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Articles avec #philosophie tag

Le néo-platonisme est-il chrétien ?

24 Septembre 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Philosophie, #Christianisme

Dans mon livre "Incursions en classes lettrées" j'ai expliqué combien, dans les années 2000, j'étais empreint de stoïcisme, au point de mettre la photo de Chrysippe sur un de mes livres publiés sous pseudo. Je crois que le stoïcisme a toujours été identifié comme une forme assez basse de spiritualité. Avec sa volonté de détrôner les planètes de leur statut divin, tout en soumettant chacun à l'acceptation d'un fatum astral, il fait jeu égal avec l'épicurisme dans la course à l'athéisme (et ce n'est point un hasard si Chrysippe eût un penchant épicurien avant de rejoindre Zénon), et je crois que son insistance sur l'universalisme et la philanthropie n'est pas plus de nature à le "sauver" de ce point de vue là que l'humanisme aujourd'hui ne peut racheter l'humanité de ses errances. 

De ce point de vue  je ne vois pas de différence entre le premier stoïcisme grec anarchisant et son pendant romain tardif impérial. Brunetière eut raison de reprocher à Marc-Aurèle (contre Renan) d'avoir torturé Sainte Blandine du haut de son orgueil (l'orgueil ennemi de chaque jour disait Augustin). Peut-être le platonisme a-t-il un peu relevé le stoïcisme chez certains nobles comme Caton, mort en relisant le Phèdon, tandis qu'à l'origine sa doctrine était écrite "sur la queue d'un chien" (celle des cyniques) c'est à dire sur l'antireligiosité même, là où St Paul voit dans la religiosité des athéniens l'unique de leurs vertus.

Il se peut que ce platonisme qu'en Terminale notre prof de philo voulait à tout prix "renverser" et dont le culte agaçait tant Stove soit effectivement la seule source de compréhension du spirituel comme le soutenait St Augustin. On sait combien il a irrigué le judaïsme via la kabbale, l'Islam au IXe siècle, et le christianisme notamment dans l'académie de Ficin. Mais dans ce dernier cas de figure où l'on synthétisait tout, et où l'on pratiquait magie, voyance et spiritisme à tout va (y compris et surtout dans les cercles platoniciens les plus nobles), était-on encore dans le christianisme ? Je m'étonne de voir que l'Eglise n'a jamais condamné ouvertement le néo-paganisme de la Renaissance. Il est vrai qu'il est au coeur de Saint-Pierre de Rome. Mais en quoi la ronde des Grâces (Voluptas,Castitas, et Pulchrito), les spéculations platoniciennes sur l'Aphrodite ouranienne nue et l'Aphrodite Pandemos habillée, ou sur le baiser de Jupiter à Leda sont-elles chrétiennes ? Il est vrai que le dernier peut-être tiré du côté de la passion de Saint Paul "je désire partir pour être avec le Christ, car c’est bien préférable ; mais, à cause de vous, demeurer en ce monde est encore plus nécessaire" (Ph 1, 20c-24.27a), belle aspiration au divin "baiser de la mort" auquel tous les mystiques aspirent, Marguerite de Cortone en tête. On entend bien que le platonisme offre une voie pour trouver plus concrètement Dieu avant la mort physique (mais au prix d'une mort psychique)  dans l'union douce-amère saphique d'Eros et de Thanatos que la messe dominicale. Mais n'est-ce pas une façon d'épouser des spectres plutôt que l'Etre aimé ainsi que Platon lui-même le reprochait à Orphée, en le blâmant d'avoir choisi la musique pour retrouver son Euydice plutôt que la mort de l'amour véritable ? Allez savoir...

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Les énergies des plantes

15 Septembre 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Médiums, #Philosophie

Ce soir sur Ushuaïa TV (dans la série "Les nouvelles aventures des plantes" - "Dans les Alpes") un beau reportage sur des gens qui, dans le Tyrol, essaient de remettre au goût du jour les énergies des plantes (l'edelweiss, la fleur de saint Jean ou millepertuis, les bains de foin), et leurs vertus curatives. Pas besoin d'aller chercher des ingrédients asiatiques et des techniques dont on connaît mal le système métaphysique qui les entoure en Extrême-Orient. Et je suis d'accord avec Maurice Caillet, dont on connaît le grand parcours spirituel, quand il dit que les énergies naturelles (minéraux, végétaux, animaux) ne sont point condamnables en soi. Le problème, est ce que certains guérisseurs en font sous l'impulsion de forces qu'ils ne maîtrisent pas... Comment trier le bon grain de l'ivraie ?

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L'art africain

6 Septembre 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Philosophie, #Médiums, #Histoire des idées

Quand Emmanuel Berl dans ses "Trois faces du sacré", soulève un aspect important de la transposition de l'art africain sous nos latitudes à partir de la fin du 19e siècle....

Voyez ces pages (134-135) :

 

Un peu plus loin il emprunte à Paul Morand l'image de la danseuse Congo à Paris victime d'un envoûtement funeste et souligne avec ironie que, quelque sceptique que soient les artistes français qui s'inspirent de "l'art nègre", aucun ne voudrait connaître la mésaventure que vécut cette artiste et remarque qu'à cause cela cet art a provoqué un mélange de fascination et de panique en Allemagne, mais on ne sait trop à quoi il fait allusion à ce sujet. En tout cas il pose une question qui mérite qu'on s'y attarde. Prenons à la lettre le "objets inanimés avez vous donc une âme ?" de Lamartine.

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Anne Dufourmentelle

26 Juillet 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Philosophie

Il y a quelques années, j'écrivais pour Parutions.com une recension du livre "La femme et le sacrifice" d'Anne Dufourmentelle. Le weekend dernier on apprenait que l'auteure était décédée à Ramatuelle... en sacrifiant sa vie pour sauver deux enfants de la noyade...

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Jollivet-Castellot à propos des médiums

4 Juin 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire des idées, #Médiums, #Pythagore-Isis, #Philosophie

Une page intéressante d'un étrange alchimiste chrétien qui fut un des pionniers du Parti communiste français (SFIC) dont il fut rapidement exclu. Sa position rappelle un peu celle des jungiens de notre époque - comme Michel Cazenave par exemple. En termes rationnels, elle ne serait défendable qu'au prix d'un pari métaphysique : que chaque âme ait une univers pour elle-même. Mais on sent bien que dans l'ordre métaphysique, comme avec la phrase d'Apollonios de Tyane "Néron a creusé et n'a pas creusé le canal de Corinthe", l'énoncé est à la fois vrai et non-vrai...

"Concluons : L'Occultisme, la Magie, l'Astrologie, l'Alchimie, la Thérapeutique, le Psychisme, le Spiritisme, — branches de la Science Hermétique, reposent sur des phénomènes réels, de l'ordre naturel et universel que l'homme terrestre interprète suivant l'état actuel de son Verbe. Le Verbe humain terrestre, la science humaine, ne sont pas sur cette planète, encore assez parfaits pour que l'on puisse affirmer que les causes sont rigoureusement celles qu'on leur assigne.

Mais la Science et la Mystique qui, réunies, forment l'Hermétisme, nous enseignent certes que ces causes ne peuvent être en dehors de la conscience et des facultés de l'Homme, à différents états d'évolution. Causes naturelles. Verbe cosmique incarné par des êtres différents. Lois inflexibles, en tous cas, que nous ne savons encore formuler, mais qui ne sont que l'extension des lois que nous avons définies, ou cru définir jusqu'ici, et qui, supérieures ou autres, ne peuvent être jamais contradictoires.

C'est pourquoi l'explication spiritique des phénomènes dus à la force astrale ou psychique, est-elle enfantine et superstitieuse. Elle équivaut au bégaiement d'un enfant étonné qui croit aux revenants, aux fantômes, aux évocations que crée son imagination délirante ou morbide.

Les médiums, rigoureusement nécessaires à la production des phénomènes qui demeurent donc bien du champ de la faculté humaine — sont presque tous des détraqués, des malades, des hystériques, des névrosés qui, sursaturés de cette énergie « psychique » ou mieux astrale, la projettent et l'attirent, la concentrent et la repoussent brutalement, en provoquent le flux violent, capricieux, telle une machine à vapeur ou une dynamo qui s'emballe.

