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Relativité de l'amour et du désamour pour certaines parties du corps

25 Août 2014 , Rédigé par CC Publié dans #Anthropologie du corps

Un ami attirait mon attention il y a peu sur cet article récent des Inrockuptibles qui posait la question de ce qu'est "un beau sexe", article qui fait penser combien nous sommes loin désormais du temps où Freud prétendait que les organes génitaux sont nécessairement jugés laids par l'être humain, une évolution que l'article attribue à juste titre à la diffusion des pratiques bucco-génitales.

 

Cela fait penser au Conte du Meunier dans les Contes de Canterbury de Chaucer (1380). La femme Lison trop heureuse de coucher avec le beau Nicolas, joue un vilain tour au soupirant Absalon (p. 128) en lui donnant à embrasser par la fenêtre son derrière en lieu et place de sa bouche.

 

"Noire était la nuit, comme poix ou charbon, écrit Gaucer.

A la fenêtre Lison mit son derrière

Et Absalon n'eut pas d'autre choix

Que d'appliquer sa bouche sur le cul tout nu

Goulûment avant de se rendre compte.

Il sentit une touffe rêche aux longs poils.

"Pouah ! s'écria-t-il. Ah ! qu'est-ce que j'ai fait ?

- Hi, hi !" fit-elle en claquant la fenêtre.

Absalon s'éloigna, tout misérable.

"Palsambleu ! s'écria le beau Nicolas,

Je te tiens, tu me tiens par la barbichette."

Ce qu'entendit le naïf Absalon

Et de colère il se mordit la lèvre,

Tout en disant : "Tu me le paieras"

Qui s'essuyait les lèvres, se les frottait

Avec sable, poussière, paille, chiffon, copeaux ?

Absalon, en se répétant : "Hélas!"

 

L'horreur qu'éprouve Absalon à l'idée qu'il ait approché ses lèvres des fesses d'une femme était, déjà au XXe siècle, si difficile à faire comprendre au grand public que Pasolini dans sa transcription cinématographique dut modifier quelque peu la scène (voir en minute 1'03'55 de la vidéo ci-dessous).

 

 

L'hostilité à l'égard du derrière n'était plus la même qu'au Moyen-Age, comme notre hostilité à l'égard des organes génitaux a diminué par rapport à l'époque de Freud...

 

 

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La mécanique et la grâce

18 Août 2014 , Rédigé par CC Publié dans #Philosophie

Selon moi, le réel se compose de deux dimensions : ce qui relève de la mécanique (y compris la mécanique psychologique) dont peuvent rendre compte plus ou moins bien les sciences (y compris les sciences humaines), et ce qui relève de la grâce. Dans le domaine de l'étude mécanique des choses, il faut exiger de la rationalité, et dans le domaine de la grâce, de l'authenticité et de la probité. Le précédent passage d'A. David-Néel est un bel exemple de probité. La vidéo ici est un exemple de ce qu'il ne faut pas faire : par exemple quand l'intervenant parle des 6 femmes à l'origine de l'humanité alors que l'info initiale n'avançait cette hypothèse que pour les Amérindiens.

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La synchronicité dans un récit d'A. David-Néel

17 Août 2014 , Rédigé par CC Publié dans #down.under

"bouddha.jpgJe n'imaginais certainement pas qu'une déesse, assise sur un lotus paradisiaque, avait confectionné, à mon intention, ce piètre échantillon de l'art de la modiste. Evidemment, un voyageur ou une voyageuse l'avait perdu : mais pourquoi précisément à cette place, sur notre route ? ... Et pourquoi, à sa vue, la conviction que ce bonnet allait jouer un rôle important dans mon voyage avait-elle surgi si fortement dans mon esprit ? ... L'Orient - surtout au Thibet - est la terre du mystère et des événements étranges. Pour peu que l'on sache regarder, écouter, observer attentivement et longuement l'on y découvre un monde au-delà de celui que nous sommes habitués à considérer comme seul réel, peut-être parce que nous n'analysons pas assez minutieusement les phénomènes dont il est issu et ne remontons pas suffisamment loin l'enchaînement des causes qui les déterminent.

 

L'éducation lamaïste et monastique que Yongden avait reçue avant de s'initier aux enseignements de l'Occident ne lui permettait point de douter de l'existence d'êtres intelligents, invisibles pour la majorité des hommes et qui, cependant, vivent à côté d'eux ; mais ce jour-là il paraissait décidément réfractaire à la poésie de ce voisinage"

 

Alexandra David-Néel, Voyage d'une Parisienne à Lhassa, p. 92.

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"La nudité" de C.Colera cité dans Grazia

15 Août 2014 , Rédigé par CC Publié dans #Interviews en rapport avec mon livre "La nudité"

052- 1999 (23.9.99-30.7.2000) 082Voyez l'article de Grazia sur le topless urbain du 15 août 2014 p. 47-48

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Spéculations autour des pyramides

10 Août 2014 , Rédigé par CC Publié dans #down.under, #Histoire secrète

Tunisie-035.jpgLes spéculations autour des pyramides n'en finissent jamais. Après le documentaire à sensation sur la base des travaux de Jacques Grimault, et partiellement démenti un peu grossièrement mais avec des arguments solides ici, mais approuvé , voici une spéculation serbo-bosniaque sur la base d'une découverte de 2006 - lire ici...

