moins renommés mais ont joué un rôle important à leur époque :

Le père Jacques Gaffarel (1601-1681), fils d'un chirurgien des actuelles Alpes de haute Provence, auteur des Curiosités Inouyes sur la sculpture talismanique des Persans (censurées par la Sorbonne en 1629) et du Moyen de lire l’alphabet des étoiles et les révolutions des empires. Docteur en droit canon à la Sorbonne, abbé de Sigonce, bibliothécaire de Richelieu. Kabbaliste grand connaisseur des langues orientales antiques il est en outre un médium spirite qui déjà théorise sur le corps astral. Outre les talismans, il s'intéresse aux onguents magiques et à l'astrologie hébraïque.

Descartes affecte ne pas vouloir le lire, mais sa condamnation en Sorbonne aura provoqué la polémique. Il est en rapport avec Jean-Baptiste Morin de Villefranche, mais l'attitude de Morin hostile aux sciences les sépare car Gaffarel lui est ami de Gassendi.

Jean-Baptiste Morin de Villefranche sur Saône (1583-1656), médecin de son état, fut initié à l'astrologie par un Ecossais rencontré dans une auberge allemande, William Davidson ou Davisson. Le roi Louis XIII étant tombé malade en passant à Lyon, deux devins annoncèrent sa fin prochaine. Morin adressa a la reine mère, Marie de Médicis, un horoscope contraire, qui affirmait le prochain rétablissement du monarque-et en marquait le.jour. L'événement lui donna raison, et ses rivaux furent jetés aux galères. Morin fut alors nommé professeur de mathématiques au collège de France et souvent consulté par les grands seigneurs du royaume, y compris Descartes.

Selon P. Christian ("Histoire de la magie, du monde surnaturel et de la fatalité à travers les temps et les peuples ", 1870) "un jour, vers 1642, le jeune Cinq-Mars, grand-écuyer du roi, arriva chez le premier ministre en riant aux éclats, son horoscope à la main « Croiriez-vous, Monseigneur, que ce fou de Morin prétend, d'après ce chiffon, que j'aurai la tête tranchée ?» Richelieu ne riait jamais et se souvenait toujours. Peu de mois après, t'étourdi Cinq-Mars et son ami de Thou, fils du célèbre président, se prenaient au trébuchet d'une puérile conspiration risquée avec .l'Espagne. Ils y laissèrent leur tête, et le cardinal qui s'en allait au tombeau, légua le maître en Magie à son successeur Mazarin, comme un précieux outil de gouvernement." Avant sa mort, la reine de Pologne, Marie-Louise de Gonzague, dont l'Écossais Davidson était devenu le médecin, avait accepté la dédicace des oeuvres de Morin et les fit imprimer à ses frais.

Tommaso Campanella, qui finit prisonnier dans un couvent à Paris après avoir organisé une conspiration anti-espagnole en Calabre en alliance avec les Turcs, compose en 1623 une Cité du Soleil qui prône la théocratie universelle œcuménique remplie de références à la Kabbale.

Au même moment en Angleterre Francis Bacon (1561-1626), grand chancelier d’Angleterre peut-être rosicrucien. Kabbaliste et alchimiste compose en 1620 une Instauratio Magna qui prône la méthode inductive et annonce l’Encyclopédie et l’année suivante une Nouvelle Atlantide très néoplatoncienne qui ressemble à Thomas More et Campanella.

Le tchèque Johannes Amos Comenius ou Jan Amos Komensky (1592-1670) dont l’Unesco célébre le 3ème centenaire en 1958, né dans une famille de frères moraves héritière du hussisme, revendiqué par Piaget comme un père du structuralisme moderne, présent en Angleterre en 1641 en pleine révolution (à l’invitation du rose-croix allemand Samuel Hrtlib pour conseiller le nouveau régime) puis en Suède où il rencontre Descartes, c’est un partisan de la réconciliation de l’Eglise et de la synagogue et d’une pansophie qui mènera à l’âge d’or (comme dans la kabbale). Il s’appuie sur des médiums amis de la cause protestante comme Nicolas Drabik, Christophe Kotter et Christine Poniatowska.

L’alchimiste anglais Elias Ashmole (1617-1692), qui allait influencer la création de la grande loge de Londres en 1717, pionnier de la franc maçonnerie dès 1646, fait le lien entre les rosecroix et la francmaçonnerie.

L'acquaintance de la couronne d'Angleterre avec la magie remonte au moins à Elizabeth Iere. 

Le mage astrologue John Dee (1527-1608 ou 9), d’origine galloise né à Londres avait formé un cercle, les Dionisii Areopagites, avec sir Philip Sidney et Edmund Spenser (auteur d’un poème rosicrucien). Kabbaliste confirmé, il fut choisi par Elizabeth Ie pour choisir le jour de son couronnement. Il possédait une charte lui attribuant la possession du Canada et inventa le mot « empire britannique ».

Un jour de 1580, il entendit des bruits dans sa maison au milieu de ses rêves. Il loua les services du médium Barnabus Saul qui prétendait voir des anges dans sa boule de cristal. Il s’en sépara au bout de six mois puis rencontra en 1582 un certain Edwad Kelley qui voyait l’archange Uriel dans la boule de cristal de Dee. Il fit alors des séances spirites qui lui apprirent la lange « énochienne ». En voyage à Prague avec Kelley il échoua à transformer du plomb en or devant l’empereur Rodolphe II, puis en 1590 eut un message apocalyptique puis finit tristement dans la paranoïa.

Dee avait des  idées qu’il exposa à Rodolphe II pour réformer la messe dans un sens magique propice a faire apparaître des esprits. Il avait aussi des clés initiatiques individuelles : « Ce que Dee suggérait à l'oreille de l'empereur était que, s’il jeûnait pendant une période déterminée, s’il travaillait sur sa respiration un certain nombre de fois, à des intervalles précis, s’il s’adonnait à la pratique sexuelle  s’il prononçait une formule précise à une heure déterminée selon les astres, il pourrait entrer dans un état de conscience altéré au cours duquel il communiquerait de manière libre et raisonnée avec les habitants du monde des esprits ».

John Dee inspira le personnage Prospero dans « La Tempête » de Shakespeare. Le 24 mars 1583, un esprit lui apparut et lui parla de l’avenir en ces termes : « De nouveaux mondes jailliront de ceux-ci. De nouvelles manières ; des hommes étranges ».

Shakespeare lui-même est probablement un initié : les images florales du Songe d’une nui d’été peuvent être des symboles rosicruciens comme la rose de La Reine des fées d’Edmund Spenser écrite en 1589 ou les sept roses du mémorial de Shakespeare dans l’église de la Ste Trinitié de Stratford-upon-Avon où le roses peuvent être des chakras. Et l’intrigue de La Mégère apprivoisée (une des trois premières comédies du dramaturge) empruntée au Akf Layla Wa Lyla des Mille et un Nuit renverrait à une bibliothèque secrète  des savoirs anté-diluviens, tandis qu’elle plonge dans la logique initiatique du « Dormeur éveillé » d’Haroun al-Rachid. « L’esprit mystique et irascible de l’Homme vert imprègne aussi bien Les Mille et nee Nuits que La Mégère apprivoisée » comme l'a relevé l'érudit de notre époque Jonathan Black .

Au XVIIe siècle, les alchimistes et les rosicruciens sont dans toutes les cours d'Europe, et en contact permanent les uns avec les autres. Newton allait être le dernier d'entre eux.

Au siècle suivant les voyants et ésotéristes sont moins dans les cours. Etteila traduit le Livre de Thot et invente un nouveau tarot dont va faire usage l'étonnante voyante Marianne Lenormand (1768-1843), orpheline d'Alençon montée à Paris, chiromancienne et cartomancienne que les principaux chefs de la Révolution, puis les dignitaires de l'Empire et de la Restauration consulteront.

Dans la lignée des occultistes du XVIIe siècle, se distingue au début du XIXe Antoine Fabre d'Olivet, bourgeois calviniste, monté à Paris en 1780, puis initié au pythagorisme en Allemagne en 1791, passionné par l'hébreu primitif et les hiéroglyphes (pour lui c'était tout un) qui s'attacha à en retrouver la version archaïque qu'il mettait en résonance avec le Chaldéen, le Chinois etc, et qui, en déchiffrant un vieux manuscrit magique pharaonique aurait trouvé la méthode pour soigner un sourd muet (ajoutez pour faire bonne mesure qu'il publia une analyse érudite des Vers dorés de Pythagore). Il avait acquis son bagage linguistique après 1809 ayant obtenu sa retraite du ministère de la guerre.Il utilisait sa femme comme une pythonisse. Napoléon  refusa d'en faire son conseiller inspiré; Il instaura alors un culte polythéiste analogue à celui qu'avait tenté de fonder Gémiste Pléthon, premier président de l'Académie platonicienne de Florence. On le retrouva en 1825 mort percé d'un poignard au pied de son autel (cf Les Nouvelles littéraires et scientifiques 23 juin 1934). Il allait encore inspirer les spirites de Jersey à l'époque de l'exil de Victor Hugo.

Lire la suite

La nudité dans l'Ordo Templi Orientis (OTO)

30 Avril 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Nudité-Pudeur en Europe, #Anthropologie du corps, #Médiums, #Histoire secrète

En 2014, je vous avais parlé de la religion wiccane (un billet d'ailleurs encore très visité), qui est un résultat indirect, dans sa version gardnérienne des années 50 (qui compte beaucoup d'adeptes), des canalisations du très sulfureux médium Aleister Crowley au début du XXe siècle lors de sa visite de la pyramide de Gizeh.

Un autre fruit plus discret de ce personnage contestable et contesté (personnage qui a beaucoup influencé la pop culture des années 60 à 80 soit dit en passant) fut l'Ordo Templi Orientis (OTO), créé en 1904 par par Carl Kellner, un franc-maçon autrichien, après sa rencontre avec trois sages en Asie. A partir de 1912 Corwley allait lui donner des rituels dédiés à la déesse mère Babalon, notamment sa "messe gnostique" qui est ouverte aux degrés inférieurs de ce groupe religieux initiatique et au public extérieur comme le montre la vidéo sur You tube ci-dessous. Ce groupe religieux qui ce qualifie de "thélémique" (de "thelema" = "volonté" en grec, car il prétend réconcilier l'adepte avec sa volonté profonde) compterait 3 000 membres.