Certains — très rares — parviennent à modérer la force, à la diriger parfois. Ils la modèlent selon leur intelligence et leur volonté, la revêtent de leur propre esprit souvent subliminal et inconscient.

Le Spiritisme n'a rien révélé d'important, ni de nouveau au monde. Il est la conscience humaine à ses divers degrés d'intelligence, d'évolution, de moralité — conscience projetée dans l'Au-delà de la Suggestion et des Forces encore imprécises ou formidables.

On n'y découvre point l'intervention d'entités étrangères, ni surtout supérieures au plan terrestre."

Nouveaux Évangiles : le christianisme libéral, la tradition occulte, métaphysique de l'hermétisme, l'Europe et la Chine, "finis Latinorum" / F. Jollivet-Castelot Eds Chacornac 1905 p. 171-172.

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Un commentaire de mon livre consacré à Nietzsche

30 Avril 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Philosophie, #Publications et commentaires

Cela m'avait échappé, mais en 2012, un certain "Pripri" sur Senscritique.com avait produit un compte-rendu très bienveillant  de mon livre "Individualité et subjectivité chez Nietzsche".

Je ne veux pas ici "commenter ce commentaire". Beaucoup de gens vivent avec Nietzsche toute leur vie. Ca ne sera pas mon cas. J'ai croisé sa pensée à 17 ans, "Individualité et Subjectivité chez Nietzsche" est un mémoire que j'ai soutenu en Sorbonne à l'âge de 21 ans, puis que j'ai transformé en livre dans les années 2000. Les deux ou trois universitaires à qui je l'avais transmis n'ont pas jugé utile de le faire. Tant mieux si des personnes sur le Net reconnaissent à l'ouvrage quelque mérite, et s'il les aide à rassembler quelques problématiques - il était surtout destiné à cela, ratisser, rassembler, mettre un peu en ordre, et rien de plus. Je pense aujourd'hui qu'à la différence de ce que pensait Nietzsche, le problème de l'individualité doit se pense par rapport à "l'autre monde" dont il avait un peu trop vite refermé la possibilité. Mon dialogue (critique) avec les médiums qui ne fait que commencer porte sur ce thème là.

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« Individualité et subjectivité chez Nietzsche » est le fruit d’un travail précis et honnête.
L’auteur, Christophe Colera, se propose dans les premiers chapitres d’exposer les deux facettes de la critique nietzschéenne de la notion de sujet et de subjectivité - thème académique mais pas inintéressant, et s’approche naturellement dans le dernier d’une définition de ce que serait l’individualité aux yeux du « plus sublime des » syphilitiques. La plume de l’auteur est la plupart du temps très lisible, un peu mécanique mais puisqu’il se paye le luxe précieux de confronter ses thèses à celles de commentateurs plus renommés que lui (Heidegger, Jean Granier, Michel Haar et même Luc Ferry qui avait commis avec quelques autres un Pourquoi nous ne sommes pas nietzschéens) tout ça donne vite au lecteur un air très respirable. Si l’ouvrage est truffé de coquilles, la lecture n’en est pas pour autant rendu si désagréable, les chapitres étant aérés et les références au texte nietzschéen nombreuses et très pertinentes.

Une fois débarrassés des questions de forme, vous allez évidemment me demander ce qu’il y a au fond de la marmite. Comme je l’ai déjà écrit, les deux premières parties bien qu’assez classiques ne manquent pas de pédagogie et de précision pour exposer les différentes critiques que Nietzsche adresse à l’encontre de la notion de sujet. Le premier chapitre se contente de servir d’introduction correcte à cette critique en passant notamment en revue les raisons extra-épistémologiques qui ont motivé Nietzsche - pêle-mêle : l’importance du cas de la Grèce présocratique (où le sujet moderne n’existe pas), la volonté constante chez Nietzsche de dépasser sa maladie par la philosophie et pour finir l’influence majeure de l’art comme (nouveau ?) paradigme de la pensée. Le deuxième chapitre lui va au cœur du propos de Friedrich et énonce les arguments que ce dernier emploie à mainte reprises contre les avatars du sujet. Qu’il s’agisse de l’âme chrétienne, du libre-arbitre ou de la subjectivité libérale moderne (que Nietzsche hérite de sa lecture de Tocqueville selon l’auteur) chacun se voit mis à la porte de la Gaya Scienza dont le physionomiste (« Encore un black ! » « Non un allemand. ») est parmi les plus sévères que je connaisse. Le troisième chapitre est évidemment le plus dangereux car il s’agit là de réunir ce qui a été intentionnellement disséminé par le généalogiste à la fois dans les œuvres publiées - principalement le Gai Savoir, Ecce Homo et Par-delà bien et mal mais tristement pas la Généalogie de la morale qui est trop souvent exploitée par l’auteur comme un texte uniquement critique – mais également dans les Notes posthumes.

Quid alors de cette reconstitution à la Isis ? Il me faut tout de suite reconnaître que l’auteur ne démérite pas et prend le soin d’accuser premièrement l’indécrottable aspect métaphorique de la pensée de l’individualité chez Nietzsche, deuxièmement le caractère incertain d’une telle recomposition et troisièmement le paradoxe qui nourrit cette conception déterrée. En effet, cette individualité nietzschéenne qu’il faudrait retrouver repose sur trois éléments majeurs de la philosophie du moustachu qui la soutiennent (l'individualité, pas la moustache). Le premier élément c’est la nouvelle conception du Corps qui marque l’arrêt de mort de la distinction sujet-monde et ouvre quelque part la voie au Dasein heideggérien ; ‘’l’individu’’ avant d’être tel est d’abord un corps, une multiplicité d’affects, de volontés qui combattent les unes contre les autres pour imposer leur perspective. Le deuxième élément c’est la doctrine de l’Eternel Retour du Même dont la conception cyclique du temps permet, si elle est tenue pour vrai par l’individu, d’atteindre le troisième élément capital et nécessaire qu’est l’ego-fatum, pendant théorique de l’amor fati.

C’est ici que réside le paradoxe de l’individualité nietzschéenne : l’individu n’est certainement pas une unité mais une multiplicité (d’affects, de petites volontés) qui se donnent l’apparence de l’unité, qui se croit identique à elle-même à travers le défilement des instants. Plus précisément encore c’est sur l’instant que repose l’individualité que reconstruit ici Christophe Colera : l’individu n’est pas ni ne se fait lui-même, il est fait à tout bout de champ. A chaque instant c’est par un devoir-être (!), par une sélection éthico-pratique qu’il advient tout en étant dépassé par ce qui le meut (soit les instincts nihilistes triomphent, soit ce sont les instincts supérieurs – il n’y a pas de voie intermédiaire ou attentiste dans cette ‘’éthique’’). Christophe Coléra écrit : « Le vouloir issu d’une solitude individuelle se révèle ainsi comme étant virtuellement porteur d’une volonté passive-active du monde, laquelle est indéfiniment en attente de sa reprise dans un instant quelconque, sans sujet pour en gouverner le destin » (p.126). On oubliera donc les versions à l’aspartam d’un Nietzsche-Victor Novak éducateur, venu prêcher la bonne parole pour élever les bonnes âmes humanistes à la libération de l’aliénation et au sapere aude des Lumières. ‘’L’individu’’, du point de vue de la volonté de puissance, est l’outil de cette dernière. ‘’L’individu’’, du point de vue de la conscience claire, n’est individu que lorsqu’il accepte de se comprendre comme volonté de puissance, lorsqu’il accepte de se voir comme « plusieurs âmes dans un seul corps » - comme voulu par un Destin.

