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Nicolas Flamel

27 Novembre 2015 , Rédigé par CC Publié dans #Alchimie, #Christianisme

Nicolas Flamel

"L'alchimie et les alchimistes, essai et critique sur la philosophie hermétique" par Louis Figuier (Librairie Hachette et Cie 3eme ed 1860) p. 195 et suiv., professeur à l'école de pharmacie de Paris, fait l'effort de nous présenter en détail la vie de Nicolas Flamel qu'il situe comme le plus grand des alchimistes, celui qui ne rencontre que du succès alors que

Paul Lucas au début du 18e siècle rencontra un alchimiste au nord-ouest de l'Asie mineure, à Bursa (ou à Bounrous-Bachi), un derviche Uszbeck qui paraissait avoir trente ans mais en avait plus de cent. Il avait rencontré Nicolas Flamel en Inde (p. 19), disait-il. Rappelons qu'il existe un Usbek dans les Lettres persanes de Montesquieu publiées peu de temps après les voyages de Paul Lucas qui dit avoir eu la pierre philosophale. Lui et son frère sont mentionnés par un de ses contemporains dans Description de Paris de Guillebert de Metz écrite en 1434, qui évoque son soutien aux pauvres. Né selon la tradition à Pontoise probablement autour de 1330, d'une fortune très médiocre, il reçoit une éducation libérale. Il s'établit à Paris comme écrivain public. A partir d'une date inconnue il tient une échoppe comme d'autres confrères au cimetière des Innocents. Puis sa corporation s'établit sous les piliers de St Jacques-la-Boucherie et il y ouvre deux échoppes. Une pour ses copistes une, exiguë (2,5 pieds X 2), pour lui, qu'il ne quitta jamais. Il épouse une riche veuve que l'on croit née à Paris, dame Pernelle, sage économe, prudente, encore plutôt belle quoique de plus de 40 ans, pourvue d'une bonne dot, sans enfants. Ils font bâtir une maison en face de l'échoppe à un angle de la rue de Marivaux (dans le 2e arrdt, métro Richelieu Drouot, Goya allait y vivre aussi). Enseigne "La Fleur de Lys". Il y fera commerce des livres.

Une nuit, comme il dormait profondément, un ange lui apparut et lui montra un beau livre ancien. "Flamel, lui dit l'ange, regarde bien ce livre, tu n'y comprends rien, ni toi ni bien d'autres, mais tu y verras un jour ce que nul n'y saurait voir". Flamel tend la main, mais l'ange et le livre disparaissent dans un nuage d'or.

Rien ne se passe ensuite jusqu'à un certain jour de l'année 1357 où il achète à un inconnu pour deux florins un livre de cuivre doré fait d'écorce d'arbres tendres qu'il reconnut dès la première inspection comme celui de son rêve (p. 199). La couverture était gravée de caractères de langes anciennes, raconte-t-il dans "Le livre des figures hiéroglyphiques" qui lui est attribué. Au septième feuillet étaient peints une verge et des serpents s'engloutissant, au 14ème une croix et un serpent crucifié, au 21ème des déserts, des fontaines en leur milieu d'où sortaient des serpents. Au dernier feuillet, en capitales dorées : "Abraham le Juif, prestre, lévite, astrologue et philosophe, à la gent des Juifs, par l'ire de Dieu dispersée aux Gaules salut" avec ensuite des exécrations et malédictions et le mot "maranatha" (p. 207), souvent traduit par "viens seigneur".

Flamel décide alors de demander à un Juif de l'éclairer sur tout cela. Pour trouver le bon interlocuteur en Espagne il fait vœu de pèlerinage à St Jacques de Compostelle et un vœu St Jacques de Galice. En 1378 selon la tradition, il porte le bourdon et l'habit de pèlerin et un extrait des peintures du livre. Il resta en Espagne près d'un an sans trouver le bon interlocuteur. Léon il trouve un marchand originaire de Boulogne qui avait pour ami un Juif converti au christianisme, Maître Canches, "cabaliste consommé, très versé dans les sciences sublimes". (p. 208) Maître Canches, qui s'exprimait en latin, fut tout de suite émerveillé par les reproductions des peintures du livre et lui en expliqua le contenu.C'était un livre d'un maître de la kabbale dont on ne connaissait plus que le titre. Me Canches suit Flamel mais tombe malade à Orléans et meurt au bout de 7 jours. Le copiste le fait enterrer à l'église Ste croix d'Orléans. Flamel travaille 3 ans sur les instructions incomplètes qu'il a reçues de Canches avec l'aide Pernelle et parvient à composer la pierre philosphale. Le 17 janvier 1382 (p. 209) il transforme du métal en argent pur. Puis, "avec la pierre rouge sur semblable quantité de Mercure", toujours en présence de Pernelle (qui n'ignorait aucun de ses secrets), le 25 avril 1382 à 17 h il obtient de l'or pur.

A partir de ce moment là sa fortune s'accroît, il possède plus de 30 maisons et domaines. Flamel et sa femme font de leur maison un asile pour les veuves et les orphelins en détresse. Ils fondent des hôpitaux, bâtissent ou réparent des cimetières, font relever le portail de Ste Geneviève des Ardents, dotent d'établissement des Quinze-Vingts "qui en mémoire venaient chaque année à l'église St Jacques la Boucherie, prier pour leurs bienfaiteurs" jusqu'en 1789. On a trouvé dans les archives de cette paroisse le testament de Flamel et plus de 40 actes de donation.

Lui même dit qu'en 1413 après le décès de Pernelle (morte en 1397 ou 1403) elle et lui avaient fondé et renté 14 hôpitaux. Au charnier des Innocent il a fait exécuter des représentations de l'alchimie. Partout où il accorde ses bienfaits il laisse une image ou un écusson de lui. Devant le portail de Ste Geneviève des Ardents et sur d'autres monuments il fait sculpter une statue de lui à genoux. La maison au 51 rue de Montmorency (3e ardt, métro Rambuteau) faite en 1407 portait encore au XIXe siècle la dédicace à Flamel qui mourut en 1418 et fut enterré à l'église St Jacques de la Boucherie.

Charles VI en son temps envoya un maître des requêtes, Cramoisy, pour s'assurer qu'il ne pratiquait pas l'usure et vivait pauvrement. Figuier écarte aussi la possibilité que Flamel ait pu faire fortune sur le dos des trois persécutions des Juifs survenues de son vivant (p. 222). Il exclut aussi, comme Valet de Viriville, que Flamel ait pu être l'auteur des livres qu'on lui attribue. Des légendes ont couru ensuite sur la survie de Flamel et Pernelle en Asie, et sur le trésor caché sous sa maison rue de Mariveaux.

En 1819 (p. 230) rue de Cléry un alchimiste prétendit faire de l'or et être Nicolas Flamel. Le personnage inspira toutes sortes d'écrivain jusqu'à Harry Potter.

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Akita

20 Novembre 2015 , Rédigé par CC Publié dans #Christianisme

Un certain M. Dalibert dans un numéro des Missions catholiques : bulletin hebdomadaire de l'Oeuvre de la propagation de la foi de 1898 p. 140, raconte qu'un proverbe dit que les montagnes de l'Akita (ancienne Kubota) renferment l'or et l'argent dans leurs flancs mais que les montagnes du Shonaï l'attirent par leur sainteté. De l'or comme dans les montagnes de Rennes-les-Bains, et la spiritualité attire l'or (dans l'alchimie par exemple). Dalibert voulait établir un pèlerinage chrétien à la Vierge immaculée à Shonaï pour soustraire le Japon aux "erreurs shintoïstes et bouddhiques". Les secousses sismiques sont fréquentes dans cette région . Par exemple le 15 mars 1914 (dépêche de Reuters publiée dans Le Matin du 16 mars), faisant état de centaines de maisons effondrées dans la province du fait de l'activité du volcan Asama.

On a recensé à Akita 3 messages mariaux (du 6 juillet au 13 octobre 1973 relatifs à des inondations et du feu qui tombera du ciel, à l'infiltration du diable dans l'Eglise) et 101 lacrimations (du 4 janvier 1975 au 15 septembre 1981, avec des larmes humaines selon des analyses scientifiques). L'apparition a été validée par le cardinal Joseph Ratzinger au Vatican en 1988. Soeur Agnès Sasagawa qui reçut le premier message avait été stigmatisée à la main de la même manière que la statue de la Vierge (une Vierge debout sur un globe et adossée à la Croix, réplique de la Vierge apparue à Amsterdam). En juin 1973, alors qu'elle était malade à l'hôpital, la soeur reçut une apparition de son ange gardien qui lui dit la prière de Fatima (inconnue au Japon à l'époque), à dire après chaque décade du rosaire, puis la soeur eut une blessure à la main, puis les apparitions eurent lieu (cf vidéo ci-dessous).

En 2011, les responsables de l'église japonaise ont confirmé que le diocèse de Niigata, dans le nord du pays, a été le plus durement touchés par le tremblement de terre de magnitude 8,8 - le pire dans l'histoire japonaise - et le tsunami qui en a résulté. Akita elle-même a été relativement épargnée quoique située à l'épicentre.

L'évêque Tarcisio Isao Kikuchi de Niigata (3 préfectures qui incluent Akita) confiait en 2014 qu'il était difficile de maintenir une présence catholique dans la région du fait de la laïcisation de la jeunesse, de la méfiance à l'égard des religions suscitée par les suicides occasionnés par les sectes, du fait du désir des campagnes de rester fidèles à leurs traditions, et du fait que les programmes d'aide à la population étaient gérés par l'Etat, le christianisme ne pouvant se faire connaître que par la charité (l'évêque dirige aussi Caritas au niveau du Japon). Il remarquait que les statistiques gouvernementales recensaient 3 713 187 de shintoïstes, 2 257 855 bouddhistes, ce qui est incohérent avec le fait que le diocèse ne compte que 4 488 904 habitants.

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Saint Christophe par et pour Christophe Colomb

17 Novembre 2015 , Rédigé par CC Publié dans #Christophe

Saint Christophe par et pour Christophe Colomb

Léon Bloy l'écrit dans son "Le révélateur du globe, Christophe Colomb" : "Aucune chose en ce monde n'est livrée au hasard, et la divine Providence n'est nullement étrangère aux noms que doivent porter les chrétiens jusqu'à leur dernière heure, et sur lesquels ils seront crucifiés ou exaltés selon le caprice de l'inconstante populace humaine. Presque toujours nos noms enveloppent et déterminent nos destinées." (p. 103)

Je le crois bien volontiers, moi qui étais censé m'appeler "Christine" et qui ne suis devenu Christophe après ma naissance qu'au terme de recherches embarrassées. "Il y a 'Christ' dans votre nom" m'ont dit bien des médiums. C'est très vrai, et "Christ" devait s'y trouver de par la volonté de ma mère (inspirée par qui ?) même en version féminine. Ce nom devait donc absolument tendre vers le Christ. Une universitaire italienne vivant aux Etats-Unis acquise aux combats anti-colonialistes trouvait qu'il n'y avait point de prénom plus marqué à ses yeux par le christianisme que Christophe. "Cristoforo" disait elle avec un sourire ironique que les universitaire aussi pédants qu'ignorants comme il y en a tant de nos jours. C'est vrai qu'en italien, la notion de Christophore, fait mieux entendre le "porte-Christ" qu'en Français où "ore" a disparu (l'or de l'alchimiste dirait-on dans la langue des oiseaux, je vous renvoie à Fulcanelli sur St Christophe ici).

Les Italiens pensent davantage à Christophe Colomb que nous, les Espagnols aussi pour qui le mystérieux "phoros" grec est devenu un inélégant "bal" comme Balzébuth...

Pourtant ce sont les Français qui au XIXe siècle ont milité (en vain) pour la canonisation du navigateur, pour compenser disait Bloy le fait qu'à cause d'eux l'Amérique ne porte pas son nom. Moi l'image de Christophe Colomb m'a autant collé à la peau que celle du géant porteur de Jésus sur ma médaille de baptême. Peut-être parce que mon nom de famille commence aussi comme celui de la "colombe porteuse du Christ" ... par Col.