Moi qui ai eu la chance de vivre (en 1994) six mois à Troyes, grande ville talmudique à cause de l'immense personnalité de Rachi, mais aussi berceau des Templiers (les reliques de Bernard de Clairvaux s'y trouvent, et c'est lors d'un concile en sa cathédrale que fut lancé l'Ordre, qui possédait aussi l'actuelle forêt d'Orient à l'Est de la ville), et qui, de ce fait, ai probablement "croisé les énergies" de l'Ordre du Temple originel, je ne puis m'empêcher de me demander, bien sûr, si cet OTO actuel est légitime à revendiquer la moindre filiation avec ces ancêtres médiévaux. Bien malin qui pourrait le dire puisque ceux-ci n'ont pas laissé d'archives de leurs pratiques cultuelles, ni de leur savoir ésotérique.

En tout cas l'OTO aussi, comme la Wicca, utilise la nudité dans son culte. Il existe d'ailleurs sur le Net ici en anglais un débat aussi vif qu'amusant entre une praticienne originaire du New Jersey issue de la Wicca et des prêtres de cette religion pour savoir si une femme ayant atteint la soixantaine est fondée à conserver sa robe pour exécuter ses rituels. Grave question s'il en est.

Lire la suite

Arnaud-Aaron Upinsky et le Suaire de Turin

14 Mars 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire secrète

A la différence du pape, l'essayiste Arnaud-Aaron Upinsky n'est pas infaillible (par exemple quand il accuse la reine d'Angleterre de fausser Jean 1:5, alors que c'est la version française qui se trompe - voir ici). Mais il a le mérite, comme le Dr Ricardo Castañón Gomez spécialiste des effusions de sang des hosties (voir mon billet ici) de tenir ensemble la foi et la démarche empirico-critique de la science, de sorte que la première est toujours susceptible de sortir renforcée de l'épreuve du test de la seconde, même s'il est vrai que l'on peut toujours supposer, d'un point de vue religieux, qu'une ruse démoniaque est à l'origine du "miracle" scientifiquement contesté, ou, d'un point de vue athée, que la science "à l'avenir" expliquera l'aberration qui la laisse sans voix aujourd'hui.

Prenons malgré tout au sérieux, et avec honnêteté, les éléments factuels et les démonstrations rationnelles que les croyants mobilisent au service de leur conviction. Même les athées ou les agnostiques devraient faire de même sous peine qu'on puisse les accuser de s'en remettre à des actes de foi aussi arbitraires que ceux qu'ils critiquent.

Arnaud-Aaron Upinsky (AAU), mathématicien informaticien, ancien titulaire d'une chaire d'épistémologie dans une école de communication, et accessoirement descendant (selon ses dires) d'Olivier Voutier, découvreur de la Vénus de Milo, s'est spécialisé depuis plusieurs décennies dans la défense de l'authenticité du suaire de Turin (le linceul encore visible de nos jours qui aurait enveloppé le cadavre de Jésus de Nazareth) et de son caractère de preuve de la résurrection de Jésus-Christ (une résurrection qui, du reste, à la supposer vraie, ne suffirait pas à démontrer qu'il est le fils de Dieu rédempteur, puisque par exemple le Toldoth Jeschu prêtait au rabbi Jeschu qu'il identifie à Jésus des dons de magie acquis en Egypte qui pourraient fort bien lui avoir permis de réaliser une prouesse post mortem). Par delà ses vidéos sur le Net, je me suis reporté à un de ses anciens livres publié en mars 1998 chez Fayard qu'on ne trouve plus que dans les bibliothèques "L'énigme du linceul, La prophétie de l'an 2000", livre qui rend compte à la fois de la méthode d'authentification du linceul que prône à AAU, des éléments factuels qui corroborent l'authenticité, et des difficultés à faire entendre cela à l'Eglise et à l'opinion publique mondiale entre 1989 et 1998.

En introduction au livre, AAU rappelle que le 11 avril 1997 le suaire a réchappé dans des conditions mystérieuses à l'incendie qui a ravagé la cathédrale Saint-Jean-Baptiste de Turin à la fin d'un dîner de gala donné en l'honneur du secrétaire général des Nations Unies de l'époque, au palais royal de Turin, comme il l'avait fait dans la nuit du 3 au 4 décembre 1532 quand deux franciscains du couvent de Ste Marie l'Egyptienne le sauvèrent des flammes.

L'incident n'est pas sans rappeler cet autre "miracle" inexpliqué par la science que fut la conservation de l'étrange portrait de Notre Dame de Guadalupe sur une tunique, qui survécut aussi à bien des avanies.

Puis il récapitule la chronologie du débat sur l'authentification dont l'étape clé fut le 8 septembre 1989 le séminaire au centre Chaillot Galliera dont l'objectif était de tester la validité de la datation au carbone 14 qui venait de conclure que le linceul avait été fabriqué au Moyen-Age. Comme il travaillait sur les systèmes expert en liaison avec IBM, le conseil scientifique de ce symposium lui avait demandé demandé une synthèse épistémologique de l'ensemble de la recherche sur le linceul (p. 25). Peu intéressé par les reliques jusque là, il fut d'abord frappé par le caractère irreproductibilité de la pièce, qui plaide selon lui de façon imparable pour son authenticité.

AAU n'a cessé de le marteler depuis lors : on ne peut trouver un vrai faussaire avec une vraie motivation et une vraie technique. Le linceul anonyme très difficile à réaliser et rempli de détails invisibles à l'oeil nu (comme le portrait de ND de Guadalupe) ne répond pas à ces critères. Par ailleurs la datation au C14 est scientifiquement fausse.

Cette démonstration valut à AAU un grand succès, mais ne fut pas reprise dans la conclusion du colloque qui resta évasive.

La datation au C14 entreprise sans souci interdisciplinaire (alors que toutes les disciplines depuis 1898 s'orientaient de plus en plus vers une reconnaissance d'authenticité - cf p. 36) avait été entourée selon AAU de beaucoup de théâtralisation, avec des informations livrées au compte goutte. Le 28 septembre 1988, l'archevêque de Turin avait déclaré que selon les chercheurs de l'université d'Arizona, d'Oxford et de l'école polytechnique de Zurich coordonnés par le Pr Tite du British Museum "l'intervalle de date calibré assignée au tissu du suaire avec un taux de 95 % se situe entre 1260 et 1390, et insistait sur le fait que ce taux valait certitude. Les représentants d'Oxford et du British Museum allaient en rajouter dans ce registre dans les médias, mais le rapport dans la revue Nature fu 16.2.89 ne comportait pas de détail des opérations effectuées sur les 150 mg d'échantillon, ni le taux de C14 obtenu, et les échantillons de contrôle (des tissus venant de tombes) n'avaient pas été anonymisés ce qui leur ôtait leur valeur probatoire.

La méthode de datation au C14 qui a valu le prix Nobel à Libby son inventeur en 1960 est de plus en plus contestée. Les postulats de base comme la constance du C14 dans le temps et l'espace et la fixité sur 5 700 ans son contestés. Des disparités énormes de datation ont été constatées sur le site de Jarmo (5 300 ans d'écart), sur des coquilles d'escargots projetées à 24 000 av JC alors qu'elles étaient contemporaines et un cor de viking de 500 a été projeté en 2006...

Ici les trois laboratoires sur le même objet avaient trouvé des résultats si différents qu'il n'y avait que 5 % de chances ("niveau de signification") que ce fût le même objet. Si la mesure était valide, l'intervalle de confiance avait 95 % de chance d'être celui annoncé, mais il n'y avait que 5 % de chances que la mesure le soit...

John H. Heller dans "Enquête sur le St Suaire" (1985) avait montré que dans le débat organisé par le Shroud of Turin Research Project (STURP) aux USA en 1978 juste avant une ostension, AD Adler avait eu beau montrer contre son compatriote McCrone que la trace rouge était du vrai sang, les savants avaient montré leur incapacité à faire le lien entre les réponses aux questions partielles portées sur la nature des composantes de l'énigme et la question du grand public sur l'authenticité.

La photo prise par Secundo Pia montre que c'est par le négatif que l'image du suaire se révèle le mieux (cf "Le Paranormal" d'Henri Bloch). La densité des fibrilles colorées donnait l'image du corps, les distances étaient reproduites et l'empreinte sanguine située à l'endroit précis des 5 plaies dont les trous dans les poignets, ce qui plaide pour une représentation acheiropoietos (sans main de l'homme). Cela la rendait non reproductible, et le cadavre s'est détaché sans déplacer l'empreinte sanguine.

Pour arriver à construire une thèse positive sur le Suaire, AAU part de son existence, des générateurs possibles, et des hypothèses que cela implique.

Arnaud-Aaron Upinsky et le Suaire de Turin

Si le linceul n'est pas reproductible, peu importe sa provenance (et notamment le trou entre l' "image d'Edesse" qui aurait pu être le linceul jusqu'en 944 et l'apparition du linceul à Lircy en 1357 en Champagne. La méthode synthétique d'AAU (cf figure jointe) lui permettait d'aboutir dès 1989 à la démonstration d'une authenticité "par défaut, comme un triangle qui a ses trois côtés identiques est un triangle équilatéral".

Le Sturp avait démontré en 1978 que l'image n'était pas l'oeuvre d'un artiste comme beaucoup l'avaient soutenu depuis le 14e s. La trame est colorée seulement sur une profondeur de 40 microns. Il n'y a pas de pigment allant dans les fibres. L'image est stable à l'eau et au feu comme l'avait déjà montré l'incendie de 1532. il n'y avait pas de coups de pinceaux, c'était un négatif photographique parfait visible seulement à 2 m (p. 114).

La fabrication du linceul applique les techniques du 1e siècle, Le sang est du vrai. Max Frei du laboratoire de police de Zurich y a trouvé du pollen de plantes de Palestine.

L'image était floue à l'oeil nu, aurait pu choquer au Moyen Age vu la nudité du cadavre, montrait une jambe plus courte que l'autre.

Le prestidigitaeur Joe Nickell a tenté de fabriquer une image avec de la myrrhe et de l'aloès tendue sur un bas relief. En vain.Elle était déformée, pas monochrome etc.

L'exposition "Fake, the Art of Deception" du British Museum de mars à septembre 1990 qui comprenait une diapositive grandeur nature du suaire, fut l'occasion pour AAU d'envoyer au directeur du musée le 11 août avec copie à diverses autorités une lettre réfutant l'accusation des exposants. Dans une réponse du 23 le directeur répondait qu'il faisait retirer du catalogue la référence au suaire. Le même mois le Vatican désavouait la datation au C14 de l'année précédente.