On pourrait objecter à nos auteurs que la notion d’individualité perd alors complètement son sens : l’individu se retrouve entièrement soumis, à chaque instant, au travail interprétatif de ces petites âmes, de ces affects qui cherchent à commander la perspective sur le monde, qui cherchent à imposer les mobiles de l’action à venir aussi. Eh bien c’est exactement ça, l’individualité est toujours à venir et ne cesse jamais de l’être (sinon la circularité du temps perçue via l’Eternel Retour n’aurait pas lieu d’être pensée) et l’individu n’advient qu’en acceptant de jouer le jeu de son Corps, en évitant de se méconnaître au point de se mortifier (soi ou les autres d’ailleurs). Les vieux briscards ne s’étonneront pas du paradoxe car Nietzsche n’a de cesse de penser en-dehors, à côté, en-deçà des antinomies du langage. En une phrase : « la transmutation de l’individu en monde, l’éclatement du sujet, se joue là dans un acte pur, c’est-à-dire dans un verbe pur, à l’infinitif, sans sujet grammatical et, qui plus est, un verbe qui possède les deux modes actif-passif » (p.126). Moralité de l’histoire : devenez ce que vous êtes.

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La nudité des jeunes filles dans les lois de Lycurgue

2 Mars 2017 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées, #Anthropologie du corps, #Christianisme, #Nudité-Pudeur en Europe, #Pythagore-Isis, #Philosophie

Dans le 1er livre des Macchabées (Ancien Testament) il est écrit

"I M 12,5. Voici la copie des lettres que Jonathas écrit aux Spartiates:

I M 12,6. Jonathas, grand prêtre, les anciens de la nation, les prêtres et le reste du peuple juif, aux Spartiates, leurs frères, salut.

I M 12,7. Il y a longtemps que des lettres ont été envoyées à Onias, le grand prêtre, par Arius, qui régnait chez vous, car vous êtes nos frères, comme le montre la copie qui est jointe ici.

I M 12,8. Et Onias accueillit avec honneur l'homme qui avait été envoyé, et il reçut les lettres, où il était parlé d'alliance et d'amitié."

Onias I er, fils de Jaddus, et père de Simon le Juste, qui furent aussi grands-prêtres (Sir 50:1, cf. Jos., Ant., XI, 8, fin ; XII, 6) exerça ses fonctions, précisent les historiens, après la conquête de la Judée par Alexandre le Grand. C'est à lui qu'aurait été adressée une lettre d'Arias (ou Arius), roi de Lacédémone sous le règne de Séleucos IV Philopator (187-175 av. J.-C.), lui offrant son alliance, au nom d'une prétendue origine commune des peuples juif et lacédémonien, selon Flavius Josèphe, juste avant la conquête de la Grèce par Rome en 146.

Cette admiration des Juifs à l'époque de Jonathas Macchabée (157-152 av JC) pour Sparte ne pouvait pas englober (à la différence de la République de Platon) une estime pour les lois de Lycurgue.

Selon Plutarque (Vie de Lycurgue) "Lycurgue porta toute l’attention possible à l’éducation des femmes. En tout cas, il fortifia le corps des jeunes filles par des courses, des luttes, le jet de disques et de javelots. (...) Pour leur ôter toute mollesse, toute vie sédentaire, toute habitude efféminée, il habitua les jeunes filles, non moins que les garçons, à défiler nues, et, pour certaines fêtes, à danser et à chanter dans cet état sous les yeux des jeunes gens. (...)Quant à la nudité des jeunes filles, elle n’avait rien de honteux, puisque la modestie y présidait et que le dérèglement n’y était pour rien ; elle donnait, au contraire, l’habitude de la simplicité et le désir ardent d’une santé robuste.(...)Voici ce qui excitait encore au mariage : les processions des jeunes filles, leur déshabillement et leurs combats sous les yeux des jeunes gens, qui, selon le mot de Platon , cédaient à des contraintes, non géométriques, mais érotiques. Lycurgue a même imprimé une note d’infamie aux célibataires. On les écartait du spectacle des gymnopédies [exercices des jeunes filles nues] ; et, l’hiver, les magistrats leur faisaient faire nus le tour de l’agora, en chantant une chanson composée contre eux, où il était dit qu’ils subissaient un juste châtiment, parce qu’ils désobéissaient aux lois."

Aux yeux des Juifs les lois de Lycurgue sur la nudité des jeunes filles auraient été jugées de nature à attirer des démons dans la cité, tout comme d'ailleurs l'installation des cimetières dans les murs de la ville, elle aussi décidée par Lycurgue selon Plutarque.

En 1604, le médecin conseiller du roi Louis Guyon (1527-1617) écrivit dans "Les diverses leçons de Loys Guyon, sieur de La Nauche,... suivans celles de Pierre Messie et du sieur de Vauprivaz" (p. 104 et suiv) :

"Ledit Licurgue en fit une autre,qu' il voulait que les filles allassent aux jeux & danses publiques toutes nues, sauf de petits brodequins de couleur découpés , qu'elles portaient aux jambes, & ce pour plusieurs raisons , que je vais alléguer. La première était, par ce qu'il apercevait plusieurs jeunes hommes être tant amoureux des filles & femmes, qu'ils en perdaient le jugement, & oubliaient tout devoir, si bien qu'ils semblaient plutôt bêtes qui sont en ruth ou en chaleur, qu'hommes raisonnables. Or iceux amoureux, sans doute se trouvaient à telles assemblées,pour voir leurs Déesses toutes nues, & voyants les parties peu honnêtes, & posées non guère loin d'un réceptacle de toutes les puantes immondices du corps humain,s'en devaient dégoûter, & abhorrer-telles .amours,& se devaient remettre en leurs devoirs : & que la chose ne méritait point qu'on se tourmentât tant, perdant le boire, le manger & le repos. L'autre raison était,à fin que les filles n'eussent point de honte des parties desquelles nature les avait pourvuës mais fussent vergogneuses de commettre aucun vice. Car il disait., que les filles & les femmes devaient plus rougir de commettre quelque péché, que de montrer la partie de leur corps, qui leur était nécessaire.

Les femmes & filles de par deça semblent avoir opinion que les hommes désirent qu'elles aient les fesses & les cuisses grosses & rebondies, comme les Catayens, par ce qu'elles s'étudient à persuader cela aux hommes"

S'ensuit une condamnation de l'usage des vêtements par les femmes pour stimuler le désir masculin, puis une interrogation sur la question de savoir si la nudité stimule plus le désir que l'habillement (à partir d'une étude des Catayens dont le nom a d'abord désigné les Chinois puis les Indiens du Canada semble-t-il, puis des Indiennes, africaines et brésiliennes). Il en conclut que la nudité tue le désir ce qui est mauvais pour la procréation,  que la nudité des femmes sous les tropiques est liée à la chaleur et peut se justifier seulement sous leur latitude parce que les femmes y sont bien faites (de sorte, note-t-il, qu'il n'y a pas besoin d'y appliquer la loi de Lycurgue qui prônait l'élimination des bébés mal formés), et s'en remet, pour l'Europe, au précepte évangélique "qui recommande sur toute charité, de donner moyen aux pauvres de se pouvoir vêtir non seulement pour les défendre du chaud, du froid,de la pluie,& des mouches piquantes,mais pour couvrir leurs parties honteuses."

Les lois de Lycurgue présentent un cité "meilleur de mondes" : elles renforcent l'Etat en imposant à la fois un équilibre des pouvoirs dans les institutions pour les stabiliser, un dévouement total des citoyens à la préparation à la guerre en cassant toute vie privée de nature à ramollir la psychologie des gens : par exemple les gens mangeaient dans des repas collectifs frugaux, les hommes n'avaient qu'un bref commerce sexuel avec leur femme de nuit, y compris lors de leur nuit de noces (Plutarque note que cela avait pour effet paradoxal d'entretenir fortement le désir et l'amour au sein des couples). La nudité des jeunes filles pour les endurcir tout en poussant les hommes à se marier s'inscrit dans cette logique. Ce côté "expérimentateur sur l'humain" dans le cadre d'un Etat fort qui va jusqu'à l'eugénisme a séduit Platon, et rappelle certains aspects du communisme, mais aussi du capitalisme actuel. Il est logique qu'en bon chrétien, le docteur Louis Guyon, après avoir interrogé la légitimité de ces lois à l'aune de la nudité des populations tropicales (tout comme la découverte des Amérindiens avait aussi conduit, une génération plus tôt Montaigne et ses contemporains à interroger la légitimité des moeurs européennes), revienne, au seuil de la Contre-réforme, à la rigueur des principes évangéliques à ce sujet.

