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Magnétisme et sunamitisme

19 Avril 2023 , Rédigé par CC Publié dans #Médiums, #Anthropologie du corps

Paul Clément Jagot et Hector Durville qui reprennent largement dans leur livre "Histoire raisonnée du magnétisme", celui en deux tomes de Jean Rouxel "Histoire et philosophie du magnétisme" essaient de démontrer que les guérisons par les mains dans les temples égyptiens relevaient du magnétisme, d'autant qu'ils s'accompagnaient de phénomènes d'inspiration nocturne, et qu'il était constaté des cas surnaturels de bilocation concernant un certain Basilides que l'empereur Vespasien, selon Tacite, voit au Serapeum d'Alexandrie, alors qu'il le savait retenu malade au lit à plusieurs journées de route de là. Ils les identifient aussi dans la tradition pythagoricienne jusque chez les stoïciens.

Pour eux, toute forme d'imposition des mains est une forme de magnétisme, y compris chez les Juifs (ce qui est contestable). Mais ils trouvent aussi une preuve de l'intervention du magnétisme dans cet épisode de 1 Rois 1 :

"Le roi David était vieux, il était d’un âge avancé. On le couvrait d’habits, mais il ne parvenait pas à se réchauffer. 2 Ses serviteurs lui dirent : « Que l'on cherche une jeune fille vierge pour toi, mon seigneur le roi. Qu'elle soit au service du roi, qu'elle le soigne et couche à ses côtés. Ainsi, mon seigneur le roi se réchauffera. » 3 On chercha dans tout le territoire d'Israël une fille jeune et belle, et l’on trouva Abishag, la Sunamite. On la conduisit auprès du roi. 4 Cette jeune fille était très belle. Elle soigna le roi et le servit, mais le roi n’eut pas de relations sexuelles avec elle. "

Comme Meheust aujourd'hui ils relient entre eux tous les phénomènes surnaturels ou inexplicables (aussi bien la magie, que les miracles des premiers chrétiens (ou des rois chrétiens d'Europe) et  la magie, en rattachant même à cette catégorie (p. 159) l'action d'une pierre d'aimant qu'un goutteux tient à la main selon Aétius d'Amida (vers 530 de notre ère).

Mais je ne suis pas certain qu'on gagne grand chose à mélanger ainsi des gestes qui relèvent de l'exécution d'une volonté transcendante à de simples "trucs" de médecine ou de magie.

L'épisode de Davide et Abisag a donné prétexte à un tableau presque pornographique de Pedro Américano en 1879 (de même qu'Auguste Théodore Dersch). et le mot "sunamitisme" qui est prescrit comme une technique thérapeutique. La fiche Wikipedia évoque une transmission du souffle (pneuma) - peut-être en référence à ça ? - plus que du magnétisme corporel. Miguel de Unanumo allait dans "L'Agonie de l'âme chrétienne" imaginer une Abisag ardemment amoureuse du chaste (par nécessité de la vieillesse et de la maladie) roi David à l'image de l'âme chrétienne.

Avant lui au XVIIe siècle l'abbesse Angélique de Saint-Jean dans ses conférences bibliques identifiait (avec Saint Jérôme) la Sunamite à la sagesse qui soutient ceux qui se sentent défaillir. Mais cela procède d'une confusion très ancienne avec la Sunamite du Cantique des Cantiques, aussi citée dans les chants grégoriens (revertere Sunamitis), comme l'avait souligné Dom Jacques Winandy, Le Cantique des Cantiques, Poème d'amour mué en écrit de sagesse, Castermann, Éditions de Maredsous, 1960, p. 49. Mais ce point a été critiqué par le père André Feuillet dans la revue Recherches religieuses de juillet 1961, car selon lui réalité le seul passage invoqué pour justifier cette assertion est le texte grec d'Eccli, xv, 2 qui ne fait pas la moindre allusion à Abisag. Le texte hébreu porte eset neurim qui peut être une reprise d'Is 54: 6. Au reste Abisag est nommée Ha-Shûnamit par référence à Shumen, son village natal (certains disent aussi qu'en hébreux shulammith = la douce); de plus elle est liée avant tout à l'histoire de David"absolument rien n'autorise à identifier avec Abisag la Sulamite du Cantique" affirme-t-il dans une note de bas de page.

Loin de ces considérations spirituelles, le cas d'Abisag pose la question de l'effet du contact des corps. le docteur Etienne Saint Marie dans ses Lectures relatives aux polices médicales, de 1829, soulignait (p. 176) les vertus du seul contact des épidermes en se référant aux peaux animales. Il observait que "le lait de femme a toujours mieux réussi quand on fait coucher la nourrisse et le malade". "Jérôme Capo di Vacca, médecin de Padoue, ajoutait-il conserva l'unique héritier d'une grande monarchie , en le faisant coucher entre les deux nourrices qui l'allaitaient. " Mais il se réfère aussi au seul aspect d'autosuggestion du phénomène, en se rapportant à Montaigne : « Il me souvient, dit Montaigne (Essais , liv. 1, chap. xx), que Simon Thomas , grand médecin de son temps , me rencontrant un jour à Toulouse chez un riche vieillard pulmonique , et traitant avec lui des moyens de sa guérison , il lui dit que c'en était un, de me donner l'occasion de me plaire en sa compagnie; et que , fichant ses yeux sur la fraîcheur de mon visage , et sa pensée sur cette allégresse et vigueur qui regorgeaient de mon adolescence , et remplissant tous ses sens de cet état florissant en quoi j'étais lors , son habitude s'en pourrait amender; mais il oubliait à dire que la mienne s'en pourrait empirer aussi. »

 On ne peut arriver à subsumer le sunamitisme sous la catégorie du magnétisme qu'au prix d'une très grande extension de la notion qui finit par le priver de tout sens véritable, me semble-t-il.

