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Articles avec #interviews en rapport avec mon livre "la nudite" tag

Cité par l'Express à propos du naturisme

24 Août 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Interviews en rapport avec mon livre "La nudité"

Je suis cité cette semaine par L'Express en p. 51 après avoir été interviewé par Virginie Skrzyniarz (voir aussi ici).

Comme l'encart qui me mentionne est un peu réducteur de mon propos, je préfère copier ci-dessous l'ensemble de l'interview que j'ai donnée à la journaliste le 24 juillet dernier (ses questions figurent en gras).

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1-Si la nudité est perçue par certains comme quelque chose de naturel et de libérateur, pourquoi ne s’y met-on pas tous ?

Le rapport à la nudité est très ambivalent. Il y a un fantasme d'une nudité édénique, celle d'Adam et Eve, dans laquelle chacun exprimerait une expression authentique de soi, et une acceptation d'autrui, dans un esprit égalitaire, libéré des barrières sociales et identitaires que constitue le vêtement. Et puis il y a la réalité : les réflexes intimes d'attirance et de répulsion qui peuvent se cristalliser autour de la nudité d'autrui. Ce sont des réflexes dont certains anthropologues disent qu'ils se seraient gravés dans notre ADN avant même l'apparition de l'homo sapiens chez des espèces ancêtres de la nôtre : notamment le fait que les seins et les fesses des jeunes femmes éveillent le désir sexuel des hommes, même lorsque la femme ne fait rien de particulier pour susciter ce désir, ou que la nudité virile puisse être perçue comme menaçante et répulsive auprès des femmes lorsque sa présence n'est pas souhaitée.  Beaucoup de projections personnelles se font sur la nudité. Celle des personnes âgées par exemple peut être répulsive parce qu'elle manifeste une déchéance qui nous menace tous. Le vêtement atténue des émotions que la mise à nu ravive. On se souvient à l'été 2016 de la rixe qui avait éclaté en Charente lorsque, près d'une place, une dame qui jouait au pingpong topless a refusé de se rhabiller devant des enfants qui passaient. La frontière entre la nudité pacifique "bonenfant" et l'effet de violence de l'exhibition façon Femen est toujours très ténue.

2-Pourquoi les naturistes inspirent-ils encore souvent méfiance et dégoût auprès d’une large tranche de la population ?

Dans le cas des naturistes, il y a ce fait que dans toutes les cultures pudeur et modestie vont de pair. Celui qui se déshabille manifeste qu'il aime être vu. Cette volonté n'est pas forcément bien perçue par tout le monde. Longtemps le naturisme a souffert de son image avant-gardiste, un peu anarchisante (au XIXe siècle le nudisme était né chez les anarchistes. Sa position sur une nudité dé-sexualisée passait pour suspecte, d'autant qu'il existait en son sein un courant ouvertement libertin (au Cap d'Agde notamment). Le naturisme a recommencé à attirer des publics nouveaux à partir des années 2000 (chez les trentenaires notamment),  mais le fait que cela reste lié aux classes sociales supérieures cultive l'idée d'une nudité imposée d'une façon un peu arrogante aux autres, au nom d'idéaux sociaux abstraits, renforce un effet de violence symbolique qui serait subie par ceux qui n'ont pas la même conception des rapports humains.

3-La ville de Paris envisage d’ouvrir un espace naturiste d’ici à l’été 2018, un projet de restaurant naturiste est également dans les tuyaux… Que penser de ce naturisme urbain ? Qui concerne-t-il (des bobos ?) ? Pourquoi tant de réticences ?

Le naturisme urbain (qui s'exprime notamment par les cortèges annuels de "cyclonudistas" à Brighton, à Bruxelles ou Espagne) correspond à un idéal d'humanisation des villes, de refus des logiques mécanistes (la réduction de l'humain au statut de robot), de réintroduction du naturel dans une ambiance de convivialité. Et c'est un idéal effectivement porté par des bobos, et des partis politiques de écologistes ou de centre-gauche (aussi depuis peu les communistes qui ont invité des nudistes à la Fête de l'Humanité). Mais c'est une pratique plus problématique que celle d'espaces sanctuarisés comme les plages, car il n'y a plus de limites de temps et d'espace, et donc les risques de confrontation avec des publics qui ne partagent pas les valeurs de la "nudité émancipatrice" sont plus aigus... Notamment les pratiquants des diverses religieux (et dans une société multiculturelle comme la notre ils sont nombreux), les gens qui ont des problèmes avec leur propre corps ou celui d'autrui (un sondage IFOP TENA de 2009  montrait qu'un tres grand nombre de femmes détestent voir d'autres femmes nues dans un vestiaire de gymnase, ou dans le jardin d'à côté, et même dans des publicités)

4-Quel est le profil-type des naturistes ? Peut-on le diviser en plusieurs groupes totalement distincts (familles, libertins, homosexuels…) ?