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Néoplatonisme et Paramadvaita

10 Août 2014 , Rédigé par CC Publié dans #Shivaïsme yoga tantrisme

shiva.jpgDans Comparative Philosophy de 2013 (vol 4, n°2) de l'université de San José, je tombe sur cet article de Michal Just qui souligne les convergences entre les monismes idéalistes grec et indien : la doctrine de la subjectivité créative à plusieurs niveaux, de l'omniprésence de tout dans tout, sur le rôle de la beauté comme facteur du retour de l'âme à sa source. Des convergences que l'auteur attribue non pas à une influence indienne sur Plotin, mais à des similarités structurales en réponse à des critiques équivalentes (celles du Madhyammika et du scepticisme grec).

 

Le Dynamis panton (pouvoir du tout) comme source du beau (au dessus des proportions harmonieuses), le double mouvement prohodos-epistrophe ont desd échos dans le shivaïsme du Cachemire qui, au lieu de postuler un dieu masculin statique (pur esprit), emprunte au tantrisme une vision de la puissance (sakti) plus importante que la pureté, ce qui rejoint selon Just l'unité du feu et de la neige dans le platonisme (tout comme il y a une vision de l'âme comme un conducteur qui maîtrise ses chevaux dans les deux doctrines, tout en réduisant toute l'existence du monde à l'esprit). On a aussi dans les deux univers une valorisation de la concentration sur l'action quotidienne.

 

Voilà qui donne envie d'explorer plus avant le shivaïsme du Cachemire...

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Une employée du Parlement suisse twittait des selfies nus de son bureau

9 Août 2014 , Rédigé par CC Publié dans #Nudité-Pudeur en Europe

Une employée de la Chambre fédérale suisse défraye la chronique en Suisse (voir la Neue Zürcher Zeitung du 6 août) pour avoir posté sur Tweeter des selfies d'elle nue à son bureau en violation de la règle de l'Office fédéral du personnel de ne publier sur Internet que des images et des textes que l'on souhaite à tout moment montrer à ses collègues, employés ou supérieurs. La dame, qui, semble-t-il, a depuis lors détruit son compte Twitter, a reconnu avoir sans cesse songé au fait que ses photos pourraient être vues par ses collègues, mais soutient qu'il s'agissait de photos privées (et d'ailleurs le lieu des prises de vue n'était pas spécifié sur les posts). Elle avait 11 000 "followers". Elle est aujourd'hui suspendue de ses fonctions.

 

L'affaire a donné lieu à une couverture médiatique dans divers journaux d'Europe et d'Amérique du nord (voir ici) après la reprise de l'info par Associated Press.

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C. Colera cité dans "L'Express" (version en ligne)

2 Août 2014 , Rédigé par CC Publié dans #Interviews en rapport avec mon livre "La nudité"

lexpress.pngVoyez l'article de Caroline Politi "Topless: pourquoi les Françaises se mettent-elles moins à nu?" en ligne ici.

 

Pour mémoire voici l'intégralité de l'interview que je leur ai donnée.

 

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- Assiste-t-on a un retour de la pudeur (par exemple moins de topless sur la plage)? Est-ce que ça touche principalement les jeunes générations ou c'est un mouvement global de la société?

 
- Il y a des phénomènes de valorisation de la nudité dans l'imaginaire culturel, ou dans des espaces nouveaux comme celui de la revendication politique. Et même un goût pour la nudité qui continue de se développer si l'on en juge par la pratique de la nudité à domicile ou par les satisfecits que continuent d'afficher els associations naturistes. Cependant à côté de cela il y a aussi dans divers espaces un retour de la pudeur important, chez les femmes notamment. 18 % seulement des femmes seraient prêtes à faire du Topless sur les plages selon un sondage BVA récent. Un sondage IFOP-Tena en 2009 avait révélé qu'une forte réticente à la nudité  même partielle pratiquée ou représentée. Avec des taux plus élevés de réticence à l'exposition effectivement  chez les 18-24 ans.

- A quoi est-ce dû selon vous?
- Plusieurs facteurs concourent à ce phénomène : sensibilité au regard des enfants, volonté de respecter les convictions d'autrui (notamment des minorités religieuses). Peut-être un sentiment de "trop-plein" d'images de nudité. Les canons de beauté dominants, avec leur forte emprise normative, y sont aussi pour beaucoup. Si 88 % des femmes se disent pudiques, ce chiffre est plus élevé encore chez celles qui n'aiment pas leur corps. Or plus de la moitié des femmes en France selon le sondage IFOP-Tena n'aiment pas leur corps... Chez les jeunes cela peut être aussi lié au fait qu'ils lient plus le désir à la nudité que les gens plus âgés, ce qui entraîne des réflexes d'autodéfense spécifiques.