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Les inspirations déviantes de l'Arche internationale

16 Avril 2023 , Rédigé par CC Publié dans #Anthropologie du corps, #Spiritualités de l'amour, #Christianisme

Le rapport de la commission d'étude sur Jean Vanier, "star" de la communauté catholique L'Arche internationale, intitulé "Emprise et abus, enquête sur Thomas Philippe Jean Vanier et L’Arche (1950-2019)" est une source de réflexion très intéressante sur les dérives sectaires d'une mouvance catholique proche des dominicains français au cours des 70 dernières années (dérives qui défraient maintenant la chronique médiatique et judiciaire). A certains égards les mécanismes anthropologiques qui y sont décrits sont classiques, mais les éléments de langage utilisés par les "gourous" de la communauté s'ancrent dans des révélations et un patrimoine cléricalo-mystique plus récent. Par exemple ce rapport ( p. 120) met en avant le fait qu'en 1952 le P. Thomas Philippe (inspiré par son oncle dominicain le P. Thomas Dehau) voulait créer une « petite famille » ... dans une « vie cachée », où "on mènerait en partageant la vie intime de Marie et de saint Jean, dans laquelle on peut rester unis et continuer à vivre ensemble « spirituellement » malgré les séparations. Cette « petite famille » a été selon lui formée par Marie pour préparer les apôtres des derniers temps, la congrégation ultime annoncée par Louis-Marie Grignion de Montfort (dont T. Philippe est un disciple posthume) au début du XVIIIe siècle et par Mélanie Calvat, la bergère de La Salette, au milieu du XIXe siècle ".

Le Monde du 27 décembre 2000, avait parlé ainsi de leurs pratiques : "À L’Arche, les foyers sont mixtes, le geste évangélique du lavement des pieds est un quasi-rituel et le bain un moment fort de chaque journée. Vanier insiste sur l’importance du “toucher” et de la tendresse, mais à ceux qu’inquiéteraient les risques d’abus sexuels, il répond par la règle d’une vie communautaire où est écartée toute forme de “dépendance fusionnelle”. Des chasseurs de “sectes” ont bien cherché à fouiller dans la déjà longue saga de L’Arche et à discréditer l’expérience, mais en pur désespoir de cause ! J. Vanier s’en irrite ou en sourit. Il préfère remonter à une plus longue histoire, celle d’un saint Paul qui, au premier siècle déjà, écrivait aux Corinthiens que “ce qu’il y a de fou dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre les forts et les puissants”

A l'époque Jean Vanier passait pour un saint. A propos de ses inspirateurs les frères Philippe, un de mes correspondants précise dans un courriel de ce matin :

"Le Père Thomas Philippe était la proie de phantasmes au sein desquels la plus haute mystique rejoignait les obsessions sexuelles. Tout cela donna lieu à une théologie aberrante qui prit naissance à partir d’une révélation bien mystérieuse en 1938. Le Père Thomas fut par la suite la proie de troubles psychiatriques. Il écrivait à un ami que « chaque jour, il se sentait devenir plus étrange, que le monde extérieur lui semblait comme une prison dont les murs se rapprochaient de plus en plus de sa tête, au point de l’enserrer, que la seule vue d’un habit de l’Ordre le jetait parfois dans une angoisse insurmontable ».

(J’extrais ces lignes d’un dossier que j’ai constitué).

Le Père Marie Dominique Philippe subissait l’ascendant d’une religieuse hongroise à la beauté troublante Tünde Zsentes, encore appelée Mère Myriam dont on peut trouver la biographie aux éditions Pierre Marcel Favre.  Cette sœur avait des talents prodigieux. Dans son lycée de Budapest, elle remportait les premiers prix de chant, de piano. Dès l’âge de 16 ans, elle donnait son premier récital public. Elle était très douée pour la peinture. Elle rencontra le Père Marie Dominique Philippe pour la première fois en 1973. Elle devint sa secrétaire et suivit ses cours à l’université de Fribourg. Elle obtint un doctorat de Philosophie en soutenant deux thèses : l’une sur la pensée de Karl Marx à travers « L’idéologie allemande » et l’autre sur la notion de cause dans « La métaphysique » d’Aristote. Ce milieu m’a fasciné dans les années 90. La plus haute intellectualité y côtoyait la mystique avec Marthe Robin et bien d’autres. Nous étions dans les années Jean Paul II.