Il est très difficile de trouver des statistiques. On a le sondage IFOP TENA de 2009 sur la pratique du naturisme par les femmes, et les témoignages des gens qui fréquentent assidument les clubs naturistes qui laissent entrevoir une surreprésentation des publics diplômés (cadres, enseignants) et des artisans-commerçants, avec peut-être un peu plus de mixité sociale dans le Sud-Ouest. Il y a du naturisme homosexuel, libertin, familial très mis en valeur par la Fédération française de naturisme, et du naturisme minoritaire comme un naturisme chrétien ou mormon aux Etats-Unis. Et puis il y a une façon de coller l'épithète "naturiste" à tout et n'importe quoi pourvu qu'il y ait de la nudité dedans, comme les massages naturistes dans certains salons de bien-être, des coiffeuses naturistes etc. Personne n'a le monopole du naturisme. Et puis il y a des frictions entre le naturisme classique de ceux qui veulent juste bronzer nus au soleil et les défenseurs de la "randonue" et de la nudité publique en tout lieu comme l'APNEL dont les positions ne sont pas consensuelles; Peut-être pourriez vous interviewer Marc Bordigoni sur le poids numérique de ces différents groupes.  

5-Assiste-t-on à un engouement pour le naturisme en France ces dernières années ? La perception du naturisme est-elle en train d’évoluer ? Sommes-nous en retard par rapport à d’autres pays ?

Le naturisme  se porte moins mal que dans les années 2000. En 2015 la FFN a enregistré une augmentation de ses adhésions de 40 % en 2015, mais on reste à seulement 5 % de pratique fréquente et 17 % de gens qui se disent éventuellement attirés (y compris les 5 % précédents). Mais que signifient ces chiffres ? Au niveau qualitatif beaucoup de camps naturistes se plaignent de la venue de visiteurs qui gardent leurs vêtements donc ça reste à géométrie très variable. La moitié des gens tentés par le naturisme ont moins de 50 ans, mais ce ne sont pas des gens très jeunes.  Nous sommes historiquement moins portés sur le naturisme que les pays germaniques parce que nous associons plus la nudité à la sexualité. Je ne sais pas si c'est un signe de "retard". Il est certain que la valorisation de la nudité comme facteur de revendication au service de causes écologiques ou sociales, ainsi qu'une certaine banalisation de la nudité des corps dans les médias contribuent à rendre la cause naturiste plus sympathique même si sa pratique minoritaire.

6-Le naturisme est-il un problème face à des enfants ou à des adolescents ?
 
Selon un sondage TENA d'il y a 8 ans les femmes de la tranche 18-35 ans restaient les plus réticentes à supporter la vue d'autres femmes nues sur des plages naturistes.Beaucoup de naturistes "chevronnés" ont des problèmes avec leurs enfants qui, arrivés à l'adolescence, ne veulent plus montrer leur corps et tiennent à leur pudeur pour diverses raisons psychologiques. Quant aux enfants, tout dépend de la manière dont ils sont éduqués. Certains peuvent banaliser la vision de la nudité sous l'influence de leurs parents, d'autres au contraire seront très tôt portés à en rire, ou à la regarder avec une curiosité malsaine.

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Deux interviews qui tombent à l'eau

3 Août 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Interviews en rapport avec mon livre "La nudité", #Nudité-Pudeur en Europe

J'ai été contacté en juillet par Anne Desquins pour le magazine Biba et par Benoît Jérôme pour le Parisien Magazine.

Ces deux interviews sont tombées à l'eau. Par un mail d'hier Anne Desquins m'a fait savoir que la citation de mon interview qu'elle avait prévue de glisser dans son article a disparu pour des raisons de mise en page (ils ont préféré publier une grand photo). Aujourd'hui par un message téléphonique sur mon répondeur Benoît Jérôme me fait savoir que sa direction a renoncé au projet d'article programmé pour le 4 août sur le projet de centre naturiste à Paris parce qu'ils étaient obligés d'y mettre des photos (voir l'article du Canard enchaîné de cette semaine ci dessus, désolé il ya un bug sur overblog, on ne peut pas l'afficher à l'endroit). Pour que le travail effectué avec ces deux journalistes ne soit pas complètement perdu, je vous livre le contenu de mes réponses aux questions d'Anne Desquins pour Biba.