Platon, lui, aborde la question de la nudité des filles à propos de la formation des gardiens de la ville dans le livre V de la République, thème dont Kingsley a montré qu'il avait un rapport avec la problématique chamanique pythagoricienne des veilleurs de nuit. Il s'agit de réfléchir à la question de savoir si les femmes doivent participer au combat. Cette question, comme celle de l'eugénisme, est abordée par Platon sous l'angle de l'analogie avec les chiens. L'obstacle principal est celui du ridicule et le philosophe ne l'esquive qu'en soulignant que la nudité des hommes au gymnase avait aussi suscité des railleries dans les générations qui ont immédiatement précédé le siècle d'or athénien, lorsque la Crête et Sparte l'ont adoptée (il y a des nuances entre auteurs grecs pour savoir si cela vint d'abord de Crête, que le néo-pythagoricien Apollonios de Tyane, cet autre grand admirateur de Lycurgue, selon Philostrate nommait la nourrice de Zeus). Juste après, pour les mêmes motifs d'efficacité militaire, Platon justifiera la vie en commun de tous les citoyens sur le modèle des lois de Lycurgue, le fait que les magistrats organisent les mariages entre les gardiens de la cité, et le fait que les guerriers à la retraite puissent s'accoupler avec toutes les femmes sans leur faire d'enfants, tandis que les enfants des guerrières sont pris en charge par des nourrices (alors que les nourrices de Sparte selon Plutarque avaient très bonne réputation). Platon comme Lycurgue ont eu une éducation égyptienne (selon Plutarque, Lycurgue aurait acquis en Egypte des idées sur la spécialisation militaire) mais cela ne semble pas avoir eu d'influence sur le thème de la nudité publique des femmes.

La référence au "ridicule" renvoie à Aristophane qui, dans Lysistrata, représentée à Athènes en 411 av JC, raille la nudité des femmes spartiates au gymnase, comme le pubis ("jardin") imberbe des Béotiennes et le côté prostitué des Corinthiennes.

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La Matrone d'Ephèse chez La Fontaine et chez Pétrone

2 Janvier 2016 , Rédigé par CC Publié dans #Philosophie, #Anthropologie du corps

La Matrone d'Ephèse chez La Fontaine et chez Pétrone

Le thème de l'inconstance des sentiments et de la futilité de la chasteté et de la fidélité n'est pas seulement un sujet politique sur la difficulté de soumettre l'humaine à la morale civique (dans le discours républicain) ou d'enfermer la femme dans des principes rigoureux (selon la version machiste). Il touche plus profondément au problème de l'animalité humaine et de ce qu'il faut en faire (vous savez que beaucoup de spiritualités de la non-violence, asiatiques ou néo-platoniciennes notamment ont pour essence un retour au végétal, et je crois que même la prophétie 66 d'Isaïe a quelque chose à voir avec cela...).

Je suis tombé hier par hasard sur cette histoire maintes fois racontée pendant 2 000 ans, celle de la matrone d'Ephèse. J'ai commencé par la fable de La Fontaine. Elle a le mérite de gommer ce qui, dans l'original de Pétrone, rend le conte le plus vraisemblable et le plus fort, tout en le chargeant de considérations "élégantes" à la mode du siècle de Louis XIV qui, par contraste, permet ensuite de pousser un soupir de soulagement quand on découvre la version originale du récit.

La trame résumons la : le mari d'une jeune veuve à Ephèse meurt. On l'enterre. Mais la femme, amoureuse inconsolable s'enferme dans le tombeau avec sa servante, résolue à mourir sur le cadavre de l'aimé (en ce sens c'est un peu comme la Chambre Verte de Truffaut). Elle tient ainsi à pleurer sans manger et son comportement fait l'admiration de toute la ville, mais voilà qu'un soldat qui garde la cadavre d'un condamné à mort près de là pour que sa famille ne le récupère pas, attiré par le bruit des pleurs, vient trouver la belle dans son tombeau. En lui faisant humer son propre souper il la persuade de recommencer à manger, puis elle devient la maîtresse du soldat. Celui-ci ayant négligé de bien garder le cadavre dont il a la charge on le lui dérobe, mais lui et son amante vont régler le problème en remplaçant le cadavre du condamné à mort par celui de la veuve.

Chez La Fontaine le récit est stupide, sans relief, et incompréhensible, ne serait-ce que parce que, par souci chrétien d'éviter la moindre accusation de blasphème (car les lecteurs malveillants auraient fait vite le rapprochement avec le Golgotha), l'auteur ne précise pas que le condamné à mort est en fait un brigand crucifié, ce qui explique que le légionnaire doive garder non pas un mais plusieurs cadavres pends au bois. La Fontaine ajoute à l'histoire une historiette absurde de Cupidon qui décoche une flèche à la veuve et au soldat, sornette qui devait faire se pâmer dans les salons de Versailles au grand siècle, mais qui obscurcit la profondeur de l'intrigue.

La profondeur on la retrouve dans toute sa force sous la plume de Pétrone. Son récit est très brut, très axé sur la violence physique des sentiments. Comme toutes les veuves du bassin méditerranéen antique, la matrone d'Ephèse a la poitrine dénudée, elle se griffe les seins avec rage, pleure sans retenue, et c'est ce qui impressionne beaucoup les gens de la ville, ce qui garantit l'authenticité de son amour et de son deuil. Elle s'enivre de douleur pour ainsi dire, de sorte que quand le soldat vient la voir au tombeau, choquée par la proposition qu'il lui fait de manger, elle se déchire encore plus la poitrine, s'arrache les cheveux par poignées et les jette sur le cadavre de son mari.

Parce que la partie physique est plus assumée, tout est plus concret, et Pétrone se fait plus précis sur la dimension biologique du drame : ce n'est pas parce que Cupidon décoche une flèche que la veuve tombe amoureuse, mais parce qu'elle a mangé ! Pétrone le dit clairement : on sait ce qu'il se passe lorsque le corps reprend des forces après des jours de privation alimentaire : le désir sexuel prend le dessus. C'est donc bien toute l'animalité des processus qui est ici mise en scène. Et Pétrone ne se contente pas, comme La Fontaine, d'évoquer les sentiments avec lyrisme : il nous dit très concrètement que la veuve et le soldat vont faire l'amour dans cette nécropole, juste après avoir refermé la porte du tombeau du mari en décomposition. Ils vont y faire l'amour pendant plusieurs jours, au milieu des sépultures, et c'est parce que le soldat revient plusieurs fois pendant une semaine apporter de la nourriture à sa nouvelle maîtresse, qu'un des crucifiés va être dérobé (probablement par une famille).

Cette précision physiologique est d'autant plus forte qu'elle intervient dans un contexte religieux païen très poignant où l'on croit aux fantômes et aux esprits. Au début le soldat a peur que la veuve éplorée soit un revenant, et, s'il est fasciné par son amour physique pour cette jolie fille, c'est aussi, nous dit Pétrone, parce que l'aventure est entourée de "mystère", c'est à dire d'un arrière plan religieux étrange et lugubre.

La Fontaine a raison de souligner que le conte pose la question du choix entre la vie et la mort, et du faible mérite d'un amour mort ou du cadavre d'un être aimée, face même à une simple aventure sexuelle avec un être vivant. Mais Pétrone pose la question de la mort en des termes beaucoup plus profonds et pourrait-on dire "sauvages".

Le soldat n'est pas seulement menacé de mort par les autorités de la ville pour avoir laissé disparaître le cadavre du condamné, dans Pétrone il propose de se suicider par le glaive sur la cadavre du mari de la veuve, et celle-ci va proposer immédiatement au soldat de crucifier son mari en lieu et place du brigand dont la dépouille a été dérobée. Cela crée des télescopages d'images extrêmement forts, entre le corps vivant du soldat qui pourrait rejoindre celui du mari mort (alors que c'est le corps de la veuve qui au début devait se "cadavériser") et entre le corps du mari aimé et celui du brigand inconnu.