Mère Myriam montrait des tendances névrotiques voire psychotiques certaines. C’est parfois la rançon d’une intelligence supérieure. Sa mère lui avait révélé ses origines juives. Elle fonda alors une communauté judéo- chrétienne et demande aux jeunes filles qui la suivaient de pratiquer les mitsvoth, d’absorber une nourriture casher. Désavouée par le cardinal Decourtray, elle entreprit une grève de la faim, sombra dans l’anorexie."

Tous ces gens étaient assurément brillants, et l'on voit là une illustration de l'association entre talents intellectuels, sexualité et orgueil, mal dissimulés sous une rhétorique de l'humilité dans un cocktail d'exaltation spirituelle explosive. Dans les soldes négatifs de cette affaire, outre l'aliénation psychologique des participants, il faut relever au moins un avortement clandestin au début des années 1950 (les rapports sexuels entre les "initiés" du groupe étaient à ce prix...).

Il me semble que cette histoire fait écho à divers éléments que nous avions relevés dans l'usage sacramentel de la sexualité tel qu'il existait jadis chez les disciples de Carpocrate (voir mon billet sur les adamites). On touche là à un paradoxe démoniaque qui est que la sexualité sacralisée qui donne aux gens l'illusion de les relier, et de fournir de vrais "abandons" au nom de Jésus-Christ, ne fait que couper les personnes de l'ordre social, transformant en l'espèce la communauté des frères Philippe puis celle de Vanier en société secrète (et en secte) - une religieuse dans le rapport parle même d'une sorte de "franc-maçonnerie" - avec ses initiations cachées, ses mots codés etc.

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Les décorporations de Béatrice Konrad

14 Avril 2023 , Rédigé par CC Publié dans #Médiums, #Spiritualités de l'amour, #Massages

Thérapeute psycho-corporel et énergétique, disciple du praticien du shiatsu Michel Odoul, Béatrice Konrad  fait de la massothérapie à Genève. Elle raconte sur YouTube sa décorporation à 21 ans, d'autres décorporations plus récentes, et un signe reçu dans un centre commercial quand son père était mourant (cf ci-dessous). Elle en parle dans des termes très "New Age" (le "bas astral", "partir vers la lumière" etc).

Des personnes dans les commentaires disent avoir vécu des décorporations similaires. Une d'entre elles ajoutait le 10 avril dernier : "J’ai fait des sorties du corps assez souvent. Je n’ai pas de contrôle sur « quand » où la façon dont ça arrive mais j’ai remarqué que, si jamais je récite un chapelet, c’est 100% sûr que ça arrive. Du coup, j’ai arrêté car j’ai peur de ne pas être capable de revenir dans mon corps. J’ai aussi vu Jésus à la fin d’un tunnel. J’arrive à pénétrer les murs (mais je suis claustrophobe, donc je suis restée coincée plusieurs fois) et à voler sur la planète n’importe où mais pas au delà des 3,000 mt de hauteur car j’ai peur de ne pas arriver à gérer. J’ai aussi vu dans le futur. Par exemple les événements du 09/11 je les avais déjà vus en rêve/songe un mois avant qu’ils se produisent. Voilà. Je trouve que c’est vraiment dur, de mener une vie normale sur terre quand on arrive à mettre « le nez » de l’autre côté. Je n’arrive pas à comprendre qu’est-ce que je dois faire sur terre. Ma mission".

Tout le monde ne vit pas bien les décorporations. Dans les commentaires quelqu'un ajoute : "J'ai aussi vécu une sortie de corps.. avec ces ténèbres.. c'était il y a 26 ans et depuis je n'ai cessé de lire.. chercher.. questionner.. par contre ma vie a été plutôt horrible depuis cette sortie.. je suis passé très très près du suicide.. "

Un amateur d'égyptologie, Yoann Ledeuil, constate : "Pour ma part j'ai fait pas mal de sorties astrales non contrôlées. Mais ça ne m'a rien apporté."

Un sceptique finement observe : "Le mot de la fin: "je suis thérapeute".... je ne sais pas pourquoi je m'y attendais.....  Je préfère écouter des témoignages où il n'y a rien a "vendre"/promouvoir derrière, sinon ça sonne faux." Une autre dans la même veine : "La dame dit bien qu elle était dépressive voilà l'explication. Elle est toujours agitée d ailleurs."

Personnellement je reconnais qu'il est un peu gênant effectivement que la personne soit thérapeute.  On peut la soupçonner d'inventer son histoire au moins partiellement pour promouvoir son entreprise  ; partiellement seulement, car il est très probable que ce soit en effet à cause de ses décorporations qu'elle ait eu envie de devenir thérapeute - on peut même se demander, d'un point de vue chrétien rigoriste, si les "guides" (dont elle ne parle pas, mais beaucoup de "thérapeutes" en ont), ne l'ont pas justement fait se décorporer pour l'entraîner sur la voie des soins New Age, et entraîner des "clients" sur la même voie de garage spirituelle (dans les commentaires des gens disent carrément qu'ils voudraient qu'il leur arrive la même chose).