Ce désaveu par le British Museum du concept de l'exposition impliquait au moins la reconnaissance de la présence d'un vrai cadavre, qui était la thèse du chirurgien Pierre Barbet. La manière dont l'empreinte s'est faite sur le linceul est si précise que le légiste de Los Angeles Robert Bucklin identifie contusions et perforations et une une enflure qui a occasionné la fermeture partielle de l'oeil droit ainsi qu'une fracture du nez et une contusion au bout du nez signe d'une chute.Selon le Dr Barbet la plaie au côté est celle d'une lancea romaine, au niveau du péricarde plein de viscosité et de l'oreillette droite pleine de sang, d'où le fait que de l'eau et du sang en sortirent. L'effet de décalque du suaire inverse les côtés.

La plaie au front est pré-mortem, celle au coeur est post mortem, conformément au récit de l'Evangile sur le coup de lance.

Le visage exprime une majesté, il s'agit d'un homme de 30-35 ans, de type yéménite archaïque d'1m78/80, 77-80 kg (p. 142). Il a reçu environ 120 coups par devant et par derrière de flagrum infligés par deux hommes. On a placé un objet blessant autour de sa tête. Les pieds sont ensanglantés et terreux, la crucifixion a eu lieu à la romaine.

On considère, nous dit AAU p. 145, que Jésus de Nazareth est né en 7 av JC. Nommé responsable de la politique scientifique du CIELT (Centre International d’Etudes sur le Linceul de Turin), l'auteur fut confronté aux tentatives des religieux de prendre l'ascendant sur les scientifique ce qui arriva en 1994. Néanmoins l'association réunie début 1991 décida de s'investir dans la préparation d'un symposium à Rome qu'AAU prépara et dont le but était l'identification du crucifié et la planification du processus de reconnaissance de l'authenticité pour l'ostension de 1998.

La présence de chercheurs russes Ivanov et Kouznetsov hostiles à la datation du British Museum, lors du symposium de juin 1993 renforça AAU.

Outre les concordances entre les caractéristiques du corps et le récit de la Passion dans l'Evangile, deux points sont à souligner : il n'y a pas eu de putréfaction du corps, ce qui aurait détruit l'image, il n' y a pas eu enlèvement car l'arrachement aurait laissé des traces sur le tissu (p. 166).

Toutefois, selon AAU, à l'instigation du Pr Lejeune un projet de communiqué final du symposium faisait l'impasse sur l'annonce de l'authenticité et le sur le point essentiel relatif au non détachement du corps du tissu pour se focaliser sur la contestation de la datation au carbone 14, puis le bureau du Symposium était dissous et AAU remercié avant la publication des actes.

Néanmoins la communauté scientifique avait avancé dans le sens des évangiles puisque le point du non décollement du cadavre (point 18) avait été validé. C'était admettre la dématérialisation du corps. Les médias (TV, radio, René Laurentin au Figaro) donnèrent un écho, mais le cardinal Lustiger resta en retrait et un théologien dans Le Monde le 3 juillet 1996 parla contre toute vraisemblance scientifique d'un possible frottage de statue ou de bas relief contre le suaire pour produire l'image. Le Saint Siège ne relaya pas les travaux du Symposium. La série Corpus Christi sur Arte en 97 remplie d'avis contradictoire faisait de Jésus un être imaginaire et le linceul y fut ignoré.

AAU rappelle que Jésus avait annoncé (Mt 12, 38-40, Mt16, 3-4 et Lc 11, 30-32). Le linceul est l'empreinte même du "signe de Jonas", son "négatif" scientifique. Conformément à la prophétie sur le cheval blanc de l'Apocalypse (le verbe de Dieu vêtu de son linceul de lin) le dragon aurait été lié pour mille ans par le verbe, puis le chiffre des sciences (le règne des mathématiques) aurait vaincu pour mille ans encore l'an 2000 manquant selon AAU la fin d'un cycle.

Depuis lors Arnaud Upinsky n'a cessé de batailler contre la légèreté avec laquelle la Vatican traite les découvertes scientifiques autour du linceul, par exemple la distraction du pape François lors de sa visite au Suaire le 21 juin 2015.

Voilà donc les éléments (troublants) avec lesquels AAU tente de persuader l'humanité de l'authenticité du linceul et de la véracité de la Résurrection que cette authenticité par elle-même implique compte tenu des particularités de l'objet. Je n'ai pas étudié les arguments adverses pour l'instant, mais il faut reconnaître que l'argumentaire d'AAU est très impressionnant.

Lire la suite

La malédiction de Tamerlan

28 Février 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire secrète, #Médiums

Selon la légende, une malédiction pèse sur le tombeau de Tamerlan ; une inscription gravée avertit « Lorsque je reviendrai à la lumière du jour, le monde tremblera ». Il se trouve que la nuit du 22 juin 1941 où l'anthropologue Mikhail Guerassimov (1907-1970) exhuma le corps de Tamerlan, Hitler lança l'opération Barbarossa contre l'URSS. Mikhail Guerassimov est ainsi considéré, dans les anciennes républiques soviétiques, comme le responsable du déclenchement de la Grande Guerre patriotique pour avoir ouvert le tombeau du chef mongol. Il a été redéposé dans sa tombe au Gour Emir, en suivant les rites islamiques, en novembre 1942, juste avant la victoire soviétique à la bataille de Stalingrad. La Croix du 23 février 1942 en p. 3 précise en effet qu'une commission venue de Leningrad a commencé les investigations historiques "il y a un an" contre l'avis des populations locales et continuait son travail protégé par un cordon d'hommes du Guépéou.

Selon Jacques Boudet dans Les Mots de l'histoire (eds R. Laffont 1990) p. 225 Malraux aimait à raconter cette histoire. La même année Tatiana de Metternoch dans "Ma vraie Russie" p. 315 confirme que c'est bien le 22 juin 1941 que Guerassimov put ouvrir le tombeau.

Les malheurs occasionnés par les profanations de tombeaux n'étaient pas rares en Ouzbékistan. P. Chuvin et P. Gentele en 1998 notaient dans "Asie centrale : l'indépendance, le pétrole et l'islam" p. 65  qu'un écrivain militant comme Hamza (qui avait donné son nom à une station de métro à Tachkent) qui s'attaqua au sanctuaire vénéré de Châh-é Mardan, tombeau supposé du calife Ali, et laissa la vie dans cette entreprise impie.

Lire la suite

La faute sexuelle d'Hermas et la sibylle de Cumes

23 Novembre 2016 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Pythagore-Isis, #Histoire secrète, #Anthropologie du corps, #Histoire des idées

Les universitaires athées devraient être plus prudents qu'ils ne le sont, je crois, quand ils abordent des textes antiques, lesquels puisent souvent leur inspiration à des sources métaphysiques obscures.

Il faut être très modeste. Personne ne connaît ces sources. L'aborde "psychologique" ne signifie rien, car la "psyché" est une idole de nos contemporains plus obscure encore que les mystères religieux.

J'en veux pour preuve le début d'un texte connu chez les historiens du christianisme, "Le Pasteur" d'Hermas, recueil de visions qui date de 120 (c'est à dire du règne de l'empereur Hadrien). Hermas est un père de famille, affranchi d'une dame chrétienne appelée Rhodè.

Peter Brown, auteur estimé dans les milieux académiques, réduit l'inspiration prophétique à des "marqueurs identitaires" desquels l'abstinence sexuelle ferait partie (Le renoncement à la Chair, 1995, p. 98) et fait un phénoménologie "neutralisante" (plus que neutre) des visions, en notant par exemple que "des vierges y apparaissent comme des prophétesses" (il se réfère à Eusèbe de Césarée). L'historien présente Hermas, auteur qui allait inspirer l'empire romain jusqu'en Egypte, comme "le seul prophète chrétien dont la vie visionnaire nous soit connue".

Il retrace le passage connu de son livre "Le Pasteur" que j'avais lu en 1995 dans lequel il confesse que, ayant aidé sa maîtresse Rhodè à sortir du Tibre où elle se baignait ("entièrement nue" précise Peter Brown, mais ce n'est pas écrit dans le livre), il avait songé qu'il serait heureux d'avoir "une femme de cette beauté et de cette élégance". Pour Brown, le problème pour Hermas était de se "laver" de cette faute afin de développer sa vocation prophétique et devenir "transparent" pour le Saint Esprit. Hermas, dit-il, enseigne la nepiotes, la simplicité enfantine, pour combattre le désir. Pour lui, il s'agissait de rassembler les "puissances virginales de l'âme" dans les "prairies vertes d'une Arcadie chrétienne", "à l'ombre des jeunes filles en fleur" dit même Brown, qui oppose ce côté "candide" du "Pasteur" d'Hermas à la dureté de la répression sexuelle en milieu chrétien après la multiplication des persécutions par le pouvoir romain païen.

Voilà pour la lecture mi-littéraire mi-anthropologique que Brown fait d'Hermas. Je ne suis pas du tout sûr que sa thèse sur un Hermas "candide" opposé au christianisme dur qui l'a suivi à cause des martyrs tienne la route (car des martyrs il y en a eu depuis la mort de Jésus), et je suis en tout cas à peu près certain que, comme toute la machine institutionnelle des facs de lettres en France, ce dispositif de lecture d'Hermas est surtout fait pour éviter de se poser les bonnes questions (je ne dis même pas espérer d'avoir les réponses) qui nous permettraient éventuellement d'aller au coeur de cette bizarrerie qu'est le livre "Le Pasteur".

La recherche intellectuelle et spirituelle passe par l'étonnement (thaumazein) nous a enseigné Aristote. Brown et ses commentateurs sont là pour le stériliser. Etonnons nous donc, et commençons par nous étonner des petites choses.

Moi, quand je lis le Pasteur, 20 ans après avoir découvert le commentaire qu'en faisait Brown, des tas de détails m'interpellent, à la fois dans le texte lui-même et dans le commentaire que fournissait en 1990 pour les éditions du Cerf un certain Dominique Bertrand, "ancien directeur des sources chrétiennes" - avec lequel je suis tout autant en désaccord qu'avec Brown.

Tout d'abord je note que Bertrand pose comme un élément du consensus universitaire que le ton autobiographique du livre relève de l'artifice. Hermas ne serait pas un affranchi de Rhodè, il ne l'a pas vue se baigner dans le Tibre. Ah bon ? Mais Brown lui ne relève pas de ce consensus. Je sais bien qu'à l'époque on appréciait les romans comme celui de Leucippé et Clitophon dont on a déjà parlé sur ce blog, mais je ne vois pas pourquoi un auteur qui entreprend de décrire une vision dans laquelle sa maîtresse Rhodè lui apparaît aurait inventé de toute pièce l'identité de cette femme. Ce ne serait pas conforme à la notion même de vision prophétique... Je comprends que des éditions catholiques en 1990 (ce ne serait peut-être plus le cas) préfèrent penser qu'Hermas a imaginé la fiction d'une femme se baignant dans le Tibre, mais à ce compte là, ils peuvent aussi classer tous les Actes des Apôtres et tous les Evangiles au registre de la fiction. Faire de la fiction sur des visions religieuses n'a pas de sens.