Parmi les auditeurs du conte un d'eux dire que c'est la veuve qui aurait dû être crucifiée plutôt que le mari innocent. Un des membres de l'assemblée estime que cette remarque échappe au bon goût puisque le conte était censé faire rire. Ce n'est pas le jugement porté par l'auditeur qui est inconvenant mains le fait qu'il soit émis alors que l'on est censé rire.

Mais on sait combien le rire antique était à double sens. Sous la légèreté se cache la gravité. L'Ane d'Or d'Apulée par exemple en est la preuve. Le fait que le conte de Pétrone fourmille de référence à l'Enéide - car la beauté de la fidélité de la matrone est mise en parallèle avec le veuvage de Didon, la reine de Carthage.

On a dit que ce conte de Pétrone est une sorte de "milésienne" insérée dans le Satyricon, ce qui peut expliquer que l'histoire se passe à Ephèse. Le genre milésien est né à Milet pas très loin d'Ephèse au IIe siècle av JC. On n'en a guère gardé de traces mais on le présente comme un genre léger, comique, très axé sur les liaisons amoureuses, l'immoralité, et Apulée y fait allusion dans son propre conte. On sait que les soldats romains en avaient dans leurs bagages (ou plus vraisemblablement leurs officiers). A Carrhae (Harran) en Mésopotamie, où les légions de Crassus subirent un désastre en 53 av JC, les Parthes trouvèrent des milésiennes dans les affaires des Romains. Le roi des rois parthe quand on les lui montra s'en indigna et y vit un symptôme de la décadence morale de Rome, sans doute parce que ces textes n'avaient pas de portée moralisatrice,ils ne permettaient que de mettre à nus les dilemmes de la condition humaine et faire rire à son sujet pour ne pas en pleurer. Cela n'interdisait pas de philosopher dessus très sérieusement ensuite, et d'ailleurs les commentateurs du conte ne s'en sont pas privés.

A mon sens on a là un sujet très profond de méditation sur la chair vivante, l'arbitrage entre l'ici-bas et l'au-delà, la part à laisser à l'animalité humaine, sa capacité de résilience, de regenérescence, et la façon dont celle-ci peut et doit être vécue sans trahir le passé, c'est-à-dire en laissant aux morts et au mort (à ce qui est mort dans nos propres vies) la part (la part d'ombre) qui nécessairement leur revient toujours au cœur du processus vital dans son développement actuel.

On notera que le conte de la matrone d'Ephèse, qui inspira aussi Voltaire dans Zadig (ou encore Octave Feuillet dans La Veuve), eut un équivalent chinois, l'Histoire de Tchouang-tseu, qu'on appela aussi Histoire de la matrone de Soung et Abel Rémusat avança même dans une préface à des contes chinois de 1827 que la Chine avait pu avoir connaissance du conte de Pétrone. Au VIe s av JC, le futur disciple de Lao-Tseu, Tchouang-tseu rencontre une jeune veuve qui évente le tombeau de son mari défunt car il lui a fait promettre de ne se point remarier tant que l'extrémité n'en sera pas desséchée. Avec l'aide des esprits le sage fait assécher la terre d'un coup d'éventail, ce dont elle le remercie vivement. Lui même tombe malade. La femme qu'il aime, dame Tian, la troisième qu'il ait épousée et avec qui il s'était retiré dans une chaumière, lui jure fidélité et de ne jamais se comporter comme la veuve qu'il a croisée sur son tombeau. Il expire, confiant. Sa chère veuve Tian se répand en pleurs et jeûne pendant des jours. Un jeune seigneur Wang sun, petit fils du roi des Tsou et admirateur de Tchouang-tseu, la rencontre. Elle en tombe amoureuse fait transformer la chambre funèbre en salle de noces en reléguant le cadavre du mari dans une masure voisine. Elle se marie le soir même. Lors de la nuit de noces, Wang-su révèle sa maladie cardiaque. Pour le sauver, Tian doit prendre la cervelle d'un homme nouvellement tué et lui en faire avaler dans du vin chaud. Elle propose celle encore fraîche de Tchouang-tseu et va ouvrir son cercueil . Mais elle trouve le mort éveillé par le bruit de la hache. Elle doit alors expliquer à son mari pourquoi elle ne porte plus les vêtements du deuil et a paré la chambre funéraire. Wang-su, lui, est déjà parti. Tchouang-tseu se fait servir du vin chaud, écrit un poême montrant à Tian qu'il n'est pas dupe, fait disparaître et réapparaître Wang-su. Tian honteuse va se pendre avec sa ceinture de soie. Le sage la met dans le cercueil où lui-même avait séjourné, et brise les couverts de la noce en entonnant une chanson de vengeance contre Tian. Il met le feu à sa maison (seul le livre Tao-te en sera sauvé) et au cercueil de Tian, puis part en voyage en se promettant de ne plus jamais se remarier. Il rencontrera Lao-Tseu et s'y attachera pour le restant de ses jours.

Morale de l'histoire "L'affection de ceux-là mêmes que la chair et le sang unissent n'est, le plus souvent, qu'une vaine apparence". On est là sous des cieux taoïstes quand même éloignés de l'esprit milésien...

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La mort de Nicias et la Lune

24 Décembre 2015 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire secrète, #Philosophie, #Pythagore-Isis

Je ne sais si je vous ai déjà parlé du livre de Plutarque sur le visage de la Lune. Ce soir inaugurant une nuit de pleine lune, je me permets d'y faire allusion même si c'est un livre compliqué que je ne suis pas qualifié pour commenter plus avant. Je note que dans ses Vies parallèles, Plutarque, qui compare le romain Crassus à l'athénien Nicias, attribue la défaite et la mort de ce dernier, en 413 av. JC à une mauvaise interprétation des signes divins, et plus précisément d'un signe lunaire.

Lors de sa bataille finale contre les armées de Syracuse, nous dit Plutarque, Nicias a commis deux erreurs. La première est d'avoir pris une éclipse de lune (le 27 août 413) pour un signe néfaste. Cette erreur fut due à l'absence de son devin Stilbidès, mort peu de temps auparavant, qui, d'ordinaire, le délivrait de ses craintes superstitieuses. S'appuyant sur Philochore, Plutarque estime que le signe était au contraire favorable puisque "l'obscurité est nécessaire aux actions accomplies dans la crainte".

La seconde erreur de Nicias fut d'avoir attendu la lunaison suivante pour passer à l'action (c'est à dire fuir de Sicile tant qu'il était encore temps). D'une part il oublia "qu'en général les gens ne tenaient compte des signes donnés par le soleil et la lune que pendant trois jours", d'autre part il ne vit pas que la lune s'était "purifiée tout de suite, une fois sortie de la zone d'ombre projetée par la terre". De sorte que Nicias, homme pieux mais trop pusillanime, fut attaquée par les soldats de Syracuse qui remportèrent la victoire et exhibèrent dans un sanctuaire le bouclier de Nicias jusqu'à l'époque de Plutarque.

La double erreur sur l'éclipse lunaire fut la cause métaphysique (liée à un défaut moral de manque d'audace) qui plongea le général athénien dans la défaite alors qu'il avait été jusque là militairement et politiquement avisé (il avait modéré l'impérialisme athénien comme le rappelle la fiche Wikipedia).

Le passage est aussi l'occasion de rappeler qu'à cette époque ceux qu'il appelle les "physiciens" comme Anaxagore ou Protagoras, les "bavards célestes" comme on les appelait (et comme les prêtres notamment les nommaient sans doute), étaient mal vus à Athènes où l'on comprenait les éclipses solaires mais pas celles de la lune. Les gens tenaient absolument à voir dans les différents aspects des astres des signes de la volonté des dieux, qui ne pouvait être réduite à des lois prévisibles. Car cela donnait l'impression que l'on voulait par ces lois enchaîner les plans divins. C'est seulement à partir de Platon que l'étude empirique des astres fut jugée respectable, parce que Platon était très prestigieux du fait de son charisme personnel et parce que son système philosophique, nous dit Plutarque, "subordonnait les nécessités physiques à des principes divins et souverains". On pourrait dire subordonnait "en dernière analyse", puisqu'à la fois il estimait que les phénomènes astronomiques suivaient des lois, et que ces lois obéissaient aux principes divins, ce qui ôtait à leur étude le soupçon d'impiété (et c'est grâce à cela sans doute que Pythéas de Marseille - ville intellectuellement influencée par Athènes -, quelques décennies après la mort de Platon, put avec son bagage pythagoricien s'embarquer pour le pôle nord afin de mesurer l'étendue de la terre, et étudier les marées).