Christophe Colomb et son pendant satyrique, le "tonton Cristobal" de Pierre Péret, grand navigateur et aventurier lui aussi.

Je découvre aujourd'hui que Léon Bloy démontre, en s'appuyant avec brio sur son biographe catholique Roselly de Lorgues, que "sans Christophe Colomb, il est impossible d'expliquer la légende de St Christophe". L'image du géant qui traverse la mer avec le Christ sur son épaule ne peut être que prophétique, puisqu'elle ne valorise pas la prédication de St Christophe ni son martyr passés. La sphère dans la main de Jésus sur son épaule montre qu'elle vise la future découverte de Colomb. Son tronc est la verge fleurie d'Aaron, il porte des dattes qui sont déracinées pour être apportées au nouveau monde. Sa devise est Qui te mane vident, nocturno tempore rident (p. 109), ce qui vise le futur. Christophe Colomb, l'homme héroïque qui offrit avec un pieux désintéressement (à l'opposé des sordides conquistadores qui allaient lui succéder) la moitié inconnue du monde à l'Eglise, était annoncé par toute la dévotion médiévale comme un saint à venir, parachevant la prédication évangélique au delà de la mer la plus périlleuse et la plus ténébreuse. D'ailleurs après la découverte de l'Amérique la dévotion à St Christophe allait sérieusement décliner.

Christophorum videas, postea tutus eas.

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La nature selon l'alchimie grecque

14 Novembre 2015 , Rédigé par CC Publié dans #Alchimie

Olivier Dufault, que nous avons cité récemment à propos de son article sur Zosime de Panopolis, a réalisé un effort de synthèse sur les tentatives de définition de la transmutation des métaux dans l'alchimie grecque de l'antiquité tardive autour de Zosime, de Synesius (que l'historien Martelli tient à distinguer de Synesius de Cyrène, le disciple d'Hypatie, mais nous en doutons) et Olympiodore d'Alexandrie. Il montre que le terme Ekstrophe ("inversion") s'appliquait à tout processus de transformation, même le simple changement de couleur. Il désigne une transmutation qui fait apparaître ce qui était déjà présent dans la nature de la matière.

L'alchimie grecque, expose Dufault, s'enracine dans le principe présocratique "hen to pan" (l'univers est un). On a décelé successivement trois théories de la nature au fondement de l'alchimie grecque

- la théorie de la sympathie naturelle (André-Jean Festugière). Une parenté entre les éléments. Festugière pensait que Bolos de Mendes serait le pseudo-Démocrite auteur de la Physica et Mystica et serait l'auteur de la maxime "la nature est charmée par la nature, la nature est la maîtresse de la nature, la nature conquiert la nature". Bolos aurait recherché à revenir à un substrat indéterminé (unqualified) par un processus d'obscurcissement de la matière, en mêlant certaines substances à de la masse obscure en fonction de leur réactivité. Mais en réalité l'obscurcissement n'est pas systématique et il n'existe pas de substrat indéterminé dans le texte du pseudo-Démocrite.

- la théorie de la maturation liée à l'idée que les métaux murissent sous terre et ont tous vocations à devenir de l'or à la fin (Mircea Eliade). L'idée que la terre produit les métaux était courante dans l'antiquité grecque et dans d'autres civilisation. Voilà pourquoi pour Zosime l'alambic est comme un utérus qui "cuit" le foetus, ou pour Stephanus plus tard l'alambic est l'univers. Mais croire que l'or est l'aboutissement nécessaire peut procéder d'une mauvaise compréhension de l'analogie. Cela n'est indiqué à titre littéral nulle part et l'idée de l'humidification ou de l'assèchement des métaux chez Aristote ne l'implique pas non plus.

- La théorie de la forme-transfert, inspirée de Karl von Prantl en 1856 : il y aurait d'abord réduction à la matière première ou indéterminée par obscurissement, puis vaporisation par le souffle, le pneuma (logoi spermatikoi selon Lippmann). Mais cette matière indéterminée des philosophes ne se trouve nulle part dans le corpus alchimique, comme l'a noté Cristina Viano, qui remarque que si les alchimistes empruntent au vocabulaire de Platon et Aristote (puissance, acte), mais n'en suivent pas fidèlement la physique.

Les philosophes n'avaient pas besoin d'un retour à la matière première pour créer de la transformation, et les alchimistes ne produisent pas vraiment une matière indéterminée. Selon Olivier Dufault, il n'y a pas une seule théorie de la transformation chez les alchimistes qui empruntent à plusieurs sources. Et s'il y a des emprunts aux philosophes, la théorie alchimique puise largement sa source dans d'autres références et d'autres vécus.

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Zozime l'alchimiste

11 Novembre 2015 , Rédigé par CC Publié dans #Alchimie

J'ai découvert Zozime de Panopolis, l'Egyptien (IVe siècle, selon Martelli), il y a quelques mois en lisant Jung qui décortiquait ses rêves.

Zozime n'était pas identifié en son temps comme un alchimiste parce que le mot n'existait pas. C'était juste un philosophe, un esprit universel qui empruntait à Proclus, à la doctrine mithraïque, (qui associaient les métaux aux sphères célestes). Olivier Dufault de l'université de Munich dans une tentative (accessible sur le Net) de le resituer dans son environnement social le compare à un des lettrés (pepaideumenoi) comme les décrit Lucien de Samosate qui apportent le savoir (paideia) de leur temps à leurs élèves, y compris le savoir magique. Dans son "De la vaporisation de l'eau divine qui fixe le mercure" extrait de ses "Mémoires authentiques", Zozime raconte une réception chez la riche Theosebie (Theosebeia), on soupçonne que le cuisinier est un officiant versé dans l'alchimie qui investit ce savoir dans les plats. Zozime y décrit ses oppositions à l'égard d'autres alchimistes sur les questions des techniques, du destin, de la nature de l'humanité (notamment il leur reproche de s'en remettre à l'astrologie et aux volontés des démons pour le choix des gestes - une critique qui rappelle la dénonciation de l'astrologie par St Augustin, je trouve). Ces rivaux selon lui ignorent les "leçons du corps - somatika paideuteria), les choses matérielles, et suivent aveuglément le destin. Comme Epiméthée, ils s'en tiennent à l'humain extérieur (exo anthropos) appelé Thot ou Adam, et ignorent l'intérieur (esos anthropos) appelé phos, la lumière, comme dans la Gnose. Selon lui il faut être comme Prométhée et Phos et ne pas se contenter des fruits du destin (cela évoque aussi, je trouve, Apulée : Isis au dessus du destin). Ceux qui s'en remettent aux "teintures opportunes" (les teintures relevant du kairos, "teinteure" désignant toute transformation de métal, minerai ou textile) sont identifiés aux prêtres des temples traditionnels égyptiens qui utilisent la magie des minéraux à des fins de bénéfices pécuniaires et qui en sont venus à vendre leurs services aux riches protecteurs comme Theosebie, tout comme Zozime lui même. Olivier Dufault décrit par ailleurs les expériences mystique de descente aux enfers et ascension aux cieux qu'implique sa pratique de l'alchimie.

Pour vous distraire, (je vous la livre en hommage à une autre Blanche, Blanche de Navarre l'alchimiste) une lecture alchimique de Blanche-Neige selon Patrick Burensteinas :

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Les Adamites

10 Novembre 2015 , Rédigé par CC Publié dans #Nudité-Pudeur en Europe

Les Adamites

Les adamites, chrétiens hérétiques qui se dévêtissaient complètement dans leurs cérémonies et dans la rue, ont fait verser de l'encre au fil des siècles et sont souvent cités de nos jours dans les débats sur la pudeur (voir par exemple les travaux de JC Bologne).

Selon Bayle, Prodicus au IIe siècle fut le fondateur des adamites. Disciple de Carpocrate, il ajouta à ses théories la copulation publique comme les cyniques païens et la mise en commun des femmes. Selon lui les corps vivent pour chanter la louange des anges qui on créé le monde. Il soutenait avoir des livres cachés de Zoroastre et ne pas devoir invoquer Dieu.

Selon Clément d'Alexandrie déjà le gnostique Carpocrate éteignait les chandelles pour des parties après les cérémonies. On leur prêtait des pratiques magiques e une croyance en la réincarnation. Le Père jésuite André Gouilloud dans son "Saint Irénée et son temps" (1876) situe Carpocrate dans la voie des doctrines valentiennes et que son fils Epiphane alla plus loin que lui encore. Irénée (Contra hoereses, 1. I,c. vi) les accuse d'assister aux jeux du cirque et aux fêtes des païens et d'en manger la viande en disant qu'ils font à la chair la part de la chair et à l'esprit celle de l'esprit. Ils rejetaient l'idée de distinction entre le bien et le mal, prenaient les animaux comme modèle, et Epiphane prôna même le communisme en tout. Saint Epiphane de Salamine, évêque de Constance, dans son Haeresus XXXVI parle de Carpocrate et dans le Panarion, de même qu'Eusèbe dans son histoire de l'Eglise 1,IV c.VII et Clément d'Alexandrie, Strom 1,III. (Gouilloud recommande de relire Irénée contre le renouveau de la Gnose, notamment contre l'hegelianisme, Hegel ayant confessé puiser sa source dans la Gnose, fille de Simon le Mage d'après les Philosophumena I, VI).
Pour Carpocrate, autrefois judéo-chrétien, Christ est un homme, qui s'est élevé au-dessus de l'humanité par une âme très haute (la généalogie de l'évangile de Mathieu allait dans ce sens).

Il y a dans le Panarion section II 4,3 un descriptif du "don des femmes" à l'hôte coréligionnaire qui rend visite. Il précise qu'après l' "agape" (la partie fine), les femmes et les hommes reçoivent a semence masculines dans leurs propres mains. Puis, nus, ils tournent leurs yeux vers le ciel, prient avec le sperme sur leurs mains, et disent "Père nous t'offrons ce cadeau, le corps du Christ", puis elles le mangent et le partagent en disant "Ceci est le corps du Christ ; et c'est le Pascha, à cause duquel nos corps souffrent et sont conçus pour reconnaître la passion du Christ". Et avec les émissions des femmes quand elles ont leurs - ils prennent de la même façon le sang menstruel non nettoyé, se réunissent, et le mangent en commun. Et "ceci" disent-ils "est le sang du Christ". Ils copulent, se baignent et apprêtent leur corps jour et nuit, mais refusent la procréation et pratiquent l'avortement et le canibalisme du foetus (il y eut une accusation semblable contre les templiers eu 14e siècle à propos de leurs bébés). Tout cela est sous la section "contre les gnostiques et les borborites", mais semble englober les adamites. St Epiphane les appelle borboriens, koddiens, stratotique, phinionites, zacchaéens, berbélites, adeptes de l'Evangile d'Eve et de l'Evangile de la perfection.

Difficile de faire la part de la diffamation. Dans Le culte de Priape du RP Knight (Londres, 1786) p. 162, signale que l'administration de la semence virile comme un sacrement était aussi attribuée aux manichéens, et s'était perpétuée au Moyen Age comme rituel pour conserver l'amour (témoignages dans le Decretorum de Burchard de Worms lib XIX et dans le Liber Poenitentialis de Theodore en Angleterre).

Ces doctrines auraient fait leur chemin en Occident après avoir été persécutées en Orient.

Dans son Histoire de la prostitution chez tous les peuples du monde depuis l'antiquité la plus reculée jusqu'à nos jours. Tome 3, Pierre Dufour (1853), affirme que "après Prodicus qui vivait en 420, les adamites subirent une réforme morale dont l'auteur est resté inconnu : ils se vouèrent à la continence et à la virginité, quoiqu'ils abusassent de l'imitation de leur patron, au point de vouloir revenir à l'état de nudité du premier homme". Autrement dit ils seraient passés d'une nudité sexuelle à une nudité chaste. C'est aussi l'avis de M. de Sénancourt dans
De l'amour, selon les lois primordiales et selon les convenances des sociétés modernes .Troisième édition, 1829 p. 382

Les auteurs continuèrent cependant à nommer adamites les sectes libertines.