Bertand (p. 335) nous dit que ce qui était intéressant c'est que cette Rhodè était une dame romaine et il juge que la mention de Rome "n'est pas fictive" (allez savoir pourquoi). Moins polarisé par la papauté que lui, je ne suis pas pour ma part intéressé par la capitale de l'empire. Ce qui m'intéresse le plus, d'un point de vue à la fois spirituel et intellectuel, c'est que la première vision qu'Hermas va décrire, il l'a sur le chemin de Cumes (ville grecque de Campanie). Je dirai un peu plus loin pourquoi c'est essentiel.

Sur ce chemin, tout en marchant, Hermas s'endort (ce que Bertrand juge "invraisemblable", ce commentateur, bien que chrétien, étant devenu si sceptique qu'il ne croit pas au somnambulisme inspiré). "L'esprit me saisit, dit Hermas, et m'emmena par une route non frayée, où l'homme ne pouvait marcher". Voilà un second détail fondamental. Tous les gens qui ont travaillé sur les médiums savent ce que ce passage évoque. L'auteur emploie le mot "esprit", pas Saint Esprit, et ce transport sur une route où l'homme ne peut marcher fait penser rigoureusement à un thème bien connu de l'occultisme : le voyage astral (qui n'est pas forcément nocturne mais est effectivement associé au sommeil)...

Avant de se demander pourquoi Hermas prône la continence sexuelle et quelle "stratégie" éventuelle cela peut servir comme le fait Brown, il faut savoir s'ouvrir à l'altérité antique : dans ce monde là, le voyage astral, l'interprétation initiatique des rêves, le dialogue avec les esprits etc étaient monnaie courante. On ne peut pas comprendre son rapport à sa maîtresse Rhodè sans cela, tout comme d'ailleurs on ne peut comprendre l'acte sexuel de Lucius avec son esclave thrace, qui va le transformer en âne, dans l'Ane d'Or d'Apulée sans connaître son rapport aux démons (qui lui valut de subir, dans sa vraie vie un procès en sorcellerie) et au culte sotériologique d'Isis.

Prenons donc le récit à la lettre : Hermas est sur la route de Cumes, et, en marchant, il vit un "voyage astral". L'endroit est escarpé, "déchiqueté par les eaux" nous dit le texte (les médiums connaissent le rapport du milieu aquatique aux démons). Il traverse le fleuve (ça aussi c'est initiatique), il arrive dans une plaine au sec (donc à distance des démons), là il s'agenouille et prie Dieu, et là il confesse ses péchés parmi lesquels, vu ce qu'il vient de raconter sur l'épisode du Tibre (notez au passage que cet épisode aussi était marqué par l'eau), la contemplation de la nudité partielle ou totale de sa maîtresse figure probablement.

Alors Rhodè surgit dans sa vision et lui dit qu'elle a été transportée au ciel pour dénoncer son péché et que Dieu, dans la perspective de la construction de l'église, est en colère lui. Il se défend en précisant qu'il a toujours considéré Rhodè comme une déesse (puisqu'elle était  "propriétaire" de sa personne) et comme une soeur (puisqu'ils n'ont jamais eu de rapports sexuels). Mais elle l'accuse d'avoir au moins eu un désir dans son coeur quand il l'a sortie du Tibre.

La première vision se termine. Hermas culpabilisant, désespéré, se demande comment réparer sa faute. Alors lui apparaît une vieille dame en habits resplendissants sur un siège garni de laine, blanc comme neige. Cette seconde vision est la réponse à sa question. La dame confirme sa faute, mais souligne que Dieu est irrité parce que ses enfants se sont mal conduits à l'égard du Seigneur et de leurs parents (p. 339 - des commentateurs parlent d'apostasie et de dénonciation aux autorités impériales). Elle l'encourage à raffermir sa maison, puis elle lit un texte dont Hermas ne retient que la fin qui porte sur la louange de Dieu. Quatre jeunes gens enlèvent le siège et s'en vont vers l'Orient. Elle touche la poitrine d'Hermas, lui demande ses impressions, puis deux hommes amènent la vieille vers l'Orient en la prenant par les bras. D'un air joyeux elle lui dit "sois un homme" (comme l'ange dans le martyre de Polycarpe).

L'année suivante Hermas reprend le même chemin. Et là, juste au même endroit, second voyage astral : "un esprit m'enlève" (pas l'Esprit saint...). A nouveau il voit la même femme âgée, debout cette fois, lisant un livre. Il recopie son texte sans le comprendre, puis, au bout de 15 jours de jeûne et de prières (comme Daniel), le texte révèle son sens et ses préceptes : l'abstention sexuelle avec sa femme et l'enseignement de la maîtrise de soi et la fidélité à Dieu aux autres chrétiens par la pénitence (la metanoia).

Voilà pour la troisième vision de Cumes. Hermas ne s'est jamais demandé qui était la vieille dame. En ce sens on est loin du temps où quelques siècles plus tard on jettera de l'eau bénite sur les apparitions pour être sûr qu'elles ne viennent pas du diable. Une quatrième vision vient, on ne sait plus où ni quand, probablement plus sur la route de Cumes, où un beau jeune homme lui demande s'il sait qui était cette vieille femme qui lui a communiqué ce livre. Hermas dit qu'il pense que c'était la Sibylle et le jeune homme répond qu'il fait erreur, que c'était l'Eglise.

La réponse d'Hermas était naïve. On peut penser qu'elle trahit un restant de paganisme comme le fait qu'il dise qu'il considérait sa maîtresse comme une déesse. D. Bertrand rappelle que les Juifs attribuaient déjà à la Sibylle d'avoir prophétisé sur le Messie et que le cantique Dies irae dit "David et la Sibylle l'ont annoncé". Mais à mon avis la question est bien plus compliquée que cela.

Je pense qu'il faut d'abord repasser par Virgile. Les pères de l'Eglise ont dit de lui qu'il avait entrevu la naissance de Jésus. Ce qui est certain c'est que son Enéide contient des vers très beaux sur la Sibylle. La Sibylle est à Cumes (d'où l'importance que les deux voyages astraux d'Hermas se passent sur le chemin de Cumes). Cumes est un oracle d'Apollon, comme Delphes. L'Enéide est une ode à César-Auguste qui, rappelons le, a introduit le culte grec d'Apollon à Rome, se disant lui même fils d'Apollon par un python (ou un serpent de cette famille) qui a fécondé sa mère. Tout cela se tient.

Hermas a pris la vieille femme pour une pythonisse, et il est logique qu'il ait pensé à la Sibylle à cause de Cumes et aussi parce qu'elle lisait un livre comme les livres sibyllins, et donc sa voyance passe par la graphomancie... Qu'une prêtresse d'Apollon l'incite à la chasteté ne l'a pas plus surpris que cela, ni nous non plus quand on pense que les prêtres d'Isis eux aussi étaient privés de tout droit au rapport sexuel. Le rapport  à l'au-delà et à la prophétie suppose l'abstinence dans l'Empire romain quelle que soit la religion en cause (il n'y a pas d'école tantrique, et, peut-être existe-t-il des voies isiaques ou crypto-isiaques - pensons à Astarté - ou chamaniques orgiaques, mais ça ne correspond pas aux voies religieuses prisées par les lettrés qui sont quasiment les seuls porteurs de témoignages des cultes de cette époque auxquels nous ayons accès).

Je pense que tout ce début du récit le marque d'une coloration apollinienne très forte, et donc, pourrait-on dire d'un point de vue chrétien, d'une tonalité démoniaque. On sait que dans la Cité de Dieu quand Augustin (qui d'ailleurs dialogue aussi avec Apulée) raconte que Porphyre rapportait le témoignage d'une païenne dont le mari était chrétien qui avait interrogé la Pythie à propos de Jésus laquelle lui avait répondu que le Dieu des Juifs valait mieux que lui, ce qui donnait argument à Augustin pour voir dans l' "Apollon" de Delphes un démon. Je crois qu'on est ici exactement dans la même atmosphère, en fait plus démoniaque et païienne que chrétenne, de sorte que la comparaison entre les "stratégies" littéraires d'Hermas et celles de ses successeurs autour de la sexualité n'a pas beaucoup de sens. D'ailleurs il n'est pas non plus complètement exclu que les successeurs, même s'ils sont moins marqués par l' "Arcadie" (qui est aussi potentiellement un univers démoniaque, voir l'imaginaire de Rennes-le-Château "et in Arcadia ego") ou par les vierges bucoliques, soient eux aussi potentiellement démoniaques, surtout s'il y a un culte des reliques autour des martyrs. Simplement dans une autre veine... (Et on laissera de côté la question de savoir si les voies démoniaques sont malgré tout, in fine, des voies d'accès à Dieu...)

Restons en là de nos réflexions sur Hermas pour l'instant. Il n'est pas exclu que nous soyons amenés à revenir sur ce sujet dans quelque temps...

Lire la suite

La religion des Yézidis

11 Novembre 2016 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Médiums, #Histoire des idées, #Histoire secrète

La religion Yazidi (yézidie, on adoptera les deux orthographes) professe la croyance en un dieu singulier «suprême» [semblable au dieu biblique] qui se manifeste sous la forme de «Sept Grands Anges", dont le chef est un paon nommé Tawsi Melek. Le paon roi Tawsi Melek est descendu sur terre pour donner vie à l'Adam biblique dans le jardin d'Eden. Par la suite, Eve a été créé. Les Yézidis croient que Adam a réussi à produire une descendance spontanément sans Eve. Adam avait un fils par génération spontanée nommée Shehid bin Jer qui est devenu l'ancêtre de la race Yazidi. Tous les autres peuples sont soupçonnés d'être les descendants de l'accouplement d'Adam et Eve, tandis que les Yézidis sont les descendants d'Adam seul. Selon la légende, l'ange-paon Tawsi Melek (qui est un mélange de Jésus et de Lucifer) a transmis ses connaissances au fils d'Adam Shehid bin Jer qui est devenu le fondement de la religion Yazidi de sa progéniture.