La mort de Nicias est ainsi l'occasion d'une triple réflexion sur l'interprétation des signes lunaires, la bonnes mesure à accorder à la piété religieuse, et l'équilibre complexe entre le respect de la liberté des décrets divins et l'utilité de l'étude rationnelle "confiante" des phénomènes physiques dont procèdent ces décrets. Ces questions n'avaient rien de gratuit puisque l'avenir politique et militaire des cités sur le champ de bataille en dépendait.

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"La danseuse nue et la dame à la Licorne" de Mme R. Gaston-Charles

1 Décembre 2015 , Rédigé par CC Publié dans #Nudité-Pudeur en Europe, #Philosophie, #Pythagore-Isis

"La danseuse nue et la dame à la Licorne" de Mme R. Gaston-Charles

Cinq ans avant que Georges Clemenceau n'écrive sa lettre déjà citée sur ce blog sur l'omniprésence de la nudité à Paris, un livre intrigant paraît sous la plume d'une certaine Mme Gaston-Charles, qui est probablement une dame mondaine habituée des ateliers de peintre et des conférences sur l'histoire de l'art. La dame n'a laissé aucune trace dans les dictionnaires littéraires. Même la fiche de la BNF ne peut donner que sa date de naissance (1868) mais pas celle de son décès, et lui attribue (à tort si l'on considère sa remise de prix de 1912 et ce qu'écrit sur elle Jules Bois) un sexe masculin. Peut-être s'agit-il d'un pseudo. Son prénom n'est jamais explicité dans les revues, on le trouve dans Anamorphoses décadentes d'Isabelle Krzywkowski et ‎Sylvie Thorel-Cailleteau - p. 221 : Rachel. Il semble qu'elle ait été aussi peintre (cf Le Figaro du 30 avril 1891). Dans son livre elle ne dit rien d'elle-même et son prénom n'est signalé que par son initiale "R".

Ce roman a pour exergue " "Rien n'est impur en soi ; une chose n'est impure qu'à celui qui a l'impureté en lui" St Paul, Ep. aux Romains XIV". Une exergue qui aurait pu être alchimique. J'ai cru au début que le roman était ésotérique et codé. A la réflexion il ne l'est probablement pas. C'est un roman philosophique sur le Beau, le corps, au début du XXe siècle, les valeurs qu'ils véhiculent. Et les discussions qu'il reflète éclairent les cent ans qui ont suivi.

Voici l'histoire. Mme Gervais de Pélus habite au 4ème étage sans ascenseur d'un immeuble avenue de Villiers à Paris (le roman ne cite même pas Paris..., mais bon...). Le héros Valentin Audifax, bourgeois descendant d'un maître des requêtes d'Henri IV, va y assister à une soirée, mais hésite à monter les escaliers (parcours initiatique), toutefois l'idée d'y retrouver la comédienne Luce de Marcillac (Luce est un prénom lumineux), qu'il a rencontrée l'été précédent près de Tours, le persuade de poursuivre "son ascension", bien que sa passion pour l'actrice soit déclinante.

Arrivé dans l'antichambre, il entend qu'on le complimente sur ses cheveux blonds, tandis que la maîtresse de maison, qu'il croyait "couronnée de cheveux blancs" montrait une mine qui n'était point celle d'une personne qui renonce". En fait elle a les cheveux acajou, le port majestueux. Epouse d'un grand d'Espagne, elle se console du déclin de ses charmes en accueillant chez elle de "jeunes bardes".

Confronté à une forêt de nuques et de dos dénudés le long de sièges dorés, le héros passe au salon réservé aux artistes et y trouve Luce qui lui prescrit de trouver Tiburce Sotter, un "critique lanceur d'étoiles". Audifax feint d'obéir, car la "chair rousse fondante et rosée" de l'actrice l'incite à l'indulgence. Dans l'autre salon il est attiré par la blondeur pâle de la jeune Mme Rosine Eucher, fondatrice de revues qui après avoir été anarchiste féministe, mêlée à des complots, avoir tenté de récupérer l'Alsace-Lorraine au Kaiser, rêve "d'une place entre Jeanne d'Arc et Mme Roland". Leur conversation est interrompu par le début d'un concert - Mme Le Timorey chante dans Samson et Dalila, mais est ridicule dans ce dernier rôle. Les chanteurs se succèdent, Mlle de Marcillac lit des vers. Les chansonniers de la Butte évoquent les trouvères médiévaux aux oreilles du héros. Enfin à la fin des numéros un peintre "au visage d'ânier du Caire", Patrice Heribert, lui présente la femme au dos ambré nu qui l'avait hypnotisé, Miss Jacinthe Nethersoll.

Notons qu'il a réellement existé une Olga Nethersole, née à Londres en 1867, de mère espagnole qui fit ses débuts au théâtre de Brighton en 1887. Elle joua "Sapho" dans la pièce d'Alphonse Daudet adaptée par Clyde Ficht en Australie et en Amérique où elle fut inculpée pour "violation de la décence publique" avec son partenaire masculin mais fut relaxée. En 1902 L'Art dramatique et musical au XXe siècle p. 244 jugeait à propos de cette jouée en Angleterre que Nethersole était une véritable "fille de brasserie" (ce qui n'avait rien d'élogieux) En 1906 elle jouait encore Carmen aux Etats-Unis. Paul-Emile Chevalier dans le Ménestrel signale qu'elle a fait ses débuts à l'Odéon dans "La seconde madame Tanqueray" à l'Odéon en 1904 et blâme les fautes de goût dans le décor, les jeux de scène, l'utilisation d'un boa, qu'il juge étrangers aux habitudes françaises.

Dans la vraie vie c'est Miss Nethersole qui a joué dans Dalila. La revue "L'art dramatique et musical au XXe siècle" de 1904 ( p. 169) notait "Free dans le rôle d'un bossu qui tue une Dalila de bas étage, des noeuds de laquelle ne peut se détacher son seul ami, a élé admirable à son ordinaire, mais mademoiselle Nethersole dans le rôle de la Dalila a été aussi ridicule que ses toilettes". Les Annales du théâtre et de la musique de 1907 (p. 274) lui reconnaît au Théâtre Sarah-Bernhardt encore dans "La seconde madame Tanqueray" "des qualités très réelles,... des yeux doux et expressifs, la voix claire et bien timbrée, un jeu fin et discret dans les premiers actes, puis très saisissant à la fin de la pièce". Elle joue ensuite Magda, Sapho, Adrienne Lecouvreur, adaptée de la pièce de Scrive et Légouvé, Camille, qui adapte la Dame aux Camélias, et The Spanish Gipsy, adaptation de Carmen de Mérimée. Son jeu dans cette pièce est décrit par "Charles Martel" dans l'Aurore du 12 juin 1907 (le journal de Clemenceau) comme d'un "réalisme à rendre fou les habitués de l'Opéra Comique". "Carmen est une admirable bête de joie, fleurant plus ou moins bon toutes les grossières voluptés. Et dans cette vulgarité même, le type de la gitana prend sa grandeur et sa fatalité. Devant l'effet obtenu je n'ai pas le droit de reprocher certaines exagérations à miss Olga Nethersole, j'aime mieux, admirateur de son talent fougueux, joindre mon bravo aux acclamations". Elle allait pendant l'été se rendre comme tous les ans chez les Rostand à Cambo-les-Bains pour une semaine où le fils d'Edmond Rostand lui donnerait une traduction anglaise de "La Samaritaine" de son père (Miss Nethersole apparemment venait souvent chercher des pièces françaises pour les faire adapter et les mettre en scène elle même en Angleterre et aux Etats-Unis).

