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A propos de "Quand notre monde est devenu chrétien (312-394)"

23 Mai 2007 , Rédigé par CC Publié dans #Notes de lecture


Rêvons une minute : comme le monde serait beau si chaque époque de son histoire avait son Paul Veyne pour la raconter. Nous aurions alors sur chaque aspect de l’aventure humaine d’admirables clés d’intelligence et de finesse.

D’un livre à l’autre, obstinément, Veyne laboure les mêmes terres – la vaste antiquité romaine – en creusant toujours les mêmes sillons, suivant la même méthode, sceptique, profonde, et en même temps empathique, à la Max Weber dans un sens, en nous mettant « à la place de », dans un univers de sens qui n’est jamais vraiment le nôtre, sans nous être pour autant totalement être étranger (car, après tout, tout en histoire est humain, et nous sommes fils de ce monde-là, même si nous l’avons beaucoup fait évoluer). L’obstination scientifique paie toujours. Cette fois-ci Paul Veyne l’applique au sujet qu’il avait déjà examiné dans un chapitre de l’Empire gréco-romain, paru il y a deux ans : pourquoi l’Empire romain est-il devenu chrétien ?

Et comme d’habitude c’est à un festival de finesse et de pertinence que le vieux professeur au collège de France nous convie. Un festival, en forme de tableau chasse : chasse à l’anachronisme, aux réductionnismes divers et variés (économistes, sociologistes, psychologistes), pour restituer très précisément les causalités multiples qui président aux grandes transformations (des causalités dont la clé n’est jamais présente dans l’époque qui la précède immédiatement : tout ne s’explique pas par « l’état de la société »).

Ceux qui en seront restés à l’antichristianisme indigné, presque nauséeux, d’un Friedrich Nietzsche ou d’un Lucien Jerphagnon (du moins le premier Jerphagnon, celui qui inspira notamment Michel Onfray) en seront pour leurs frais : non le christianisme n’était pas cette « maladie » de l’existence humaine, ni cette religion de vieilles dames qui étouffe tout ce qui se fait de grand. D’abord il faut savoir de quel christianisme l’on parle. Celui de Constantin n’est pas encore celui de Bossuet, ni dans ses dogmes ni dans ses pratiques. Et puis le saisir comme une « erreur collective » c’est idéaliser implicitement le paganisme dont Veyne nous a montré déjà à travers plusieurs livres qu’il était essoufflé depuis au moins cinq siècles, malgré le mérite qu’eurent les philosophes à revigorer son éthique (on notera d’ailleurs que cette fadeur du paganisme est aussi soulignée, à partir d’une autre grille d’analyse, par un Slavoj Zizek dans La Marionnette et le Nain). On ne comprend rien à sa force d’attraction si l’on perçoit le christianisme comme une manifestation d’une asthénie sensorielle (un taedium vitae) face à un paganisme au sommet de sa puissance. Le paganisme était sans force, réduit à sa routine quotidienne, nous dit Paul Veyne, et le christianisme, lui, avec son histoire poignante d’une humanité tombée dans le Mal, et promise à la Rédemption, d’un Dieu aimant chaque individu, attentif à chaque vie, et cette affaire familiale entre le Père, le Fils et le Sainte Esprit, quelque absurde qu’elle puisse paraître, avait de quoi enflammer les âmes, comme un roman d’un style entièrement nouveau chez les amateurs de littérature, ou l’invention de la musique duodécaphonique à l’oreille des mélomane (Veyne parle à propos du christianisme de « religion de virtuoses »). Ce genre d’invention, comme tous les arts d’avant-garde, qu’on y adhère ou qu’on la rejette, ne laisse jamais indifférente. Or, dans une époque où le destin de l’âme passionne autant l’élite romaine que les relations internationales ou l’avenir écologique de la planète enflamment les débats des gens cultivés de nos jours, le christianisme, rival des grandes philosophies, avait tous les atouts en main pour se placer au centre des conversations importantes.