Les Yézidis croient que le jardin biblique de l' Eden était un âge d' or de la sagesse et de la prospérité. Selon eux, le déclin moral a commencé il y a 6000 ans quand le dieu Yazidi a envoyé un déluge pour nettoyer la terre. Ce point est presque identique à l'inondation de l' histoire de Noé dans la Bible. Après le déluge, les Yazidis ont été dispersés en Inde, en Afghanistan et en Afrique du Nord. Il y a 4000 ans, selon la légende, les Yazidis ont commencé à revenir dans le Nord de l' Irak. Dans le XI ème siècle, la culture Yazidi a été réformée par un sage soufi nommé Cheikh Adi. Le cheik Adi a également mis en forme le système moderne des castes yézidies.

Ce système est strictement héréditaire (à la différence des Hindous) et certains disent qu'il a été emprunté à l'Inde. Il existe trois principales castes des Yézidis. Les Cheiks sont la plus haute caste, c'est un mot arabe qui signifie «chef ». Les cheiks sont en outre divisés en sous-castes: Faqirs, Qewels et Kochecks (on mentionne aussi les noms de Samsani, Adani et Qatani défenseurs de la foi). Les Faqirs ou Fakirs (un mot pour soufi) sont les plus élevés des cheiks, ce sont prêtres qui sont souvent pris en charge par les autres castes à travers un système de dîme. Les Qewels sont des bardes ou chanteurs qui assistent à des cérémonies. Kochecks (au féminin Fagras) sont les voyants et médiums qui servent dans les lieux saints de Lalish (dans la province de Dohuk, tout au nord de l'Irak), ils peuvent venir de toute caste. La deuxième plus haute caste sont les Pir, un groupe héréditaire qui prétend descendre d'un saint homme nommé Peer Alae. Les Pir sont soupçonnés d'avoir des pouvoirs mystiques. Les Pir sont présents à toutes les cérémonies de mariage, d'enterrement et de naissance et aident les Sheik. Ils sont également des conseillers. Chaque Yazidi de chaque caste est tenu de prendre un Pir et un Sheik comme guide pour la vie. Enfin, il y a la caste Murid héréditaire qui sont les «roturiers» qui sont les «roturiers» ou les "disciples" .

Les Yézidis ont également deux positions officielles fondées sur la caste et l'hérédité. Le «Mir» est le prince des Yézidis. Il est le chef temporel et religieux du peuple Yazidi et parle en leur nom au niveau national et international. C'est aussi le chef de l'Etat théocratique Yazidi, il occupe une position héréditaire et les membres sont issus de familles Sheikh spécifiques appelées «familles Col». Après le Mir vient le Baba Cheikh, appelé le «pape» de Yazdinism. Baba signifie «père» et le Baba Cheikh est le chef spirituel de la communauté Yazidi, mais ce Cheikh est subordonné au Mir dans tous les domaines temporel et spirituel.

Les fêtes des Yézidis.


La nouvelle année Yazidi ressemble à Pâques. Elle est célébrée le mercredi et commémore le moment où Tawsi Melek est descendu sur terre pour apaiser un tremblement de terre et de répandre ses couleurs de paon. Ce jour-là, les Yézidis peignent des oeufs (tout comme certains chrétiens orthodoxes le jour de Pâques). Il y a aussi un banquet tenu dans les cimetières pour honorer les morts.  La Parade des Sanjaks est marquée par la procession du paon sacré à travers les villages (il est normalement logé dans la résidence du Mir). Le paon est dit avoir été amené de l' Inde par la diaspora yézidie.  Le jeûne du Sacrifice est de 40 jours de jeûne. Il est observé par les hommes saints de Lalish à la mi-Février. Il commémore le jour où l'Abraham biblique a tenté de sacrifier son fils Ismaël (c'est le nom musulman qui est retenu). La fête des sept jours fête a lieu au début Octobre et est un moment où Yazidi faire un pèlerinage à leur saint sanctuaire de Lalish. Durant cette fête un boeuf est chassé et lorsqu'il a été capturé, il est abattu et cuit. La viande est distribuée parmi les participants au sacrifice, ce que certains rapprochent de la fête juive de Korban. Le jeûne de trois jours du lever au coucher du soleil de Décembre ressemble à la fête islamique du Ramadan. Les Yézidis doivent prier 5 fois par jour (comme pour les musulmans). Les Yézidis ne doivent pas effectuer leurs prières en présence d'étrangers. Le samedi est considéré comme un jour de repos (comme le sabbat juif).

Les Yézidis croient en la réincarnation comme les hindous, mais ils ne sont pas incinérés comme eux. Ils disent qu'à leur mort, leur âme rencontre dans l'au-delà le soufi Sheik Adi qui les interroge sur leurs pratiques sexuelles passées. Les rapports sexuels avec des non-yézidis ou des personnes d'autres castes pourrait interdire à un Yézidi d'entrer dans le paradis. Certains Yazidi croient en enfer, d'autres croient que les flammes de l'enfer ont été éteintes par les larmes de Tawsi Melek. Les Yézidis croient qu'ils se réincarnent jusqu'à ce qu'ils atteignent un niveau de pureté qui leur permet de monter au ciel pour l'éternité. Les Yézidis impurs sont punis en se réincarnant dans le corps d'un non-Yazidi, ce qui est la pire punition possible.

Jésus joue un rôle important dans cette religion.


Ils considèrent les chrétiens comme leurs amis les plus proches. Les Yézidis ont hébergé chrétiens pendant le génocide arménien et des chrétiens ont aidé des Yézidis à fuir vers l' Europe et l' Amérique sous la dictature de Saddam Hussein en Irag. Jésus est reconnu comme un grand prophète de Tawsi Melek et son nom est invoqué dans les prières des Yazidis. Ils prétend que le charpentier yézidi nommé Yosef Nagar (comme Joseph dans l'Evangile) habitait à Jérusalem lorsque Jésus était un jeune garçon et a enseigné au futur «prophète» les pratiques et l' art de la guérison par les herbes. Les livres saints des Yézidis affirment que Tawsi Melek était un guide et qu'il aidait Jésus. Le dieu Yazidi est dit avoir envoyé Tawsi Melek pour déplacer la pierre qui bloquait la tombe de Jésus et qu'il était un ange protecteur qui est resté à proximité. Le réformateur Sheike Adi est réputé avoir été un sectateur de Jésus. Son maître sufi al-Hasan al-Barsi avait proclamé qu'il n'y a pas de messie "madhi" mais que Jésus était ce madhi.

Il existe aujourd'hui des tentatives d' "inculturation", c'est à dire d'introduction du catholicisme dans le yézidisme. Selon le site hindou Hindugeopolitics, le chrétien templier basé en Arizona Mark Pinkham essaie de fusionner catholicisme, yézidisme et hindouisme, dans le concept de hidzianité à  travers le dieu de la guerre hindou au paon Murugan, Melek Taus et Jésus. Il dirige un Ordre International des Templiers Gnostiques (International Order of Gnostic Templars ™ - IOGT) et son dernier livre “Guardians of the Holy Grail: The Knights Templar, John the Baptist and the Water of Life" tente de placer le Jardin d'Eden et la lignée des prophètes du «Saint Graal» tels que Jésus et Jean-Baptiste dans le prolongement de l'hindouisme du Sri Lanka. Ce gnosticisme est aussi très tourné vers la déesse mère comme le Da Vinci Code. La revue en ligne Covertwires en septembre 2014, juste après le génocide de Sinjar, a interviewé ce gourou de secte sur son livre de 2002 The Truth Behind the Christ Myth: The Redemption of the Peacock Angel. 

Mark Amaru Pinkham dirige aussi le site YazidiTruth.org . Déjà en 2007 il faisait campagne contre le "génocide" des yézidis en soutenant le témoignage du fakir Kawwal Khoudeida Hasan qui dirigeait une communauté d'une cinquantaine de familles yézidies dans le Nebraska.

 

La baronne Nicholson de Winterbourne, ambassadrice pour le commerce du gouvernement de Mme May, au sanctuaire de Lalish, novembre 2016

La baronne Nicholson de Winterbourne, ambassadrice pour le commerce du gouvernement de Mme May, au sanctuaire de Lalish, novembre 2016

Lire la suite

Esther et Nuremberg

16 Octobre 2016 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées, #Histoire secrète

Au moment de la sentence du procès de Nuremberg, selon Newsweek 28 octobre 1946, p. 46, un des dix condamnés qui seront pendus (le 16 octobre 1946 nuit d'Hosana raba 7e nuit du soukot année 5707, du jugement de Dieu), Julius Streicher, devant la potence, crie haut et fort "Purimfest 1946 !", fête d'Esther (qui se célèbre en mars), et là les Juifs ont su qu'Esther a vu la réincarnation des puissances des ténèbres qui étaient dans les 10 fils d'Aman 2 500 plus tard.

Si l'on considère que chaque mention du mot "roi" dans le livre d'Esther signifie Dieu (comme le suggère un Midrash) quand Esther, après la victoire des Juifs, faisait cette prière d'intercession à Dieu (Esther 9:13) "Si tel est le bon plaisir du roi, les Juifs de Suse ne pourraient-ils pas appliquer encore demain le décret porté pour aujourd'hui", elle allait obtenir de lui que les fils d'Aman déjà pendus soient pendus à nouveau dans l'avenir... en la personne des 10 nazis.

Hitler avait mis son argent en Suisse sous le nom de Max Ammann.

Lire la suite

Ufologie - démonologie

19 Août 2016 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire secrète

Dans une de ses vidéos le pasteur Allan Rich livrait un témoignage sur un homme qui a acquis la certitude de l'existence des réincarnations en entendant une conférence sur les OVNIs. Le pasteur libérien Blahyi ex-général Butt Naked dans son livre de mémoires raconte comment son propre père a reçu la visite de sa divinité un jour qui, pour le punir, paralysa complètement son corps et le démantela presque, au point que ses yeux tombaient quasiment des orbites. J'ai entendu dans une conférence sur le Net il y a un mois un ufologue porter un témoignage semblable sur une personne enlevée par un prétendu OVNI. Et un des maîtres à penser des voyantes de Medjugorje (lieu d' "apparition mariale" catholique en Croatie) ancien moine franciscain a fini par écrire sur les OVNIs. Voilà qui évoque peut-être la possibilité d'une parenté entre ufologie et démonologie.

Lire la suite

"Constance de Rabastens, mystique de Dieu ou de Gaston Fébus ?"

14 Août 2016 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire secrète, #Médiums, #Notes de lecture, #Ishtar

"Constance de Rabastens, mystique de Dieu ou de Gaston Fébus ?"

