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Le cantique à Notre Dame de Betharram "Boune may dou boun diu"

6 Juin 2016 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire secrète, #Histoire des idées

Que l'on croie que la Vierge Marie est en fait un artéfact des extraterrestres qui a manifesté notamment toute sa puissance à Fatima dans l'attente d'une révélation plus complète dans quelques décennies, ou que l'on pense qu'elle est vraiment l'être parfait née en Galilée il y a deux mille ans, couronnée au Ciel après son assomption, médiatrice auprès de son fils et même, si l'on en croit le message de son apparition à Amsterdam, désormais "co-rédemptrice" du genre humain, force est de constater que son culte reste très vivace, au grand dam des rationalistes et des protestants (qui y voient un artéfact démoniaque, une sorte de nouvelle Isis, avec d'ailleurs beaucoup d'attributs communs). Il se décline suivant diverses modalités, souvent métissées comme à Guadalupe ou à Kibeho.

Voici un cantique en Gascon qui lui est dédié du Béarn au Comminges, chanté à Laruns dans la Vallée d'Ossau lors de la clôture de la messe du 15 août 2013, à une date où moi je me battais avec divers démons.

Ci-dessous les paroles et leur traduction en béarnais (gascon) et en français

L'air est celui de Estelle de la mar des Landais.

Les paroles font référence à ce miracle qui fut un grand motif de dévotion à Betharram à compter du Moyen-Age : une jeune fille tombée dans le torrent (le gave de Pau), fut sauvée de la mort par la Vierge, la Bonne Mère, qui lui tendit un rameau fleuri ; en reconnaissance, elle offrira un rameau tout doré, un beau rameau, “ beth-arram ” à la statue de la vierge dans la chapelle. Mais une autre légende avait précédé la fondation de la chapelle en ce village en 1475 : celle d'une image de la sainte Vierge qui aurait été découverte, penchée sur les bords du gave, à l'endroit même de l'autel actuel (d'où les paroles "Allons donc tous ensemble / Vers l'autel de la grâce"), grâce à une flamme resplendissante (d'où le nom de Notre Dame de l'étoile - estelle). Dans la Bible, la vallée fertile de Bétharram dans la Palestine (ou le comte béarnais Gaston IV se bâtit au XIIe s avant de prendre à son retour Saragosse dont il restaura la cathédrale avant de fonder l'abbaye de Sauvelade), fut donnée par Josué à la tribu de Gad, lors du passage en Terre-Sainte (Josué 13,27)

A Notre Dame du Calvaire à Betharram, lieu de pèlerinage, eurent lieu de nombreux miracles. Le docteur Gassion, médecin protestant qui voulait démystifier ce lieu fut converti. Pierre de Marca, président du parlement de Navarre, en atteste en 1648 dans son Traité des Merveilles opérées à Betharram chapitre 9, peu après sa destruction par les calvinistes et la grande procession (5 000 personnes) qui couronna la réhabilitation du monastère par Léonard de Trappes archévêque d'Auch . Il y avait notamment une croyance très répandue , que Notre-Dame de Bétharram aidait les femmes en couches, et que les offrandes faites à cette occasion sur son autel, les sauvaient de tout péril. Le 9 mai 1623 une mère de famille attestait sous serment que treize ans plus tôt la chapelle encore en ruine où elle avait passé la nuit avait guéri ses enfants (on dit que la lumière avait continué de baigner le lieu, même en ruines, pendant tout le temps de la persécution calviniste). Le 14 août 1622 veille de l'Assomption, l'ancienne source qui y coulait, presque tarie malgré les efforts pour réunir les canaux, retrouve d'un coup sa vigueur.

Google Books met à disposition des lecteurs l'exemplaire de la Triple couronne de la Bienheureuse Vierge Mère de Dieu du RP jésuite François Paré (version augmentée, privilège royal de l'année 1638), un inventaire extraordinaire en 800 pages de tous les aspects du culte marial (y compris à l'époque pré-chrétienne !). En son traité 1 chapitre 12, après avoir parlé de ND de Sarrance (p. 264) il consacre plus d'une page à Betharram (en comparaison il traite l'ensemble des sanctuaires d'Espagne en moins de quatre pages) et explique : "Au diocèse de Lescar, audit pays de Béarn, il y a une chapelle appelée ND du Calvaire de Betharram, beaucoup plus considérable par la vénération du lieu, où elle est située, et les grandes merveilles, que Dieu y a opéré que par la grandeur de son édifice. Elle fut bâtie il y a environ cent quarante ans par sujet et occasion fort remarquable qui est telle, selon qu'on le tien par une commune tradition des plus anciens du village voisin appelé Etelle, qui l'ont ouï dire de leurs pères" (il raconte le miracle de la lumière au bord du Gave). Il précise que "Plusieurs étaient arrivés, à la vue de la chapelle, achevaient leur pèlerinage à genoux, tenant une torche ardente à la main pour faire hommage à la Reine du ciel et de la terre, jusques au temps que le Comte Mongommery comme un Satan déchainé avec ses troupes impies, entrât dans le Béarn et renversât tous les lieux saints". "Je dois à Monsieur de la Vie, premier président au parlement de Pau, deux belles remarques sur ce lieu, que j'ai apprises de sa propre bouche. La première est que ladite rivière du Gave, laquelle depuis sa source jusques à ce qu'elle entre dans la rivière de l'Adour, qui font pour le moins trois journées, est si rapide qu'on n'y a jamais pu nager : mais dès qu'elle approche de la Chapelle, et tout autant qu'elle dure, elle va d'un cours fort calme et posé, comme s'arrêtant par honneur devant le lieu où la Reine du monde est adorée. L'autre est que la paroisse de l'Etoile, où elle est assise, a été l'unique qui s'est maintenue en la Religion Catholique pendant tous les troubles et divisions du Béarn, sans que jamais aucun s'y soit fait Huguenot, nonobstant les persécutions qu'ils ont souffertes en bon nombre à cet effet, l'espace de cinquante ans et plus : la Sainte Vierge tenant la main à la conservation de ses dévôts paroissiens." (voir sur ces sujets notre billet ici)

