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Marie-Madeleine, Isis et le tantrisme

30 Mai 2014 , Rédigé par CC Publié dans #Pythagore-Isis, #Sainte-Baume

Vous savez qu'il y a quelques années, dans le cadre de mes travaux sur la nudité, j'ai ouvert sur ce blog une rubrique sur le tantrisme.

 

Un livre circule, édité par les éditions Ariane: "Le manuscrit de Marie-Madeleine", sous-titre "Les alchimies d'Horus et la magie sexuelle d'Iris". Il s'agit de la traduction d'un livre paru il y a près de quinze ans aux Etats-Unis. 

  virgo

En voici la présentation en 4ème de couverture : 

 

"Voici le récit personnel de Marie Madeleine. Il porte sur sa relation tantrique avec Yeshua ben Joseph, connu aujourd’hui sous le nom de Jésus-Christ. C’est l’histoire d’un amour si fort qu’il a survécu à 2 000 ans de mensonges pour être enfin raconté «à l’aube de la fin des temps». Initiée de haut rang du temple d’Isis*, Marie Madeleine était le Saint-Graal, la coupe qui porta le sang du Christ. Et le «soleil» prophétisé depuis longtemps qui devait naître d’elle était une fille baptisée Sar’h.

Marie Madeleine a personnellement fourni les informations contenues dans ce manuscrit, et ses enseignements ont été reproduits mot pour mot, comme elle les a transmis. On y décrit le processus alchimique que Yeshua et elle ont mis en pratique. C’est d’ailleurs cette alchimie qui prépara Yeshua à poursuivre sa vie après la mort afin de réaliser sa destinée et de tracer une voie de lumière depuis les royaumes de la mort, une voie que chacun de nous peut suivre.

À la requête d’Isis, voici son histoire, laquelle dévoile quelques-uns des secrets les plus ésotériques des temples.
À ce texte remarquable, Tom Kenyon a ajouté une comparaison avec les principaux courants d’alchimie interne, ainsi qu’un survol détaillé de la haute alchimie égyptienne et une clarification des alchimies d’Horus. À la requête de Marie Madeleine, Judi Sion raconte «l’histoire d’une femme», cette histoire commune à toutes."

 

Tom Kenyon dans sa préface prétend que ce manuscrit a été dicté ainsi à son amie Judi Sion par "channeling" en 2001. Psychothérapeute, il sait d'expérience avec ses patients qu'il faut être prudent avec cette technique d'écriture, mais un regard "froid" a posteriori lui a fait estimer que le texte méritait publication.Judi Sion, elle, se montre plus enthousiaste

 

Comme Margaret Starbird, ce qui se donne ici comme un "témoignage direct" de Marie-Madeleine, insiste sur sa formation comme prêtresse d'Isis porteuse du bracelet d'or en forme de serpent. Elle attribue aussi à Marie la mère de Jésus une initiation "de haut rang" dans les mystères d'Isis ce qui explique la fuite en Egypte à l'époque de la persécution d'Hérode. Elle serait devenue une incarnation d'Isis et non une prêtresse : elle "devint dépositaire d'un courant énergétique provenant d'Isis elle-même" (p. 25) qui subit une "insémination céleste galactique" (sic) etc.

 

L'ouvrage reprend aussi la tradition de son arrivée en Provence, de son accueil par les prêtresses d'Isis et par les druides (pythagoriciens ?), qui ont en commun avec ces dernières la tenue de lin blanche. Il évoque l'éducation de sa fille sarah, leur voyage jusqu'en Grande Bretagne. Rien en revanche sur la tradition d'une Marie-Madeleine qui s'élèverait sept fois nue couverte de ses seuls cheveux (comme Sainte Agnès) au dessus de son sanctuaire à Sainte-Baume.

 

Il me semble que la prudence de Tom Kenyon est pour le moins justifiée. J'aime bien sa formule selon laquelle le "channeling" ressemble à la méthode des pêcheurs qui lancent leur filet à la mer : on y récupère du bon comme du mauvais observe-t-il. Nul doute qu'il y a dans cet ouvrage beaucoup de schèmes de pensée très typiques du New Age américain et/ou mondialisé contemporain, et une vision du rapport sexuel aux énergies et aux chakras qui paraissent restituer davantage la "doxa"ou le savoir semi-expert des milieux dans lesquels Judi Sion évolue, qu'un savoir antique authentique. Pour autant bien sûr on ne peut dénier aux croyants le droit de penser qu'un message véridique de Marie de Magdala passe en partie dans ce texte.

 

Les techniques sexuelles égyptiennes évoquées sont à comparer avec des ouvrages historiographiques comme "Les Secrets d'Hator" déjà cité sur ce blog et avec l'hypothèse d'un shamanisme égyptien développée dans le livre "Les dieux masqués" que j'avais commenté en 2007 pour Parutions.com.