Taurmède au XIIIe siècle enlevait les femmes avec 3 000 soldats pour leur imposer des moeurs adamites (Dictionnaire historique, critique et bibliographique, contenant les vies des hommes illustres. T. 1 / ... suivi d'un dictionnaire abrégé des mythologies et d'un tableau chronologique des événements les plus remarquables qui ont eu lieu depuis le commencement du monde... (par L.-M. Chaudon et A.-F. Delandine, - 1821-1823). Avant lui au 12e siècle fut aussi parfois classé assimilé à ces sectes voluptueuses Tauchelin ou Tanchelm, Tanchelinus ou Tanchelmus (Légende des sept péchés capitaux de J. Collin de Plancy 1853) à Anvers qui "profita de l'illusion de ses disciples pour jouir des plus belles femmes de sa secte, et les maris et les pères, témoins avec le public des plaisirs de Tanchelin, rendaient grâce au ciel des faveurs que l'homme divin accordait à leurs femmes ou à leurs filles" (Dictionnaire des hérésies, des erreurs et des schismes, publ. par l'abbé Migne 1847).

Selon le Dictionnaire historique et critique de Bayle de 1715, p. 249, l'hérésie dirigée par un certain Picard qui allait plus loin dans la nudité que les adamites puisqu'il se disait sans péché. Son mouvement gagna au 14e siècle les Flandres et l'Allemagne, puis la Bohème. Une quarantaine de "picards" s'installèrent à 7 lieues de la place forte de Thabor où ils se livrèrent à des pillages et furent massacrés par le chef de guerre des hussistes Zizka. Selon Bayle, quand un homme de la secte voulait coucher avec une femme, il la prenait par la main, l'amenait au chef en lui disant "Mon esprit s'est échauffé pour celle-ci". Picard répondait "Allez croissez et multipliez". Ils considéraient les gens habillés comme des esclaves et c'est ce que dirent, d'après en 1420 Varillas cité par Bayle, des femmes picardes retenues en prison par un seigneur de Bohème (mais selon Enee Sylvius Zizca n'épargna que deux hommes) . Elles accouchèrent en prison et furent condamnées au feu avec leurs maris ce qu'elles acceptèrent avec joie sans renoncer à leur libertinage.

Un film tchèque en 1917 Adamites de Prague ’ (Pražšti Adamité) aurait célébré le souvenir des néo-adamites de Bohême.

J'ai cité sur la base de JC Bologne, dans "La nudité pratiques et significations", le cas d'un pamphlet anonyme de 1684 L’adamiste ou le Jésuite insensible qui accusait un prêtre d’avoir créé une cellule adamite dans un monastère de Reims. Se prétendant insensible aux charmes féminins, ce confesseur de soixante ans avait persuadé quelques pensionnaires et novices (de seize à dix-neuf ans) ainsi que six religieuses, que la perfection était révélée par l’absence de honte à se montrer nues devant lui. Il avait établi une hiérarchie précise entre les Présomptives (qui osaient montrer leurs bras) jusqu’aux Ascendantes, aux Favorites, aux faciles ou aux Libres (qui montraient leurs cuisses). Venaient ensuite les Prédestinées (qui ne se voilaient plus que de leurs mains) et les Adamites (qui « pouvaient soutenir un regard actif et passif sans honte et sans émotion »). Le regard actif consistant à regarder sans rougir le père Roche tout nu"

Son contemporain le père Jésuite Jean Labadie né à Bourg sur Gironde en 1610 pervertit à prtir de 1645 " presque toutes les filles d'un couvent de religieuses du Tiers-Ordre de Saint-François" de Toulouse fondé par M. de Nesmond, président au parlement de Bordeaux", "par cette malheureuse doctrine des Illuminés et des Adamites à la réserve seulement de quelques unes qui ne voulurent point adhérer à ses folies, et qu'il fit maltraiter par les autres, disant qu'elles étaient réprouvées et n'avaient point d'esprit de Dieu", si l'on en croit Mauduit dans son "Avis charitable à ces messieurs de Genève" de 1651 p. 13 cité par la revue Gascogne p. 269. Il avait fait de même parmi les Bernardines. En 1644 à Bazas il avait prêché l'indifférence à la communion et aux offices et l'écoute de l'Esprit saint en soi, comme avant lui le Mouvement du libre-esprit cher à Raoul Vaneigem. L'archevêque en fut averti par une soeur converse évadée. Labadie dénoncé se réfugia à une lieue de Toulouse, puis à La Graville dans le diocèse de Bazas (Antoine de Lantenay Revue de Gascogne : bulletin mensuel du Comité d'histoire et d'archéologie, 1886, tome XXVII p. 269)

A l'époque de Napoléon, le moine capucin Achazius au couvent de Duren en Belgique organisa un club de flagellants adamites mixte (Etude sur la flagellation à travers le monde, aux points de vue historique, médical, religieux, domestique et conjugal, : avec un exposé documentaire de la flagellation dans les écoles anglaises et les prisons militaires. Dissertation documentée, basée en partie sur les principaux ouvrages de la littérature anglaise en matière de flagellation et contenant un grand nombre de faits absolument inédits avec de nombreuses annotations et des commentaires originaux. - 1899 version reprise dans "Les flagellants et les flagellés de Paris" de Charles Virmaître, Paris Charles Carrington 1901)

Certains anabaptistes hollandais auraient repris la tradition adamite.

Selon un certain Lambert Hortensius dans "Relation des tumultes des Anabaptistes" que Bayle juge digne de foi, le 13 février 1535, 7 hommes et 5 femmes se réunirent à Amsterdam chez un certain Jean Sibert rue des Salines. L'un d'eux nommé Theodoret Sartor se disait prophète. Il se coucha par terre pour prier Dieu puis dit avoir vu son Seigneur, et être ensuite descendu aux enfers et qu'il avait appris que le jour du Jugement arrivait. Après quatre heures de prière, le prophète "jette son casque et sa cuirasse au feu, et se montre nu". Il ordonne aux autres de faire de même. On lui obéit et "on ne laisse pas même sur la tête un bout de ruban pour tenir les cheveux noués". Sur les ordres du prophète ils sortent dans la rue en criant en latin "vengeance divine" ce qui effraie le peuple qui croit la ville attaquée. On défère les illuminés au juge mais ils rejettent leurs habits. Mais le logis où ils ont mis leurs habits à brûler est en feu. On peine à l'éteindre. Le 28 mars on fait mourir les 7 hommes, puis quelques jours plus tard neuf de leurs complices. Un ministre nommé Gui de Bres rapporte cette histoire dans un livre contre les anabaptistes de 1565.

La secte des turlupins aussi pratiqua la nudité publique. Voir au sujet de sa porte-parole Jeanne Daubenton ici.

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Sainte-Baume

7 Novembre 2015 , Rédigé par CC Publié dans #Sainte-Baume

Sainte-Baume

A signaler à propos de Sainte-Baume, du père Sébastien Michaëlis prieur de Saint Maximin : Histoire admirable de la possession et conversion d'une pénitente [Madeleine de Demandouls, autrement de La Pallud] séduite par un magicien... conduite à la Scte Baume pour y estre exorcizée l'an 1610... soulz l'authorité du R. P. F. Sebastien Michaelis ... commis par luy aux exorcismes et recueil des actes le R. P. F. François Domptius ,... Ensemble la Pneumalogie, ou Discours des esprits du susdit P. Michaelis ... corrigé et augmenté par luy-mesme, avec une apologie explicative des principales difficultez de l'histoire... Édition seconde - 1613

Le livre, dédié à la régente en hommage à Henri IV qui selon le père a préféré mourir que suivre l'avis des magiciens, et à son fils qui couronné à 8 ans comme Josias a vocation à faire preuve d'autant de piété que lui. Ce livre raconte jour après jour l'exorcisme de Magdaleine de Demandouls et Louyse Capeau par les dominicains, avec au milieu de cela un étrange dialogue de démons, un des démons repentis, Verrine, qui parle dans le corps de Louyse venant contredire un des cinq démons de Magdaleine, en servant la cause des dominicains sous l'influence des trois saints que l'un d'entre eux avait invoqués.De nombreux discours théologiques des démons, et des actions sur les possédées repentantes sont rapportés au jour le jour (à partir de novembre 1610) dans le cadre de cet exposé de l'exorcisme organisé comme une dramaturgie, pour légitimer l'issue finale : la condamnation au bûcher par le Parlement de Provence du confesseur marseillais Louis Gaufridi ou Ganfredi devenu sorcier qui disait ses messes en la synagogue, et qui aurait envoûté Magdaleine.

Une précision de Fortuné Chailan (1839) autour de Ste Baume : selon la tradition (cf le comte de Villeneuve) Madeleine exorcisée à 32 ans, serait restée un an avec Jésus, et 13 ans avec la Vierge à Ephèse avant d'arriver en Provence en 46 (à 46 ans) avec Lazare, Marthe, Maximin et quelques autres, serait restée 7 ans à Marseille puis 33 ans à Ste Baume. L'exposé de Chailan pour le reste s'attarde beaucoup sur la flore du massif. Dans la même veine on peut se reporter au récit de l'abbé Maille curé de Zacharie qui fait naître Marie-Madeleine douze ans après Jésus, et raconte sa jeunesse sur un mode très semblable à celui des visions d'Anne-Catherine Emmerich. L'histoire de son installation en Provence remonte à Julius ou Lucius Dexter contemporain de St Jérôme).

Papes et rois se sont succédés à Ste Baume qui aurait été sauvée en partie de l'extrémisme de la Terreur que par le zèle de Lucien Bonaparte (voir ses mémoires p. 49) et son adjoint, un moine défroqué surnommé "Epaminondas" (Pythagore avait été popularisé chez les prêtres au début du XVIIIe siècle par un bibliothécaire provençal à la cour de Louis XIV). On trouvera ici une description du lieu par le poête Pétrarque (mais la source n'est pas indiquée).

Une mise en garde de Barrès dans La Colline inspirée (1913 eds Emile-Paul Frères p. 3) à propos des lieux saints comme Lourdes, Ste Baume, le Mont St Michel : "Tout l'être s'émeut (...). C'est le sentiment religieux qui nous envahit. Il ébranle toutes nos forces. Mais craignons qu'une discipline lui manque, car la superstition, la mystagogie, la sorcellerie apparaissent aussitôt, et des places désignées pour être des lieux de perfectionnement par la prière deviennent des lieux de sabbat. C'est ce qu'indique le profond Goethe, lorsque son Méphistophélès entraîne Faust sur la montagne de Hartz, sacrée par le génie germanique, pour y instaurer la liturgie sacrilège du Walpurgisnachtstraum".

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Trésors de Gisors

6 Novembre 2015 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire secrète, #Christianisme

Trésors de Gisors

A partir de 1158 Gisors a été administré quelques années par les Templiers (PFD Hersan) car il était censé constituer la dot de Marguerite fille de Louis VII future épouse du fils d'Henri II d'Angleterre qui n'avait que 10 ans. Entre 1158 et 1161, 3 chevaliers de l'Ordre du Temple seraient restés dans la forteresse. Ils s'appelaient Richard de Hastings, Toestes de Saint Omer et Robert de Pirou.

Dans les années 1180, diverses réunions eurent lieu entre le roi de France et celui d'Angleterre qui se disputaient le Vexin, sous l'orme des conférences de Gisors. En 1183, Philippe Auguste rencontra Henri II, puis à nouveau en 1185 et en 1187. Pour contrebarrer la forteresse de Gisors contrôlée par les Anglais, Philippe Auguste fit élever un château fort au Val-Corbin, entre Gisors et Trye, non loin de l'orme des conférences, en 1186, selon le témoignage de Benoît de Peterborough. Un nouveau parlement eut lieu entre Trye et Gisors en 1188 entre Henri II et Philippe II pour y parler de l'appel à la croisade lancé par le pape, après la conquête du Saint Sépulcre par Saladin.