Le côté auto-promotionnel m'a aussi fait penser au cas que je cite dans mon livre sur le complotisme protestant des "médiums" français Daniel Meurois et Anne Givaudan qui racontaient leur incursion, à la faveur d’une « décorporation », dans le monde souterrain de l’Agartha qu’ils décrivent avec un luxe de précision comme l’articulation de sept mondes. Selon eux, Jésus-Christ y pénétra "en un éclair" à l’issue de son supplice, et "c’est là que son travail de régénération éthérique de la planète prit une forme définitive' (je reviendrai peut-être un jour sur les diverses thèses concernant les voyages de Jésus en Inde, au Tibet etc où pourrait se trouver une porte du légendaire Agartha). Dans ce cas l'argument de la décorporation prend des dimensions très spectaculaires qui le rend suspect d'être produit uniquement pour faire "avaler" une thèse digne des plus grandes épopées romanesques.

Mme Conrad est plus prudente (ou feint la prudence ?) quand elle répète souvent qu'elle ne sait pas vraiment ce qui se passait. Du coup tout cela sonne plus authentique. Mais ce n'est pas parce que c'est authentique (ou vécu comme authentique) que ce n'est pas à prendre avec beaucoup de pincettes. Le monde spirituel peut nous faire vivre des tonnes de choses très étranges (et je suis bien placé pour en parler) sans qu'elles soient forcément orientées pour le meilleur - le témoignage des commentateurs que leurs "décorporations" ont laissée "en panne de sens", et même avec des idées suicidaires, en sont la preuve - quand elles ne sont pas carrément destinées à servir des entreprises à grande échelle visant à perdre des milliers de gens dans les erreurs du New Age (comme au XIXe siècle on les perdait dans "l'erreur spirite" comme le disait Guénon...).

Je n'ai aucun avis définitif sur tout cela, mais je recommande simplement la prudence, le discernement. Il ne faut pas foncer tête baissée dans le spectaculaire, simplement du seul fait qu'il se pare de bons sentiments dégoulinants.

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"Les Yogas de l'Infer"

12 Avril 2023 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Anthropologie du corps

J'ai déjà parlé il y a deux ans sur ce blog de feu Jean-Gaston Bardet dont une des vertus, me semble-t-il, est d'avoir défendu une tradition bénédictine auboise (les "Enfants du Père Soubise, de Nogent-sur-Aube ou Nogent-en-Othe), contre le gnosticisme des compagnons du devoir.

Je relisais ce soir cette phrase dans "Mysticisme et Magies" (p. 432), chapitre "Les Yogas de l'Infer" :

"Aujourd'hui, le yoga qui nous est transmis n'est pas le yoga initial, le mode d'union de la Révélation primitive, mais le Yoga sexualisé de l'ancien matriarcat, c'est à dire la pire dégradation satanique de la Révélation de la Vierge Marie" (condamnée par le Concile d'Ephèse de 431 qui en la proclamant theotokos rompt toute confusion possible avec la déesse mère)

Sur la base de Pierre Gordon (mais sans préciser lequel de ses livres, Bardet identifiait la Maïa, mère divine (qui a donné son nom à la Maya, souligne-t-il, et qu'il fallut exorciser dans le nom du mois de mai sous le talon de Marie) il identifie la Kundalini-Shakti au Shatan lové, et au Léviathan de Job.  Pour lui tout le yoga était pollué par le matriarcat satanique à travers le tantrisme. Et la porte de sortie de cette aporie pour atteindre le divin authentique se trouvait, selon lui, du côté de la prière perpétuelle chrétienne.

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La lactation surnaturelle : Marie Rousseau, une imposture du XXe siècle, et des sources médiévales

4 Avril 2023 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire des idées, #Histoire secrète, #Anthropologie du corps

Après notre billet sur le don de lactation d'une mystique controversée, Mme Bruyère, en voici un sur une bienheureuse dont le rôle est approuvé par l'Eglise officielle : Marie Rousseau, née Gournay, fille du peuple de Paris, née en 1596, veuve du marchand de vin et tenancier de taverne David Rousseau, à l'origine de la fondation de Saint-Sulpice et de la sanctification de Saint-Germain-des-Près à Paris,  mais aussi de la validation de la mission de Jeanne Mance pour la fondation catholique du Canada français en 1642.

Pour avoir une idée de ses dons on peut se reporter par exemple à la manière dont cette femme littéralement canalisait directement de l'au-delà son volumineux journal intime, voici ce que son ami Olier, en 1642, écrivait (Journal tome II, p. 196-197) :

