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Retour à la philosophie

13 Octobre 2007 , Rédigé par CC Publié dans #down.under

Les hasards des livraisons de Parutions.com me conduisent à revenir à l'activité humaine que je place depuis mon adolescence au dessus de toutes les autres, car elle est à la fois la plus subtile, la plus dérisoire, la plus vaine, et la plus a-temporelle (pour ne pas dire intempestive) de toutes : la philosophie.

Comme on le sait, j'ai publié il y a quelques années un travail sur la subjectivité chez Nietzsche. Une recherche qui m'avait occupé à vingt-deux ans. Non point ce que l'on fait de plus haut ni de plus difficile dans l'ordre de la pensée (car à ce moment-là comme aujourd'hui, je devais concilier la philosophie avec d'autres préoccupations plus terre-à-terre), mais il semble que ce livre ait malgré tout rendu quelques menus services à des esprits curieux intéressés par Nietzsche, notamment si j'en juge par la petite recension obtenue dans une revue canadienne, et même par un courrier récent que m'a adressé le responsable d'une revue en ligne française. Cet ouvrage n'eut que le petit mérite de mettre en regard les notions d'individualité et de subjectivité, qu'on n'avait guère coutume de faire dialoguer quand on parlait de Nietzsche. Cela allait si peu de soi à l'époque que mon directeur de maîtrise avait mis en doute la pertinence du choix : "Je ne suis pas sûr, avait-il dit, que l'on puisse parler de subjectivité à propos de Nietzsche". Je pense avoir pu montrer que l'individualité chez lui pouvait être pensée comme une machine de guerre contre la subjectivité. 

L'autre mérite de l'ouvrage était de mobiliser autour de cette problématique des ressources interprétatives variées qui allaient du nietzschéisme "de gauche" français (Deleuze, Derrida) ou anglosaxon (Stauth et Turner) jusqu'à Heidegger en passant par des lectures plus canoniques. 

Les faiblesses du livre étaient cependant aussi criantes hélas que ses vertus : elles tiennent tout entières, me semble-t-il, dans le manque de temps qui m'empêcha d'aller plus loin dans le "décorticage" du corpus nietzschéen, et dans l'explicitation des mises-en-perspectives que j'esquisse. Avec le bouddhisme par exemple : d'autant que le livre de Conche est longtemps resté épuisé - j'ai vu qu'il est réédité depuis février dernier et vais me précipiter dessus,car j'ai entendu récemment de très belles choses sur le bouddhisme, qui remettent en cause ce que je croyais en avoir compris.

Les lacunes de l'ouvrage apparaissent notamment si on le compare à une cathédrale comme Nietzsche et la critique de la chair de Barbara Stiegler (paru en 2005), mais dans un sens je me réjouis de n'avoir pas écrit un livre comme celui-là, qui presque trop subtil, et qui en outre tire Nietzsche vers beaucoup de rigorisme (tout comme d'ailleurs on tire de plus en plus Deleuze vers ces rivages aussi, presque dans un esprit de revanche à l'égard de mai 68, peut-être finira-t-on par faire de ces penseurs de véritables maîtres du zen). nietzsche-stiegler.jpg

Pendant plusieurs années, je n'ai jamais su trop quoi faire de cet ouvrage, Individualité et subjectivité chez Nietzsche, qui avait été un pharmakon de ma jeunesse puisqu'il m'avait tout à la fois aidé à affronter un complexe d'enfermement en moi-même et conduit à d'autres formes d'impasses. J'ai pensé à des comparaisons avec l'Islam (le mysticisme soufi par exemple), mais je ne suis pas sûr que le jeu en vaille la chandelle.

Or j'ai vu passer chez Vrin le livre collectif d'Olivier Boulnois, la Généalogie du sujet, sur les origines de la subjectivité moderne, et je me dis que ce peut être un complément utile à mes lectures nietzschéennes. Je me consacre donc à sa lecture.

Boulnois précise dans son introduction que la notion cartésienne de sujet que nous apprenons dans les livres d'histoire est en fait une invention de Kant. A bien se rémémorer la Critique de la Raison pure et les Méditations métaphysiques (que notre prof de philo, grâce lui en soit rendu, nous fit lire en début d'année de Terminale). On ne peut que lui donner raison.

Une fois ceci posé, reste à refaire l'histoire de cette identification du sujet au moi et à l'homme, et de toutes ces problématiques autour de la connaissance de soi, de la connaissance de Dieu, des actes, de la volonté, qui ont tant influencé la pensée moderne (y compris les sciences sociales, je pense aux passages de Philippe Raynaud sur l'histoire de la doctrine du verum factum aux origines de la sociologie compréhensive....).

Je commence avec Saint Anselme de Cantorbéry, le moine du Bec-Hélouin - ceux qui connaissent cette abbaye normande auront tout de suite mille sensations, et mille intuitions à l'évocation de ce terme. Anselme le noble inventeur de la "preuve ontologique" de l'existence de Dieu, dont les rationalistes tendirent à abuser. saintanselme.jpg

A se replonger dans les définitions de la substance chez Anselme, les nuances qu'elle présente par rapport à ce qu'en dirent Boèce, Augustin ou Plotin, on redécouvre un monde enchanté où l'on valorisait par dessus tout ce qui est stable et ce qui résiste. Nietzsche, le chantre du devenir, l'avait finalement bien vu quand il place sa critique du sujet sous cette thématique, en créant l'amalgame entre sujet et âme. Il était au plus près de cette généalogie, dont  l'ouvrage de Boulnois veut rendre compte.

Je me suis précipité sur mon libraire en ligne, ce soir, quand j'ai découvert la réédition du livre de Conche. Car je sais que les bouddhistes ont des choses intelligentes à dire sur cette problématique du devenir. Or la thématique de la subjectivité, ne peut pas être pensée sans elle. Affaire à suivre...

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