Selon le récit de PFD Hersan "Sous les tentes de différentes couleurs et placées de diverses manières, brillaient les écus et les armoiries de Richard, duc de Guyenne, de Philippe, comte de Flandre, de Thibaud, comte de Dreux, des comtes de Soissons, de Bar, de Clermont, de Beaumont, de Jacques d'Avesne, du brave Guillaume des Barres, de Philippe de Dreux, évêque de Beauvais, etc

On se trouva réuni à Gisors, en parlement solennel, en plein champ, le jour de Sainte Agnès, dans les kalendes de février 1188. Il faisait un froid excessif et les barons étaient couverts de leurs hermines. On était en train de discuter sur les hommages, les redevances et les possessions de Gisors, de Fretteval et du Vexin normand, lorsqu'on vit s'avancer, vers le lieu de la réunion, deux prélats, précédés de a croix. Ils étaient montés sur des mules ainsi que le cortège qui les accompagnait. Après eux venaient plusieurs vieux chevaliers du Temple.

Par l'ordre de Philippe Auguste, des hérauts d'armes allèrent à leur rencontre et revinrent dire au camp que Guillaume, archevêque de Tyr, Henri, cardinal d'Albano, légat du Saint-Siège et quelques Templiers échappés au désastre des Lieux Saint venaient raconter les malheurs de Jérusalem". Des témoignages qui selon Benoît de Peterborough, provoquèrent une grande exaltation des auditeurs, et tous les présents prirent la croix à commencer par Henri I, mais chacun gardant sa couleur : la croix rouge pour le roi de France, blanche pour les Anglo-normands, verte pour les Flamands. Le lieu où le parlement de Gisors fut réuni, près de l'orme gigantesque, reçut le nom de Champ sacré et l'on y construisit une chapelle, ce qui n'empêcha pas cependant de nouvelles querelles entre les princes croisés puisque le suzerain d'Henri II, Richard, duc de Guyenne, allait peu de temps après attaquer le comte de Toulouse allié du roi de France, et il fallut une nouvelle entrevue sous l'orme près de la porte de Cappeville pour apaiser les esprits. On était sur le point de conclure un accord quand, selon Guillaume-le-Breton, dans sa Philippide chant III, Henri II se reposa sous l'immense orme tandis que Philippe Auguste et ses hommes devaient supporter un soleil très lourd. Les Anglais se moquèrent d'eux (p. 81). Les soldats français furieux chassèrent les Anglais et firent abattre l'Orme ferré par les Anglais (qui rappelle l'orme de justice de Boury). Cela donna lieu à une bataille rangée. Les choses ne s'apaisèrent qu'en 1189 avec le décès d'Henri II, rongé par le remord d'avoir fait assassiner Thomas Becket et par le conflit entre ses fils Richard Coeur de Lion et Jean Sans terre.

La reine Blanche de Castille, mère de Saint Louis, se retira au château de Gisors en 1226. La reine Blanche de Navarre, veuve de Philippe de Valois, s'y retira à son tour en 1359 à 28 ans, et devait mourir en 1398 à Neaufles à une lieue de Gisors. On dit que la tour de Neaufles communiquait avec le château de Gisors par un long tunnel qui passait sous la rivière la Levrière. Une tradition affirme qu'un trésor s'y trouve.

D'après Jean-Pierre Legrand, l’entrée se trouverait à la Grange, près de l’église, rue de la Grange Courcelles.

Hersan p. 135 cite un extrait des "Lettres sur Gisors" de "M. de la Mairie"

"Le jour de Noël, à l'instant où le célébrant lit la généalogie, les obstacles qui s'opposent aux efforts de ceux qui auraient voulu s'enfoncer dans cette merveilleuse caverne se dissipent comme par enchantement, les flammes diaboliques s'éteignent, le gardien infernal du magique trésor s'endort et toutes les richesses sur lesquelles il veille comme un autre Argos peuvent devenir la proie du plus audacieux qui aura tenté l'aventure". Une autre tradition veut que la reine Blanche (celle de Castille ou celle de Navarre, on ne sait pas laquelle), s'y serait réfugiée après être sortie imprudemment avec son armée du château de Gisors au milieu d'une bataille.

Blanche de Navarre avait selon la légende une réputation d’alchimiste et ses châteaux renfermaient des laboratoires. Elle aurait eu en sa possession un livre d’alchimie très rare paru en Languedoc au XIVe siècle. Ce traité serait né à la fin de la dynastie mérovingienne. Blanche d’Évreux serait la protectrice de l'alchimiste Nicolas Flamel …

Guy Tarade, auteur notamment d'une livre sur l'ordre des Antonins, estime que le principal trésor de Gisors est de nature alchimique. La preuve en serait donnée dans l'église Saint Gervais--Saint Protais qui abrite, "un Livre Muet voué tout entier à l'Alchimie" : la chapelle de l'Assomption.

Beaucoup d'auteurs se sont intéressés au trésor que les Templiers ont pu laisser à Gisors.

Victor Hugo alla même graver son nom sur une paroi de la tour du Prisonnier dans le château.

Depuis les travaux du journaliste belge Gérard De Sède a témoigné des fouilles effectuées par le gardien du site Roger Lhomoy, dont celui-ci avait tenté en vain de révéler le résultat à la municipalité en 1946. Il aurait trouvé dans une crypte, une ancienne chapelle romane en pierre de Louveciennes ; le long des murs, posés au sol, gisaient dix-neuf sarcophages de pierre de deux mètres de long sur soixante centimètres de large. Dans la nef, trente coffres de métal rangés par colonnes de dix abritaient le trésor de l'Ordre du Temple, mis en sécurité en 1307.

Depuis les travaux de de Sède, Gisors, comme Stenay dans les Ardennes, est associée aux énigmes de Rennes Le Chateau (dans l'Aude) et au mythe de la descendance cachée des Mérovingiens (et de Marie Madeleine) lancé par Pierre Plantard et popularisé récemment par Dan Brown dans le Da Vinci Code.

Après la sortie de l'ouvrage," Les Templiers sont parmi nous" de de Sède en 1961, le parc du château fut envahi par des radiesthésistes, des médiums, des touristes, et des fouilleurs clandestins.

Trois années de fouilles officielles furent furent infructueuses, les archéologues renoncèrent, mais les curieux amateurs continuèrent jusqu'aux années 80. Malraux fit intervenir l'armée en 1964 (un personnage de La Condition humaine s'appelait Gisors...) mais fit savoir que rien n'avait été trouvé.

Dans Gisors, ses mystères et ses trésors, Eddy Dasko, collaborateur de l'association Atlantis explique que le Prieuré de Sion, au coeur des spéculations sur Rennes-le-Château et du Da Vinci Code, serait né de la scission de l’Ordre de Sion avec ce qui allait devenir l’Ordre du Temple , et que cette scission fut réalisée à Gisors. A l’Ordre du Temple revenait la mission de protéger les routes de Jérusalem et la logistique de l’installation de deux cents cathédrales en Europe, d’églises et lieux de culte ; au Prieuré de Sion de protéger le descendants de la famille du Christ, mélangée aux familles Mérovingiennes qui régnèrent sur le pays jusqu'à l'assassinat de Saint Dagobert II.

Les deux ordres seraient entrés en conflit lors de la coupure de l’Orme de lumière en 1188 (dont on a cité le récit historique par Hersan). La partie spirituelle et ésotérique représentée par l’Ordre de Sion se séparait de la partie matérielle et opérationnelle (exotérique) représenté par l’Ordre du Temple. Le Prieuré de Sion nomma son premier Grand Maître après 1188 : Jean de Gisors, seigneur du château de Gisors.

En 1307 Guillaume de Gisors, Grand maître de Sion aurait facilité l'arrestation des Templiers et aurait organisé la disparition des archives du Temple et son trésor.

En 1629, alors que la confrérie des Rose-Croix était à son apogée, Robert Denyau ou Deniaud, docteur en droit canon, curé de Gisors et biographe de Louis XIV déclara dans un écrit que Jean de Gisors fut le fondateur des Rose-Croix en 1188 (mais l'Annuaire des cinq départements de la Normandie de 1909 p. 309 dénonce la présence d'erreurs nombreuses dans son Histoire de Gisors). Il était porteur du coeur d'or sur son blason comme Guillaume de Gisors (et comme le templier Jean de Gisors qui rencontra Thomas Becket en 1169) et premier Français à citer Dagobert II.

L'affirmation s'expliquerait par une conjecture sur le mot "ormus",qui serait une savante combinaison entre Ursus (ours en latin qui est une allusion aux Mérovingiens et à Dagobert II, il rappelle aussi ce moine en provenance de la Calabre et qui s’installa à Orval), « Urmus » (orme en latin), « Or » et la lettre « M » signe astrologique de la Vierge signifiant Notre-Dame.Le signe d’Ormus reprend cette symbolique. Ormus serait par ailleurs un mystique égyptien converti par Saint Marc en 46 qui serait à l'origine de la croix rouge ou rose des rosicruciens.

Dans un documentaire diffusé sur la chaîne Planète réaisé en 2008 par David Galley avec l'aide de Jean-Patrick Pourtal qui travaille depuis les années 1990 sur Gisors , Gino Sandri présenté comme secrétaire général du prieuré de Sion affirme que l'inspirateur du Da Vinci Code Pierre Plantard avait rencontré Lhomoy et aurait pu le manipuler. On trouvera le documentaire ci-dessous.

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Jacqueline-Aimée Brohon (1731-1778)

4 Novembre 2015 , Rédigé par CC Publié dans #Histoire des idées, #Médiums, #Christianisme

Jacqueline-Aimée Brohon (1731-1778)

Parmi les auteurs oubliés de notre histoire littéraire, une femme, Jacqueline-Aimée Brohon qui vécut à Gisors au XVIIIe siècle. Peu de mentions d'elle de nos jours sur le web francophone, à part un appel à communication qui la décrit comme ayant "succombé à l’attrait des hétérodoxies, en même temps qu’à celui du romanesque" et une fiche de l'ULB qui donne comme date date de sa mort 1778, alors que Hersan la fait mourir en 1792, et ses Instructions édifiantes publiées en 1791 la donnent morte "douze ans" plus tôt). Pourtant le personnage compta en son temps et fut une source de polémiques à l'échelle nationale dans les décennies qui suivirent sa mort.

Dans son Histoire de la ville de Gisors (p. 201-202), P.-F.-D. Hersan, ancien instituteur en 1858, l'évoque en ces termes :

"A cette époque, vivait à Gisors la demoiselle Jacqueline-Aimée Brohon, auteur des ouvrages suivants : "Les amans philosophes" (orthographe de l'époque), un volume in-12, "les Tablette enchantées", un volume in-12, "Instructions édifiantes sur le jeûne de Jésus-Christ au Désert, un volume in-12 ; "Manuel des victimes de Jésus" ; "les Charmes de l'Ingénuité," etc. Elle vécut au couvent des Annonciades de Gisors, dont une de ses parentes était supérieure. Fatiguée du monde, duquel elle avait fait les charmes par sa beauté et son instruction, elle embrassa les douceurs du cloître, sous la direction de l'abbesse qui lui était dévouée. Là, elle s'occupa de l'instruction et de l'éducation des pensionnaires du couvent. Quelques années auparavant, Voltaire lui avait fait obtenir une pension de mille livres, en considération de ses premiers ouvrages. Ses romans sont d'une hardiesse et d'une exaltation religieuse extraordinaires. Elle vécut aux Annonciades de Gisors dans un état dévotieux qui fit l'admiration des religieuses de cette maison. Elle mourut à l'époque de la révolution en 1792." Tout indique qu'Hersan se trompe et que JA Brohon est morte en 1778 à Paris, à 47 ans, après avoir vécu 14 ans (de 1764 à 1778, de 33 à 47 ans) au couvent de Gisors.