1- pourquoi la jeune génération est elle attirée par le naturisme ? (engagement politique ? écologique ? etc )

 

Tout d'abord il faut préciser la notion de "jeune génération". Il est vrai que le naturisme  se porte moins mal que dans les années 2000. En 2015 la FFN a enregistré une augmentation de ses adhésions de 40 % en 2015, mais on reste a seulement 5 % de pratique fréquente et 17 % de gens qui se disent éventuellement attirés (y compris les 5 % précédents). En outre au niveau qualitatif beaucoup de camps naturistes se plaignent de la venue de visiteurs qui gardent leurs vêtements donc ça reste à géométrie très variable. La moitié des gens tentés par le naturisme ont moins de 50 ans, mais ce ne sont pas des gens très jeunes. Selon un sondage TENA d'il y a 8 ans les femmes de la tranche 18-35 ans restaient les plus réticentes à supporter la vue d'autres femmes nues sur des plages naturistes. Elles étaient aussi les moins nombreuses à pratiquer la nudité sur des plages et même dans leur jardin. Il y a donc seulement un petit rajeunissement du naturisme à travers la tranche des 30-40 ans qui peut s'expliquer effectivement par certaines actions de valorisation de la nudité dans des combats politiques très relayés par la presse, et toute une culture de notre époque qui fait du corps l'instrument d'expression d'une liberté et d'une authenticité intimes.

 

2- est il plus difficile pour une femme de pratiquer le naturisme que pour un homme ? (barrières culturelles ? diktat des canons de beauté ? etc)

 

Effectivement 23 % des hommes tentés par le naturisme en 2015, mais seulement 13 % de femmes selon un sondage de 2015, ce qui rejoint les données du sondage IFOP-TENA avec beaucoup femmes qui non seulement ne supportent pas d'exposer leur propre nudité, mais aussi celle des autres (les chiffres sont éloquents sur la gêne devant les dénudations d'autres femmes dans des lieux qui pourtant se prêtent à cela comme les vestiaires des gymnases). La nudité reste souvent associée au manque de respect pour autrui. "La nudité c'est comme la cigarette on n'est pas obligé de la mettre sous le nez des autres" disent certains. Les canons de beauté jouent aussi évidemment car 52 % des femmes n'aiment pas leur corps. Ou encore la protection de l'enfance. "Je préférerais que mon enfant croise une puéricultrice avant un pénis" lisait-on dans la presse récemment à propos du projet de parc naturiste à Paris. Et puis bien sûr la nudité reste associée à la sexualité avec tous les réflexes de gêne, de crainte etc que cela engendre.

 

3- en 2017, la nudité peut elle encore choquer (en France et/ou en occident) ? est elle encore subversive ?

 

Les chiffres des sondages sont éloquents sur toutes les situations de mal-être que la nudité peut provoquer. Vous noterez que fin mai des jeunes femmes en bikini ont été priées par la police de se rhabiller dans le jardin du Luxembourg à Paris dans une ville qui prévoit par ailleurs d'ouvrir le bois de Vincennes au naturisme, ce qui est un paradoxe instructif. L'été dernier une jeune femme avait provoqué une altercation violente en Charente parce qu'elle jouait au pingpong topless devant des enfants. La nudité publique est admise en dehors des espaces naturistes pour la défense de cause spécifiques (causes sociales, écologiques) mais heurte la sensibilité de beaucoup en dehors de ces contextes spécifiques : la condamnation en appel en février dernier de la FEMEN Eloise Botton pour son actions à la Madeleine l'a montré. La nudité est banalisée, dans la publicité, au cinéma, su le Net, et en même temps cette banalisation provoque des effets de saturation qui placent encore la nudité tantôt dans le domaine de subversion, tantot dans celui du mauvais gout. Il y a vraiment de très fortes contradictions dans la société entre des valorisations positives de la nudité comme expérience de sensations nouvelles et manifestation de liberté, et, cette impression de mal-être que provoque l'imposition de la nudité au regard d'autrui.

 

4- pourquoi associons nous la nudité à la sexualité ?