Il y a près d'un an je vous ai parlé de la visionnaire Jacqueline-Aimée Brohon (1731-1178) voir le billet ici que j'ai transformé ensuite en article pour la revue "Connaissance de l’Eure" n° 178 (4e trimestre 2015). Changeons de siècle, et intéressons nous à une autre visionnaire fascinante : Constance de Rabastens, et à son approche du chevalier Gaston Phébus (1331-1391). Je me suis demandé si cette visionnaire pouvait nous aider à saisir la signification occulte, ésotérique, de cette époque-là (et l'on a vu avec mon précédent billet sur le général Butt Naked combien cette dimension de l'histoire était incontournable, aujourd'hui comme au Moyen-Age).

Comme l'indique l'historienne Régine Pernoud dans sa préface au livre de référence à son sujet est paru en 1984 aux éditions Privat (Toulouse), Constance de Rabastens (née en 1340 ?) fut la visionnaire par excellence sur Gaston Phébus, comme un siècle plus tôt Sainte Douceline de Digne (1214-1274) le fut sur Charles d'Anjou (frère de Saint Louis et roi de Naples, le père du découvreur des reliques de Ste Baume). L'historienne les qualifie de "mystères" et les compare toutes deux à la voyante Sainte Hildegarde de Bingen (déclarée docteur de l'Eglise par Benoît XVI en 2012) dont le Livre des œuvres divines ne fut traduit en français par Bernard Gorceix que deux ans avant la publication du livre sur Constance de Rabastens (on notera d'ailleurs que Régine Pernoud se demande si Constance ne mérite pas le titre de sainte, un débat qui valut aussi pour d'autres visionnaires comme l'espagnole Marie d'Agreda au XVIIe siècle et l'allemande Anne-Catherine Emmerich au XIXe et qui, en effet, mérite de rester ouvert).

Avant Hiver-Bérenguer, Constance de Rabastens n'était pas inconnue de l'historiographie. Noël Valois (185-1915), dans La France et le grand schisme d'Occident. 1896 T. 2 écrit (p. 327) "Le puissant Gaston Phoebus passait pour urbaniste (partisan du pape Urbain) : une voyante albigeoise, Constance de Rabastens, le désignait même comme le sauveur appelé à restaurer l'autorité du pape italien". P. 368 il développe à propos de cette Constance : "Trois ans durant (1384-1386), cette femme se figura entendre des voix célestes prononcer la condamnation du pape et des cardinaux d'Avignon ou annoncer le triomphe définitif du pape de Rome, celui qu'elle appelait « l'homme juste. » Elle crut apercevoir en enfer trois cardinaux, et parmi eux Pierre de Barrière, dit le cardinal d'Autun : c'était celui que les démons persécutaient le plus. Clément VII lui apparut tantôt sous les traits d'un lépreux qui communiquait sa lèpre aux gens de son entourage, tantôt sous ceux d'un navigateur qui s'abîmait dans les flots avec le vaisseau sur lequel il venait de s'embarquer, ou bien encore environné de fumée et de ténèbres, tandis qu'au dessus de sa tête un ange brandissait une épée nue sanguinolente. Le comte de Foix Gaston Phoebus jouait dans ces visions le rôle d'un sauveur appelé à rétablir l'autorité d'Urbain, comme aussi à prendre sur Charles VI un ascendant heureux. Par contre, il n'était pas d'anathème que la voyante ne lançât contre les Armagnacs, traîtres au roi et vendus au démon. Telles sont les prétendues révélations que Constance ne se lassait pas de communiquer à son fils, religieux du couvent de la Daurade, à son confesseur, voire même à l'inquisiteur de Toulouse. Sans se faire illusion sur les suites probables de sa témérité, elle allait bravement au-devant de l'épreuve, se croyant appelée à restaurer la foi. Longtemps elle paraît avoir vécu en paix, jouissant même dans la contrée d'une certaine considération. Mais un mot d'un témoin de ses hallucinations nous renseigne sur son sort : certains détails, dit-il, furent donnés par son fils, quant ella fo encarcerada. Rien ne permet, d'ailleurs, d'évaluer la durée de l'emprisonnement qui, s'il ne termina pas, interrompit du moins la mission de la voyante urbaniste de Rabastens". Valois dit tenir cela d'Amédée Pagès (1865-1952) qui, lorsque le premier écrit son livre sur le schisme, s'apprête dit-il en note de bas de page à publier "un curieux mémoire en langue catalane" à son sujet. Pagès le lui a fait lire (il s'agit du texte publié dans les Annales du Midi 8, 1896, p. 241-27 sur lequel Hiver-Bérenguier allait travailler). Le moins que l'on puisse dire à la lecture de ces lignes est que Valois n'a pas une très haute opinion de la visionnaire (ce qui explique peut-être qu'Hiver-Bérenguier n'y fît pas référence en 1984).

L'histoire du livre d'Hiver-Bérenguier de 1984 mérite un petit développement à titre préalable, car, comme c'est souvent le cas des grandes découvertes, Constance de Rabastens n'a été redécouverte que du fait du "hasard" (qui n'existe pas), et non dans le cadre de programmes de recherches universitaires bien établis. Dans son édition du 6 janvier 1980 (deux ans après la diffusion de la série à succès "Gaston Fébus ou le Lion des Pyrénées" sur Antenne 2), le journal Le Monde publie une longue étude de l'historien de l'université de Rouen André Vauchez intitulée "Les sœurs de Jeanne", résumé de sa conférence d'octobre 1979 au colloque d'histoire médiévale d'Orléans (c'était du temps où Le Monde, d'un plus haut niveau qu'aujourd'hui, diffusait des résumés de conférences universitaires), qui cite des visionnaires : Jeanne-Marie de Maillé, Marie Robine (Marie de Gascogne) et Constance de Rabastens du Tarn. Jean-Pierre Hiver-Bérenguier, docteur en chirurgie dentaire (mais oui !), enseignant à l'université Paris VII mais originaire de ce village se rend compte qu'il n'a jamais entendu parler de cette mystique et écrit au professeur Vauchez pour lui proposer de défricher le sujet. Vauchez lui transmet sa source : les Annales du Midi de la fin du XIXe sècle où se trouvait le transcrit en catalan des Révélations de Constance de Rabastens. Pendant deux ans, avec le soutien de Vauchez, de Régine Pernoud, de Dom Grammont, père de l'abbaye Notre-Dame du Bec Hellouin, et du médiéviste Philippe Wolff, Jean-Pierre Hiver-Bérenguier avale "plus d'une centaine de livres" et pond en deux ans ce livre que la préfacière couvre d'éloges. Voilà une histoire peu commune pour un livre, mais celle de la visionnaire l'est encore moins.

Le dimanche 29 juin 1386, fête de la Saint-Paul, en l'église Notre Dame à la messe de l'aurore dans la chapelle Saint Jean, la très pieuse dame Constance, 45 ans, s'est remise à prophétiser, ce qu'elle fait déjà depuis cinq ans. Au début il y avait les visions la nuit, puis à n'importe quel moment de la journée et surtout quand elle prie aux offices de l'église ou du couvent des Cordeliers. Elle prophétisait sur les papes d'Avignon et de Rome, sur les malheurs du jeune roi de France en guerre contre les Anglais. Elle annonce la fin du monde, la victoire des Sarrasins disciples de l'Antéchrist, mais aussi une victoire de Gaston Phébus, comte de Foix et vicomte de Béarn, qui ramènera la paix. Au moment de la lecture de la deuxième Epître à Timothée "fais œuvre de prédicateur..." Constance entre en transe, les yeux fixés sur le Christ en Majesté sur la voûte, le corps raide insensible et répète "Des signes, oui, des signes..." et puis : "Le soleil... la lune... les étoiles sur toutes les terres !" (p. 17).

Le soir même son confesseur Raimond de Sabanac consigna ce qu'elle dit avoir vu, au paragraphe 55 des Révélations (sur 63). Tout le livre des Révélations est ainsi composé. En l'occurrence, lors de cette extase elle entendra Jésus lui dire que le vrai pape de Rome est le soleil, la lune les cardinaux qui ne veulent pas recevoir sa lumière du soleil, les étoiles les théologiens qui se taisent, les princes sont la Terre, Constance est sa flêche, le soleil s'imposera. Hiver-Bérenguier en s'appuyant sur un livre de Salembier de 1902 sur le grand schisme rapprochera (p. 95) cette vision de celle de Pierre d'Ailly, disciple de Joachim de Flore, qui, en s'aidant de l'astrologie, prédit dès 1414 la Révolution de 1789. D'Ailly en 1385 aurait annoncé l'Anté-Christ en ces termes : "Il y aura des signes dans le ciel, dans le soleil, la lune et les étoiles. Le soleil, ce sont les prélats ; la lune, ce sont les princes : le rayon de leur justice s'obscurcit ; les étoiles ce sont leurs membres inférieurs : la grâce disparaît en eux tous." (Sermo III, De advetu domini).

Clémence a des visions importantes sur les partisans de Clément VII pape d'Avignon et leur mort. Le 6 novembre 1384, alors qu'elle pense à la cruelle reine Jeanne Ière de Sicile assassinée en 1382, la Voix lui dit que "la mesure avec laquelle la reine avait mesuré a servi de mesure pour elle-même". La visionnaire annonça même en 1384 à un seigneur venu la consulter la mort de Louis d'Anjou, roi de Naples qui, après qu'il eut manqué le trône de France, avait mené une expédition militaire contre Rome à la demande de Clément VII : "Tu diras que mort est celui qui portait le signe de la Bête, c'est à dire le duc d'Anjou." Elle lui révèlera aussi en mars 1384 la trahison du comte d'Armagnac à l'égard du roi de France Charles VI, qui n'allait être connue que deux mois plus tard. La Voix lui parle aussi de Ninive alors qu'elle n'en a jamais entendu parler.

En 1384 ou 1385, la Voix qui lui a parlé des Flandres lui dit 20 fois que dans 7 ans le royaume de France "viendra à grand bouleversement, c'est-à-dire abattement" du fait du soutien aux papes d'Avignon et en effet en 1392 le roi sombra dans la folie.

Ses prédictions d'Apocalypse rejoignent celles de St Vincent Ferrier peu de temps après, l'image des ailes qui la libèreront sera aussi donnée à Jeanne d'Arc et se trouve dans l'Apocalypse ch 22 (la Vierge s'envole au désert pour échapper au Dragon).

Gaston Fébus est un personnage central des visions de dame Constance. Né sous le signe du taureau en 1331 (signe de la terre, il a le taureau et la vache sur son blason), il a un côté paysan têtu ombrageux mais aussi vénus en dominante, un côté artiste, séducteur. Il est entouré d'une légende à cause de ses victoires militaires, de sa richesse, et on lui prête un don de devin pour connaître ce qu'il se passe sur ses terres. Il a tué son fils en 1382.