"Pendant sept ou huit heures entières elle dit qu’elle n’écrit que la moindre partie de ce qu’elle voit, elle dit un mot qui en exprime seize, bref elle n’écrit rien qui la contente, tant la matière qu’elle laisse surpasse celle qu’elle écrit, ce qui est une marque presque infaillible de ses véritables lumières, et surtout au sujet de la très Sainte Vierge. Et ce qui est encore considérable, c’est la manière dont elle écrit étant toujours quasi hors d’elle et tombant en extase en écrivant. Je suis redevable à mon DIEU de la grâce de l’avoir vue en cet état, de l’avoir vue hors d’elle-même avec des souffrances extrêmes, je l’ai vue se plaignant qu’elle ne voyait goutte pour écrire tant son âme était occupée au-dedans et dérobait ainsi aux sens les facultés nécessaires pour le service de cette âme. Je ne vois point de secrétaire du St Esprit plus assuré dedans l’Église hors de ceux que la foi nous propose, mais pour des âmes particulières il n’y a point de marque de fidélité et de soumission plus grandes que celles qui se remarquent en sa façon d’écrire, elle ne se sert point de son esprit, elle s’abstient d’écrire ce qu’elle doute être de Dieu, elle soumet le tout à son directeur très capable, elle n’écrit que dans l’impétuosité d’un esprit intérieur plus vite et plus fort que le sien qui n’ayant rien d’acquis ne mêle rien avec l’esprit DIVIN, bref c’est une merveille qui n’a rien de semblable."

A la différence de Mme Bruyère et de ses disciples, Marie Rousseau ne donnait pas son sein aux bébés (voire à un homme de trente ans...), mais, comme elle, elle matérialisait dans sa poitrine au moins au niveau des sensations le rôle "marial" qu'elle devait jouer sur la Terre. C'est ce qu'a relevé le père Houtin  quand il rapporte ces propos d'Olier : « Cette âme, toutes les fois quasi, au moins assez souvent, lorsque Dieu opère par moi au prochain, elle se sent tirée des mamelles, comme si c'était un petit enfant qui tirât du lait de sa mère. Elle se sent le sein enflé et son lait se répandre en moi qu'il lui semble que je dégorge après sur les personnes à qui je parle. »  

Pour bien le comprendre, il faut saisir que d'après cette mystique, elle "devient" littéralement la Vierge Marie, comme Olier devient Jésus, et cela se comprend à partir d'un autre extrait des écrits d'Olier qui indiquent à propos de Marie Rousseau : "Elle vit Notre Seigneur venir en moi et me changer en lui et vit encore la Sainte Vierge entrer en elle et la convertir toute en elle".

On peut se demander si Mme Bruyère en donnant ensuite généreusement le sein à ses disciples ne fait pas que pousser d'un pas de plus l'inspiration de Marie Rousseau (diabolique ou pas, on l'ignore, en tout cas, il y avait bien une production surnaturelle de lait). Cette thématique évidemment ouvre une réflexion intéressante sur la dimension sensorielle du mysticisme, notamment du mysticisme féminin. Peut-être une exploitation plus détaillée du volumineux journal de Marie Rousseau qui dort encore à la Bibliothèque Nationale de France nous en apprendrait-elle plus.

A côté de cette histoire qui relève d'un surnaturel probablement "positif" et exempt de mensonge et d'orgueil, en voici une beaucoup plus douteuse, du moins si l'on se fie au témoignage qui est parvenu jusqu'à nous.

En 1976, une romancière catholique (auteur entre autres d'un livre sur Saint Jérôme comme Régine Pernoud) Yvonne Chauffin et un prêtre de 62 ans docteur en théologie et ancien interne des hôpitaux se sont penchés sur la question de la lactation surnaturelle dans un livre, paru aux éditions Plon, " Le Tribunal du Merveilleux". Le chapitre de ce livre intitulé "La sainte Mamelle" (une fête ancienne - le 17 octobre jadis) a été écrit par Yvonne Chauffin. Il raconte comment, dans une communauté qui instruit 300 adolescente, une femme de 26 ans (appelée pour les besoins de la cause Mélanie, d'un tempérament un peu exalter, alla demander à la mère supérieure de l'allaiter. La religieuse hésite, sachant la chose matériellement impossible, puis accepte d'essayer. "Il n' y a pas de péché. On est entre femmes, écrit Yvonne Chauffin (p. 108). Tout est pur aux purs. La religieuse cède enfin. Elle s'assied, ferme les yeux, se met en prière, relève d'un geste maladroit sa guimpe blanche, dégrafe son corsage noir, en sort en tremblant son sein flasque et quinquagénaire, qu'aucune main n'a caressé, qu'aucune lèvre n'a approché. Mélanie devant elle à genoux, les yeux au ciel, approche goulûment sa bouche entr'ouverte. La montée de lait ne se fait pas du premier coup ! Ce serait trop beau ! Après deux ou trois jours d'efforts répétés, le miracle se produit ! Du sein virginal le lait ruisselle. Il en coule un filet crémeux aux commissures des lèvres de Mélanie."