 

La psychologie évolutionniste darwinienne enseigne que le redressement du squelette des hominidés a provoqué un déplacement du message sexuel visuel qui, chez les grands singes, se concentre sur la coloration de la vulve des guenons (mais chez la femme la vulve et cachée). C'est donc toute l'apparence du corps qui s'est érotisée, ce qui, disent les paléoanthropologues, explique que les femmes ont des corps en forme "de violoncelle", des seins plus arrondis que les guenons, et les hommes des pénis plus longs que les grands singe. La perception de l'apparence du corps nu comme un message sexuel se transmettrait dans les gènes. On peut dire que le développement de la fonction visuelle (déjà plus développée chez les primates que chez les chiens par exemple) dans nos sociétés obsédés par les écrans a renforcé cette fixation sexuelle sur la nudité (pas seulement à travers la pornographie). Même l'obsession de se prendre en photo ou de photographier tout et n'importe quoi en le publiant sur des réseaux sociaux, même si ces photos ne comportent pas de nudité, entretiennent une disposition voyeuriste chez les consommateurs d'image. Certains discours comme celui des naturistes parviennent à neutraliser le potentiel sexuel du dévoilement du corps, mais celui reste nécessairement à l'arrière plan, susceptible de ressortir sur un mouvement particulier du corps de l'autre, sur une projection imaginaire, ou même sur l'émission inconsciente de phéromones (car nous en émettons comme les autres mammifères).

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"La nudité" cité dans "Ca m'intéresse" de juillet 2017

26 Juin 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Interviews en rapport avec mon livre "La nudité", #Nudité-Pudeur en Europe

C'est en p. 30. Je suis cité conjointement avec la géographe Mme Barthe-Deloizy (qui a pratiqué le naturisme comme elle l'explique dans son livre, ce qui marque un peu la spécificité de son approche). Mes propos sont un peu déformés mais peu importe.

 

 

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Mon livre "La Nudité" cité par le magazine suisse "Bon pour la tête"

21 Juin 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Interviews en rapport avec mon livre "La nudité", #Nudité-Pudeur en Europe

Une récente modification de la loi, permet aux Genevoises de se baigner torse nu dans le lac Léman et les rivières. Julie Eigenmann du média suisse "Bon pour la tête" dont le premier numéro est sorti ce mois-ci m'a donné l'occasion de revenir sur le topless féminin. C'est un sujet délicat qui m'a valu quelques critiques sur Internet parce que dans une de mes interviews, j'avais cité sans prendre suffisamment de distance à son égard, une analyse de Timothy Taylor ("La préhistoire du sexe") qui était assez mal formulée. Je ne suis pas allé jusqu'à évoquer Isabeau de Bavière et Agnès Sorel...

L'article de Julie Eigenmann est ici.On notera aussi les remarques intéressantes de Yasmina Foehr-Janssens sur le sein mobile et le sein statique qui proviennent des travaux de Kaufmann cités dans mon livre. Le titre qui parodie Molière ne tient pas trop la route car mis au futur il confine au non sens (même en le maintenant au conditionnel d'ailleurs ça n'aurait pas eu de de sens). Mais l'illustration est rigolote.

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L'Obs en ligne : mon livre "La Nudité" mentionné à propos du projet de parc naturiste à Paris

3 Mai 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Interviews en rapport avec mon livre "La nudité", #Nudité-Pudeur en Europe

Le journaliste des pages "environnement" de l'Obs Arnaud Gonzague m'a passé un coup de fil la semaine dernière en me disant qu'il avait eu l'intuition, contre le journaliste des pages "société", de sa  revue que derrière la question de la nudité urbaine se cachait peut être une question de classes sociales. Je lui ai donné mon analyse et les chiffres de sondages dont on disposait. Ca donne une mention de mon bouquin sur le site en ligne de l'Obs cette semaine ici.

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Interview du 26 septembre dernier

29 Novembre 2016 , Rédigé par CC Publié dans #Interviews en rapport avec mon livre "La nudité", #Nudité-Pudeur en Europe, #Anthropologie du corps

Interview accordée au journaliste Florent Vairet lors du vote du Conseil de Paris en faveur d'un espace naturiste dans la capitale.

Florent Vairet

- Pourquoi ressent-on le besoin de se dévêtir ?