Selon le notaire Michel du Bernis, archiviste de Fébus (dont la version selon Cabié en 1879 serai la plus fiable), le dimanche avant la Madeleine de 1381, à Rabastens Fébus livra bataille à des hommes de son rival duc de Berry, comte d'Armagnac qui venaient de piller le Lauragais et en emprisonna certains, massacra les autres. Cette victoire chevaleresque marque les Rabastinois qui en ont été témoins sous leurs remparts.

On ne sait rien de Constance, sauf qu'elle est veuve, qu'elle a une fille et un fils moine. Elle assistait à tous les offices, un baron bordelais et un seigneur clerc l'ont consultée. Elle a été jugée par l'Inquisition sur un faux témoignage et innocentée.

Son confesseur et secrétaire (comme pour Hildegarde) dont Hiver-Bérenguier dit qu'il pourrait être un homme de Fébus a introduit le livre par une mise en garde contre les visions, comme Gerson 30 ans plus tard. Il les a notées dans le désordre. Il les a écrites de 1384 à 1386, et à propos d'une vision du 4 octobre 1384 dit que Constance en avait depuis plus de deux ans.

Vers 1881 donc (peut-être après la bataille de Rabastens, mais Cabié lui situera l'événement fondateur des visions en 1374, cf Madeleine Jeay) elle voit une montagne de cadavres et une voix lui dit qu'il y aura des cadavres mais que ce qu'elle entendra sera a vérité. Elle pense que cela vient de Jésus. A la mort de son mari peu après, la voix lui annonce qu'elle quittera le monde comme une moniale. Elle se rendra souvent au couvent des cordeliers. Jésus lui apparut une fois comme un homme habillé de satin, une autre comme un seigneur sur son trône, puis nu couvert d'un manteau blanc portant une grande croix à la main et en colère, une autre dans sa vision Jésus dans l'église se détache de sa croix puis, après qu'elle lui ait baisé les mains, frappe des gens avec un bâton et demande qu'on le remette en croix (p. 87). Elle vit aussi la Trinité. Beaucoup de ses visions sont aussi des paraboles : arbre vert, cygnes, brebis remparts, navires qui sont des métaphores de villes, de la papauté etc.

A propos de Fébus, le mardi 9 mais 1384, la Voix lui dit "Alors se dressera la Grue à la tête vermeille, c'est à dire le comte de Foix, qui redressera l'Homme juste, c'est-à-dire le pape de Rome et le replacera sur son Siège. Et de la même façon que vint Vespasien pour détruire Pilate, viendra le comte de Foix pour détruire Armagnac. Alors il dominera le royaume tellement, et il y aura telle grande union entre le Roi de France et le comte de Foix, que le Roi en de nombreuses choses obéira au comte. Et après, le comte prendra le commandement du Saint Passage !" (§26).

Un petit cousin de Fébus en 1445, Gaston IV, nomma son cheval de parade la Grue. Fébus dans un de ses poèmes se décrit comme "prince illustre à la tête couronnée de flammes". Pline parle de la grue symbole de vigilance qui dans l'eau tient dans sa patte une pierre pour qu'elle l'entende tomber si elle s'assoupit. La mère de Constance le lui avait enseigné. Hiver-Bérenguier renvoie aussi au conte persan de Faride Ouddin Attar, sur le voyage initiatique des oiseaux. "La Vache sera à l'ombre de la Fleur". Vache du Béarn, Fleur de Lys de France, le Saint Passage c'est la Croisade. Catherine de Sienne, elle, tenta de pousser un condottiere à la Croisade.

Le thème du dernier monarque avant la fin des temps qui sauvera la France remonte à St Césaire, évêque d'Arles au VIe siècle (révélées en 1524 par Jean de Vatiguero). Merlin le Gallois annonça le schisme, le rôle d'une jeune Lorraine et du grand monarque, ce que révéla Jeoffroy de Monmouth en 1152. Nostradamus le développa aussi. Eric Muraire dans son Histoire et Légende du Grand Monarque (Albin Michel, 1975) le retrouve chez 76 voyants (dont 30 femmes) dont 44 français, jusqu'à Garabandal.

Constance se plaignit que cette prophétie lui incombât (elle fut souvent passive à l'égard des messages qu'elle recevait, n'était pas une mystique souffrante ou stigmatisée comme le furent tat d'autres), mais la Voix (§ 53) lui rappela le rôle de la femme dans la révélation des derniers sceaux de l'Apocalypse. Hiver-Bérenguier note que Fabre d'Olivet dans Histoire Philosophique du genre humain insiste sur le rôle prophétique des femmes du fait de leur sensibilité nerveuse depuis la Protohistoire. Naturellement le fait que beaucoup ne se soient pas réalisées (notamment celle sur l'Apocalypse prochaine) ne compte guère, les prophéties étant le plus souvent conditionnelles.

Pour avoir une approche un peu plus complète de ce que les visions de Constance de Rabastens peuvent nous dire de leur époque, il faudrait peut-être les comparer à celles de sa contemporaine Marie Robine (Marie de Gascogne) qui, elle, défendait Clément VII d'Avignon. Pour savoir si les visions de cette Constance venaient de Dieu ou du diable, il faudrait une analyse aussi limpide que celle d'Augustin Viatte à propos de celles de Jacqueline-Aimée Brohon (qu'il reliait intelligemment aux hérésies de Rousseau et du romantisme)

Hiver-Bérenguier détaille la mystique de Constance de Rabastens, note par exemple l'absence des Saints, notamment de Marie, et le peu d'importance qu'elle accorde au péché (elle estime, comme Fébus dans ses Oraisons, que Dieu ne peut pas condamner sa propre créature). Le dernier point a des relents d'hérésie qui donne une couleur un peu démoniaque aux visions (de même aussi son utilisation de Ninive oubliant que dans Jonas Dieu a pardonné à cette ville d'Assyrie) quoique l'Inquisition ait innocenté la mystique (mais certains sousentendent qu'elle ait pu agir sous la pression de Fébus). Un théologien serait mieux à même que nous d'en juger ...

----------

Voir aussi

R. CABIÉ, Une mystique? Réflexions sur Constance de Rabastens, in Cahiers de Fanjeaux, 23 (1988), pp. Cahiers de Fanjeaux, 23 (1988),37-55;

R. Cabié, Révélations de Constance de Rabastens. Édition, traduction et commentaire, Barcelone, facultat de theologia de Catalunya-Institut catholique de Toulouse, 1995, p. 40.

H. CHARPENTIER, La fin des temps dans le Livre
des Oraisons de Gaston Fébus et les Révélations de Constance de Rabastens, in Fin des temps et temps
de la fin dans l’univers médiéval, in Cahiers de Senefiance, 33 (1993), pp. 147-62

Renate Blumenfeld-Kosinski, « Constance de Rabastens: politics and visionary experience in the time of the Great Schism », Mystics Quarterly, 25, 1999, p. 147-168.

M. Jeay, « Marie Robine et Constance de Rabastens : humbles femmes du peuple, guides de princes et de papes», Le petit peuple dans l’Occident médiéval, éd. P. Boglioni et C.Gauvard, Paris, Presses de l’Université de la Sorbonne, 2002, p. 579-594.

Madeleine Jeay, La transmission du savoir théologique, Le cas des femmes mystiques illettrées, CRMH p. 223-241

Celle-ci travaille surtout sur la comparaison entre les visions de Constance et le discours ou les images théologiques dans lesquelles elle baignait, ses interactions avec son entourage, une approche en vogue dans les sciences humaines actuelles mais qui ne m'intéresse guère, exemple :

"Le troisième canal par lequel les fidèles ont eu accès à ce savoir, comme nous l’a indiqué l’exemple de Constance de Rabastens, est celui de l’image, en conjonction avec les pratiques dévotionnelles et liturgiques, par l’intermédiaire du livre et de la lecture ou bien des programmes iconographiques des églises. Ses révélations illustrent clairement le lien étroit entre le contenu de ses visions et celui des chapitres du Livre des Révélations dont on lui fait la lecture. On sait la part qu’occupe l’illustration dans les apocalypses pour accompagner le texte, notamment celles en français, ce qui en faisait de remarquables outils pédagogiques.

Parallèlement aux scènes de l’Apocalypse, Constance a été marquée par les peintures qui recouvraient l’église Notre-Dame du Bourg, en particulier par celle qui figurait dans la chapelle Saint-Martin. L’apparition qu’elle reçoit aux environs de 1374, d’un arbre chargé de fruits surmonté d’un nuage où siègent vingt-quatre vieillards, combine les chapitres 2 et 22 de l’Apocalypse avec la peinture de l’Arbre de Vie de la chapelle. Le lignum vitae et l’image de l’arbre évoquent saint Bonaventure et l’ouvrage par lequel il a diffusé sa doctrine théologique, où elle lui sert d’outil pédagogique pour favoriser la compréhension et la mémorisation."

Lire la suite

Le "général cul-nu" (butt naked) Joshua Blahyi, devenu pasteur (Liberia)

11 Août 2016 , Rédigé par CC Publié dans #Nudité-Pudeur en Afrique, #Histoire secrète, #Christianisme, #Médiums, #Notes de lecture

Vous vous souvenez que, dans mon livre la Nudité Pratiques et significations, j'ai parlé du général Butt naked (Joshua Blahyi)), qui, se battant nu au Libéria au cours de la guerre civile des années 1990, a fait périr au moins 20 000 personnes . Devenu pasteur protestant, il raconte sa conversion dans "The redemption of an African Warlord" (editions Destiny Image, 2013), une expérience que son préfacier Bojan Jancic qualifie de d'histoire de conversion "la plus radicalement fascinante depuis Saint Paul".

J'avais classé le combat nu de ce général comme celui des Celtes, dans la rubrique la "nudité-affirmation". Mais selon Blahyi il s'agissait d'une nudité humiliante : "Je devais me battre 'cul nul', écrit-il dès la page 19, parce que c'était l'exigence de la force spirituelle qui me donnait le pouvoir. C'est juste un exemple de jusqu'où Satan peut aller pour humilier un être humain au nom de son intention de lui donner un pouvoir".

Il explique que la tribu guerrière dont il est issu croyait beaucoup au pouvoir immanent et exigeait des vaincus un renoncement par traités rituels à leur souveraineté pour ne pas être ensorcelée par eux. Ces guerriers professionnels avaient pour chef non le plus âgé comme d'ordinaire en Afrique mais le plus fort. Une branche, les Sarpo-Krahn, renonça à la guerre et s'établit à Greenville sur les bords de l'Atlantique, mais ils furent massacrés par leurs frères guerriers Krahn après avoir rencontré des missionnaires et tenté à leur tour de les évangéliser. Un survivant, Saydee fut "empowered", doté d'un pouvoir, ainsi que ses compagnons, par l'esprit Nya-Ghe-a-weh pour venger les siens grâce à un talisman (qui envoûtait avec un éternuement cf p 28, j'ai aussi vu cela avec des mediums), avec notamment un pouvoir de voler et disparaître à volonté. Sa vengeance réalisée, Saydee devint grand prêtre de Nya-Ghe-a-weh que lui et ses descendants seraient les seuls à voir et Nya-Ghe-a-weh choisirait à loisir ses prêtres dans cette ethnie qui sont en fait désormais "ses guerriers".