Le célèbre chanteur des années 1730 Pierre de Jéliotte de Lasseube fut formé pendant trois ans par les missionnaires de Betharram où vivait son oncle, avant de faire carrière à Paris. En septembre 1820 90 "pénitents blancs" se rendaient de Monléon-Magnoac à Betharam derrière un drapeau blanc à fleurs de lys pour obtenir la "délivrance de la duchesse de Berry". La comtesse de Chambord y consacra à la Vierge sa robe de noces, ce qui laisse entendre que le sanctuaire au XIXe siècle avait pris des couleurs royalistes légitimistes.

Le cantique fut probablement très tôt celui des pèlerins de Betharram. Bernadette Soubirous fut souvent l'une d'entre eux. Elle en ramena le chapelet qu'elle détenait lors de l'apparition de la Vierge à Lourdes, qui allait surclasser en notoriété Betharram, et même au delà de toute espérance.

Boune may dou boun diu (graphie fébusienne) fut chanté le 13 janvier 1952 à l'initiative de l'association "Le Réveil basco-béarnais" à la chapelle des filles de la charité rue du Bac à Paris, haut lieu d'apparition mariale (revue Pyrénées p. 83).

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Boune may dou boun Diu,

Sente Bièrye Marie Qu'eb boulem ayma, Toustem, toustem. (bis)

Eslou merabilhouse, Hilhe de Diu, lou Pay, De Bous, ô May piouse, Diu Jésus qu'ey l'array. O Bièrye sacrade, qu'et l'Immaculade, La Bièrye May !.

Sus lou gabe qui brame, dou pount debat l'arcèu, Si cau tene ue arrame, que deberat dou cèu. Bièrye, en la capère, au qui desespère, Dat lou rameu !

De la Bièrye Marie, qui nou sab la bertut, Que prègue cade die, en t'a nouste salut. Anem doun touts amasse, ta l'aouta de la grace Préga, ayma !.

O Bièreye Immaculade, ayat pieytat de nous, Baillat se a tous l'entrade, aou Cèu auprès de bous De la boste tendresse qu'eb laouderam chens cesse. Aou Cèu, aou Cèu !.

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Bonne Mère du bon Dieu, sainte vierge Marie

Nous voulons vous aimer, toujours, toujours

Fleur Merveilleuse Fille de Dieu le Pére De Vous, ô Mère pieuse Dieu Jésus est le frère O Vierge sacrée Vous êtes l'Immaculée La Vierge-Mère

Sur le Gave qui gronde Du pont sous l'arceau S'il faut tenir un rameau Vous descendrez du Ciel Vierge, à la capuche Pour celui qui désespère Avec le rameau

De la Vierge Marie Qui nous apprend la vertu Qui prie chaque jour Pour notre salut Allons donc tous ensemble Vers l'autel de la grâce Prier et aimer

O Vierge Immaculée Ayez pitié de nous Donnez-nous à tous l'entrée Au Ciel auprès de vous De votre tendresse Que nous louerons sans cesse Au Ciel, au Ciel

L'autregrand cantique à Marie en gascon dans la région est Nouste dame deu cap deu poun. Il a été avancé (hypothèse de D-S Lacolor dans "Pèlerinages des Pyrénées" appuyée sur "Histoire des troubles du Béarn" de l'abbée Poëydabant) que ce dernier cantique n'était pas forcément attribué à ND du bout du pont de Jurançon, mais lui-daussi à ND de Betharram puisque dans toute la Gascogne il y avait un oratoire à la Vierge au bout de chaque pont, ce qui explique que la reine Jeanne d'Albret malgré son calvinisme l'ait chanté en donnant naissance à Henri IV (puisque ND de Betharram aidait les parturientes).

Le pasteur Wentworth Webster (1828-1907) s'est demandé si avec ND de Betharram on n'avait pas affaire à l'origine à une déesse-mère celtique ou euskarienne (proto-basque) commune à Sarrance et Betharram, qu'on retrouverait aussi dans la Madeleine de Tardets (Bulletin de la Société Ramond : explorations pyrénéennes, Bagnères de Bigorre, 1874 p. 101)...

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