Les "Amans philosophes ou le triomphe de la raison" sont facilement accessibles sur Google Books. L'ouvrage, a été publié sous couvert d'anonymat à Amsterdam en1755 (l'auteure n'avait que 24 ans si l'on en croit la fiche de l'ULB, mais l'Histoire littéraire des femmes françoises lui en donne 18, ce qui signifie peut-être qu'il y eut une première publication en 1749). JA Brohon y annonce dans sa préface vouloir y exposer des réflexions qu'elle a "puisées dans la nature et dans le sentiment", et sollicite l'indulgence de ses juges en précisant que l'accueil fait à son livre déterminera son choix de poursuivre dans la voie littéraire ou pas.

Ce roman raconte l'amitié entre Mérindor, philosophe à l'esprit juste, à l'âme généreuse mais fuyant le commerce des hommes, et Damon, moins raisonnable, qui, sans avoir encore connu la passion amoureuse, est mal armé pour lui résister.

Près de chez Damon vit Emilie, beauté dans la fleur de l'âge, "fourbe, artificieuse et coquette à l'excès". Elle détourne Damon du goût de l'étude, lequel déserte l'amitié de Mérindor aussi bien que le salon de la tendre veuve Uranie chez qui ils avaient coutume de se réunir et qui avait des sentiments discrets pour lui. Comme Mérindor console, par les arguments de la raison, Uranie de sa solitude, celle-ci lui présente le jeune Déricourt, dont il tombe peu à peu amoureux. Comme il confie à Uranie la mélancolie que lui inspire cet amour interdit, son amie lui révèle que Déricourt est en réalité une femme nommée Victoire.

Suit une histoire de Victoire, fille d'une famille de deux enfants en Champagne. L'ayant rencontrée à 15 ans, Uranie l'a soustraite à l'influence néfaste de son grand frère Dorante, qui est amoureux d'elle, en l'initiant à la lecture, puis, à la mort de son père comme la flamme de Dorante se fait plus pressante, Victoire s'enfuit à Paris déguisée en homme, et se réfugie chez Uranie.

Mérindor s'ouvre alors de ses sentiments à Victoire, découvre qu'ils sont réciproques. L'auteur nous révèle alors la vie de Mérindor, initialement attaché à un courtisan aux belles manières mais qui ignorait les vertus authentiques, Oronte, puis amoureux d'une jeune Sylvie qu'Oronte lui ravit perfidement, alors pourtant qu'Oronte était promis en mariage à une autre femme. Oronte finit par abandonner Silvie, tandis que sa promise apprenait sa trahison. Mérindor vengé des injustices subies, mais désormais amer, tandis que son père tente de lui faire épouser Angélique, fille d'un chevalier. il perd les trois quarts de sa fortune du fait de la trahison d'un sien ami juge qui préfère les yeux d'une femme à la justice, et, du même coup, la promesse de mariage avec Angélique.Son père en meurt de chagrin, et sa mère décède peu de temps après.

Mérindor allait recouvrer sa fortune grâce au père de Damon. Après que Mérindor eut raconté ses infortunes à Victoire, celle-ci l'assure de la force de ses sentiments pour lui. Peu après, déguisée en Déricourt, elle croise Emilie dans un jardin de rencontres, où elle trompe abondamment et secrètement Damon. Séduite à la vue de Déricourt, elle entreprend de le soustraire aux enseignements d'Uranie. Instruite par Damon, s'étant introduit dans le cercle de Madame de Joinville, que fréquentaient Uranie et Déricourt, elle plait à celui-ci. Alors que Victoire et Uranie ont décidé de ne plus entrer dans le jeu d'Emilie et de ne plus fréquenter le salon de Mme de Joinville, Damon vient rencontrer Victoire déguisée en Déricourt en qui il voit un rival.

Comme Damon tire son épée contre Déricourt, Mérindor, présent, le repousse et lui révèle que Déricourt n'est pas un homme mais une femme vertueuse. Emilie de son côté entreprend de reconquérir Damon. Allant à sa rencontre, elle obtient de lui sans s'y attendre l'aveu que Déricourt est une femme. Après avoir reconquis le coeur de Damon, Emilie se venge de Victoire en écrivant à son frère. Uranie empêche néanmoins Dorante d'enlever sa soeur par la violence. Invoquant le "ciel protecteur de l'innocence" et la philosophie, elle persuade sa protégée de suivre son frère. Uranie fait en sorte que son enfermement dans une abbaye ne soit pas trop douloureuse pour elle et qu'elle puisse continuer à correspondre avec l'extérieur.

JA Brohon présente ensuite un échange de lettres touchant entre Mérindor et Victoire. Ne pouvant plus attendre que sa soeur consente à s'accoupler avec lui, Dorante décide de l'enlever où elle est recluse pour la placer dans un couvent sordide au fond d'un bois, mais l'émissaire d'Uranie les a suivis. En prise aux tourments de la solitude et de la mauvaise compagnie des religieuses, Victoire ne tient que par sa confiance en l'amour de Mérindor, lequel est en proie à la tentation du suicide. Informé de la situation, Damon, qui ignore toujours que Victoire est au couvent à cause d'Emilie, va rencontrer Mérindor. Instruit par Uranie, il prend enfin conscience de sa responsabilité dans le drame que vivent Mérindor et Victoire et va tuer Dorante dans un duel avant de s'exiler. Acquitté au tribunal grâce au soutien de Mérindor, Damon épousera uranie, et Mérindor Victoire tandis que tout le monde est réconcilié dans l'amour et le sentiment de la justice restaurée.

Le roman fait penser au conte ultérieur de Sade "Justine ou les infortunes de la vertu", mais à l'envers car la vertu y est récompensée. On comprend que Hersan cent ans plus tard l'ait trouvé "audacieux" en faisant implicitement mais probablement allusion entre autre à la question de la bisexualité. L'histoire du travestissement pour sauver l'indépendance ou l'intégrité d'une femme était banale à l'époque (cf le chevalier d'Eon ou certains passages des mémoires de Casanova), et cela entre chez JA Brohon dans une problématique de la nature vertueuse plus importante que les apparences, et le regard sur l'homosexualité différent de ce qu'il allait devenir au XIXe siècle, même si Melle de Brohon fait référence au fait qu'elle reste un "crime" du point de vue de la religion.

L' "Histoire littéraire des femmes françoises ou Lettres historiques et critiques" tome V, recueil de lettres d'une société de gens de lettres anonymes, publié chez Lacombe librairie en 1769, évoque (p. 517) les "Amans philosophes" et "Charmes de l'ingénuité" présenté comme un "très joli conte, inséré dans le Mercure de France" mais regrette à propos de Mademoiselle Brohon que "depuis plus de douze ans, il n'a paru aucun écrit sous son nom, aucun qui lui ait été attribué" et qu'elle soit soit "rentrée dans le cours de la vie ordinaire des personnes de son sexe" (nous verrons plus loin qu'il n'en fut rien). L'auteur de l'article estime que "les amans ne sont pas plus philosophes qu'ailleurs. Mais sans faire attention au titre de l'ouvrage de justes éloges, et pour les sentiments qu'il donne à ses personnages et pour la manière dont il les exprime". L'auteur de la revue précise ensuite que le conte "Charmes de l'ingénuité" a été repris par M. Marin sous forme 'une pièce de théâtre de comédie sous le titre "Graces de l'ingénuité.

Les archives du Mercure de France attestent que l'éloge des "Amans Philosophes" a été fait par la revue en mai 1755, estiment qu'elle s'est peinte dans "les Grâces de l'Ingénuité" et ajoutent : "heureux qui pourrait être son Tervile !". La revue de mars 1756 publie un compliment anonyme en vers (comme c'était l'usage) à la nouvelle "les Grâces de l'Ingénuité" parue en février (p. 84-85). Dans celle d'avril (p.51) paraissent des stances à Mademoiselle de Brohon, d'un certain comte Jean Charles de Relongue de la Louptière, qui ecrit de la Louptière en Champagne, dont on peut retenir ces quatre vers :

"Ton coeur nous peint avec finesse

Les charmes de la vérité ;

Et tu décores la sagesse

Des habits de la volupté (...)

Brohon, à ton sexe perfide

Apprends l'art d'aimer constamment ".

Ces poèmes montrent qu'elle était devenue dès le plus jeune âge une "star" de la bonne société parisienne, ce qui rend mystérieux son silence des années qui suivirent.

Venons en maintenant à la seconde partie, mystique, de sa vie.

En 1923, le jeune Auguste Viatte lui consacra un article très malveillant "Une visionnaire au siècle de Jean-Jacques, Mademoiselle Brohon" dans La revue des questions historiques XCVIII 1er avril 1923 p. 336, qui a cependant le mérite de donner un bon aperçu des visions de la romancière devenue religieuse. Il se trompe quand il affirme qu'elle était inconnue de son vivant, mais ses recherches sur l'utilisation de Mlle Brohon par les jacobins sont fascinantes. Il y explique que Pontard, évêque constitutionnel de la Dordogne sous Robespierre, dans son "Journal prophétique" récupéra les dires visionnaires de Suzette Labrousse et les "papiers de Mlle Brohon", ce qui aboutit à leur publication en librairie par Firmin Didot sous la forme des Entretiens édifiants "qui n'offre rien de plus remarquable qu'un livre de piété quelconque" selon Viatte, et ses "Réflexons édifiantes" qu'il qualifie en revanche de "document des plus curieux". Ces réflexions, écrites entre 1772 et 1778, date de la mort de Mlle Brohon, s'ajouteraient selon l'abbé Grégoire à un Manuel des Victimes de Jésus dont il ne connaissait qu'un exemplaire, et deux volumes inédits de ses mémoires cités dans l'Histoire des sectes religieuses (Paris 1928, t. II, p. 36). Ce manuel fut publié en fait en 1799.

"Leur auteur était une convertie, écrit Viatte. Au cours de son passé mondain, elle avait composé des romans doucereux, aujourd'hui parfaitement illisibles" qu'il classe au nombre des imitateurs de Rousseau. Il attribue au "sentimentalisme du Vicaire Savoyard" son intérêt pour Jésus qui lui a recommandé d'écouter son coeur plutôt que son esprit, ce que Viatte impute à la crédulité du siècle des Lumières (on peut aussi penser aux récits de Pauwells sur Mme d'Urfé dupée par Casanova. L'historien rapproche Mlle de Brohon du mage suédois Swedenborg, qui serait du même niveau qu'elle "l'un n'est pas supérieur à l'autre" (mais Viatte veut en indiquant cela rabaisser Swedenborg, notamment par rapport au théosophe Saint-Martin). Il tourne en dérision le passage de ses Réflexion où Mlle de Brohon raconte comment Dieu la porta sur un nuage transparent et lumineux, avec un nuage noir qui enveloppe le monde en dessous d'elle, et comment lorsque les nuages s'ouvrent elle voit le monde dans son crime et un tourbillon de poussière sale en émaner. "D'autres visions, par leur sensiblerie presqu'indécente, font songer Mme Guyon" ajoute-t-il à propos de sa vision de son arrivée au pied du trône de Jésus. Il décèle dans ses visions et dans sa propension à se décrire comme une victime expiatoire l'orgueil, comme chez Rousseau. Mlle Brohon se pose selon lui en créatrice d'un nouvel ordre sacerdotal. "Elle se voit à la tête de 'troupes auxiliaires de l'Eglise', nous dit-il", douze hommes et femmes avec des règles spécifiques, annonce la venue d'un Cardinal qui offrira aux Victimes une ère de prospérité. Ces Victimes serviront Dieu dans l'Eglise d'une manière spéciale, et Jésus lui annonce la venue d'une autre Eglise, comme Swedenborg avait annoncé que l'Esprit divin quittait le corps ecclésiastique en 1757. Elle annonce que l'Espagne privera la France de ses princes si l'autorité des Victimes n'était pas acceptée, que l'ancien clergé lancera des persécutions, que les Juifs se convertiront, et que les Chrétiens s'installeront bientôt en Palestine. Elle fait revenir Elie et Enoch pour guider le peuple fidèle. Vaincus et tués ils seront vengés, et le règne de Jésus commencera en 1866 car les 22 000 coudées de l'Apocalypse sont 22 000 mois.