Alors que l'ethnie avait perdu Greenville face aux Kru, l'oncle du grand père paternel de Blahyi, séduit par l'éducation occidentale du gouverneur proposa à sa tribu d'abandonner ses traditions. En raison du refus de Nya-Ghe-a-weh il fut banni du clan, mais poussa l'arrière grand père de Blahyi à baptiser son fils (le grand père de l'auteur qui allait être un bienfaiteur de la tribu) et poursuivit clandestinement l'éducation de sa tribu.Tous ces éléments sont importants pour comprendre les malédictions sur plusieurs générations dont parle la Bible.

Le frère préféré du père de l'auteur mourut assassiné dans des circonstances assez mystérieuses le jour de la fête de l'obtention de son baccalauréat (p. 48) par des gens qui voulurent lui montrer que l'éducation ne sert à rien. Cet oncle mourant fit jurer au père que leur nom de famille serait placé parmi les lettrés. Ainsi engagé dans le combat pour l'éducation, le père de l'auteur devint comptable spécial du ministre des finances Steven A.Tolbert, le frère de William qui fut un président progressiste de 1970 à son assassinat en 1980, mais il dut devenir grand prêtre de sa tribu selon les lois coutumières. Nya-Ghe-a-weh exigea que son fils ainé fut éduqué dans la tradition pour pouvoir le seconder utilement et lui succéder le moment venu.

La première femme du père de l'auteur, Ma Saybah, une Lorma du comté de Lofa, faisait partie de la société secrète des Sande. Le fils ainé Benedict-Nnawyieee fut initié par la société secrète des Poro de l'ethnie maternelle. Il en résulta qu'au village l'oracle de Nya-Ghe-a-weh le rejeta comme prêtre et lui lança une malédiction "d'instabilité". La mère de l'auteur, déjà mariée et mère, mais qui était une personnalité importante, fut choisie par les vieux du village pour enfanter le prêtre enfin digne qu'exigeait Nya-Ghe-a-weh. Un sortilège fut fait pour que le père de l'auteur couchât avec elle à Monrovia, et de cet accouplement naquit l'auteur. Mais la première femme fut furieuse. Elle tenta de retrouver sa rivale par des devins mais n'y parvint pas pendant la grossesse car celle-ci à Monrovia était protégée par Nya-Ghe-a-weh. A la naissance de l'auteur, Ma Saybah envoya une prophétesse auprès de sa mère qui lui offrit une pièce de 25 cents comme cadeau. L'enfant joua avec mais elle disparut par miracle. Une sorcière dit à la mère de l'auteur que son fils était un enfant bizarre à surveiller avec prudence.Après l'échec de la malédiction de la pièce, Ma Saybah convainquit le père de ramener le fils au village auprès du demi-frère Benedict mais échoua aussi à le détruire. Comme l'auteur était doué pour l'école, le père refusa de le nommer grand prêtre et même enfanta un autre bébé pour qu'il occupe cette charge. Nya-Ghe-a-weh le punit d'abord en accablant le fils d'une maladie puis au bureau du père à Monrovia en provocant chez celui-ci des tremblements terribles alors que son staff était endormi et le menaça de tuer son fils s'il continuait de désobéir.

Le père fit admettre par Nya-Ghe-a-weh que son fils devînt prêtre à sa place, bien que fort jeune, ce que le dieu accepta dans un rêve. L'auteur lors de son initiation comme prêtre vit Nya-Ghe-a-weh. Pendant plusieurs jours le dieu lui montre les actions de sa belle-mère contre lui, le poids d'une ombre sur sa vie, les trahisons et lâchetés des ancêtres. L'enfant promet d'être fidèle à Nya-Ghe-a-weh qui lui assure qu'il lui réserve un destin exceptionnel.

Joshua Blahyi raconte le détail de son initiation (il affirme que Jésus aujourd'hui l'incite à le faire sans crainte pour démystifier son ancienne idole), et notamment comment son dieu le fait sauter de son rocher sacré, lui fait manger de la chair humaine, lui donne ses pouvoirs surnaturels d'invulnérabilité etc. Le récit rappelle exactement les récits européens antiques et les légendes africaines, sauf que là ça ne se donne pas du tout comme des légendes mais bien comme une histoire réelle survenue il y a une quarantaine d'années.

Après cela c'est comme le mécanisme d'une machine infernale qui se déclenche.Blahyi raconte comment il recrute des prêtres et des sorciers à son service et au service de Nya-Ghe-a-weh, et s'assure la fidélité des gens par des envoûtements, des sorts jetés sur la nourriture, sur l'eau etc. Blahyi doit effectuer des sacrifices d'enfants pour Nya-Ghe-a-weh aux nouvelles lunes. Il explique comment il pénètre par le sommeil dans l'esprit des gens qu'il veut tuer, capture cet esprit de sorte que le corps reste en état de mort clinique au petit matin, disponible ensuite pour le rituel anthropophage.

Une fois il a peiné à avoir le corps d'une petite fille parce que sa mère était chrétienne (il ne pouvait acheter la confiance de la fille même en lui faisant un cadeau car elle le refusait) mais Nya-Ghe-a-weh tenait à ce qu'il réussisse. Il a alors abusé d'une faiblesse de sa mère. Comme il n'était encore qu'un enfant - quoique déjà grand prêtre - il lui offrit un pièce de 25 cents, comme sa belle mère l'avait fait à sa mère par le truchement d'une "prophétesse". La mère accepta, les gens du voisinage s'amusèrent en disant que c'était une "dot". Et en effet, ce fut une dot car ensuite la mère avait sans le savoir ainsi conclu un pacte et ne put défendre sa fille qui mourut la nuit suivante.

Lorsque le président Samuel Doe (qui allait être un grand allié de Ronald Reagan dans la région), membre de l'ethnie Krahn prend le pouvoir en 1980, Blahyi en tant que grand prêtre du plus grand dieu de l'ethnie devient de fait son tuteur spirituel : Doe fut un des milliers de prêtres - placé au rang 7 - de Nya-Ghe-a-weh. Et ce fut à l'échelle du pays tout entier, et même de la sous-région qu ele culte de Nya-Ghe-a-weh, avec son système d'embrigadement et de sacrifices d'enfants fonctionna.

Toutefois à la fin des années 1980, le système de Doe s'affaiblit. Celui-ci, trop ambitieux spirituellement, se fait aussi initier dans les rites d'autres cultes comme les Poro et la franc-maçonnerie. Par le biais des Poro, à un moment en 1990, Prince Y. Johnson allié de Charles Tayor arrive à couper la protection de Nya-Ghe-a-weh et la canalisation entre Blahyi et le président. Celui-ci est assassiné. Avec la guerre civile les Krahn risquent d'être massacrés en représailles, et Blahyi alors donne libre cours à sa fonction de guerrier que lui a conférée Nya-Ghe-a-weh. Il arme ses hommes, constitue une armée, et raconte les pouvoirs exceptionnels dont il bénéficie grâce à son dieu (celui de terroriser, celui de faire en sorte que les balles passent toutes très loin de son corps).

Cette partie de sa vie est aussi spirituellement instructive, notamment lorsqu'il évoque une guérilla musulmane. Il explique qu'il a toujours senti que, pour pouvoir travailler avec elle, il devait entamer une négociation avec leur dieu, alors qu'avec les chrétiens aucune négociation avec leur Dieu n'avait jamais été possible et il n'avait l'esprit des chrétiens que lorsque ceux-ci d'une manière ou d'une autre brisaient le pacte avec leur Dieu, comme la mère de la fillette dans les années 70. Il y a aussi des remarques importantes sur les dieux qui contrôlent les autres pays africains, les alliances qui ont pu être passées avec eux etc. (cela rejoint le propos de Derek Prince dans cette vidéo sur le démon roi de Perse en 41ème minute ici).

La conversion au christianisme du général "Butt naked" est tout aussi surnaturelle. Il y a d'abord la voix de Jésus qui lui dit qu'il n'est pas roi et qu'il est esclave de lui-même, mais bien sûr cela ne suffit pas, cela l'ébranle juste un peu, puis il y a cette association protestante pour la paix qui se constitue, et dont certains membres, avec un courage inouï et dans le plus grand calme, alors qu'il fait régner la terreur à Monrovia, vont frapper à sa porte et prient chez lui. Et petit à petit cela fonctionne. Le cœur de Blahyi s'attendrit, une balle touche son tibia, Nya-Ghe-a-weh qui lui rendait visite toutes les nuits pour lui faire faire des voyages astraux s'absente une fois - et c'est un prodige chrétien étrange qui remplace cette visite - et, quand Blayi se rend au groupe de prière des protestants pacifistes, Nya-Ghe-a-weh n'est plus qu'une idole affaiblie et terrorisée. Blahyi avait peur des représailles de son dieu après la trahison, mais il comprend bien vite que ce démon ne peut rien contre le Dieu des chrétiens quand la foi est assez ferme. Il voit aussi que les idoles n'ont aucun pouvoir sur la Terre si le cœur des hommes ne leur sert pas de relais - car, explique-t-il, au commencement des temps Dieu a confié la Terre à l'homme, et non aux esprits qui, sans l'aide de l'homme, n'auraient aucun pouvoir sur elle.

Depuis lors Blahyi est devenu pasteur, il s'est marié, a fondé une famille et œuvre à la réconciliation des Libériens. Il dit qu'il était prêt à subir la peine de mort à cause de ses péchés commis du temps de ses pratiques idolâtres et pour mourir en martyr du Christ, mais la justice des hommes l'a acquitté. Satan cependant ne cesse de le mettre à l'épreuve : il a notamment survécu par miracle à un accident automobile il y a peu.

L'expérience et la conversion de Joshua Blahyi m'ont fait penser au témoignage d'un autre converti protestant, le pasteur Allan Rich que l'on peut voir ici - https://www.dailymotion.com/video/x1kbdh_dieu-m-a-delivre-de-l-occultisme-al_webcam - la vidéo et qui lui aussi était allé très loin dans l'occultisme.

Lire la suite
1 2 3 > >>