Olga Nethersole est l'inventrice du "soulkiss", (Comoedia 18 novembre 1908 p. 2). Le 17 novembre 1908 au théatre de l'Athénée une causerie sur le baiser donnée par Robert Eude sur la Baiser dans le décor du premier acte d'Arsène lupin allait expliquer que le baiser était un "lien mystérieux entre toutes les races", avant que Mlle Isis n'exécute une "danse antique des voiles et du Lotus" et la récitation d'un poème de Redelsperger, "Le Baiser" par Arlette Dorgère accompagnée au piano par Maurice Pesse. Le soulkiss est un baiser très long dont le record 1mn47sec est détenu par l'actrice miss Maud Adams, nous dit le journal.

La brune aux yeux bleus (mais aux membres longs et à la poitrine plate), aux gestes lents et à l'accent anglais a un teint d'Hindoue qu'elle tient de son aïeule fille de maradjah. Elle a passé son enfance aux USA. Dans son "subliminal self" elle a retrouvé les vieux temples mystérieux, celui des Devadassi, "prêtresses de Bouddha".

Luce de Marcillac, elle est une "vierge moderne", dévouée à l'art, qui est pour elle un Apollon Sôter, Alexikakos, qui la sauve de la servitude du mariage. A son temple rebâti s'y pressent aussi bien "des filles galantes ", "d'adroites marchandes" que des vestales convaincues. Luce tient de tout cela. Petite bourgeoise (Antoinette Chevrion de son vrai nom) déçue par une perspective de mariage triste avec un marchand de Provins, rêvant elle-même de l'or des Amériques, elle hésite à prendre pour amant Audifax qui connaît peu le monde du théâtre, n'aime pas le cabotinage et ne peut pas lui être très utile. Lui même, éduqué à l'ancienne par un père vieil humaniste professeur de droit, hésitait à prendre Luce comme maîtresse d'un jour.

Audifax va tenter de la revoir chez madame de Gervais lors d'une soirée où elle récite seule des vers, mais il n'a sollicité l'invitation que pour revoir mademoiselle Nethersoll.

A cette soirée il retrouve le peintre Héribert qui, en usant de l'argument artistique et en jouant de sa vanité d'être reconnue par un esthète, après avoir convaincu son mari d'acheter ses tableaux n'est pas loin de convaincre la jeune Odette de Fondmaur de ce que sa poitrine mériterait d'être montrée à tout le monde.

Celui-ci "se promettait de suivre, en alchimiste curieux, en artiste déliquescent, les progrès du ver qu'il introduirait dans le fruit", quitte à la rendre un jour "hystérique et éthéromane" (p. 63), telle une "colombe de sacrifice" (mais déjà Mme de Fondmaur avait déjà "un certain air sournois de pensionnaire émancipée" qui allait lui faire mériter cette punition . A la fin du récital, le peintre persuade mademoiselle Nethersoll de se donner en spectacle chez lui.

Trois jours plus tard dans l'atelier d'Héribert, rue Clément-Marot, Audifax croise Odette de Fondmaur, petite provinciale bretonne dévote, mariée à 17 ans, devenue à Paris le jouet du peintre qui devenait l'équivalent de ses anciens catéchistes. Après le départ d'Audifax, Héribert lui propose de poser nue, mais, travaillée par le souvenir de la provinciale chrétienne du passé, cette "nouvelle Eve" tentée se souvient des sixième et neuvième commandements. Tentant de la persuader qu'on peut montrer ses seins aussi aisément que son visage. Audifax vante Phryné, inspiratrice de l'art grec, et Pauline Borghèse immortalisée par Canova. Partagée entre l'orgueil d'être élue par le peintre et la peur, elle s'enivre au charme des mots, et dégrafe son corsage, puis, comme le soleil vient baigner la pièce (signe divin), elle se ravise et songe qu'elle même ne s'est jamais regardée nue dans un miroir. Héribert parvient finalement à ses fins en l'entraînant dans une partie plus sombre de la pièce.

Audifax va encore faire des rencontres de dévôts de l'art qui dissimulent leurs travers dans cette religion. Héribert organise des fêtes à Pan et Adonis. La rousse Luce de Montillac parvient à attirer l'attention de Sotter, tandis qu'Odette de Fondmaur reste le jouet d'Héribert. Sa pudeur une fois de plus violentée chez Ermont, elle est secourue par Audifax. Celui-ci voit Miss Nethersoll danser une danse sacrée indienne connue des seules prêtresses. "Elle ne porte que deux plaques d'orfèvrerie moulant les seins et, retenue aux reins, une gaze d'argent mat lamée de raies brillantes." Les yeux se fixent sur la nudité de son ventre. Hiératique au début, elle cédait peu à peu à l'ivresse et arrachait ses voiles. A la fin Héribert la couvrait d'un manteau de soie myrte semée de roses. Audifax fasciné est jaloux du regard des autres posés sur la danseuse. Il se souvient qu'une petite Jacinthe lui avait jeté des fleurs à Cannes et qu'il avait vu s'exhiber nuitamment nue devant un vieil homme dans une crique.

Après qu'il eût conquis la confiance de Miss Nethersoll au bout de quelques jours celle-ci lui explique qu'elle veut "sculpter son idéal avec son corps" (p. 135) puisqu' "en art représentatif tout a été dit", elle veut "inspirer tous les esprits". Audifax y voit la trace des philosophies de Ruskin et Emerson. Nethersoll vénère les dieux de l'antiquité grecque et méprise le Moyen-Age qui enlaidit la nudité. Elle était persuadée que "les peuples latins (comme les français) mouraient du christianisme" (p. 139). Face à une Audifax qui défend mollement le christianisme, Jacinthe évoque son enfance à Boston pétrie de l'idée du beau et de la nécessité de l'incarner. Elle se sent missionnaire face aux Français qui "voient partout la plaisanterie et le libertinage".

Son amie Rozel Dunroë à Londres reconstitue les danses grecques, des danses à l'effet moralisateur qui enseignent l'eurythmie au monde sur un mode platonicien. "Les Américains ! Mais tout les désigne comme les héritiers des Grecs. Leurs lois d'hygiène, leur amour des sports, me type même de la race, qui, de plus en plus, modèle en têtes de médailles et en corps d'athlètes ! Donc, par patriotisme, elle cultivait cet art" (p. 147). Miss Nethersoll est convaincue "qu'un jour viendra où tous les corps étant beaux et sains, on ne les cachera plus au nom des anciennes pudeurs".

Audifax ne se laisse pas convaincre. Il connaît les salons parisiens remplis de "désenchantées de province, en quête d'enchantements faciles, prenant leur physique pour une métaphysique et le détraquement de leur sensualité pour une philosophie" (p. 154), mais il veut bien penser qu'en mettant la femme à la place des antiques déesses, Miss Nethersoll a des ambitions morales plus élevées.

Quelques jours plus tard elle lui explique que "Galathée" était en fait une des femmes attachées aux temples qui servaient de modèles aux peintres pour figurer les déesses et que Pygmalion amoureux de son modèle demanda à Vénus de la faire sortir du temple. Audifax réplique que dans la Légende dorée Galathée fut convertie au christianisme et donna son corps à tous (p. 166).

Luce de Marcillac qui se sent de plus en plus abandonnée cherche la protection de Sotter pour se lancer au théâtre, mais celui-ci lui propose plutôt de faire du music hall dénudé, ce qui la déçoit profondément. Elle tente en vain de récupérer Audifax. Celui-ci tente de dissuader Miss Nethersoll de se dénuder à nouveau. Il la trouve chez elle déguisée en Nari, "l'Isis indienne" (l'auteure a-t-elle lu "Addha-Nari ou L'occultisme dans l'Inde Antique" d'Ernest Bosc ?) à l'initative d'un certain Ermont de Logelbach (nom qui évoque les toiles indiennes Herzog de Logelbach). Il admet qu'il ne serait pas prêt à l'épouser (une allusion à Brunetière se glisse dans le chapitre).