 

Si l'on veut raisonner sur des bases un peu moins intuitives, on peut se reporter au livre de Jean-Pierre Chevillot, "D'Isis au Christ" (L'Harmattan avril 2014) qui se penche lui aussi sur le lit "isiaque" du christianisme en en développant l'arrière-plan historique. JP Chevillot est un ancien chercheur au CNRS en sciences dure. J'ai tendance à être encore plus sévère avec son ouvrage qu'avec celui de Kenyon et Sion parce qu'il a un côté un peu fourre-tout, catalogue de connaissances mal mises en relation les unes avec les autres, avec des tableaux complètement inutiles et des références à Lacan qui n'éclairent rien du tout (d'ailleurs Lacan n'a jamais rien éclairé pour personne).

 

Il aborde un peu le livre de Kenyon et Sion en des termes peu charitables, le présentant comme une pure fiction alors qu'un minimum de probité eût été de mentionner que les auteurs en ont fait un compte rend d'expérience mystique (quel que soit le crédit qu'on accorde au contenu de l'expérience). Cette façon d'expédier les références, et de ne pas accorder plus de deux pages au rapport entre Marie-Madeleine et Isis est très peu satisfaisante, c'est le moins qu'on puisse dire. Il est vrai que, vu le peu d'éléments historiques que l'on dispose sur Marie de Magdala, trs peu de choses peuvent être dites sur son inspiration égyptienne de ce point de vue là. La seule certitude est que Magdala en Galilée avait une culture hellénistique païenne (probablement hénothéiste) forte, et recélait peut-être un temple d'Isis (mais on ne trouve pas de trace architecturales de cultes isiaques en Palestine). Il n'y a à glaner à ce sujet que du côté de la Gnose et des Evangiles apocryphe. On comprend en tout cas que l'isisme de Marie-Madeleine fascine les croyants soucieux de promouvoir une religion "féminine" et tolérante, certains allant meme jusqu'à y voir le support d'un christianisme entièrement axé sur la déesse-mère, ou sur un couple équilibré Jésus-Marie de Magdala, qui reproduirait le schéma Osiris-Isis, nature naturante/nature naturée.

 

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nb : thèse populaire désormais, diffusée même dans une série TV allemande comme Le 5ème commandement (1990, épisode diffusé le 22 juin 2014 en France sur France 3  "Le secret des Catacombes")-

 

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Atalante

28 Mai 2014 , Rédigé par CC Publié dans #Pythagore-Isis

Charmante histoire que celle d'Atalante et Hippomène. Atalante est belle, mais les dieux lui ont donné le don de courir très vite. Elle veut se marier. L'oracle lui dit que si elle se marie elle vivra encore mais ne sera plus elle même. Elle prend peur. Elle défie ses courtisans à la course. Hippomène amoureux relèe le défi, parvient à la ralentir dans sa course grâce aux pommes d'Aphrodite. Le couple se marie, mais oublie de rendre grâce à la déesse, profane son temple au fond d'une forêt sacrée sous la pluie, et Cybèle les punit en les transformant en lions de l'attelage de son char.

 

Ovide évoque joliment ce conte dans ses Métamorphoses quand Aphrodite le narre, couchée contre Adonis, le visage sur sa poitrine.

 

Guido Reni, admiré unanimement de Goethe à Stendhal en a fait un tableau (en 1612) que certains prétendent chrétien (car Hippomène de la main éloigne Atalante et ses pommes des trois péchés). Cela dit l'original du Prado se passe au clair de Lune, ambiance peu catholique.

 

Atalanta-e-hipomenes.jpg

 

Son contemporain Michel Maier avait composé un traité Atalante Fugiens qui faisait du conte une allégorie de l'alchimie...

 

 

 

 

 

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"La Femme dans la société celte" de Sylvie Verchère Merle

13 Mai 2014 , Rédigé par CC Publié dans #Notes de lecture

Un clivage très net oppose dans la littérature sur la culture celtique le travail de recherche académique aux recherches inspirées dans la lignée de Jean Markale. Afin de bien situer l’ouvrage de Sylvie Verchère Merle, il convient de bien préciser ce qu’il est, et ce qu’il n’est pas.

La suite de ma recension de cet ouvrage est ici

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Nudité et descentes aux Enfers

11 Mai 2014 , Rédigé par CC Publié dans #Ishtar

DSCN5906Toutes ces histoires de descentes aux Enfers sont tout de même assez mystérieuses. Il y a la dimension agraire (la morte saison), la dimension amoureuse dont parle Devereux (mais est-elle si distincte que cela de la dimension agraire ?), qui s'étend selon moi jusqu'à la philosophie (le voyage de Pythagore aux Enfers, la rencontre de Parménide avec Perséphone dont l'historienne Mme Laura Gemelli nous dit qu'il faut la prendre très au sérieux). Et que faut-il penser de ce mythe sumérien que nous raconte Arnold Lebeuf, professeur à l'université jagellonne de Cracovie, dont on a déjà mentionné les travaux sur ce blog, dans sa contribution "Cosmology of love and madness"  à l' ouvrage de 1997 "The Tale of Crazy Harman", Academic publications Dialog, Varsovie, p. 230) :

 