La mère supérieure troublée se demande si elle doit espérer qu'il se renouvelle. Elle prie. A ce moment-là une lettre arrive d'un missionnaire au Japon, le père Bécourt qui dit connaître depuis longtemps les qualités spirituelles de Mélanie et encourage la supérieure à accepter humblement le phénomène. Et celui-ci se reproduit tandis que le père Bécourt meurt trois mois plus tard. Puis une sommité médicale canadienne qui aurait eu naguère le père Bécourt comme directeur spirituel recommande aussi de poursuivre dans cette voie et la supérieure se décide à écrire au pape. L'évêque dépêche un prêtre enquêteur. La supérieure avoue qu'elle ferme les yeux quand elle donne le lait et qu'elle n'a jamais rencontré ni le père Brécourt ni le médecin canadien. Il interroge Mélanie qui lui apparaît "revêche, mal fagotée, à la parole saccadée". Celle-ci avoue qu'elle avait avait auparavant aussi demandé la têtée à une militante de l'Action française, vieille fille du genre "jument militante syndicaliste" selon Y. Chauffin qui l'avait hébergée et par l'intermédiaire de laquelle elle avait connu la communauté religieuse et que cela n'avait rien donné. Quand il découvre que le docteur Bécourt et le médecin canadien n'ont jamais existé, le prêtre enquêteur comprend que les religieuses ont été bernées par Mélanie, dans la chambre de laquelle d'ailleurs des tubes de lait concentré ont été retrouvés.

Voilà donc deux histoires bien différentes sur l'héritage du rapport chrétien à la lactation.

En parcourant le Net, je vois aussi que Anselme de Gembloux (XIIe s) écrivit dans sa Continuatio chronigraphiae Sigiberti que dans Cambrai est une ville épiscopale très ancienne et très importante, se trouvait une cathédrale dédiée à la Vierge mère, et qui conservait "une boucle de sa chevelure et du lait de sa sainte mamelle".  Il y avait aussi, selon Guilbert de Nogent (1053-1124) du lait de la Vierge dans une colombe de cristal d'or à la cathédrale de Laon. 69 sanctuaires au XIIe siècle revendiquaient la possession de ce lait, dont Sainte-marie de Rocamadour, qui était , selon des clercs, fait en réalité de poudre provenant de la grotte de Bethléem.

L'universitaire suédois Hilding Kjellman (1885-1953) qui exploita le recueil de miracles anglo-normands dans le manuscrit 20 B XIV de l'ancien fonds Royal du Musée Britannique y a trouvé l'histoire de de  Fulbert,  évêque  de  Chartres (mort en 1028),  qui  fut guéri  par  le  lait  de  la  Sainte  Vierge.  Sur  son  lit  de  mort,  saint  Fulbert reçoit  la  visite  de  la  Vierge  ;  il  fut  rétabli  par  trois  gouttes  de  son  lait dont  elle  l'arrose  et  qu'il  conserve  ensuite  pieusement  dans  le  trésor de  l'église.  En  témoignage  de  sa  reconnaissance,  il  restaura  la  cathédrale de  Chartres. Guillaume de Malmesbury, qu'on a déjà évoqué à propos du Graal, a cité ce miracle dans sa Gesta Regum Anglorum, puis Albéric  des  Trois-Fontaines ( auteur d'une chronique universelle en latin de la Création à 1241),  qui  le place  en  1022, et en français dans dans le 21e poème de la collection anglo-normande d'Adgar.

Notre Dame ne se contente pas d'arroser, comme en témoigne l'histoire "d'un  moine  qui  souffrait  d'une  maladie terrible,  appelée  «  Equinancie  »,  sorte  de  chancre  qui  lui  avait  affecté le  cou.  Mourant  il  est  visité  par  la  Sainte  Vierge,  qui  invisible  à  tous les  assistants  lui  met  sa  mamelle  dans  la  bouche.  Il  en  suce  le  lait bienfaisant,  l'enflure  du  cou  disparaît  et  il  est  bientôt  tout  à  fait
bien portant."

Le chercheur a trouvé dans un autre document l'histoire de la guérison d'un  chancreux  combinée  dans  cette  rédaction  avec  la  vision du  champ  fleuri, après que Notre Dame eût mis son sein dans sa bouche.

Il existe aussi une histoire d'un  homme  qui  se  fait religieux  ;  il  passe  son  temps  à  des  prières  et  à  de  bonnes  œuvres,  et notamment  il  recommande  aux  riches  de  donner  de  leur  avoir  aux pauvres  et  aux  orphelins. Le  moine  appelle  lui-même  la  Vierge  qu'il  reçoit  seul. Elle  lui met  la  mamelle  dans  la  bouche  pour  qu'il  en  suce  le  lait qui le guérit.

Kjellman note que "Gautier  de  Coincy (1177-1236)  consacre  à  ce  même  sujet  un  deuxième  récit qui  représente  une  dernière  forme  des  miracles  traitant  ce thème.  Il s'agit  d'un  clerc  qui  s'était  livré  à  toutes  les  joies  du  monde  sans s'occuper  de  son  âme.  Il  tomba  malade,  perdit  connaissance  et  fut attaqué  d'une  horrible  frénésie.  Dans  sa  rage,  il  se  mangeait  la  langue et  les  lèvres  ;  sa  figure  devint  tellement  méconnaissable  que  personne n'osait  le  regarder.  La  Sainte  Vierge  lui  apparaît  cependant,  s'approche de  son  lit,  et  arrosant  de  son  lait  sa  bouche  et  sa  figure  elle le  guérit."