- C'est une tendance lourde depuis une trentaine d'années. Le corps est une valeur refuge dont le langage remplace celui des mots. Par ailleurs la pornographie, l'érotisme au cinéma, dans la publicité etc ont fait reculer le tabou de l'exhibition des fesses et des parties génitales. La nudité passe ainsi comme un élément subversif, mais gentiment subversif, "pacifiquement subversif", et comme l'expression d'un moi profond, naturel, authentique. Ce sont les ingrédients qui font dire à la maire Anne Hidalgo, comme à beaucoup de gens, que la tolérance de la nudité en ville serait "sympa".

- Pourquoi le faire en centre ville ? Qu’est ce que ça dit de notre mode de vie extrêmement normé ?

-  Le centre-ville est un bastion de la pudeur parce que s'y croisent des gens de cultures différentes pour lesquels le port du vêtement reste le support nécessaire du "vivre ensemble". Le vêtement permet de se protéger soi-même : de ne pas exposer sa laideur quand on se trouve laid par exemple, de se protéger d'autrui car tout le monde n'a pas envie de voir son voisin nu, et d'exprimer non seulement son appartenance à  tel ou tel groupe, tel genre, telle classe sociale, mais aussi ses particularités d'une façon plus créative que la nudité (sauf à user beaucoup du tatouage et du body painting).

- Pourquoi la nudité était-elle aussi tabou dans notre société ? Est-ce que cela a toujours été le cas dans l’histoire ?

- Il n'est pas sûr qu'il faille en parler au passé, car des sondages montrent qu'une majorité de gens restent très attachés à la pudeur, la leur et celle d'autrui. Même dans les camps de naturistes les organisateurs se plaignent de voir de plus en plus de gens garder leurs vêtements ! Et oui la pudeur, notamment au niveau des organes sexuels, est une constante historique même si elle a connu des variations d'une culture à l'autre. Même chez les peuples vivant nus, il y avait des règles de contrôle des regards tout autant que des gestes. On ne connaît pas de civilisation où la nudité intégrale ait été entièrement banalisée.

- A l’opposé, le burkini a déchaîné les passions ces derniers. Le corps semble être le moyen de revendiquer sa liberté, qu’en pensez-vous ?

- Le lien corps-liberté remonte aux anarchistes du 19e siècle, voire aux adamites du Moyen Age qui vivant nus prétendaient restaurer le paradis terrestre en niant l'existence du péché. Ce qui est intéressant c'est qu'en Allemagne cette liberté de la nudité était attachée depuis cent ans à une vision de la fusion avec la nature, ce qui est aussi, en un sens, la logique des espaces nudistes de Barcelone qui sont au bord de la mer. Mais dans le cas de Paris où il n'y a ni mer ni grandes forêts, et dans le contexte spécifique du débat sur le burkini, on a le sentiment que le côté libertaire de la nudité est désormais très attaché à un idéal de laïcité sans rapport avec les mythes naturalistes, et plus liés, au fond, au culte de la raison critique. On peut lire ainsi la déclaration de Manuel Valls défendant la nudité du sein à l'air de la Liberté guidant le peuple de Delacroix, ou la sympathie de divers courants de gauche pour les FEMEN. Cette nudité au cœur de Paris (et notez sur ce point l'insistance de l'adjoint au maire David Belliard sur le fait qu'aucun endroit ne sera privilégié, donc pas forcément un endroit naturel), est plus inscrite dans un contexte de débat d'idées que dans un amour des sensations naturelles. Cela rappelle, comme l'avait déjà noté jadis le sociologue Norbert Elias, que le rapport au corps des français est, inconsciemment, très politique, directement héritier de la civilisation de salon, urbaine, du siècle des Lumières, et souvent aux antipodes de l'idéal d'harmonie naturelle sauvage aux racines du naturisme germanique ou nordique.

 

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Interviewé par le magazine "Stylist"

12 Septembre 2016 , Rédigé par CC Publié dans #Interviews en rapport avec mon livre "La nudité", #Nudité-Pudeur en Europe

Interviewé par le magazine "Stylist"

Suite à la présence de l'APNEL (Association pour la Promotion du Naturisme En Liberté) à la Fête de l'Humanité ce weekend, j'ai été interviewé aujourd'hui à propos de la nudité urbaine par Sandie Dubois de l'hebdomadaire gratuit Stylist pour leur newsletter quotidienne. Cela a donné lieu à l'article accessible ici. Voici ce que j'avais répondu :

- Le naturisme en milieu urbain est-il une utopie ? Peut-on imaginer qu’un jour il y aura des zones naturistes en ville comme c’est le cas à la plage ?