- Le regard des hommes sur le corps des femmes? a-t-il changé?
- Il est très variable suivant les groupes sociaux et le vécu psychologique de chacun. La diffusion de la pornographie et d'un certain idéal libertaire mal compris peut parfois créer de toute pièce l'image d'une femme sexuellement disponible pour tous (voir par exemple le phénomène des attouchements dans le métro parisien). Même si le phénomène est minoritaire (et il est difficile à quantifier), cela nourrit des réflexes de protection chez les femmes. A l'inverse beaucoup d'hommes mettent un point d'honneur à respecter, et même à idolâtrer, le corps des femmes, ce qui reste une manière de rester dépendant de la problématique de sa disponibilité sexuelle.

- Est-ce lié à une hypersexualisation du corps?
- La culture dominante véhicule en permanence des messages d'érotisation, qui saisit même les enfants (voyez le débat sur les concours de beauté chez les moins de douze ans). Alors que les pratiques sexuelles restent globalement stables en fréquence et le nombre moyen de partenaires aussi. C'est une sexualisation par le regard et cette sexualisation joue un rôle important effectivement dans la manière dont hommes et femmes se construisent, construisent leur rapport à l'autre sexe, et mettent en place leur stratégie, de conquête ou d'auto-défense (car pudeur fonctionne autant dans les conquêtes que dans la protection de soi, une femme peut en effet souvent mieux séduire ou mieux se valoriser dans tous les domaines en se montrant pudique, inaccessible, qu'en se dévêtissant).
 
- Paradoxalement, la nudité est devenue une forme d'étendard politique, notamment avec les Femen. Comment expliquer cela?
 
- L'image du corps "sexy" est en vogue. Cela peut être une source de tensions, d'auto-protection, mais cela peut aussi nourrir une volonté d'affirmer sa liberté, son authenticité comme sujet de désir (qu'on songe par exemple aux femmes qui vont poser nues pour des photographes pour se "décomplexer" ou se prouver à elle-même leur courage). Dès lors que le corps nu, désirable, est conçu comme une valeur positive, utile au bien commun par la société, il n'est pas étonnant qu'il devienne un vecteur de communication en allant défier les lois de la pudeur dans l'espace politique. Mais, là, pour ne pas passer pour de l'exhibition gratuite, il doit se charger de nouvelles connotations, souvent en niant son côté sexuel (qui "saute aux yeux" de tous les voyeurs) comme le font les Femen, mais aussi ceux qui mobilisent la nudité dans des combats sociaux ou écologistes. Sans quoi l'exhibition annule le message.

- Est-ce que ce retour de la pudeur se retrouve ailleurs que sur la plage?
 
- Retour ou persistance selon les cas, il est parfois difficiles d'en juger car on n'a pas toujours d'enquêtes sur les décennies précédentes, ou les questions ne sont pas toujours posées de la même façon. Selon le sondage IFOP-TENA précité une majorité de femmes refusent de se dévêtir devant ses amies femmes (63 %), et a fortiori dans leur jardin (86 %) ou devant des amis masculins (91 %). 40 % des femmes sont gênées par la nudité d'autres femmes dans une salle de sport, 37 % sont gênées par des images de femmes ou de poitrines féminines dans une publicité. Cela fait quand même une forte minorité. Et, même si 98 % des femmes se montrent nues à leur conjoint, 29 % préfèrent faire l'amour dans le noir. La pudeur est donc présente dans des proportions très significatives autour de nombreux aspects de la vie quotidienne.

- Est-ce un mouvement purement français?
 
- Un peu partout, dans le monde anglo-saxon, mais aussi en Espagne, des ligues de vertu sont apparues et on a vu des condamnations morales pleuvoir même sur des pratiques apparemment a-sexuelles comme la nutrition des enfants au sein. En même temps il y a dans le monde anglo-saxon, ou en Scandinavie de fortes revendications pour l'acceptation de certaines formes de nudité plus ou moins "désexualisées" dans l'espace public. Ce que cela donne au niveau des pratiques concrètes est difficile à savoir car les chiffres sont parfois contradictoires : ainsi, on nous dit bizarrement que plus d'un tiers des britanniques téléphonent nus chez eux (selon un sondage de 2006), mais ils sont moins nombreux à dormir nus que les français. La pudeur ne s'exprime donc pas de la même manière. Il y a aussi des traditions spécifiques à chaque nation comme celle de la nudité dans les parcs publics en Allemagne. Mais dans l'ensemble, on a le sentiment qu'il y a aussi à l'étranger, en tout cas dans les pays occidentaux, cette sorte de dialectique entre divers besoins d'exposer son corps, de vivre une nudité partielle ou totale libre, et des réflexes de pudeurs qui reviennent. Les deux étant d'ailleurs possibles chez une même personne à divers moments de sa vie, voire d'une même journée.
 
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