Ce  récit  se  trouve  dans  plusieurs  des  grandes  collections  latines. Paule V. Beterous, docteure ès-lettres, en 1975 après Kjellman les a catégorisés.

On voit bien que Bernard de Clairvaux (1090-1153), qui est né 62 ans après la mort de Fulbert, ne fut pas, selon la tradition, le premier à sucer la Sainte Mamelle, quoique dans son cas, l'originalité tient à ce que ce lait lui apporta le savoir et l'éloquence, et non la guérison, tout comme l'enseignement de Notre Dame apporta à Albert le Grand le savoir scolastique...

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Madame Bruyère et la lactation

4 Avril 2023 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme, #Histoire des idées, #Histoire secrète

L'allaitement de Jésus par la Sainte Vierge dans un tableau de Rubens ("L'adoration des Bergers") m'a rappelé la lactation de Saint Bernard dont je vous avais parlé en 2015 et qui m'étonne depuis que je l'ai vue dans les années 1990 représentée par Cano au musée du Prado à Madrid.

Comme j'évoquais par mail le sujet avec un ami le weekend dernier, celui-ci me faisait remarquer qu'au XIXe siècle l'abbé Albert Houtin (1867-1926) avait écrit sur le rapport très particulier que l'abbesse de Solesme Mme Bruyère (1845-1909) avait à ce sujet.

Voici ce que l'abbé écrivait très précisément dans une édition augmentée de 1830 de la biographie de cette mystique (p. 38-39) :

" De bonne heure, elle avait considéré les formations des âmes comme des « maternités ». Cette image, s'emparant de plus en plus de sa pensée, prit tous les développements dont elle était susceptible. L'Abbesse portait ses fils dans on sein ; elle les mettait au jour, les gratifiait d'un nouveau prénom, les allaitait, les élevait spirituellement. Elle aimait à recevoir leurs confidences, même celles que les enfants ne font pas ordinairement. Dom Guéranger, qui se flattait de l'avoir dirigée dès son enfance en dehors de « la pruderie moderne », aurait pu se vanter d'avoir réussi.

La mère comblait ses enfants de douceurs spirituelles. Chaque année, par exemple, pendant la nuit de Noël, elle recevait dans ses bras l'Enfant-Dieu. Après l'avoir allaité, elle le déposait dans les bras de ses filles les plus privilégiées, et celles-ci aussi lui donnaient le sein. Elle le déposait ensuite tour à tour dans les bras de ses fils. Et ceux-ci, qui n'en avaient rien vu, apprenaient de leur Mère, au parloir ou dans une tendre missive, que la chose était arrivées."

Le père Houtin en note de bas de page rapproche ce phénomène d'allaitement virginal de ce qu'écrivait le curé Olier, fondateur des Sulpiciens, de sa mère mystique Marie Rousseau : « Cette âme, toutes les fois quasi, au moins assez souvent, lorsque Dieu opère par moi au prochain, elle se sent tirée des mamelles, comme si c'était un petit enfant qui tirât du lait de sa mère. Elle se sent le sein enflé et son lait se répandre en moi qu'il lui semble que je dégorge après sur les personnes à qui je parle. » Et le point concernant les autres religieuses qui donnaient aussi le sein, renvoie à une note de bas de page qui cite la troisième partie du mémoire du mémoire au Saint-Office de dom Sauton, moine et médecin de l'abbesse, qui précise : « ses filles étaient encore plus privilégiées. Quelques-unes d'entre elles, et j'en pourrais citer, recevaient de Madame le divin poupon et devaient aussi lui donner le sein. Elles décrivaient aussi aux frères intimes les chastes émotions de cet allaitement virginal. »

Puis l'abbé Houtin renvoie à la p. 122 de son livre, qui est un extrait du mémoire dudit dom Sauton, que l'abbesse avait pris sous aile et qu'elle avait rebaptisé Tiburce, où on lit : Sa "maternité virginale n'était pas un vain mot ; la mère nourrissait son fils de sa propre substance, elle le nourrissait de son lait virginal. Et comment ? Ah ! dans ce monde des réalités surnaturelles, toute distance disparaît, les obstacles matériels s'évanouissent; qu'importait cette grille placée par la nature entre la mère et son fils ; la mère n'en presserait pas moins son enfant sur son cœur, prélude du suave commerce dans lequel ce petit être répond à l'appel de sa mère, et puise à son sein un lait non moins virginal que mystérieux. Honni soit qui mal y pense ! Qui donc verra d'un œil mauvais l'enfant se jouer sur le sein de sa mère ? Qui donc prétendra lui ravir ses caresses? Est-il rien de plus pur que ces tressaillements maternels ? Dieu l'a voulu ainsi; ne crains rien, petit Tiburce. Tu connaîtras un jour les sublimes prérogatives auxquelles tu participes en ce moment. Ces entrailles qui t'ont porté d'une manière surnaturelle, n'ont-elles point abrité le Sauveur durant neuf mois? Ce sein que tu presses entre tes lèvres, n'a-t-il point allaité le divin Enfant de la Crèche? Sans doute la faiblesse de ton âge ne te permet point encore de connaître ces merveilles, d'en goûter les harmonies surnaturelles ; peut-être un jour seras-tu digne de les apprendre ? Alors tu comprendras l'éminente sainteté de celle que tu nommes « ta mère Cécile ».