- C'est un rêve qui a été cultivé depuis longtemps par des milieux d'artistes et de gens lettrés comme le sanatorium Monte Verità près d’Ascona en Suisse au début du XXe siècle, mais qui se heurte à beaucoup d'obstacles pratiques, car tout le monde n'est pas à l'aise avec sa propre nudité ni avec la nudité d'autrui, comme l'ont encore montré un sondage IFOP-TENA de 2009, ou encore l'agression dont ont fait l'objet deux femmes à Toulon il y a dix jours parce qu'elles étaient en tenue de sport. Le corps d'autrui suscite des sentiments contrastés, d'acceptation, de désir ou de rejet. Aujourd'hui, même les gens qui louent des appartements ou des maisons sur des bords de mers réservés aux naturistes hésitent à se rendre à la limite de la zone de peur d'affronter le regard désapprobateur des "textiles". On ne voit pas bien comment en zone urbaine des espaces pourraient être aménagés pour que les naturistes échappent au regard de ceux qui ne sont pas tolérants à l'égard de la nudité. Certains font valoir que le fait d'habituer les adversaires de la nudité à la vue du corps d'autrui dans la rue sans habit, finira par venir à bout de l'intolérance, à force de dialogue et de respect mutuel. Mais c'est un pari risqué, qui peut aussi faire le jeu des extrêmes s'il échoue...

- Avec les problématiques liées au réchauffement climatique, la nudité en espace public (dans la rue, au travail) pourra-t-elle se normaliser ?

- Jusqu'ici l'acceptation de la nudité n'a pas toujours été corrélée à la chaleur. La nudité publique a été particulièrement ancrée dans la culture allemande au XXe siècle (même si elle y est un peu moins en vogue aujourd'hui) alors qu'elle restait très impopulaire dans les pays latins. La dénudation des corps reste un fantasme de pays froids : qu'on songe par exemple à la campagne de photos sur les réseaux sociaux des jeunes de Biélorussie qui travaillaient nus au bureau en juin dernier . Bien sûr, maintenant qu'en Europe une plus grande tolérance entoure la mise à nu des organes sexuels, beaucoup trouvent un intérêt "fonctionnel" à ne plus s'encombrer de vêtements quand les températures montent, et c'est aussi là dessus que misent des agences de voyages pour des escapades "naturistes" vers les pays chauds. Pour l'instant ça se manifeste surtout dans l'espace privé : beaucoup de gens dorment nus, regardent la TV nus, 40 % des hommes britanniques et 27 % des femmes avouaient être nus quand ils parlaient au téléphone chez eux il y a 10 ans. Peut-être la persistance du réchauffement incitera-t-elle les gens à déborder l'espace de leur domicile pour aller dans des restaurants, des piscines, des salons de massage (où c'est déjà largement le cas) nus ... mais sous réserve de la possibilité d'un réel dialogue avec les anti-nudité, comme on le disait précédemment...

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L'affaire du monokini charentais

28 Août 2016 , Rédigé par CC Publié dans #Nudité-Pudeur en Europe, #Anthropologie du corps, #Interviews en rapport avec mon livre "La nudité"

L'affaire du monokini charentais

J'ai décliné il y a peu une invitation à aller parler sur France Inter de la place des seins dans notre société à une heure de grande écoute.

Voilà qui m'aurait exposé à commenter des phénomènes sociaux du type du fait divers typique des polémiques estivales qui a agité les réseaux sociaux hier. Jeudi 25 août à Châteauneuf sur Charente, une femme topless (certains disent "en string") qui jouait au ping pong sur la plage avec son fils a été frappée par une demi-douzaine de personnes pour avoir "baissé le bas" devant un garçon de 10 ans, en réplique à la mère de ce pré-ado qui demandait avec insistance à la dame topless de se rhabiller. Querelle entre deux femmes déterminées à défendre leurs droits : "mon droit à être topless" (je préfère dire topless qu'en monokini qui à l'origine désignaient les maillots "une pièce" couvrant tout le corps) contre "le droit de mes enfants à ne pas vous voir dénudée".