Pour autant malgré ses ressources symboliques, malgré aussi l’ardeur prosélyte à laquelle le condamnait sa doctrine, le christianisme aurait pu ne jamais s’imposer à l’ensemble de l’Empire (c'est-à-dire à l’ensemble du vieux monde situé à l’ouest des déserts d’Asie et au nord du désert d’Afrique). Comme le constate Paul Veyne avec lucidité, une doctrine ne domine pas, par la vertu de son seul éclat. En matière religieuse notamment, le conservatisme l’emporte, et, autour de l’an 300 90 % de l’Empire est encore païen. Selon toute probabilité, il aurait dû le rester, et continuer à tolérer (entre des vagues de persécutions inutiles) en son sein la minorité des adeptes de Jésus.

Mais les individus font l’histoire nous dit Veyne. L’histoire du christianisme, c’est le général Constantin qui la fit, en plaçant ses légions, à la veille d’une bataille décisive, suite à un rêve prémonitoire, sous la protection de Jésus-Christ, et d’un signe nouveau, le chrisme, qui deviendrait son porte bonheur. C’était le 29 octobre 312, dans le combat pour le trône qui l’opposa à son rival Licinius. Dédier la victoire au Christ comme d’autres généraux la consacraient à Apollon, se convertir à la religion minoritaire était en apparence sans incidence sur l’avenir de l’Etat romain car les convictions de l’empereur n’engageaient que lui-même, son seul effet pratique, dans l’immédiat serait de renforcer financièrement l’Eglise, subventionnées par Constantin, comme d’autres avant lui avaient financé des cultes orientaux. Constantin seulement créait un précédent, qui, par le hasard des élections d’empereurs par les soldats de l’armée romaine, allait se trouver confirmé ensuite, le nombre des empereurs chrétiens allant l’emporter sur celui des empereurs païens, malgré la courageuse réaction de Julien.

Le précédent constantinien, que Veyne compare au rôle de Lénine dans l’histoire du marxisme, est examiné au scalpel. Veyne disqualifie impitoyablement toute tentative d’observer le cas « par le petit bout de la lorgnette ». Non Constantin n’était pas un ignorant, ni un cynique. C’était un grand homme d’Etat et un mégalomane, qui avait besoin d’une religion grandiose pour donner sens à son action. Il ne montra d’ailleurs jamais autant sa grandeur que dans l’habileté avec laquelle il conserva intactes les institutions païennes – et notamment la plus centrale d’entre elles, le sacrifice animal -, se contentant de les discréditer par ses discours et d’instiller quelques réformes favorables aux chrétiens comme le repos dominical.

Pourquoi finalement après Constantin le paganisme disparut-il complètement ? Affaire de hasard là encore : un général germanique, qui pour contrôler l’empire d’Occident, investit la cause du paganisme encore très populaire dans l’aristocratie romaine (Rome le « Vatican du paganisme » disait Peter Brown) une guerre à mort avec son rival chrétien, sa défaite en 394, 57 ans après la mort de Constantin, et c’en est fini de la cohabitation pacifique séculaire entre les deux communautés.

La démonstration érudite est hautement convaincante. Agrémenté d’analyses ciselées sur ce que sont la religion, l’idéologie, et de remarques justes sur des sujets collatéraux comme le premier antijudaïsme, ou l’identité européenne, le livre constitue un très riche instrument de réflexion et de déconstruction de pseudo-certitudes sur l’origine de notre univers mental.