Tiburce buvait à longs traits ce perfide breuvage ; il grandissait sur les genoux de sa mère, et son origine n'avait rien de la terre. Son nom lui disait assez qu'il devait vivre en compagnie des anges".

La mère Cécile Bruyère était gratifiée de toutes sortes de dons mystiques, notamment celui d'avoir des apparitions de Jésus et de la Sainte Vierge. Un jour (p. 137) celle-ci, après l'avoir "embrassée comme une soeur" lui permit de revivre toutes les étapes de sa jeunesse, de ses "chastes noces" (avec l'Esprit Saint), puis de sa maternité avec tous les aspects ambigus du rapport à Jésus qui était à la fois fils et époux de la Sainte Vierge...

Vint la nuit de Noël : « Mère-Vierge, a écrit la mystique, dans mon humilité, je n'osais présenter au divin poupon ce que l'enfant demande à sa mère. Mais l'enfant était aussi l'Époux », il en avait toute la force, « et l'amour de l'Époux triompha par ses caresses de mes chastes résistances ».

Quelle pâmoison d'amour ! lorsque les lèvres de l'Époux attiraient la substance de ma vie et que je me sentais ainsi passer dans mon bien-aimé ! » « Ce ne sont pas des figures ou des visions de l'âme, mais des phénomènes réels et réellement vécus pour l'être physique et pour l'être moral. Chacun de mes fils m'a été donné par la continuation de ce mystère. Il en est, hélas ! qui me griffent au sein si cruellement que le lait qu'ils y prennent est tout teinté de sang.»

Dom Sauton dans la critique théologique (p. 206) de cette vision et des pratiques d'allaitement qu'elle a ensuite autorisée y décèle une trace satanique dans le fait premièrement qu'elle a donné l'occasion à l'abbesse de faire la promotion de ses dons, ce qui n'est pas saint ; ensuite que cela la conduisait à aller au delà des convenances ; enfin que cela ne permettait pas de dégager la mystique de la "servitude des sens".

L'auteur en concluait (p. 207) que "ce surnaturel n'est pas divin". L'analyse ensuite des conflits qu'entraîna le comportement de la mystique corrobore le diagnostic.

Dans le livre du père Houtin on lira aussi avec intérêt l'analyse psychiatrique de Mme Bruyère, (p. 313 et suiv) et du problème qu'il y eut de la part de dom Sauton d'accepter d'être allaité au sein de cette religieuse, alors qu'il avait plus de trente ans (p. 335)...

On n'est peut-être pas loin dans cette affaire du cas des nonnes possédées de Louviers...

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Des nouvelles des bords de la rivière Matarraña

2 Avril 2023 , Rédigé par CC Publié dans #down.under, #Otium cum dignitate

Il y a seize ans de cela, je vous parlais de la procession de la semaine sainte à Alcañiz, dans la comarque du Bas Aragon. Comme je prenais un verre avec mon cousin germain le plus jeune aux halles de Pau ce matin, il me disait que cette pratique venait d'être importée pour la semaine sainte à  Valdeltormo dans la comarque voisine, celle du Matarraña/Matarranya...

Apparemment il n'y a plus de phénomènes paranormaux dans ce village, comme ceux que j'avais évoqués dans mon billet de juillet 2019, pas même au Tossal de Sainte Barbe. Mon cousin vient d'y reprendre l'exploitation des terres de ses grands-parents maternels. Il choisit l'agriculture entièrement biologique, avec couvert végétal naturel. "C'est mal vu là-bas, me disait-il, celui qui ne laboure pas passe pour un fainéant". Il a des amandiers, des oliviers. Il s'est lancé dans la chasse aux subventions européennes et cherche à acheter un tracteur. "Tout le monde en perçoit, mais ils sont cachotiers. Ils ont du beau matériels mais ils ne refilent pas de tuyaux pour savoir à quel guichet s'adresser pour avoir de l'argent".

La région change par rapport à ce qu'elle était du temps de mes ancêtres paternels (cf ici), et même à l'égard de ce que j'en ai connu il y a vingt ou trente ans. Selon son témoignage, "Valdeltormo est maintenant dirigé par une coalition PAR-PSOE (régionalistes et socialistes) et des slogans pour la défense des droits des femmes sont écrits sur les bancs publics". On lui a proposé la tête de liste aux prochaines élections municipales pour le parti socialiste, il a décliné l'invitation.

Quand on cherche "Matarraña" sur Gallica, on ne trouve que des récits de guerre, de 1839 dans Le Journal des Débats, ou d'avril 1938 dans Le Temps et bien d'autres journaux français. La région a payé un lourd tribut aux guerres civiles. Elle mérite sans doute les progrès économiques dont elle bénéficie aujourd'hui. Pourtant je ne suis pas sûr qu'avec ses implantations d'éoliennes et d'architectures en forme de cercles magiques comme du côté de Cretas elle soit nécessairement sur le meilleur chemin possible...

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