Viatte, indigné par l'immodestie de Mlle Brohon, déplore qu'au XIXe siècle elle ait gardé un public, et que, par exemple, en 1811, lorsque la mystique Barbara von Krüdener se rendit à Strasbourg, celle-ci y rencontrât un cercle "nourri des Réflexions édifiantes" et en fut éblouie. Les ouvrages de Mme de Krüdener, ajoute Viatte "il est vrai se ressentaient d'une inspiration analogue. Dans leurs âmes féminines, le mysticisme des théosophes s'affadissait, se compliquait de sentimentalité rousseauiste. La notion de péché disparaissait, elle qui occupe une si grand place dans la philosophie martiniste. Le 'moi' tendait à une émancipation complète. la Révolution achèvera de libérer l'expression de cette volonté de puissance ; elle ne la créera pas, car elle s'épanchait déjà avec une suprême impudeur dans le secret des journaux intimes. Ainsi se préparait le romantisme : nous le voyons déjà tout entier, avec son caractère de 'mysticisme impérialiste' comme s'exprimerait Ernest Seillère." Viatte conclut que les théosophes chrétiens eurent le mérite d'exercer "une influence modératrice" face à des mysticismes comme ceux de Mlle Brohon ou Suzette Labrousse, "tout en fournissant au romantisme un important bagage d'images surnaturelles". Mlle Brohon était à ses yeux le précurseur de "cette religion de l'instinct aveugle et de l'individualisme exaspéré qui s'épanouit vers 1830 et dont nous subissons encore les conséquences".

Je trouve cette critique en soi aussi intéressante que les visions de la mystiques de par les réflexions éthiques et politiques qu'elle suscite. Il faudrait un autre article pour en discuter sérieusement.

On mentionnera par ailleurs pour mémoire, que, toujours selon la Revue des questions historiques, Henri d'Alméas parle aussi du mysticisme de Mlle Brohon dans ses ouvrages.

Pour aller plus loin dans les évocations de l'abbé Grégoire auxquelles Auguste Viatte faisait référence on peut se reporter à l'article de John Murray en octobre 1822, dans la Quarterly review de Londres sur le livre dudit abbé (tome 2) Histoire des Sectes Religieuses qui depuis le Commencement du Siècle dernier jusqu’à I’Epoque actuelle, sont nées, se sont modifiées, se sont éteintes dans les quatre parties du Monde, qui éclaire la notion de "victime" chez Mlle Brohon en expliquant que la fondatrice des Religieuses adoratrices perpétuelles du très Saint Sacrement de l’Autel au XVIIe siècle instituait les religieuses comme des "victimes réparatrices" des souffrances de Jésus puisqu'elles se sacrifient à sa place. Selon Grégoire Melle Brohon aurait abusé du terme. Après le succès littéraire de ses 18 ans, la mystique se repentit de ses premiers romans ayant, disait-elle, été sauvée par un miracle (on ignore lequel à la lecture de l'article). A partir de là elle se consacra à la publication anonyme d’œuvres de dévotion. Grégoire vante son style mais condamne sa prétention (critique qu'allait reprendre Viatte) de créer un collège de six hommes et six femmes "victimes" qui se crucifieront pour que Jésus ne le soit plus (le chiffre 12 équivalait à celui des apôtres, mais rééquilibré en faveur des femmes). Mlle Brohon demanda au nom du Seigneur à Louis XV que madame Victoire, une de ses huit filles née en 1733 (Mlle Brohon avait peut etre pensé à elle dans son premier roman), devînt une "Victime", ce qui serait un privilège pour elle car ces douze Victimes seraient élevées au dessus des anges et instruites dans les secrets de Jésus et Marie. Elles auraient le pouvoir sur le monde sous la présidence d'Ennoch et Elie. Selon Grégoire, Mlle Brohon, comme Mlle Labrousse qui allait mener une prédiction semblable à Rome où la dernière allait être emprisonnée, avaient des soutiens très importants auprès du Pape lui-même, malgré leur coloration hérétique.

Avant Viatte, l'érudit Alfred Maury avait aussi été peu tendre pour la visionnaire l'avait mentionnée dans ce paragraphe d'un article de la revue « Annales médico-psychologiques » de 1855 (où bizarrement il lui prête un itinéraire lorrain en oubliant Gisors).

"L’enthousiasme qui faisait croire aux Franciscains à un second avènement de Jésus-Christ, dans la personne de leur fondateur, et les mettait ainsi sur la pente d’une nouvelle religion différente du christianisme, se reproduisit ; vers 1732, à propos des victimes. Des rêveurs débitèrent que le second retour de Jésus-Christ serait précédé de l’immolation de victimes, dont le sang mêlé à celui du Sauveur apaiserait la colère divine. La plus célèbre des femmes qui donnèrent dans ces extravagances est mademoiselle Brohon, morte à Paris en 1778. Cette visionnaire avait, comme sainte Catherine de Sienne, sainte Thérèse et d’autres mystiques connues, un mérite de style. Elle n’entra point dans l’ordre qu’avait fondé Catherine de Bar, mais ayant vécu longtemps en Lorraine, où les bénédictines du Saint-Sacrement étaient alors fort nombreuses, elle subit l’influence de ses idées. Elle parvint à exercer un véritable empire sur des gens distingués, et elle occupa de ses hallucinations et de ses prétendues prophéties une foule de membres du clergé et des [p. 203] personnes de la haute société. Ses visions avaient la plus grande analogie avec celles des stigmatisés. Un jour elle voyait Jésus­-Christ lui montrer la plaie de son côté, en lui disant : « Voilà ton tombeau, ton lit nuptial, ne me cherche plus sur la croix ; je t’ai cédé cette place ; je ne serai plus crucifié, mes victimes le seront pour moi. » Une autre fois, Jésus lui communiqua le calice d’amertume qu’il a bu sur le Calvaire. Mademoiselle Brohon représente le côté allégorique et métaphysique des idées dont, vers la même époque ou un demi-siècle plus tard, Colombe Schanolt, morte à Bamberg en 1787, Madeleine Lorger, morte à Hadamar, en 1806, Anne-Catherine Emmerlch, à Dulmen, quinze ans plus tard, présentaient le côté physique,

Dans le midi de la France, la propagation des mêmes idées fit apparaître dans la Provence une stigmatisée, celle de Villecroze, madame Miollis, et l’histoire de Rose Tamisier ne semble pas étrangère à ces influences. Quant à l’Italie et à l’Espagne, le mysticisme y avait toujours régné, et nous ne nous étonnerons pas de rencontrer encore au commencement de ce siècle, à Ozieri, en Sardaigue, une stigmatisée, Rose Cerra, religieuse capucine."

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A paraître dans une revue :

Jacqueline Aimée Brohon, l’autre mystère de Gisors

Christophe Colera

Le mystère du trésor des templiers a fait la réputation de Gisors au niveau mondial. Certains n’hésitent pas à lui rattacher d’autres énigmes de l’histoire secrète de notre pays comme les tableaux de Nicolas Poussin ou les obscures découvertes de l’abbé Saunières à Rennes-le-Château dans l’Aude[1]. Il en est un autre dont on ne sait s’il peut avoir un rapport quelconque avec les templiers mais qui nourrit de nombreux débats à l’époque de la Révolution française et encore tout au long du XIXe siècle, celui des visions d’une femme écrivaine qui vécut 14 ans à Gisors au couvent des Annonciades, avant de décéder le 18 octobre 1778 à Paris.

Dans son Histoire de la ville de Gisors, P.-F.-D. Hersan, ancien instituteur, membre de la Société académique de l’Oise, en 1858[2], l'évoque en ces termes :

« A cette époque, vivait à Gisors la demoiselle Jacqueline-Aimée Brohon, auteur des ouvrages suivants : "Les amans philosophes" (orthographe de l'époque), un volume in-12, "les Tablette enchantées", un volume in-12, "Instructions édifiantes sur le jeûne de Jésus-Christ au Désert, un volume in-12 ; "Manuel des victimes de Jésus" ; "les Charmes de l'Ingénuité," etc. Elle vécut au couvent des Annonciades de Gisors, dont une de ses parentes était supérieure. Fatiguée du monde, duquel elle avait fait les charmes par sa beauté et son instruction, elle embrassa les douceurs du cloître, sous la direction de l'abbesse qui lui était dévouée. Là, elle s'occupa de l'instruction et de l'éducation des pensionnaires du couvent. Quelques années auparavant, Voltaire lui avait fait obtenir une pension de mille livres, en considération de ses premiers ouvrages. Ses romans sont d'une hardiesse et d'une exaltation religieuse extraordinaires. Elle vécut aux Annonciades de Gisors dans un état dévotieux qui fit l'admiration des religieuses de cette maison. Elle mourut à l'époque de la révolution en 1792. »

A part l’erreur de sa date de sa mort (qui est pourtant clairement explicitée dans le titre de la publication post-mortem de ses Instructions édifiantes publiées en 1791), l’évocation a le mérite de tracer le contraste entre une carrière d’écrivaine mondaine au cœur du siècle des Lumières, protégée par Voltaire, et l’enfermement au cloître. Mais ce contraste n’est pas la seule source d’étonnement que recèle l’itinéraire de ce personnage. A vrai dire plutôt que d’un mystère à son propos il faudrait parler de mystères au pluriel, car on peut en énoncer au moins trois autour de ce personnage : celui de son génie littéraire précoce, celui de sa conversion mystique, celui enfin du destin posthume singulier de ses visions.

Le génie littéraire précoce de Jacqueline-Aimée Brohon

On connaît l’enfance de Mlle Brohon à travers ce qu’en dit le tome 2 de l’Histoire des sectes de l’abbé Grégoire[3]. Fille de receveur, elle passa, précise-t-il, une partie de son enfance en Lorraine, et fut « livrée de très bonne heure à la culture des lettres » qui débuta par « des articles de journaux et des romans ». Dans la mesure où les mémoires de l’intéressée que l’abbé a consultées ne sont plus d’un accès aisé à la bibliothèque nationale de France, on n’en saura pas plus.

Son premier roman, "Les Amans philosophes ou le triomphe de la raison" sont facilement consultables sur Google Books dans une version publiée sous couvert d'anonymat à Amsterdam en 1755 (l'auteure avait 24 ans si l’on retient 1731 pour sa date de naissance comme le font la plupart des fiches biographiques, mais l'Histoire littéraire des femmes françoises[4] ne lui en donne que 18). JA Brohon y annonce dans sa préface vouloir y exposer des réflexions qu'elle a "puisées dans la nature et dans le sentiment", et sollicite l'indulgence de ses juges en précisant que l'accueil fait à son livre déterminera son choix de poursuivre dans la voie littéraire ou pas.

On peut ici donner un aperçu du livre en retraçant son intrigue légèrement alambiquée.

Ce roman raconte l'amitié entre Mérindor, philosophe à l'esprit juste, à l'âme généreuse mais fuyant le commerce des hommes, et Damon, moins raisonnable, qui, sans avoir encore connu la passion amoureuse, est mal armé pour lui résister.

Près de chez Damon vit Emilie, beauté dans la fleur de l'âge, "fourbe, artificieuse et coquette à l'excès". Elle détourne Damon du goût de l'étude, lequel déserte l'amitié de Mérindor aussi bien que le salon de la tendre veuve Uranie chez qui ils avaient coutume de se réunir et qui avait des sentiments discrets pour lui. Comme Mérindor console, par les arguments de la raison, Uranie de sa solitude, celle-ci lui présente le jeune Déricourt, dont il tombe peu à peu amoureux. Comme il confie à Uranie la mélancolie que lui inspire cet amour interdit, son amie lui révèle que Déricourt est en réalité une femme nommée Victoire.