Vilaine querelle (avec les assaillants qui pique-niquent ensuite sur le lieu de leur "victoire" qui n'est pas allée bien loin (la dame n'a eu "qu'un saignement de nez", mais quand même elle a été bien violente pour elle, et humiliante, même s'il n'y a pas eu de poursuites par la gendarmerie venue sur les lieux peu de temps après), qui se double ensuite d'un retentissement médiatique un peu anarchique et absurde. Les témoins passifs (car personne ne s'est interposé) grossissent l'affaire en déclarant à la Charente Libre que la dame a été "tirée par les cheveux jusqu'à la mer" après qu'un des assaillants lui eût ôté son string, puis la dame qui explique qu'elle est allée d'elle même dignement se baigner nue dignement dans les vagues. Ensuite, toujours dans la Charente Libre, une pluie de commentaires racistes qui s'abat sur le journal en ligne parce que l'incident arrive au moment où le Conseil d'Etat statue sur les arrêtés anti-burkinis. Le site ferme l'accès aux commentaires en précisant qu'aucun Maghrébin (sic c'est ainsi qu'ils formulent leur mise au point) n'est impliqué dans la querelle qui n'a donc rien de religieux, et trouve déplorable d'avoir à le préciser. Trop tard : un site anti-immigration a déjà titré "Charia en Charentes : une baigneuse seins nus frappée, sa culotte arrachée".

L'incident montre les difficultés d'une société où tout le monde est prêt à aller au conflit pour défendre sa conception des droits incompatibles avec celle des voisins. Le contrôle social collectif ne fonctionne plus parce qu'il n'y a pas de consensus possible. Qui a raison ? La dame qui défend la liberté du corps ou celle qui élève la voix au nom de la protection de ses enfants ? Bien sûr ceux qui ont tort sont ceux qui en sont venus aux mains, à 6 contre 2 si l'on comprend bien l'article. Mais par delà le dérapage, c'est bien l'incompatibilité des droits qui fait problème.

Les féministes défendent le droit au topless depuis le mouvement suédois "Bara bröst" dont je parlais dans "La Nudité" (editions du Cygne). Au nom de la théorie du genre la nudité du buste serait neutre et asexuée comme cela a été reconnu dans les jardins publics de New York... Pas si simple. Des gens ont organisé une mobilisation pro-topless à Châteauneuf pour mercredi prochain sur Facebook. Mystérieusement l'événement a disparu : par peur d'aller à la confrontation ?

Dans cette mouvance on retrouve l'Apnel (association pour la promotion du naturisme en liberté) qui, après avoir défendu un projet de loi pro-nudité publique dans un conciliabule à l'Assemblée nationale l'année dernière, me proposait cette année d'en débattre publiquement à la Fête de l'Humanité le weekend prochain (j'ai dû aussi décliner cette invitation). L'argument de cette mouvance est connu : si on vivait nus dans les lieux publics, nos enfants y seraient habitués, et l'on n'en viendrait pas aux mains au nom de leur protection...

L'incident a au moins le mérite de rappeler que le burkini n'est pas le seul aspect hautement clivant dans la "présentation de soi" (comme disait Goffman) dans la France des années 2010. Se dirige-t-on vers toujours plus d'apartheid ? Les plages pour burkinis (quand on songe à l'élan de délation qui s'est emparé de la Côte d'Azur ces derniers temps, les gens se précipitant sur la police pour dénoncer les musulmanes "trop couvertes"), celles pour le topless, celles pour le naturisme ? Va-t-on aussi fractionner l'espace urbain entre les aspirants à la liberté et les avocats de la "décence" ?

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Interview sur les sexes de Justin Bieber et Orlando Bloom

10 Août 2016 , Rédigé par CC Publié dans #Nudité-Pudeur en Europe, #Interviews en rapport avec mon livre "La nudité", #Nudité-Pudeur en Amérique

Interview sur les sexes de Justin Bieber et Orlando Bloom

Voici l'interview que j'ai donnée à Atlantico.fr aujourd'hui :

- Trois jours après les photos sulfureuses d'Orlando Bloom en Italie, c'était au tour de Justin Bieber de dévoiler des photos de lui dans le plus simple appareil. Les deux hommes sont en conflit depuis que l'acteur britannique s'est "rapproché" de l'ex petite amie du chanteur américain. Ces photos, qu'il s'agisse du premier ou du deuxième, ont rapidement fait le tour du web. Comment expliquer que les gens, et pas uniquement ceux qui s'intéressent d'une manière générale aux "people" soient à ce point fasciné par cette compétition entre les deux hommes à travers leurs pénis ? Nos cerveaux reptiliens peuvent-ils y jouer pour quelque chose, ou s'agit-il davantage de voyeurisme ?