Pourtant le philosophe gardera quelque réserve devant la démonstration de Paul Veyne. Non pas tant sur le contenu des connaissances empiriques qu’il mobilise mais sur la tonalité générale de l’interprétation. On se souvient de Nietzsche disant avec son ironie habituelle qu’au fond Kant avait voulu démontrer que tout le monde avait raison. N’est-ce pas au fond, aussi, le présupposé philosophique de Paul Veyne ? Certes pour lui le christianisme est plus fécond que le paganisme, sa dynamique interne est plus puissante, mais au fond tout le monde a de bonnes raisons de garder ses habitudes. Si bien que seule la contingence arbitre entre les différentes options. C’est l’arbitrage aveugle qui prévaut, en fonction du sort des armes sur le champ de bataille, dans des guerres qui n’ont même pas le motif religieux pour mobile principal. Et pourtant il n’y a pas à pleurer sur le sort des perdants. L’Histoire du Monde est le Droit du Monde comme disait Hegel, Weltgeschichte ist Weltgericht. On ne regrettera pas la disparition de l’épicurisme ou du culte de Mithra, parce qu’au fond tout le monde avait de bonnes raisons de croire ce qu’il croyait, et tout le monde retombe sur ses pattes, in fine, en agrémentant sa croyance du pragmatisme adapté à son milieu, aux impératifs de son monde social. L’argument du bon sens des gens vient ainsi, en remplacement de la Raison, consoler l’historien de la défaite de telle ou telle option. Mais la discussion de ce parti pris quiétiste serait matière à un autre livre…

 

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Pour compléter notre étude sur la "diaspora serbe"

13 Mai 2007 , Rédigé par CC Publié dans #down.under

Réactions enthousiastes (quoi que pas toujours unanimes) hier soir au succès de la chanson serbe "Molitva" au concours de l'Eurovision (http://youtube.com/watch?v=Bqh8bHuIUtw).

Mais déjà des polémiques. Une accusation de plagiat d'une chanson albanaise : http://www.youtube.com/watch?v=mn0WAvFh9GQ

Des questions sur le physique de la chanteuse Marija Serifovic qui ne représente pas tout à fait les canons de beauté serbes - ses origines, son homosexualité supposée: http://www.all4yu.com/forum//viewtopic.php?t=21728&postdays=0&postorder=asc&start=105 et http://www.all4yu.com/forum//viewtopic.php?t=21728&postdays=0&postorder=asc&start=135

Certains sur le forum Orlovi se livrent à des spéculations géopolitiques.

A partir du constat sur les votes par pays :

La Serbie a reçu

12 points : par le Monténégro, Finlande, Bosnie, Croatie, Slovénie, Suisse, Macédoine et Hongrie

10 points : par la Norvège et Suède

8 points : par la France, Allemagne, République tchèque, Malte et Pologne

Mais 5 pays n'ont pas voté pour elle : Andorre, Turquie, Lituanie, Estonie, et Grande-Bretagne.

"Tu t'attends quand même pas à que les baltes, qui détestent les russes (et par translation les serbes), filent bcp de points la serbie.... ne parlons pas des ottomans, 12 pts à la bosnie et 0 à la serbie, si c pas politique tout ça... " estime l'un.

"Le concours de l'Eurovision est le seul endroit où l'on peut dire que la destruction de Yougoslavie et de l'URSS est un avantage. Avec les règles actuelles, l'Europe de l'ouest ne va jamais gagner l'Eurovision" remarque un nostalgique de l'ex-Yougoslavie http://www.all4yu.com/forum//viewtopic.php?t=21728&postdays=0&postorder=asc&start=165

Pour certains le vote de la diaspora serbe de France, d' Allemagne et d'Autriche aurait aussi influencé les résultats.

Dans le même esprit "géopolitique" et un brin raciste, la remarque d'un Russe sur You Tube

"Me, my friends, in Russia were watching this song contest and we all thought (being Russian), that the Serbia this year is NUMBER 1.
I guess most of voting during this contest is really not objective. People vote for their nationality, neighbours, etc. We laughed to tears when Austria gave 12 points to Turkey. Who voted for it? Fucking immigrants. Turks are like bacteria. They are all over Europe. And they don't care that the song is shit, all that matters is that the singer is Turkish as well. " http://youtube.com/watch?v=Bqh8bHuIUtw

Tout cela faisant dire à un Anglais à propos de la chanteuse :  "she has a great voice but it only won thanks to all the helpful voting from the balkans. If the west dont win soon there will be calls for west europe show only. and we pay for it!(BBC organises televoting and communications). 

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