Suit une histoire de Victoire, fille d'une famille de deux enfants en Champagne. L'ayant rencontrée à 15 ans, Uranie l'a soustraite à l'influence néfaste de son grand frère Dorante, qui est amoureux d'elle, en l'initiant à la lecture, puis, à la mort de son père comme la flamme de Dorante se fait plus pressante, Victoire s'enfuit à Paris déguisée en homme, et se réfugie chez Uranie.

Mérindor s'ouvre alors de ses sentiments à Victoire, découvre qu'ils sont réciproques. L'auteur nous révèle alors la vie de Mérindor, initialement attaché à un courtisan aux belles manières mais qui ignorait les vertus authentiques, Oronte, puis amoureux d'une jeune Sylvie qu'Oronte lui ravit perfidement, alors pourtant qu'Oronte était promis en mariage à une autre femme. Oronte finit par abandonner Silvie, tandis que sa promise apprenait sa trahison. Mérindor vengé des injustices subies, mais désormais amer, tandis que son père tente de lui faire épouser Angélique, fille d'un chevalier. il perd les trois quarts de sa fortune du fait de la trahison d'un sien ami juge qui préfère les yeux d'une femme à la justice, et, du même coup, la promesse de mariage avec Angélique. Son père en meurt de chagrin, et sa mère décède peu de temps après.

Mérindor allait recouvrer sa fortune grâce au père de Damon. Après que Mérindor eut raconté ses infortunes à Victoire, celle-ci l'assure de la force de ses sentiments pour lui. Peu après, déguisée en Déricourt, elle croise Emilie dans un jardin de rencontres, où elle trompe abondamment et secrètement Damon. Séduite à la vue de Déricourt, elle entreprend de le soustraire aux enseignements d'Uranie. Instruite par Damon, s'étant introduit dans le cercle de Madame de Joinville, que fréquentaient Uranie et Déricourt, elle plait à celui-ci. Alors que Victoire et Uranie ont décidé de ne plus entrer dans le jeu d'Emilie et de ne plus fréquenter le salon de Mme de Joinville, Damon vient rencontrer Victoire déguisée en Déricourt en qui il voit un rival.

Comme Damon tire son épée contre Déricourt, Mérindor, présent, le repousse et lui révèle que Déricourt n'est pas un homme mais une femme vertueuse. Emilie de son côté entreprend de reconquérir Damon. Allant à sa rencontre, elle obtient de lui sans s'y attendre l'aveu que Déricourt est une femme. Après avoir reconquis le coeur de Damon, Emilie se venge de Victoire en écrivant à son frère. Uranie empêche néanmoins Dorante d'enlever sa soeur par la violence. Invoquant le "ciel protecteur de l'innocence" et la philosophie, elle persuade sa protégée de suivre son frère. Uranie fait en sorte que son enfermement dans une abbaye ne soit pas trop douloureuse pour elle et qu'elle puisse continuer à correspondre avec l'extérieur.

JA Brohon présente ensuite un échange de lettres touchant entre Mérindor et Victoire. Ne pouvant plus attendre que sa soeur consente à s'accoupler avec lui, Dorante décide de l'enlever où elle est recluse pour la placer dans un couvent sordide au fond d'un bois, mais l'émissaire d'Uranie les a suivis. En prise aux tourments de la solitude et de la mauvaise compagnie des religieuses, Victoire ne tient que par sa confiance en l'amour de Mérindor, lequel est en proie à la tentation du suicide. Informé de la situation, Damon, qui ignore toujours que Victoire est au couvent à cause d'Emilie, va rencontrer Mérindor. Instruit par Uranie, il prend enfin conscience de sa responsabilité dans le drame que vivent Mérindor et Victoire et va tuer Dorante dans un duel avant de s'exiler. Acquitté au tribunal grâce au soutien de Mérindor, Damon épousera uranie, et Mérindor Victoire tandis que tout le monde est réconcilié dans l'amour et le sentiment de la justice restaurée.

Le roman fait penser au conte ultérieur de Sade "Justine ou les infortunes de la vertu", mais à l'envers car la vertu y est récompensée. On comprend que Hersan cent ans plus tard l'ait trouvé "audacieux" en faisant implicitement mais probablement allusion entre autre à la question de la bisexualité. L'histoire du travestissement pour sauver l'indépendance ou l'intégrité d'une femme était banale à l'époque (cf le chevalier d'Eon ou certains passages des mémoires de Casanova), et cela entre chez JA Brohon dans une problématique de la nature vertueuse plus importante que les apparences, et le regard sur l'homosexualité différent de ce qu'il allait devenir au XIXe siècle, même si Melle de Brohon fait référence au fait qu'elle reste un "crime" du point de vue de la religion.

JA Brohon allait ensuite se distinguer par une nouvelle insérée dans la revue Le Mercure de France, les « Charmes de l’Ingénuité » (ou les « Grâces de l’ingénuité »).

L' "Histoire littéraire des femmes françoises[5] évoque (p. 517) les "Amans philosophes" et "Charmes de l'ingénuité" présenté comme un "très joli conte, inséré dans le Mercure de France" mais regrette à propos de Mademoiselle Brohon que "depuis plus de douze ans, il n'a paru aucun écrit sous son nom, aucun qui lui ait été attribué" et qu'elle soit "rentrée dans le cours de la vie ordinaire des personnes de son sexe" (nous verrons plus loin qu'il n'en fut rien). L'auteur de l'article estime que "les amans ne sont pas plus philosophes qu'ailleurs. Mais sans faire attention au titre de l'ouvrage de justes éloges, et pour les sentiments qu'il donne à ses personnages et pour la manière dont il les exprime". L'auteur de la revue précise ensuite que le conte "Charmes de l'ingénuité" a été repris par le futur censeur du roi et académicien François-Louis Claude Marin (1721-1809) sous forme d'une pièce de théâtre de comédie sous le titre "Grâces de l'ingénuité ». On lui attribua aussi les « Tablettes enchantées » et « Le Sacrifice ».

Les archives du Mercure de France attestent que l'éloge des "Amans Philosophes" a été fait par la revue en mai 1755, mais l’abbé Grégoire fait état d’une insertion plus tôt, en février 1755, avec éloge de l’académicien Louis de Boissy qui en était alors le rédacteur. L’honorable correspondant de la revue y expose que Mlle Brohon s'est peinte dans "les Grâces de l'Ingénuité" et ajoute en forme galante : "heureux qui pourrait être son Tervile !". L’année suivante (en mars 1756) la revue publie un compliment anonyme en vers (comme c'était l'usage) à la nouvelle "les Grâces de l'Ingénuité" parue en février (p. 84-85). Dans celle d'avril (p.51) paraissent des stances à Mademoiselle Brohon, d'un certain comte Jean Charles de Relongue de la Louptière, qui écrit de la Louptière en Champagne, dont on peut retenir ces vers :

"Ton coeur nous peint avec finesse

Les charmes de la vérité ;

Et tu décores la sagesse

Des habits de la volupté (...)

Brohon, à ton sexe perfide

Apprends l'art d'aimer constamment ".

Ces poèmes montrent qu'elle était devenue dès le plus jeune âge une "star" de la bonne société aristocratique, et l’on comprend que les chroniqueurs littéraires se soient étonnés de son silence, croyant à tort qu’elle s’était mariée, suivant « le cours de la vie ordinaire des personnes de son sexe »…

Le mystère de l’entrée au couvent de Mlle Brohon et de ses visions.

L’orientation chrétienne de Mlle Brohon est ancienne. Selon l’abbé Grégoire[6], l’intéressée raconte elle-même dans ses ouvrages qu’à l’âge de neuf ans « ayant éprouvé d’une manière sensible la protection de la sainte Vierge, elle se consacra à son service ». L’abbé relève qu’en Lorraine les bénédictines du Saint-Sacrement étaient nombreuses et attribue la dévotion de notre auteure à leur influence.

Mlle Brohon s’est-elle retirée au couvent de l’Annonciade en 1764 où, nous dit-on, une de ses parentes était abbesse ?

Etrangement les avis divergent sur ce point. Les commentateurs de la vie de la mystique s’entendent pour reconnaître qu’elle en eut l’intention. Cette décision serait due à un miracle produit par le saint lorrain Pierre Fourier de Mattaincourt (mort en 1640, béatifié en 1730, canonisé en 1897). Pourtant selon l’abbé Grégoire « cela n’eut pas lieu ». Se repentant d’avoir écrit des romans, l’écrivaine consulta l’abbé Clément, prédicateur du roi de Pologne, qui la dirigea quelque temps. Elle s’en remet ensuite au vicaire de Saint-Pierre-aux-Bœufs puis au curé d’Avray (futur réfractaire), du Garry, puis serait décédée dans la solitude le 18 septembre 1778 « à quarante et quelques années » à Paris…

Ainsi donc, Mlle Brohon n’aurait pas vécu à Girors…

Les Annonciades pourtant sur leur site[7] se vantent bien d’avoir hébergé Mlle Brohon pendant quatorze ans :

« À partir de 1734, la communauté est dirigée par sœur Saint-Paul, dans le monde Marie-Anne Brohon, parente d’une pensionnaire, Jacqueline-Aimée Brohon, véritable auteur spirituel. Jacqueline Aimée Brohon a publié les Amants philosophes, les Tablettes enchantées, des instructions édifiantes sur le jeûne de Jésus Christ au désert, un manuel des victimes de Jésus, les charmes de l’ingénuité etc. Sa dévotion fait l’admiration de la communauté. »

Comme on l’a vu PFD Hersan le confirme. L’ambiguïté semble tenir au fait que JA Brohon n’était pas devenue religieuse (en cela, son intention première ne se réalisa pas), mais resta, bien attachée au couvent en tant que pensionnaire, c’est-à-dire, comme l’indique Hersan, chargée de l’instruction des moniales On peut supposer que cela lui permettait de réaliser des allers-retours entre Paris et Gisors, ce qui explique qu’elle mourût finalement « en odeur de sainteté », dans la capitale.

Pourquoi cette intention de rejoindre le couvent ? de quel « miracle », le saint lorrain fut-il l’auteur ? Et pourquoi l’intention se limite-t-elle finalement à l’obtention d’un statut de pensionnaire ? On l’ignore.

Il semble que si l’abbé Grégoire ne s’attarde pas sur les liens entre la mystique et Gisors, c’est qu’il est surtout préoccupé par la volonté de rattacher ses visions aux spécificités du terroir lorrain.

Selon lui, les positions religieuses de JA Brohon s’ancrent dans le sillage de Catherine de Bar, appelée mère Mechtilde, née à Saint-Diez en Lorraine en 1619 et morte en 1698 qui avait institué en 1659, à Rambervillers, un ordre monastique féminin, qui se répandit rapidement en France. Celui-ci suivait la règle de Saint Benoît, mais aevc des modifications exposées dans son livre « Le véritable esprit des religieuses adoratrices perpétuelles du Très-Saint Sacrement de l’Autel ». « Le caractère propre de ces religieuses est d’être victimes en réparation des outrages faits à Jésus-Christ dans l’Eucharistie (…) Tous les jours, une religieuse entre en retraite depuis le matin jusqu’à vêpres. Son office est d’être victime réparatrice. Quand les sœurs vont au réfectoire, la réparatrice sort du chœur la dernière, la corde au cou, la torche à la main. Toutes étant placées, elle leur rappelle qu’elles sont victimes immolées à la place de Jésus-Christ ; elle s’incline, retourne au chœur pendant le dîner, et reste jusqu’après vêpres, comme victime, séparée du troupeau et destinée au sacrifice ».

Cette thématique de la victime il est vrai traverse toutes les visions de la mystique.

Outre cette influence, il faut noter celle du rousseauisme qui trace une continuité entre sa période littéraire et sa période religieuse. C’est ce qu’ a brillamment souligné en 1923, le jeune érudit suisse fraîchement couronné du doctorat Auguste Viatte dans un article assez malveillant "Une visionnaire au siècle de Jean-Jacques, Mademoiselle Brohon" dans La revue des questions historiques[8]. Pour lui, aussi bien ses "romans doucereux, aujourd'hui parfaitement illisibles" que ses visions procèdent du "sentimentalisme du Vicaire Savoyard".