- Tout d'abord on ne se situe pas dans une compétition en bonne et due forme parce qu'il semble qu'il n'est pas certain qu'Orlando Bloom se soit volontairement exposé au paparazzi et son sexe a été en partie couvert d'un cadre noir. Mais la réaction de Bieber fait penser en effet à une sorte de surenchère, comme lorsque les primates se défient mutuellement en agitant leur sexe. C'est un mécanisme très ancien chez les grands singes, donc chez les hominidés aussi probablement. Nos sociétés à l'heure du triomphe de l'image sur le mot adorent les émotions brutes et ce qui est "nature". L'idée d'un "combat de coq", nudité contre nudité, pénis contre pénis, peut susciter en effet un sorte de défoulement de la psyché, dans l'ordre de la régression infantile ou préhistorique, toujours dans l'esprit de fuir le politiquement correct et les discours trop "policés"...

- Quel est le sens de la nudité aujourd'hui, comment analyser le rapport des sociétés occidentales au nu, dans un monde que l'on dit historiquement impudique ?


- C'est un nouveau moyen d'expression, un signe d'authenticité, de liberté, de vérité. D'où l'usage massif qui en a été fait dans diverses manifestations politiques (pacifistes, écolo etc) des années 2000. D'où aussi le regain de succès du naturisme chez les jeunes en ce moment, et la file d'attente devant le restaurant "naturiste" indien de Londres qui est sur le point semble-t-il d'avoir son pendant à Paris...

- Selon une enquête Google France publiée dans le JDD, les photos d'Orlando Bloom avaient affolées les compteurs. La nudité peut-elle apparaître comme un moyen pour les stars pour être désirable ? Est-ce que cela a toujours été le cas pour les hommes ?

- La nudité masculine était traditionnellement perçue comme une menace (la nudité du guerrier notamment), et les femmes romaines devaient baisser pudiquement les yeux devant les statues de Priape. Au XXe siècle Freud affirmait que tous les organes génitaux étaient laids, et il semble que ce soit surtout la pornographie qui à partir des années 1990 ait vraiment valorisé la nudité du pénis de gros calibre(au point que le rallongement du pénis soit devenu une spécialité de la chirurgie esthétique). Il restait une ambiguïté sur le degré de réceptivité des femmes, qui, il est vrai consomment de plus en plus de films X. Au début des années 2000, aussi bien ma propre étude sur les publicités avec des hommes nus que celle de Beth Eck de James Madison university (USA) montraient une certaine froideur des femmes devant la nudité masculine. Selon la sociologue californienne Georgia Platts qui a soumis a des femmes cette année les mêmes photos que Beth Eck, les lignes bougent un peu, mais l'enthousiasme féminin pour les corps masculins nus reste moins intense que celui des hommes pour les fesses des filles.Et une petite video d'un certain Davey Wavey qui a été notamment commentée par le Huffington Post montre que les femmes saturent vite devant des photos de sexes en érection. L'homme se rend probablement de plus en plus désirable par son pénis comme par la nudité de ses fesses et de ses pectoraux, mais l'esprit féminin semblait tarder à l'avouer. Les statistiques de Google paraissent révéler le "non-dit" du désir féminin à ce sujet, mais le chiffre élevé est peut-être dû au carré noir qui cachait le sexe. Un petit effet de curiosité ludique aurait stimulé le clic de la gent féminine hétéro (et peut être de beaucoup d'hommes aussi) sans qu'il s'agisse d'un véritable désir de type masturbatoire. En tout cas, voilà qui est embarrassant pour les féministes. Comme l'a noté une journaliste britannique dans The Independent les femmes sont censées traiter les hommes comme elles voudraient qu'on les traite. C'est au nom de cette parfaite symétrie théorique qu'elles revendiquent le droit de marcher torse nu dans la rue sans être regardées avec insistance. Or si elles multiplient les pics pour voir le pénis d'une star nue, elles ne peuvent plus ensuite condamner le voyeurisme symétrique des hommes hétéros à l'égard des femmes...

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C. Colera et le livre "La nudité" cités dans Femme Actuelle à propos du naturisme

11 Juillet 2016 , Rédigé par CC Publié dans #Interviews en rapport avec mon livre "La nudité"

C. Colera et le livre "La nudité" cités dans Femme Actuelle à propos du naturisme

C'est en page 8 du magazine cette semaine (11 au 17 juillet 2016).

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