"La déesse sumérienne Inanna (Ishtar) voyage au pays des morts, pour rencontrer sa soeur Ereshkigal, la déesse des Enfers, la terre de non retour. Avant son départ, elle demande à sa servante de venir la chercher si elle n'est pas revenue au bout de trois jours. Mais elle est arrêtée par les gardes des sept portes sur le chemin du royaume des morts, et obligée d'abandonner tous ses vêtements et bijoux et de se présenter nue devant sa puissante soeur. Ereshkigal la laisse repartir libre seulement à condition qu'elle lui consente une victime en sacrifice. Inanna revient au monde au bout de sept jours, en s'arrêtant à chaque porte pour récupérer sa robe et ses bijoux. Quand, à son retour, elle découvre que son mari Thammouz s'est offert du bon temps en son absence, au lieu de se lamenter et d'exprimer un deuil, elle choisit de le sacrifier : cf Inanna, Queen of Heaven and Earth: Her Stories and Hymns from Sumer, [Diane Wolkstein, Samuel Noah Kramer, New York, Rider 1983."

 

 

 

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La sexualité d'Adonis

8 Mai 2014 , Rédigé par CC Publié dans #Ishtar

adonis.jpgAdonis est une figure très importante de la mythologie amoureuse gréco-romaine. Les Métamorphoses d'Ovide résument sa légende. Joseph D. Reed, professeur à l'université de Brown, spécialiste de la littérature hellénistique et augustéenne (de Virgile), a publié dans la revue Classical Antiquity d'octobre 1995 (il y a presque 20 ans) un intéressant article en ligne ici, intitulé tout simplement "La sexualité d'Adonis", qui insiste sur l'envers féminin de la conception machiste grecque de la sexualité.

 

Le culte d'Adonis est une adaptation grecque qui remonte au 7ème siècle avant JC de la lamentation annuelle mésopotamienne du dieu Tammuz (nom sumérien originel : Dumuzi avant sa traduction par les akkadiens), époux de la déesse de l'amour Ishtar (Inanna) qui a atteint la Méditerranée avec l'expansion de l'empire assyrien. Tammuz était pleuré durant l'été sec comme une personnification de la perte des récoltes et du bétail. Il était le protecteur du peuple, incarné dans les rois de Sumer et de Babylone. La lamentation rituelle par les femmes s'est répandue jusqu'à Jérusalem - voyez dans Ezecchiel 8, 14-15 : "Il m'emmena à l'entrée du porche du Temple de Yahvé qui regarde vers le nord, et voici que les femmes y étaient assises, pleurant Tammuz./ As-tu vu, fils d'homme ? Tu verras encore d'autres abominations plus affreuses que celles-ci."

 

Adonis a été transmis aux Grecs via les Syriens ou les Phéniciens (Adn dans les langues sémitiques veut dire "Seigneur" et les Grecs ont dû prendre cela pour le nom de Tammuz). A Athènes, les fêtes des Adonia n'étaient célébrées que par les femmes (à la différences de pratiques phéniciennes et chypriotes tardives qui finirent par admettre les hommes). C'était une fête informelle que les femmes célébraient sur leurs toits plats des maisons l'été en dehors du calendrier officiel.

 

A la différence du Proche-Orient note Joseph Reed, Adonis en Grèce est déconnecté des moissons, et il n'est qu'une aventure amoureuse d'Aphrodite, pas son époux comme Tammuz pour Ishtar. Et il n'est plus non plus un roi.

 

Pour autant Joseph Reed réfute l'analyse de l'anthropologue belge Marcel Detienne qui en faisait un culte "anti-agraire", lié au parfum (Myrrha est la mère d'Adonis), à la prostitution et à la sexualité non fertile, à l'opposé des Thesmophoria de Demeter. Selon Reed, c'est un raccourci car beaucoup de légendes grecques anciennes ne relient pas Adonis à la myrrhe et des cas de célébration par des mères de famille sont attestées. Surtout Reed blame la méthode structuraliste qui crée une vision univoque du mythe d'Aristophane à Saint Cyri.

 

Comme Devereux qu'on mentionnait il y a peu, Reed signale à propos de l'épisode de l'exil d'Adonis aux Enfers que dans certaines versions du mythe Adonis est un enfant, ce qui explique de Devereux se soit aventuré sur le terrain de l'inceste avec Aphrodite (pour mémoire dans la version orientale du sejour de Tammuz pendant 6 mois auprès de la reine des Enfers l'amour d'Ishtar ne joue aucun rôle), mais il souligne aussi qu'on ignore si les premières fêtes grecques autour d'Adonis mentionnaient l'amour d'Aphrodite ou le séjour aux Enfers. et laisse entendre à propos de l'emmaillottage du héros qu'un aspect important du mythe est peut-être de mettre en avant l'idéal féminin de protéger l'homme et le tenir hors des tourments, quand les légendes masculines sont plus axées sur le désir. Selon lui, Adonis a pu (si l'on interprète un peu largement le texte) avec le temps incarner aux yeux des hommes le mauvais chasseur (tué par le sanglier), trop dépendant des femmes, abandonné à la facilité de son jardin, tandis que pour les femmes, la lamentation sur le jeune Adonis pouvait exprimer leur regret devant leur impuissance à faire prévaloir dans la société leur sensibilité et leur envie de se rêver en Aphrodites dans une cérémonie privée une fois dans l'année.

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