Viatte, comme l’abbé Grégoire avant lui, rapproche Mlle de Brohon du mage suédois Swedenborg, qui serait du même niveau qu'elle "l'un n'est pas supérieur à l'autre" (mais Viatte veut en indiquant cela rabaisser Swedenborg, notamment par rapport au théosophe Saint-Martin). Il tourne en dérision le passage de ses Réflexions[9] où Mlle de Brohon raconte comment Dieu la porta sur un nuage transparent et lumineux, avec un nuage noir qui enveloppe le monde en dessous d'elle, et comment lorsque les nuages s'ouvrent elle voit le monde dans son crime et un tourbillon de poussière sale en émaner. "D'autres visions, par leur sensiblerie presqu'indécente, font songer Mme Guyon" ajoute-t-il à propos de sa vision de son arrivée au pied du trône de Jésus. Il décèle dans ses visions et dans sa propension à se décrire comme une victime expiatoire l'orgueil, comme chez Rousseau. Mlle Brohon se pose selon lui en créatrice d'un nouvel ordre sacerdotal. "Elle se voit à la tête de 'troupes auxiliaires de l'Eglise', nous dit-il", douze hommes et femmes avec des règles spécifiques, annonce la venue d'un Cardinal qui offrira aux Victimes une ère de prospérité. Ces Victimes serviront Dieu dans l'Eglise d'une manière spéciale, et Jésus lui annonce la venue d'une autre Eglise, comme Swedenborg avait annoncé que l'Esprit divin quittait le corps ecclésiastique en 1757. Elle annonce que l'Espagne privera la France de ses princes si l'autorité des Victimes n'était pas acceptée, que l'ancien clergé lancera des persécutions, que les Juifs se convertiront, et que les Chrétiens s'installeront bientôt en Palestine. Elle fait revenir Elie et Enoch pour guider le peuple fidèle. Vaincus et tués ils seront vengés, et le règne de Jésus commencera en 1866 car les 22 000 coudées de l'Apocalypse sont 22 000 mois.

Ces visions poussèrent Mlle Brohon à beaucoup d’audace. En 1774, elle écrit à Beaumont, archevêque de Paris pour lui prédire que Dieu « va exercer son jugement sur les nations, décimer la terre, se choisir un peuple nouveau ; mais auparavant établir des victimes qui s’immoleront continuellement à Dieu : l’abbé Du Garry en sera le directeur[10]. Puis elle demande au nom du Seigneur à Louis XV malade que madame Victoire, une de ses huit filles née en 1733 (Mlle Brohon, qui n’est son ainée que de deux ans, avait peut être pensé à elle dans son premier roman), devînt une "Victime", ce qui serait un privilège pour elle car ces douze Victimes seraient élevées au dessus des anges et instruites dans les secrets de Jésus et Marie. Elles auraient le pouvoir sur le monde sous la présidence d'Ennoch et Elie. Sophie du Castelle, fille d’un notaire de Péronne (en Picardie), postulante chez les bénédictines de Gomer-Fontaine, doit aussi faire partie des douze victimes.

D’où venaient ces visions ?

La postérité de JA Brohon

La mystique de Gisors eut un succès considérable à l’époque de la Révolution française, et ce succès lui aussi a quelque chose de mystérieux, même si l’on peut lui trouver des explications sociologiques a posteriori. Auguste Viatte note que Pierre Pontard, évêque constitutionnel de la Dordogne sous Robespierre, dans son "Journal prophétique" récupéra les "papiers de Mlle Brohon", ainsi que les dires visionnaires de sa cadette périgourdine Clotilde Suzanne dite Suzette Labrousse, réfugiée à Rome, ce qui aboutit à leur publication en librairie par Firmin Didot sous la forme des Entretiens édifiants "qui n'offre rien de plus remarquable qu'un livre de piété quelconque" selon Viatte, et ses "Réflexions édifiantes" qu'il qualifie en revanche de "document des plus curieux". Nul doute que le succès politique de la protégée de Pontard, Suzette Labrousse, qui prêchait pour la constitution civile du clergé ait aidé à la publication des écrits de JA Brohon, mais comment ceux-ci sont-ils arrivés entre les mains de l’évêque constitutionnel ? la duchesse Louise Henriette de Bourbon Conti, fille du duc d’Orléans, qui hébergea Suzette y fut-elle pour quelque chose ?

L’Eglise restait vigilante à l’égard de ses prédictions et de ses tendances hérétiques. En 1792, selon l’abbé Grégoire[11] fut imprimée une consultation « de plusieurs docteurs et professeurs de Sorbonne », délibérée le 4 mars 1792, sur les deux ouvrages « Instructions édifiantes » et « Réflexions édifiantes » etc, mais qui ne furent guère favorables à la mystique, la Sorbonne continuant d’incarner l’orthodoxie ecclésiastique. Il lui reproche notamment des « idées charnelles, des peintures libres capables de souiller l’imagination ».

En 1811, lorsque la mystique balte et baronne Barbara von Krüdener se rendit à Strasbourg, celle-ci y rencontra un cercle "nourri des Réflexions édifiantes" et en fut éblouie. Les ouvrages de Mme de Krüdener, ajoute Viatte « il est vrai se ressentaient d'une inspiration analogue. Dans leurs âmes féminines, le mysticisme des théosophes s'affadissait, se compliquait de sentimentalité rousseauiste. La notion de péché disparaissait, elle qui occupe une si grand place dans la philosophie martiniste. Le 'moi' tendait à une émancipation complète. La Révolution achèvera de libérer l'expression de cette volonté de puissance ; elle ne la créera pas, car elle s'épanchait déjà avec une suprême impudeur dans le secret des journaux intimes. Ainsi se préparait le romantisme : nous le voyons déjà tout entier, avec son caractère de 'mysticisme impérialiste' comme s'exprimerait Ernest Seillère. »

Pour Viatte, il ne faisait aucun doute que les visions sentimentalistes, aussi hérétiques qu’immodestes de JA Brohon sont déjà le creuset du romantisme "cette religion de l'instinct aveugle et de l'individualisme exaspéré qui s'épanouit vers 1830 et dont nous subissons encore les conséquences", ce qui explique son succès au début du XIXe siècle, bien que la réalité des faits ne corrobore point les prophéties de la visionnaire. L’historien suisse n’était pas loin de reprendre à son compte l’expression de Léon Bloy à propos de George Sand : « Cette fille trouvée de Jean-Jacques Rousseau » [12].

L’érudit Alfred Maury dans les « Annales médico-psychologiques » avec une approche rationaliste allait écrire en 1855[13] « Mademoiselle Brohon représente le côté allégorique et métaphysique des idées dont, vers la même époque ou un demi-siècle plus tard, Colombe Schanolt, morte à Bamberg en 1787, Madeleine Lorger, morte à Hadamar, en 1806, Anne-Catherine Emmerlch, à Dulmen, quinze ans plus tard, présentaient le côté physique ». Puis il semble que la visionnaire soit tombée dans l’oubli.

Il y a peu l’Université libre de Bruxelles lançait un appel à contribution à un colloque sur le thème « Femmes des anti-Lumières, femmes apologistes », la présentant comme ayant « succombé à l’attrait des hétérodoxies, en même temps qu’à celui du romanesque ». Il est vrai que le féminisme ou le « post-féminisme » aujourd’hui peut trouver matière à réflexion dans ce collège des « victimes » que JA Brohon souhaitait instaurer (et dont elle prendrait la tête) au dessus des anges, avec autant de femmes que d’hommes, nous dit l’abbé Grégoire « pour humilier le sexe masculin qui a abusé de sa supériorité, et pour le piquer de jalousie quand il verra le zèle du sexe faible »[14]. Peut-être l’angle des gender studies contribuera-t-il à ressusciter l’intérêt pour cette auteure méconnue, ressusciter l’intérêt… et peut-être en éclairer les mystères que nous avons évoqués plus haut, si tant est que l’approche des gender studies soit sensible aux mystères.

Reste à déterminer la part de dette de sa spiritualité à l’égard de la Lorraine, et à l’égard de Gisors. N’en déplaise à l’abbé Grégoire, le nom même de Brohon est associé à la Picardie, au Nord-Pas-de-Calais… et à la péninsule du Cotentin normand[15], mais est absent de Lorraine. Ce n’est sans doute pas un hasard si une parente de la mystique dirigeait le couvent des Annonciades à son époque, et son statut de pensionnaire du couvent jusqu’à sa mort est avéré.

Gisors a baigné dans une ambiance de prophéties apocalyptiques autant que la Lorraine sinon plus, et celles de Melle Brohon ne pouvaient qu’y recevoir un bon accueil, voire y trouver des sources d’inspiration. Ce qui explique que la « dévotion (de JA Brohon ait) fait l’admiration de la communauté » sans y susciter la moindre réserve. Quelles(s) présence (s) l’écrivaine repentie a-t-elle trouvé (es) dans cette ville ? que lui a-t-elle apportée en retour ? Une étude fouillée des mémoires de la visionnaire nous éclairerait peut-être sur la dette réciproque que celle-ci a pu contracter à l’égard du Vexin normand.

Christophe Colera

Christophe Colera : docteur en sociologie, philosophe, auteur notamment de « Dialogue sur les aléas de l’histoire », Paris, L'Harmattan 2010.

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[1] Gérard de Sède, L'Or de Rennes ou la Vie insolite de Bérenger Saunière, curé de Rennes-le-Château, Paris, Cercle du Nouveau livre d'histoire,‎ 1968, éclairé par Patrick Ferté, La clé de l'oeuvre codée de Maurice Leblanc, Arsène Lupin supérieur et inconnu, Paris, La Maisnie-Tredaniel, 2004.

[2] PFD Hersan, Histoire de la ville de Gisors, Imprimerie Librairie Lapierre, 1858, p. 201-202.

[3] Henri Grégoire, Histoire des Sectes Religieuses qui depuis le Commencement du Siècle dernier jusqu’à I’Epoque actuelle, sont nées, se sont modifiées, se sont éteintes dans les quatre parties du Monde, édition de 1828, tome 2, Paris, Beaucouin frères eds, livre fort lu à son époque, dont la première version fut commentée par exemple par John Murray en octobre 1822, dans la Quarterly review de Londres.

[4] Histoire littéraire des femmes françoises ou lettres historiques et critiques, par une Société de gens de Lettres, Tome cinquième, Paris, Lacombe éditeur, 1764 p. 515. L’auteur serait l’abbé jésuite Joseph La Porte selon l’abbé Grégoire qui cite une versiondu livre de 1779.

[5] ibid p. 517.

[6] Ibid p. 34

[7] http://www.annonciade.info/2013/12/gisors-1622-1792/

[8] La revue des questions historiques XCVIII 1er avril 1923 p. 336

[9] Ces Réflexions, écrites entre 1772 et 1778, date de la mort de Mlle Brohon, s'ajouteraient selon l'abbé Grégoire à un Manuel des Victimes de Jésus dont il ne connaissait qu'un exemplaire, et deux volumes inédits de ses mémoires cités dans l'Histoire des sectes religieuses (Paris 1928, t. II, p. 36). Ce manuel fut publié en fait en 1799.

[10] Abbé Grégoire ibid p. 38.

[11] Abbé Grégoire ibid p. 42.

[12] Léon Bloy, Le symbolisme de l’apparition, Rivages, 2008.

[13] Alfred Maury. Les mystiques extatiques et les stigmatisés. Article parut dans la revue « Annales médico-psychologiques », (Paris), 2e série, tome premier, 1855, pp. 181-232

[14] Abbé Grégoire ibid p. 38

[15] Voir par exemple Jean Brohon, La description d'une merveilleuse horrible et prodigieuse comette, et apparition effroyable d'hommes armes, et combatans en l'air, sur nostre horison de Costentin en Normandie, Constances 28 octobre 1568 .

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