Alors qu'il va chercher une invitation pour la soirée cher Ermont, il apprend d'Héribert que celui, comme Miss Nethersoll, et comme Léonard de Vinci, croit que "le corps humain est si beau, c'est une demeure si belle, qu'une âme vulgaire n'est pas digne de l'habiter" (p. 226). Il est trop tard pour qu'Audifax décroche son invitation. La danse nue chez Ermont a eu lieu la veille. Mais Héribert détrompe Audifax qu'il juge comme le représentant d'une tradition française démodée source de préjugés aveuglants : Miss Netehrsoll n'est pas la fillette qu'il a connue à Cannes. C'est une fille de pasteur de Philadelphie, une riche héritière devenue "professionnal beauty" par plaisir et non par nécessité, et Héribert va l'épouser. Audifax sort en suffocant. Avenue Marceau la jeune Mme Odette de Fondmaur, qu'Héribert ne veut plus recevoir, l'interpelle et lui confie sa jalousie à l'égard de Miss Nethersoll.

Le lendemain à 9 h Audifax met en scène son suicide et a convié par lettre Miss Nethersoll à y assister. Celle ci émue par le geste du prétendant lui avoue qu'elle n'a jamais songé à épouser Héribert. Apprenant qu'elle part pour Londres avec Sotter, Dépité Audifax blâme le narcissisme de son culte de l'art et fait un éloge des corps imparfaits, que Miss Nethersoll juge chrétien (p. 255). La danseuse déçue par son moralisme l'envoie consoler Odette de Fondmaur.

Il rejoint celle-ci 12 rue Vanneau où elle habite avec une sienne parente bonne soeur. Elle lui confie la dualité de sa dépendance à l'égard d'Héribert et de ses remords d'être sur le point de de devenir morphinomane pour satisfaire le besoin du peintre d'avoir cela pour modèle. L'image de ce sacrifice émeut Audifax. Il veut la sauver des multiples esclavages de sa vie. Le lendemain il la retrouve aux Thermes de Julien au musée de Cluny. Dans ce musé, il trouve aux Eves des tapisseries une ressemblance avec Odette, de même qu'à la dame à la Licorne dont la féminité se concentre dans son visage.

Inspiré par la tapisserie Audifax reconnaît dans Odette "la personificationhéraldique d'un monde et d'une France dont, instinctivement et par tradition, il portait le culte en lui" (p. 274).. Les forces du passé et de l'Histoire, le saint Martin aux membres grêles près de la piscine des Thermes face au buste païen d'Haidès le poussent vers Odette, la floraison mystique de l'âme contre le culte païen de la vie, et cela agit aussi sur Odette qui se rapproche d'Audifax. "Ne cherchez pas à devenr la Femme nouvelle, lui-dit-il. Restez ce que la volonté des morts de notre Race a voulu que vous fussiez". Il lui explique que Julien l'apostat n'est revenu au pagansme que par dilettantisme esthétique et lui montre la dame à la Licorne. Une force occulte nourrit son éloquence. "Votre beauté doit éclore dans l'omvre, lui-dit-il. Votre nudité n'est  pas faite, comme celle d'une Miss Nethersol pour s'étaler en pleine lumière, afin de tenter les hommes. Vous ne devez être belle que pour un seul amour". La peur même qu'elle éprouve du péché rend Odette aimable ax yeux d'Audifax. A ces paroles compréhensives, le visage d'Odette s'éclaireet frémit d'amour. "La Beauté, serait-ce donc la lueur adorable ey passagère qui, sous l'émoi intérieur, colore en de figitifs instants la face humaine ? ... La lueur divine qu'une minute emporte, qu'on ne reverra plus, mais dont le souvenir ne pourra s'effacer ?..."

Dans un dernier chapitre intitulé Parsifal, Rachel Gaston-Charles imagine une lettre d'Audifax à Odette où il lui confie tout ce que leur amour lui révèle sur l'humanité, mais lui annonce aussi son désir de la fuir. "Comme Parsifal, je puis dire : grande est la force de celui qui désire, plus grande encore est la force de celui qui renonce". Une annexe au roman "La sainte en voiles roses" explicite la version imaginée du mythe de Galatée évoquée plus haut

Il s'agit donc de toute évidence d'un roman chrétien qui se confronte aux modes artistiques parisiennes de son époque et à leur inspiration de la presse. C'est un procès de la vanité, du narcissisme parés d'oripeaux mystiques, avec toutes leurs dérives hérétiques - voir quand Rachel Gaston-Charles regrette que n'importe qui puisse se dire artiste, recherche la louange avec l'aide de la presse, et cède ainsi à l'orgueil. "Cabotins, peintres de Rose-Croix, statuaires moins forts que leurs patriciens, littérateurs de démarquage, nous assurent 'faire de l'Art'. Les femmes surtout s'y consacrent, comme autrefois elles se jetaient dans l'amour ou la dévotion" note-t-elle p. 82 (avec une référence remarquable à la Rose-Croix)

On peut s'étonner qu'un roman, qui tranche tant avec les moeurs du temps, ait trouvé un certain écho, et surtout un écho favorable dans la grande presse.

Le Mercure de France p. 306 du 16 septembre 1908 note qu'Isadora Duncan mais comme Miss Nethersoll ne saurait pas marcher nue avec grâce dans la rue, qu'aucun modèle dans les ateliers d'artistes ne le savent. L'héroïne ne serait qu'une "féministe dernier bateau" qui veut se constituer "un harem d'homme par les yeux". L'article trouve l'histoire "très amusante" et note que l'art du déshabillage n'a pas de secrets pour l'auteur (mais ils ne savent pas que l'auteur est une dame). Une critique bien superficielle qui évite de prendre au sérieux le message chrétien du livre.

Dans la revue Critique des idées et des livres de juillet-septembre 1908 (p. 336) sous la plume de Camille Marrast (sans doute un pseudonyme) présente cette "étude de psychologie et d'art" comme un roman désarticulé" qui fait une apologie de la danse nue à travers le personnage de Miss Nethersoll, spécialiste de l'exposition de soi" et qui veut que les femmes deviennent des "statues animées" et inspirent les esprits. "Je veux être belle par devoir humain et non pour servir le flirt". Le roman vante, nous dit-on, le goût américain pour les sports violents, et le "music hall" aux "émotions plus pures que le théatre", la danse comme école d'eurythmie depuis Platon. Le héros Valentin Audifax ne se laissera pas convaincre. Là encore c'est manquer le message spirituel du livre, pour ne retenir que ce à quoi il s'oppose (le paganisme de Miss Nethersoll).

Dans les Annales politiques et littéraires p. 227 l'occultiste Jules Bois (amant de la cantatrice Emma Calvé) estime que "ce livre quoique écrit par une femme ne saurait être lu des jeunes filles" et ne lui consacre que quelques lignes.

Jules Bois,est comte de la Rose-Croix du Temple et du Graal, Supérieur Inconnu de l'Ordre martiniste, initié dans la loge Ahathoor n°7 fondée à Paris par son ami S. L. Methers, grand maître de l'Ordre Hermétique de la Golden dawn (qui fut le creuset du nazisme, si je m'en souviens bien, la Golden Dawn dérivait de la Société rosicrucienne en Angleterre, elle même issue de celle d'Ecosse), secrétaire actif à partir de mars 1907 de la Société des gens de Lettres. Il n'est pas suprenant que ce roman ne lui inspire pas grand chose. On peut quand même s'étonner qu'il ait pris la peine de le commenter. On notera aussi qu'à la différence de la revue "Le Mercure de France" (homonyme de l'éditeur), lui sait que R. Gaston-Charles était une femme.

Dans la rubrique « Chronique des romans », de La Phalange de novembre 1908, à propos du roman La Danseuse nue et la Dame à la licorne de R. Gaston-Charles, un autre adversaire du christianisme, G. Apollinaire, ancien élève des marianistes et lecteur de la Gnose, commente le livre et rappelle à cette occasion l'inimitié entre la licorne et l'éléphant. Hélas je n'ai pu accéder pour l'heure à son article.

En 1912 Mme Gaston Charles allait obtenir le prix de l'Erudition de la Vie heureuse (Revue de la prévoyance et de la mutualité (tome XXI 1912 p; 574) pour son autre roman "M. Charmeret en Italie" (eds Plon), puis sombrer dans l'oubli de l'histoire littéraire.

"Bâtissons les forteresses de Juda des débris et des ruines de celles de Samarie", Bossuet, Sermon sur la Providence.

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